3 septembre -401 : bataille de Counaxa (durant l’expédition des Dix-Mille).
À la mort de Darius II, en 404, la couronne revient à son fils aîné Arsace, qui règne sous le nom d’Artaxerxès II. Son cadet Cyrus le Jeune, satrape de Lydie, de Phrygie et de Cappadoce, la lui dispute.
Cyrus lève ses forces à Pergame sous un prétexte de campagne contre les Pisidiens. Il aligne une armée asiatique dont Xénophon donne le chiffre de 100 000 hommes et surtout un corps de quelque 13 000 mercenaires grecs, environ 10 400 hoplites et 2 500 peltastes, recrutés dans une Grèce que la fin de la guerre du Péloponnèse vient de laisser pleine de soldats sans emploi. Le commandement en revient au Spartiate Cléarque.
La colonne marche quatorze cents kilomètres depuis la côte égéenne. Les Grecs, qui n’ont appris le véritable objet de l’expédition qu’en cours de route, exigent et obtiennent une révision de leur solde.
Les deux armées se rencontrent à Counaxa, sur la rive gauche de l’Euphrate, à environ soixante-dix kilomètres au nord de Babylone. Les effectifs d’Artaxerxès sont évalués par les historiens modernes autour de quarante mille hommes ; les chiffres antiques sont considérablement plus élevés et sans valeur.
Cyrus place ses Grecs à l’aile droite, appuyée au fleuve, et donne à Cléarque l’ordre d’attaquer le centre perse ; là où se tient le Roi, et où se joue la seule chose qui compte, puisqu’il s’agit d’une guerre de succession et non d’une guerre de conquête. Cléarque refuse : quitter l’appui du fleuve exposerait son flanc à la cavalerie perse, très supérieure en nombre.
La phalange grecque enfonce donc l’aile gauche adverse, qui se disperse sans même attendre le contact, et poursuit dans le vide. Elle gagne son combat et perd la bataille : le centre perse demeure intact.
Cyrus, voyant son frère à portée, charge avec sa garde, blesse Artaxerxès et est tué d’un trait au visage. La cause disparaît avec lui. Les contingents asiatiques se dispersent ou se rallient au vainqueur.
Les Grecs, invaincus, apprennent le lendemain qu’ils n’ont plus d’employeur, plus de cause et plus de ligne de retraite.
Les Dix-Mille
Cléarque prend le commandement de la retraite. Le satrape Tissapherne l’attire à une conférence sous prétexte de négociation, s’empare de lui et des principaux officiers, et les fait décapiter ; le procédé visait à priver la troupe de tout encadrement et à la laisser se dissoudre.
Le calcul échoue car les Grecs élisent 5 nouveaux stratèges, parmi lesquels un cavalier athénien d’une trentaine d’années, sans expérience du commandement, qui s’était joint à l’expédition par curiosité : Xénophon.
La colonne remonte le Tigre, traverse le Kurdistan et les montagnes d’Arménie couvertes de neige, harcelée en permanence, sur près de mille kilomètres, et atteint la mer Noire à Trébizonde au printemps 400. Le cri des hommes d’avant-garde apercevant l’eau depuis le mont Thékès (Thalatta ! Thalatta !) est resté l’une des scènes les plus connues de la littérature antique.
L’Anabase, que Xénophon rédige une trentaine d’années plus tard, n’est pas seulement un récit d’aventure mais également un défi opérationnel : une force grecque de 13 000 hommes avait traversé l’empire perse dans les deux sens, battu tout ce qui s’était présenté devant elle, et était rentrée sans avoir été détruite.
L’ouvrage nourrit le discours panhellénique d’Isocrate, qui en tire l’argument d’une croisade contre la Perse. Il est étudié par Philippe de Macédoine, puis par Alexandre, qui suivra en partie le même itinéraire soixante-dix ans plus tard avec une armée à peine plus nombreuse.
Il est aussi, sur le plan technique, le premier traité pratique de conduite d’une retraite en territoire hostile : organisation de la colonne, protection des flancs, sécurisation des points de passage, gestion du ravitaillement, discipline par l’assemblée. Il figure encore dans les bibliographies des écoles de guerre.
Aller au contenu PDF3 septembre 863 : bataille de Poson qui opposa les Byzantins à une armée d’invasion arabe.
