IN MEMORIAM : Philippe RONDOT


Charles Saint-Prot et Phillipe Rondot. Bataille de FAO, avril 1988.

Le général Philippe Rondot est mort fin décembre 2017 dans le village de Fléty (Nièvre) où il s’était retiré. Je l’ai connu au début des années 1980 par le truchement de son père le général Pierre Rondot (mort en 2000) qui fut l’un des rares experts à avoir une vraie intelligence de l’Islam auquel il consacra des ouvrages précieux. Philippe était un patriote convaincu un gaulliste attaché à cette politique arabe de la France que nous servîmes tant bien que mal et qui nous rapprocha au point de devenir des amis qui se retrouvaient toujours avec plaisir à Bagdad, à Beyrouth et ailleurs, sans oublier Paris et Meudon où mon épouse et moi eurent le plaisir de connaitre la charmante Michèle Rondot dont nous avons gardé le souvenir ému.

Nous partagions la même conviction concernant la cause nationale palestinienne, ce qui nous valut à chacun de solides et tenaces inimitiés. Durant la guerre Irak-Iran (1980-1988), nous fumes, lui comme militaire et moi comme conseiller de dirigeants français, du petit nombre de ceux qui portèrent à bout de bras la politique irakienne de la France, nous croisant régulièrement à Bagdad et sur divers endroits du front irako-iranien jusqu’à la bataille de Fao au printemps 1988. Cette bataille marqua la victoire de l’Irak qui avait tenu huit ans contre la menace iranienne, avec le soutien de la France, au point que Philippe se départissant de son habituelle réserve me confiait : « c’est tout le même aussi un peu notre victoire ».

 Après l’affaire de Koweït (en 1991), nous nous rencontrions périodiquement dans son bureau du ministère de la Défense où il avait fièrement accroché au mur le portrait officiel du général de Gaulle. C’était l’occasion d’évoquer des souvenirs, parfois avec cet humour ravageur qui le caractérisait. « Par les temps qui courent, me disait-il avec un sourire malin, il n’est pas bien vu d’être l’ami de Saddam et d’Arafat, tu devrais te consacrer à la littérature et à l’université ». Il est vrai qu’au fil des ans nous vîmes s’effacer cette politique arabe de la France que nous avions servie avec conviction. Ensuite, Philippe poursuivit sa carrière. Mais ceci est une autre histoire, et ce n’est plus la mienne…

Charles Saint-Prot

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