dimanche 3 juillet 2022

La menace séparatiste

La question des menaces séparatistes est devenue l’un des principaux problèmes dans beaucoup de pays du monde. C’est particulièrement le cas dans le monde arabe (Irak, Syrie, Yémen) et dans certains pays européens, en particulier en Espagne avec l’affaire de la Catalogne. Cette menace contre l’unité nationale et l’État-nation prend des formes diverses qui sont autant de facteurs de régression, de division stérile et de déstabilisation régionale et internationale : risque de sécession kurde en Irak et en Syrie (mais aussi en Turquie et en Iran) avec des risques de déstabilisation régionale majeurs ; risque de sécession sur des bases ethniques ou pseudo-ethniques (Soudan, Kabylie, Libye, Kosovo, Espagne, Écosse…) ; risques de sécession confessionnelle (Liban, Irak, Yémen) ; séparatisme encouragé par l’étranger ou par des organisations non gouvernementales d’idéologie mondialiste (jeu de l’Algérie contre le Sahara marocain), etc.

Concernant l’affaire de la Catalogne où une alliance libéralo-affairistes/gauchistes tente de faire avancer le projet séparatiste à tout prix, y compris par le biais d’une parodie de referendum qui n’a été qu’une manipulation scandaleuse, il est clair que le séparatisme a été encouragé par l’absurde Constitution qui établit des communautés « autonomes » au profit des régions. L’autonomie est naturellement la porte ouverte au séparatisme. Certains affirment que la région catalane se préparerait à faire un « saut dans l’inconnu ». En réalité, les conséquences du séparatisme sont bien connues. Il suffit de se référer au triste exemple du Soudan du sud où un pseudo-État a été créé de toutes pièces grâce à l’activisme de puissances étrangères (à commencer par les États-Unis et Israël). Cette région est désormais la proie du chaos et des affrontements ethniques. De même la création au Kosovo serbe d’un micro-État mafieux, fondé sur des bases ethniques, a accentué la balkanisation de la région. Naguère, le président serbe Boris Tadic déclarait devant le Conseil de sécurité : « il y a des dizaines d’autres Kosovo à travers le monde qui n’attendent que l’acte de sécession de ce territoire devienne réalité… Je vous avertis très sérieusement du danger d’escalade de nombreux conflits dormants et du déclenchement de nouveaux conflits ». En effet, après le Kosovo arbitrairement détaché de la Serbie, après la montée en puissance de mouvements autonomistes en Italie ou les groupes extrémistes flamands en Belgique, la menace séparatiste en Catalogne espagnole démontre que derrière le pseudo régionalisme se camoufle un processus d’émiettement des nations européennes.

Ce qui est en cause est la logique de destruction des États-nations au profit de l’idéologie du séparatisme ethnoculturel et ethnorégionaliste. En Europe, faut-il rappeler que l’organisation supranationale, qualifiée d’Union européenne, a été conçue pour disloquer les États-nations ? Ce processus est essentiellement la conséquence d’une idéologie éradicatrices des identités nationales au profit de communautarismes de substitution ne pouvant prospérer que par la disparition des États et des nations.

À n’en pas douter, l’éclatement du fait national est encouragé par le projet eurocratique et l’idée mondialiste qui n’ont d’autre but que celui de faire disparaître les nations pour imposer une Europe artificielle qui se fondrait dans un grand ensemble marchand euro-Atlantique. La conséquence serait la balkanisation des nations d’Europe pour les transformer en des entités où régnerait une sorte d’apartheid, de développement séparé selon les dialectes et les ethnies. Tout cela conduirait à un formidable bond en arrière. Comme disait le président Georges Pompidou : « l’Europe des régions cela a existé. Cela s’appelait le Moyen-Âge ».

Certes, on nous dit que l’Union européenne n’est pas favorable aujourd’hui au séparatisme de la Catalogne. Nicolas Klein avance, dans son ouvrage L’Espagne face à la crise (éd. Perspectives libres) que l’Union européenne a une attitude ambiguë. Les eurocrates estiment que le moment n’est pas propice au séparatisme, car les États-nations sont encore forts et l’euroscepticisme s’installe un peu partout, mais le projet de destruction des nations reste essentiel. D’ailleurs, la crise actuelle en Catalogne est due au fait que l’eurocratie n’a cessé de rogner les compétences des États, à commencer par la prérogative régalienne de battre monnaie, les réduisant  souvent à n’être que les  chambres d’enregistrement de ce qui se décide à Bruxelles. Cet affaiblissement voulu des États fait naturellement le jeu des séparatismes, lesquels sont bien entendu incapables de proposer la moindre solution aux défis actuels auxquels nous sommes confrontés (terrorisme, immigration massive, concurrence économique brutale dans le cadre d’un système libéralo-mondialiste), autant de points sur lesquels l’Union européenne est atone, Plus que jamais, en Espagne comme ailleurs, c’est bien l’État-nation qui est particulièrement nécessaire face aux communautarismes et à la menace d’un retour aux tribus.

 

Charles SAINT-PROT

Directeur général de l’OEG

Télécharger le Bulletin 52 de l’OEG (nov-dec 2017)

Observatoire d'études géopolitiques
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L'Observatoire d’études géopolitiques (OEG) est un institut français ayant pour objet de contribuer à la promotion et au rayonnement de la recherche scientifique dans les différents domaines de la géopolitique et des relations internationales. Cette contribution, tant au plan national qu'international, s'appuie notamment sur l'organisation de colloques, de conférences, de tables rondes, de prestations intellectuelles en association avec la Faculté de droit de l’Université Paris Descartes, et divers instituts étrangers (Remald de Rabat, UOC de Barcelone, ECSSR d’Abou Dhabi) et organisations internationales (ISESCO, OIF…). Le siège de l’OEG est à Paris. L’institut a également un bureau pour le Proche-Orient à Beyrouth et des représentants ou des correspondants dans divers pays (Bruxelles, Djibouti, Egypte, Emirats arabes unis, Maroc, Roumanie…) L’Observatoire d’études géopolitiques est dirigé par Charles Saint-Prot et Zeina el Tibi en est la présidente déléguée. Les travaux sont supervisés par un Conseil scientifique.
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