Sur les rives du Lalakaon, en Paphlagonie, l’armée byzantine encercle et détruit la colonne de l’émir de Mélitène. La victoire élimine en une campagne les trois principales menaces pesant sur la frontière orientale et inaugure trois siècles d’offensives byzantines.
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Depuis les conquêtes arabes du VIIe siècle, l’Empire byzantin est réduit à l’Asie Mineure, aux côtes des Balkans et à quelques positions italiennes. Les raids annuels lancés depuis la Cilicie et la haute Mésopotamie ont pris un caractère presque rituel, et Byzance y répond par la défensive : évacuation des campagnes, refuge dans les places, harcèlement de la colonne au retour. Le sac d’Amorion, en 838 (la ville d’origine de la dynastie régnante), en marque le point le plus bas.
La situation change à partir de 842 avec l’affaiblissement du pouvoir califal et l’émergence d’émirats autonomes sur la frontière. Byzance retrouve la capacité d’agir.
Trois adversaires la menacent alors : l’émirat de Mélitène, sous Omar al-Aqta, dont la position sur l’Anti-Taurus donne un accès direct au plateau anatolien ; l’émirat de Tarse, sous Ali ibn Yahya ; et les Pauliciens de Karbéas, secte dualiste réfugiée sur les marches et alliée aux musulmans. L’année 860 avait vu leurs raids converger jusqu’au cœur de l’Asie Mineure, tandis qu’une flotte syrienne pillait Antalya.
La campagne de 863
À l’été 863, Omar franchit les Portes ciliciennes avec une force que les sources arabes évaluent à huit mille hommes et les byzantines à quarante mille — les estimations modernes retiennent une vingtaine de milliers. Il ravage la Cappadoce.
Une première rencontre a lieu au « pré de l’évêque », près de Nazianze, contre une armée conduite par l’empereur Michel III. Le combat est sanglant et indécis ; les Arabes se dégagent, traversent le thème des Arméniaques et mettent à sac Amisos, sur la mer Noire.
C’est à cette nouvelle que Michel III charge son oncle, le domestique des Scholes Pétronas, de l’intercepter.
L’encerclement
Pétronas ne poursuit pas mais fait converger trois corps distincts sur un même point, depuis trois directions :
- Le groupement nord réunit les thèmes de la mer Noire (Arméniaques, Bucellaires, Kolonéia, Paphlagonie).
- Le groupement sud rassemble les Anatoliques, l’Opsikion, la Cappadoce et les kleisourai de Séleucie et de Charsianon.
- Le groupement ouest, sous ses ordres directs, aligne les troupes de Macédoine, de Thrace et la garde impériale.
Coordonner trois colonnes sans transmissions autres que le cavalier de liaison, sur plusieurs centaines de kilomètres et un terrain montagneux, est une performance d’état-major que les armées européennes ne rééditeront pas avant longtemps. Elle repose sur le système des thèmes (provinces militaires dotées de troupes permanentes recrutées localement) et sur un réseau de postes de guet à feu hérité du VIIIe siècle.
Les trois corps font leur jonction le 2 septembre près de Poson, sur le Lalakaon, et enferment la colonne arabe. La seule voie de retraite est dominée par une hauteur, que les Byzantins enlèvent.
Le 3 septembre, Omar tente la percée vers l’ouest, sur les positions de Pétronas. La ligne byzantine tient assez longtemps pour que les deux ailes se referment sur les flancs et les arrières. La déroute est complète ; l’émir est tué sur le terrain. Karbéas, chef des Pauliciens, meurt la même année et figure peut-être parmi les victimes.
Le fils d’Omar, échappé vers le sud avec une petite troupe, est rattrapé et capturé par Machairas, kleisourarque de Charsianon.
Byzance exploite immédiatement. À l’automne, une armée envahit l’Arménie sous contrôle arabe et y tue l’émir de Tarse, Ali ibn Yahya. En une seule campagne, les trois adversaires les plus dangereux de la frontière orientale sont éliminés.
Les contemporains y voient la revanche d’Amorion, 25 ans plus tôt. Pétronas reçoit le titre de magistros et Charsianon est élevé au rang de thème.
