En décidant de retirer les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et de rétablir les sanctions contre l’Iran le président Donald Trump a souligné, le 8 mai 2018, que le Plan d’action global conjoint (JCPOA), conclu en 2015, était le « pire accord jamais signé par son pays ». En effet, cet accord, qui doit tout à l’ex-président Obama qui voulait opérer un renversement des alliances dans le cadre de sa stratégie destructrice dont les prétendus « printemps arabes » sont une triste illustration, était une sorte de marché de dupe qui a surtout permis au régime iranien de se renforcer et de continuer à menacer toute la région du Proche-Orient, de l’Irak et Bahreïn jusqu’au Maroc, en passant par le Yémen, la Syrie et le  Liban. En effet, l’Iran est bien l’État dangereux menaçant la stabilité de toute la région, directement ou par l’intermédiaire de son bras armé dans le monde arabe, le Hezbollah qui encadre des terroristes un peu partout, y compris les séparatistes du Polisario contre le Sahara marocain. Il ne faut pas oublier que le régime islamo-chauviniste (chiito-persan) des mollahs poursuit le rêve de reconstituer l’empire perse de Cyrus jusqu’à la Méditerranée et il s’enorgueillit de dominer déjà quatre capitales arabes (Bagdad, Damas, Beyrouth et Sanaa). Ce régime impérialiste constitue un danger pour la sécurité de tous les États de la région jusqu’au Maroc.

Il est clair que tout autant que le risque d’un Iran disposant de l’arme nucléaire – selon l’accord cela devait être théoriquement impossible pendant (seulement) dix ans –, ce qui devait être mis en cause est l’action subversive de l’Iran et de ses séides et la poursuite du programme de missiles balistiques de cet État. En 2015 grâce à Obama, et à la crédulité des dirigeants des principaux européens tout aguichés à l’idée de pénétrer sur un marché iranien, d’ailleurs largement surestimé, le régime de Téhéran a acheté à bas prix de la tranquillité et la possibilité de poursuivre ses objectifs stratégiques.

Les acclamations qui ont accueilli l’accord du 14 juillet 2015, paré de toutes les vertus, n’ont pas été sans rappeler le « lâche soulagement » qui avait suivi un autre accord « historique », celui de la conférence de Munich en septembre 1938. Une fois encore, des puissances de la communauté internationale ont présenté comme une victoire du bon sens ce qui n’est qu’un renoncement au profit d’une dictature sans foi ni loi. Face à un système qui manie à ravir l’art de la dissimulation qui lui est propre, les gogos européens continuent à vouloir se comporter comme de petits commerçants feignant de croire à la prétendue modération d’un Hassan Rohani qui est tout exprès là pour les endormir mais de facto n’a pas le moindre pouvoir en la matière puisque les cartes sont entre les mains du Guide suprême et des miliciens  « gardiens de la révolution ». Dans ce contexte ce n’est évidemment pas Trump qui présente un danger pour la paix et la sécurité internationale mais le régime de Téhéran qui ne comprend d’ailleurs que le langage de la force. C’est dire que ce régime se gausse des gesticulations de quelques dirigeants européens qui croient pouvoir tirer leur épingle du jeu en menant une politique de compromission.

La France qui a longtemps été plus consciente des enjeux et montré sa fidélité à ses amitiés arabes, avait déployé des efforts pour appeler l’attention sur le danger iranien, mais elle n’a pu bloquer un processus voulu à la fois par Obama, Moscou et Pékin, sans compter le comparse allemand dont on se demande d’ailleurs ce qu’il vient faire ici. Il faut reconnaitre que la détermination manifestée par le gouvernement français pendant la douzaine d’années de négociations, n’a cessé d’être sapée par les nombreux groupes de pression pro-iraniens qui font miroiter d’hypothétiques « marchés du siècle » pour les entreprises françaises. Il serait grave que Paris abandonne tous les fondamentaux de sa diplomatie arabe en s’entêtant à soutenir une position munichoise dans cette affaire. Lors de sa rencontre avec Donald Trump, fin avril 2018, Emmanuel Macron a fait montre de plus de réalisme en préconisant la négociation d’un nouvel accord. Les bases d’un tel accord sont claires : renforcer le contrôle pour empêcher un programme nucléaire iranien, interdire le programme de missiles balistiques, contraindre le régime iranien à cesser ses ingérences dans les affaires des pays arabes. Face à un régime qui ne comprend que la force (et qui a ruiné son pays), il faut faire montre d’une ferme détermination.

Charles Saint-Prot

Directeur de l’Observatoire d’études géopolitiques