Oledcomm, seule entreprise française retenue pour le « Mission Track » de l’accélérateur otanien DIANA.

L’accélérateur d’innovation de défense de l’OTAN pour l’Atlantique Nord (DIANA) a annoncé la composition complète de son Mission Track 2026 : quinze entreprises, implantées dans dix pays de l’Alliance, poursuivront cette année un parcours consacré à l’adoption opérationnelle de leurs technologies. La société française Oledcomm, spécialisée dans les communications optiques sans fil, figure parmi elles. Elle est la seule entreprise française de la promotion.

Le Mission Track est un prolongement du programme d’accélération de DIANA. Il ne s’adresse pas à l’ensemble des sociétés accompagnées, mais à celles qui ont démontré, au terme du parcours initial, un intérêt marqué des acteurs de défense et une correspondance avec des besoins opérationnels alliés identifiés.

Le filtrage est étroit. La promotion 2026 de DIANA comptait 150 entreprises, elles-mêmes issues d’un appel à candidatures ayant reçu plus de 3 600 propositions. Quinze d’entre elles accèdent au Mission Track : cinq avaient été désignées en juin, dix autres ont entamé leur parcours en août.

Les entreprises retenues reçoivent 300 000 euros de financement non dilutif, un accès prolongé aux centres d’essais de l’OTAN et un accompagnement adapté à leur trajectoire d’adoption. L’organisation indique que ces sociétés travaillent déjà avec des forces armées et des industriels de défense de l’Alliance, et que l’enjeu de cette phase est le passage à l’échelle.

Les technologies concernées couvrent la cybersécurité, les biotechnologies, les communications, les véhicules non habités, le spatial et la défense maritime. Selon Jyoti Hirani-Driver, directrice générale par intérim de DIANA, le Mission Track vise à combler l’écart entre les technologies de rupture et leur traduction opérationnelle, en alignement avec les signaux de demande exprimés par les Alliés et avec la déclaration du sommet d’Ankara.

DIANA rattache son action à un ensemble de priorités capacitaires : efficacité au combat des grandes formations terrestres, défense antiaérienne et antimissile, traitement et évacuation médicale à grande échelle, logistique, cloud de combat transatlantique interopérable et modèles d’IA associés, autonomie à l’échelle.

Oledcomm a rejoint le Mission Track après 6 mois au sein du Challenge Programme, au premier semestre 2026. L’entreprise y présente deux solutions fondées sur le Li-Fi (Light Fidelity), une technologie de transmission de données par la lumière.

  • LISA porte sur la sécurisation des liaisons avec les drones. En transmettant les données par lumière invisible plutôt que par radiofréquences, la solution s’affranchit d’un spectre saturé et vise une résilience accrue face au brouillage, à l’usurpation de géolocalisation et à l’interception. Les cas d’usage mis en avant concernent les postes de commandement sensibles et les opérations discrètes.
  • CLOVIS établit un réseau maillé Li-Fi entre cinq véhicules en moins de cinq minutes. Le faisceau étant invisible à l’œil nu, la liaison est présentée comme non détectable, non brouillable et non interceptable. Un dispositif automatisé de détection et de suivi prend en charge la gestion du réseau, de manière à en décharger les opérateurs.

L’entreprise indique que sa technologie a été mise en œuvre par les forces françaises lors des exercices DAFA25 et SJO.

Son PDG, Benjamin AZOULAY, a eu l’amabilité de répondre aux questions de THEATRUM BELLI avec les réserves d’informations technologiques qui s’imposent. Propos recueillis par Stéphane GAUDIN.

TB : Qu’est-ce qui, selon vous, a fait la différence dans votre dossier au moment du passage du Challenge Programme au Mission Track ? Un critère technique, une demande exprimée par un allié en particulier, un niveau de maturité ?