L’effet le plus important est stratégique et se joue à l’autre extrémité de l’empire. La frontière orientale étant stabilisée, Byzance peut transférer ses armées vers l’Europe. En 864, elles envahissent la Bulgarie en démonstration de force, au moment où Boris Ier négociait sa conversion au christianisme avec Rome et avec Louis le Germanique. Boris cède, reçoit le baptême et prend le nom de Michel, en référence à l’empereur. La Bulgarie entre dans l’aire d’influence de l’Église de Constantinople.
Poson ouvre le siècle des reconquêtes byzantines, qui culminera sous Nicéphore Phocas et Jean Tzimiskès.

3 septembre 1260 : bataille d’Ain Djalout (Galilée).
Dans la vallée de Jezréel, l’armée mamelouke d’Égypte défait le corps mongol laissé en Syrie. C’est la première défaite en bataille rangée d’une armée mongole devant un adversaire de force comparable et la fin de leur progression vers l’ouest.
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Houlagou Khan, petit-fils de Gengis, a détruit les Assassins de l’Alamut en 1256, pris Bagdad en 1258 (mettant fin au califat abbasside après cinq siècles) puis Alep et Damas en 1260. Il envoie au Caire une sommation de reddition rédigée dans les termes habituels de la chancellerie mongole.
La mort du grand khan Möngke, en août 1259, change tout. Houlagou doit se replier vers Tabriz avec le gros de ses forces pour être en mesure de peser sur la succession ; les Mongols avaient l’usage de rappeler leurs princes en pareil cas. Il ne laisse en Syrie qu’un corps commandé par son lieutenant Ketboğa, chrétien nestorien d’origine naïmane, dont les effectifs sont évalués entre dix et vingt mille hommes, renforcés d’auxiliaires arméniens et géorgiens.
Le sultan mamelouk Sayf ad-Dîn Qutuz fait exécuter les ambassadeurs mongols (geste sans retour) et décide d’attaquer avant que Houlagou ne revienne.
La question franque
L’avant-garde égyptienne quitte Le Caire le 26 juillet 1260. Sa route vers Damas passe par le territoire des États latins, en principe hostiles aux musulmans.
Les Francs laissent passer. Deux raisons l’expliquent. Le pape Alexandre IV avait interdit toute alliance avec les Mongols, qu’il tenait pour la menace principale. Et les Mongols venaient de ravager les environs de Sidon en représailles d’une razzia menée par Julien de Sidon, au cours de laquelle un neveu de Ketboğa avait été tué.
Les Francs d’Acre autorisent donc le passage et le ravitaillement des Mamelouks. C’est l’un des rares cas où les croisés ont, par abstention, contribué à une victoire musulmane décisive.
La bataille
L’affrontement a lieu à Aïn Djalout (la « source de Goliath », Maayan Harod en hébreu) à quelques kilomètres à l’ouest d’Afoula.
La manœuvre mamelouke est un piège classique retourné contre ses inventeurs. L’avant-garde, commandée par l’émir Baybars, engage puis simule la fuite, attirant les Mongols vers le fond de la vallée dont les hauteurs sont garnies de troupes dissimulées. La retraite feinte était l’un des procédés favoris de la cavalerie des steppes ; Baybars, esclave kiptchak vendu comme tel après avoir été capturé par les Mongols dans sa jeunesse, la connaissait de l’intérieur.
Ketboğa comprend le traquenard, arrête la poursuite et manœuvre. Ses premiers rangs enfoncent l’avant-garde mamelouke, tandis que sa cavalerie légère contourne par les collines de Galilée pour attaquer l’aile gauche.
La matinée est confuse. L’aile gauche mamelouke plie ; Qutuz y transfère des unités de sa droite, puis monte lui-même en première ligne avec sa garde. Les sources rapportent qu’il jeta son casque pour être reconnu et cria trois fois « ô Islam ! ».
La ligne tient. Ketboğa, contraint de reculer vers le Jourdain, tente en vain de rétablir la situation. On ignore s’il fut tué dans le dernier combat ou capturé puis exécuté.
NOTA : Aïn Djalout est la première grande défaite mongole en bataille rangée. Elle met fin à l’avance vers l’ouest et sauve l’Égypte, dernier grand foyer intact de la civilisation musulmane après la destruction de Bagdad. Les Mongols reviendront en Syrie à plusieurs reprises ; ils y seront battus à Homs en 1281, mais y remporteront en 1299 une victoire à Wadi al-Khazandar qui leur ouvrira brièvement Damas. Ce n’est donc pas Aïn Djalout seule qui arrête l’expansion, mais la conjonction de cette défaite, des querelles de succession mongoles et de la conversion progressive de l’Ilkhanat à l’islam.
Sur le chemin du retour vers Le Caire, en octobre 1260, Qutuz est assassiné par un groupe d’émirs conduit par Baybars, qui lui reprochait de ne pas lui avoir accordé le gouvernement d’Alep. Baybars devient sultan et règne 17 ans.
C’est lui qui, plus que Qutuz, tirera parti de la victoire : réorganisation de l’armée mamelouke, construction d’un réseau de postes de courriers reliant Le Caire à Damas en 4 jours, et reprise systématique des places franques ; Césarée et Arsouf en 1265, Safed en 1266, Antioche en 1268, le Krak des Chevaliers en 1271.
Les Mamelouks tiendront la Syrie et la Palestine jusqu’à la conquête ottomane de 1516.
3 septembre 1643 : bataille navale de Carthagène (au large de l’Espagne – Méditerranée).
Au large de Carthagène, une escadre française commandée par un amiral de 24 ans intercepte la flotte espagnole avant qu’elle n’ait pu opérer sa jonction. Le résultat coupe pour un an les communications maritimes entre l’Espagne et l’Italie.
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La bataille se situe dans la phase française de la guerre de Trente Ans, quatre mois après Rocroi. Richelieu, mort en décembre 1642, avait doté la France d’une marine de haute mer qu’elle n’avait pas ; son héritage porte ses fruits en Méditerranée, où la flotte espagnole n’ose plus se montrer sur la côte de Catalogne ; théâtre principal, la révolte catalane de 1640 ayant placé la principauté sous protection française.
L’enjeu est la ligne de communication entre l’Espagne et ses possessions italiennes, par laquelle transitent l’argent, les troupes et les subsides du système habsbourgeois.
Jean Armand de Maillé-Brézé, grand-maître de la navigation, a 24 ans. Neveu de Richelieu, il tient sa charge de sa naissance et ses résultats de son caractère : c’est l’un des rares officiers généraux de sa génération à chercher systématiquement le combat. Il dispose de 20 vaisseaux de guerre, 2 frégates et 12 brûlots.
Les Espagnols alignent 25 gros bâtiments en haute mer, dont vingt fournis par les chantiers flamands, et disposent en outre, dans le port de Carthagène, de 4 vaisseaux et 14 galères.
Le combat
Maillé-Brézé attaque le 3 septembre avant que l’escadre du large n’ait pu rallier les forces mouillées à Carthagène — les galères, encore redoutables en Méditerranée par calme plat, auraient modifié le rapport de force.
L’Amiral de Naples, de 50 canons, est incendié. Le navire du vice-amiral de Castille est enlevé à l’abordage, ainsi qu’un autre galion. Un bâtiment dunkerquois de 35 canons saute.
Le reste gagne Carthagène à la faveur de la nuit et y rejoint les galères. 8 vaisseaux, disloqués par l’artillerie française, coulent en entrant dans le port. L’escadre espagnole n’en ressortira plus de l’année.
Le commerce entre l’Espagne et l’Italie est pratiquement interrompu.
Maillé-Brézé remportera encore Orbetello en 1646 ; et y sera tué à 27 ans, d’un boulet, au moment où la bataille tournait à son avantage. Sa mort prive la marine française de son meilleur commandant et ouvre une période de déclin dont Colbert la tirera 20 ans plus tard.


3 septembre 1650 : bataille de Dunbar (guerre anglo-écossaise).
Acculée à la mer, malade et inférieure en nombre de moitié, la New Model Army de Cromwell détruit en une matinée l’armée écossaise de David Leslie. Le 3 septembre deviendra la date fétiche du Lord Protecteur : il y gagnera Worcester un an plus tard, jour pour jour, et y mourra en 1658.
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L’exécution de Charles Ier, en janvier 1649, a été décidée par le Parlement anglais sans consultation de l’Écosse, qui l’a jugée illégitime. Les Écossais proclament roi son fils Charles II, à condition qu’il souscrive au Covenant et impose le presbytérianisme aux trois royaumes. Il accepte, débarque en juin 1650.