BA : Il n’y a pas eu un critère unique, mais une convergence de facteurs :

  • Maturité des solutions : CLOVIS et LISA ne sont pas des concepts de laboratoire. La brique Li-Fi sous-jacente a été déployée et évaluée par les forces françaises lors des exercices DAFA 25 et SJIO 25. CLOVIS est d’ailleurs développé dans le cadre d’un projet d’accélération d’innovation avec la DGA. Nous sommes donc arrivés dans le programme avec des retours d’utilisateurs en conditions réelles.
  • Adéquation aux besoins opérationnels : La saturation du spectre, le brouillage et la détection des émissions radio sont au cœur des retours d’expérience actuels. Une couche de communication n’émettant rien dans le spectre radioélectrique répond à une demande très concrète des forces alliées.
  • Plan d’essai et d’adoption : Notre capacité à nous engager sur un calendrier crédible sur la durée du Mission Track a été déterminante.

Le processus de sélection de DIANA étant collégial, la sélection s’est faite sur l’intérêt manifesté par plusieurs utilisateurs finaux alliés lors des démonstrations.

Vous êtes la seule entreprise française de cette promotion. Comment l’expliquez-vous, et quelle lecture en faites-vous sur la place des PME françaises dans les dispositifs d’innovation de l’OTAN ?

Je préfère y voir un encouragement plutôt qu’une anomalie. Sur plus de 3 600 candidatures issues de 32 pays, 150 entreprises ont été retenues dans le Challenge Programme 2026, puis 15 pour le Mission Track (représentant 10 nations).

La sous-représentation française s’explique selon moi par deux raisons :

  1. Un écosystème national fort : Les PME françaises disposent d’un réseau très structuré (DGA, AID, pôles de compétitivité) vers lequel elles se turnent naturellement. DIANA reste encore peu connu et perçu comme lointain, bien qu’il s’agisse d’un accélérateur très ouvert aux petites structures.
  2. L’exigence du programme : Soutenir des essais dans des centres alliés, échanger en anglais avec des utilisateurs finaux internationaux et mobiliser une équipe sur la durée représentent un effort significatif.

Les PME françaises ont toute leur place dans les dispositifs d’innovation de l’OTAN. Celles qui passent par DIANA gagnent une crédibilité immédiate auprès des 32 nations alliées, ce qui constitue un atout majeur à l’export.

Les 300 000 euros de financement non dilutif représentent quelle part de votre effort de développement sur ces deux solutions ? Qu’est-ce que cette somme finance concrètement d’ici la fin du programme ?

Pour mesurer la portée de cette somme, il faut préciser qu’Oledcomm a déjà investi environ 30 millions d’euros en R&D (avec 36 brevets déposés). Le développement de CLOVIS est cofinancé par la DGA, et LISA est soutenu par nos fonds propres et partenaires.

L’intérêt de ces 300 000 euros réside dans ce qu’ils débloquent. D’ici la fin du programme, ils financent :

  • La démarche d’accréditation au niveau NATO Secret, indispensable pour un déploiement auprès des forces alliées.
  • Les campagnes d’essais environnementaux, de compatibilité électromagnétique et de comportement en conditions dégradées au sein du réseau DIANA.
  • La participation aux exercices opérationnels de l’OTAN avec des utilisateurs finaux.

La finalisation des prototypes LISA et la préparation de l’industrialisation de CLOVIS restent financées sur nos fonds propres.

Au-delà du financement, quel est l’apport le plus déterminant : l’accès aux centres d’essais, la mise en relation avec les utilisateurs finaux, ou autre chose ?

Sans hésiter : l’accès direct aux utilisateurs finaux, adossé à des centres d’essais. Contrairement aux démonstrations classiques sans retour formalisé, le Mission Track propose un cadre structuré :

  1. Les opérationnels expriment un besoin.
  2. Les centres d’essais qualifient objectivement la réponse apportée.
  3. DIANA accompagne la transition vers l’acquisition, notamment via le Rapid Adoption Service, permettant une acquisition simplifiée par une nation alliée.

Pour une technologie comme le Li-Fi, cette combinaison (utilisateurs, essais, parcours d’achat) associée au label OTAN est un catalyseur déterminant.

Le Li-Fi suppose une ligne de vue directe. Comment CLOVIS et LISA se comportent-ils par temps de brouillard, sous forte pluie, en atmosphère chargée en poussière ou en fumée ; conditions courantes sur un théâtre d’opérations ?