Le Parlement anglais décide la guerre préventive. Fairfax, refusant d’envahir un pays allié, démissionne. Le commandement revient à Oliver Cromwell.
La campagne s’est mal engagée pour les Anglais. Leslie a pratiqué la terre brûlée entre Berwick et Édimbourg, refusé le combat et laissé la maladie et le manque de vivres travailler pour lui. L’armée de Cromwell, réduite d’un tiers par la dysenterie, se replie sur Dunbar pour se ravitailler par mer.
Leslie l’y enferme. Il occupe Doon Hill, hauteur dominant la ville, coupe la route du sud à Cockburnspath, et n’a plus qu’à attendre. Cromwell dispose d’environ 11 000 hommes épuisés ; Leslie de 22 000. La position anglaise est militairement désespérée, et Cromwell l’écrit à Londres.
C’est alors que l’adversaire commet l’erreur. Le comité de l’Église qui accompagne l’armée écossaise (les ministres du Kirk exercent un droit de regard sur les opérations et ont déjà fait épurer les officiers jugés insuffisamment covenantaires) presse Leslie d’en finir. Le 2 septembre au soir, l’armée écossaise descend de Doon Hill et se déploie en plaine, appuyée à un ravin, le Brox Burn.
Elle abandonne ainsi son unique avantage. Cromwell, observant le mouvement depuis la ville, aurait dit à Lambert que Dieu venait de les livrer entre ses mains.
L’assaut
L’attaque est lancée avant l’aube du 3 septembre, sous la pluie.
Le dispositif écossais souffre d’un défaut que le terrain aggrave : serré entre le ravin et la mer, il ne peut déployer sa cavalerie, massée sur l’aile droite. Cromwell concentre l’essentiel de ses moyens contre cette aile droite, en portant le fer là où l’adversaire ne peut manœuvrer.
Le choc est d’abord contenu. Puis Cromwell engage sa réserve de cavalerie sur le flanc et prend le dispositif écossais en enfilade. En moins d’une heure, l’armée de Leslie est rompue et ne peut se reformer, faute d’espace.
NOTA : Les pertes écossaises doivent être maniées avec précaution. Cromwell annonce dans sa dépêche au Parlement 3 000 tués et 10 000 prisonniers ; chiffres longtemps repris et encore très répandus. L’historiographie récente les révise nettement à la baisse : de 300 à 500 cents tués, environ 1 000 blessés et au moins 6 000 prisonniers, sur une armée qui ne dépassait pas 12 500 hommes. Le convoi conduit vers Durham comptait environ 5 000 hommes après la libération d’un millier de malades, ce qui cadre plutôt avec 6 000 captifs.
Les pertes anglaises, en revanche, sont bien dérisoires ; quelques dizaines de morts.
Cromwell fit inscrire sur ses médailles commémoratives la formule biblique qu’il aurait criée à l’assaut : The Lord of Hosts.
Les prisonniers
Un millier de prisonniers sont relâchés pour blessures ou maladie. Les autres sont conduits à pied jusqu’à Durham, 179 km au sud, sans ravitaillement organisé. Un millier meurent en route ; d’autres sont exécutés ou s’échappent.
3 000 survivants sont entassés dans la cathédrale et le château de Durham, dans des conditions sanitaires qui provoquent une cinquantaine de décès par jour. Environ 1 700 meurent dans les semaines qui suivent. Des fosses communes ont été mises au jour en 2013, lors de travaux à l’université de Durham. L’analyse ostéologique a identifié des hommes de 13 à 25 ans, portant les marques de carences alimentaires anciennes et, pour plusieurs, l’usure caractéristique laissée par une pipe tenue entre les dents.
Les survivants furent déportés comme travailleurs sous contrat en Nouvelle-Angleterre et dans les Antilles.
Les trois 3 septembre de Cromwell
Dunbar est la première d’une série que Cromwell tenait lui-même pour providentielle.
- Le 3 septembre 1651, exactement un an plus tard, il détruit à Worcester l’armée de Charles II ; dernier acte des guerres civiles britanniques.
- Le 3 septembre 1658, il meurt à Whitehall.

3 septembre 1651 : bataille de Worcester.
Un an jour pour jour après Dunbar, Cromwell anéantit à Worcester la dernière armée royaliste. Charles II s’échappe et passe 6 semaines en fuite avant de gagner la France. Les guerres civiles britanniques sont terminées.
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Après Dunbar, l’Écosse reste à réduire. Charles II, couronné à Scone le 1er janvier 1651, prend une décision hardie : plutôt que d’attendre Cromwell, il marche sur Londres avec 16 000 hommes, espérant soulever les royalistes anglais sur son passage.
Le soulèvement ne vient pas. L’armée royaliste, presque entièrement écossaise, traverse un pays qui la considère comme étrangère et arrive épuisée à Worcester le 22 août.
Cromwell l’y rejoint avec 28 000 hommes, soit près du double. Il attaque le 3 septembre en franchissant la Severn et la Teme sur des ponts de bateaux, manœuvre amphibie inhabituelle qui prend le dispositif royaliste à revers. Charles II tente une sortie qui échoue.
Les pertes royalistes atteignent 3 000 tués et 10 000 prisonniers ; les pertes parlementaires quelques centaines.
La fuite du roi est devenue l’un des récits fondateurs de la monarchie britannique : 6 semaines de clandestinité, l’épisode du chêne de Boscobel où il se cacha dans le feuillage tandis que des soldats parlementaires battaient le bois, puis l’embarquement à Shoreham le 15 octobre. Le Royal Oak est resté un nom de navire de la Royal Navy et une enseigne de taverne.
Cromwell appela Worcester sa « couronnante miséricorde ». La restauration de Charles II interviendra neuf ans plus tard, en 1660, sans combat.
3 septembre 1658 : mort d’Oliver Cromwell.
Le Lord Protecteur meurt à Whitehall, à 59 ans, le jour anniversaire de ses deux plus grandes victoires. Sa disparition ouvre la crise qui ramènera les Stuart en 18 mois.
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Cromwell meurt vraisemblablement d’une septicémie consécutive à une infection urinaire, aggravée par un accès de paludisme contracté en Irlande. La tempête violente qui balaya l’Angleterre les jours précédents nourrit une abondante littérature des deux camps ; les royalistes y virent le diable venu chercher son dû, ses partisans le deuil de la nature.
Il laisse un régime dont il était le seul pilier. Il avait refusé la couronne en 1657 mais accepté le droit de désigner son successeur ; son fils Richard, sans passé militaire et sans autorité sur l’armée, est écarté en mai 1659 après 8 mois. Le Parlement croupion est rétabli, puis dissous, puis rétabli ; l’armée se divise ; le général Monck descend d’Écosse avec ses troupes et fait convoquer un Parlement libre, qui rappelle Charles II en mai 1660.
Le 30 janvier 1661, douzième anniversaire de l’exécution de Charles Ier, le corps de Cromwell est exhumé de l’abbaye de Westminster, pendu à Tyburn, décapité, et sa tête exposée sur une pique au sommet de Westminster Hall où elle demeurera environ 25 ans.
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NOTA : Son apport militaire, lui, n’a pas été défait. La New Model Army, créée en 1645, est la première armée permanente britannique recrutée et promue au mérite plutôt qu’à la naissance, régulièrement soldée, uniformément équipée et soumise à une discipline écrite. Sa cavalerie, employée en formations serrées chargeant au trot et se reformant après le choc plutôt que de poursuivre, préfigure l’emploi moderne de l’arme. La Restauration dissoudra l’institution mais en conservera le modèle.

3 septembre 1783 : traité de Paris et traité de Versailles.
Trois traités signés le même jour mettent fin à la guerre d’indépendance américaine. La Grande-Bretagne reconnaît les États-Unis, cède peu à la France et rien d’essentiel à l’Espagne. Le vainqueur diplomatique ne sera aucun des trois.
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Ce que l’usage appelle « le traité de Paris » désigne en réalité un ensemble signé le 3 septembre 1783 :
- à Paris, à l’hôtel d’York, le traité anglo-américain, signé par David Hartley pour George III et par Benjamin Franklin, John Adams et John Jay pour les États-Unis ;
- à Versailles, deux traités distincts, l’un anglo-français, l’autre anglo-espagnol.
Les Provinces-Unies, également belligérantes, ne concluront qu’en mai 1784.