La contrainte de la ligne de vue est un choix de conception assumé : ne pas traverser les murs ni se propager au-delà de l’horizon garantit qu’aucune émission ne peut être détectée ou interceptée à distance. Concernant les conditions météorologiques :

  • Pluie : Impact très limité sur nos longueurs d’onde infrarouges aux distances d’utilisation.
  • Brouillard dense, poussière, fumée : Nos systèmes intègrent une marge de liaison importante. En cas de dégradation, le débit s’ajuste automatiquement pour maintenir la connexion. Si la liaison optique devient tenable, l’architecture prévoit une bascule transparente vers une liaison radio de secours.
  • Résilience : CLOVIS utilise une topologie maillée : si un tronçon est obscurci, le trafic est automatiquement réacheminé par un autre véhicule.

Performances (sous réserve de confidentialité) : CLOVIS vise des distances inter-véhicules de l’ordre du kilomètre pour un débit de 1 Gbps. LISA vise une liaison drone-sol de 300 mètres. Les liaisons ont été maintenues avec succès de nuit et sous fumigènes lors des exercices.

Vous décrivez la liaison comme non détectable et non interceptable. Sur quelles évaluations indépendantes ces qualifications reposent-elles ? Ont-elles été confrontées à une équipe adverse en conditions d’essai ?

  • Non détectable : Le système n’émet aucun signal radioélectrique. Il n’y a donc rien à capter pour les moyens de guerre électronique (pas d’émission, pas de goniométrie). Cela a été constaté lors des exercices français, où des équipements de guerre électronique adverses ont tenté en vain de détecter et de brouiller nos liaisons.

Non interceptable : Le faisceau infrarouge est directif. Pour l’intercepter, il faut se placer physiquement dans le faisceau. De plus, le flux est chiffré au niveau de la liaison (MACsec/MKA), ce qui protège la donnée contre toute tentative d’interception.

Ces caractéristiques reposent sur trois niveaux de validation :

  1. Les retours des déploiements opérationnels (DAFA 25 et SJIO 25).
  2. L’évaluation par la DGA dans le cadre du projet CLOVIS.
  3. Le processus de sécurité du Mission Track (évaluation par un CESTI agréé ANSSI, Critères Communs EAL4+ et accréditation NATO Secret).

Le Li-Fi ne remplace pas la radio, qui reste nécessaire pour franchir les obstacles et porter au-delà de l’horizon. Il s’agit d’une couche de transport complémentaire dans une architecture multi-liens. Deux cas d’usage principaux :

  • En situation normale : Le Li-Fi prend en charge le trafic volumineux (vidéo, cartographie, mises à jour) pour désengager les fréquences radio et réduire la signature électromagnétique.
  • En silence radio ou sous brouillage : Il devient la liaison principale, garantissant la continuité des échanges en toute discrétion.

Côté client, nos têtes optiques se comportent comme des équipements Ethernet standard qui s’intègrent de manière transparente au système existant. Pour CLOVIS, les têtes optiques sur mât disposent d’un suivi automatique permettant de monter un réseau maillé entre 5 véhicules en moins de 5 minutes, sans intervention de l’opérateur.

Quelle est la charge utile (masse, encombrement, consommation) imposée à un drone équipé de LISA, et comment cela affecte-t-il son autonomie ?

Les prototypes étant en cours d’intégration avant les essais en vol, voici les ordres de grandeur ciblés :

  • Masse : ~750 g.
  • Consommation : Peak $\le$ 5 W (sans amplificateur radio ni antenne requise).

LISA se positionne comme un capteur léger s’intégrant sans dégrader l’autonomie du drone, tout en remplaçant ou soulageant la liaison radio embarquée.

Stéphane GAUDIN
Stéphane GAUDINhttp://www.theatrum-belli.com/
Créateur et directeur du site THEATRUM BELLI depuis 2006. Officier de réserve citoyenne Terre depuis 2018, rattaché au 35e régiment d'artillerie parachutiste de Tarbes. Officier de réserve citoyenne Marine de 2012 à 2018, rattaché au CESM puis au SIRPA. Membre du conseil d'administration de l'Amicale du 35e RAP. Membre associé de l'AA-IHEDN AR7 (région Centre Val-de-Loire). Chevalier de l'Ordre National du Mérite.
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