Ce que les Américains obtiennent
La reconnaissance de l’indépendance des 13 États, nommément désignés ; précision voulue par les Américains, qui craignaient d’être traités comme une entité unique et subordonnée.
Surtout, une frontière occidentale portée au Mississippi, très au-delà de ce que la situation militaire justifiait. La province britannique de Québec perd la région au sud des Grands Lacs qu’elle avait obtenue par l’Acte de Québec de 1774 ; les marchands de Montréal doivent évacuer leurs comptoirs de traite dans les deux ans.
Le tracé reste imprécis à l’ouest du lac Supérieur et entre le Québec, le Nouveau-Brunswick et le Maine. Ces indéterminations alimenteront des contentieux jusqu’au milieu du XIXe siècle.
Cette générosité britannique n’est pas désintéressée car Londres cherche à détacher les États-Unis de la France en leur accordant directement plus qu’ils n’auraient obtenu dans une négociation à trois. Franklin, Adams et Jay ont d’ailleurs négocié séparément, en violation de leurs instructions du Congrès et de l’alliance de 1778, qui leur imposaient de ne rien conclure sans la France. Vergennes s’en plaindra sans en tirer de conséquence.
Les clauses relatives aux loyalistes (recommandation aux États de restituer les biens confisqués) resteront lettre morte ; entre 60 et 100 000 d’entre eux gagneront le Canada et les Antilles.
Ce que la France obtient
Peu de chose au regard de l’effort consenti : Tobago et Sainte-Lucie aux Antilles, le Sénégal et Gorée en Afrique, la confirmation des droits de pêche à Terre-Neuve, la restitution des comptoirs de l’Inde sans droit de fortification, et la suppression de la clause humiliante de 1763 imposant un commissaire britannique à Dunkerque.
Le Canada n’est pas récupéré, et ne l’a jamais été demandé sérieusement : Vergennes ne le souhaitait pas, estimant qu’une menace britannique persistante au nord maintiendrait les États-Unis dans la dépendance de la France. Le calcul se révélera erroné.
NOTA : La marine française avait été reconstruite après 1763 par Choiseul et Sartine et atteignait en 1780 une soixantaine de vaisseaux de ligne, contre environ 90 britanniques ; mais ceux-ci devaient couvrir le monde entier, tandis que la France, alliée à l’Espagne, pouvait concentrer. À la bataille de la Chesapeake, le 5 septembre 1781, engagement décisif de la guerre puisqu’il condamne Cornwallis à Yorktown, de Grasse alignait 24 vaisseaux contre 19 à Graves : la supériorité numérique était française. L’exploit réel de la marine française est d’avoir obtenu localement, au moment voulu, une supériorité qu’elle n’avait pas globalement. C’est plus difficile et plus instructif.
La France sort victorieuse et ruinée. La guerre lui a coûté environ 1,3 milliard de livres, financés presque entièrement par l’emprunt, Necker ayant refusé de créer l’impôt correspondant. Le service de la dette absorbera près de la moitié des recettes de l’État dans les années 1780.
C’est cette impasse financière qui conduira à la convocation de l’Assemblée des notables en 1787, puis des états généraux en 1789. Le lien est direct, et il constitue l’un des enchaînements les plus commentés de l’histoire européenne : la victoire de 1783 a « préparé » la Révolution de 1789.
Elle a aussi préparé la Restauration britannique. Privée de ses colonies américaines, la Grande-Bretagne se tourne vers l’Inde, le Pacifique et le commerce ; sa puissance en sortira accrue.

3 septembre 1914 : le gouvernement français quitte Paris pour Bordeaux.
Dans la nuit du 2 au 3 septembre, le président de la République, le gouvernement et les corps constitués gagnent Bordeaux. La décision, prise sur l’insistance de Joffre et de Gallieni, sera reprochée à ses auteurs pendant toute la guerre.
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Le 2 septembre au soir, les avant-gardes allemandes sont à une trentaine de kilomètres de Paris. Gallieni, gouverneur militaire depuis le 26 août, a fait afficher la veille sa proclamation annonçant qu’il a reçu le mandat de défendre la capitale ;ontre l’envahisseur et qu’il remplira ce mandat jusqu’au bout.
Le conseil des ministres décide le repli sur Bordeaux, où le gouvernement s’était déjà réfugié en 1870. Le train présidentiel quitte la gare d’Auteuil dans la nuit. Poincaré, qui s’y était opposé, publie une proclamation expliquant que le gouvernement ne quitte Paris qu’après avoir assuré sa défense et pour conserver au pays la liberté de son action diplomatique.
La mesure est militairement rationnelle : elle libère le commandement de la contrainte de défendre la capitale à tout prix, et met les pouvoirs publics hors d’atteinte d’un raid de cavalerie. Elle est politiquement désastreuse. Le départ, connu le 3 au matin, provoque un exode de plusieurs centaines de milliers de Parisiens et une amertume durable ; la formule des « ministres en fuite » circulera longtemps.
Trois jours plus tard commence la bataille de la Marne. Le gouvernement ne reviendra à Paris qu’en décembre 1914.
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NOTA : L’épisode a laissé une trace institutionnelle : c’est en partie de cette expérience que procèdent les dispositions ultérieures relatives au repli des pouvoirs publics, jusqu’aux plans de continuité gouvernementale de la guerre froide.
3 septembre 1925 : destruction du dirigeable USS Shenandoah.
Le premier dirigeable rigide construit aux États-Unis, et le premier au monde gonflé à l’hélium, se disloque en vol au-dessus de l’Ohio. 14 des 43 hommes d’équipage sont tués. L’enquête déclenchera la crise institutionnelle dont sortira l’aviation militaire américaine moderne.
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Le ZR-1 Shenandoah, long de 207 m, dérivé d’un Zeppelin allemand récupéré au titre des dommages de guerre, avait volé pour la première fois en 1923. Il inaugurait deux innovations : la construction américaine d’un rigide, et surtout l’emploi de l’hélium (gaz ininflammable, alors produit presque exclusivement aux États-Unis) à la place de l’hydrogène.
Le 3 septembre 1925, au cours d’une tournée de représentation à travers le Midwest imposée par des considérations de relations publiques, il est pris dans une ligne de grains au-dessus de Caldwell, dans l’Ohio. Les courants ascendants le portent bien au-delà de son plafond de pression ; le commandant, ayant fait obturer une partie des soupapes automatiques pour économiser un hélium coûteux, ne peut évacuer assez vite la surpression. La coque se rompt en trois tronçons. La section avant descend en autorotation et se pose relativement doucement, ce qui explique le nombre de survivants.
La conséquence institutionnelle dépasse l’accident. Le colonel William Mitchell, adjoint du chef du service aérien de l’armée, publie une déclaration accusant les départements de la Guerre et de la Marine d’incompétence et de négligence criminelle dans l’administration de la défense nationale. Il est traduit en cour martiale, condamné en décembre 1925 et démissionne.
Le procès Mitchell, largement suivi, obtient l’inverse de ce que ses juges recherchaient : il installe dans le débat public américain l’idée d’une aviation militaire autonome. La commission Morrow, réunie dans la foulée, aboutit à l’Air Corps Act de 1926. L’US Air Force indépendante ne naîtra qu’en 1947, mais Mitchell en est reconnu comme le père ; et le bombardier B-25 Mitchell, seul appareil américain nommé d’après une personne, porte son nom.

3 septembre 1939 : déclaration de guerre de la France et du Royaume-Uni à l’Allemagne.
Deux jours après l’invasion de la Pologne, Londres puis Paris déclarent la guerre à l’Allemagne. Le même soir, un sous-marin allemand coule un paquebot britannique au large de l’Irlande : la bataille de l’Atlantique commence le jour même que la guerre.
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Le Royaume-Uni et la France, liés à la Pologne par des accords d’assistance, avaient adressé à Berlin le 1er septembre une sommation de retirer ses troupes. Restée sans réponse, elle est transformée en ultimatum.
L’ultimatum britannique, remis à 09 h 00, expire à 11 h 00. À 11 h 15, Neville Chamberlain annonce à la radio que le pays est en guerre ; l’homme de Munich, dont l’allocution reste l’un des documents sonores les plus connus du siècle.
L’ultimatum français, décalé pour des raisons de calendrier parlementaire et de mobilisation, expire à 17 h 00. L’Australie et la Nouvelle-Zélande suivent dans la soirée, l’Afrique du Sud le 6, le Canada le 10 ; délai qui marque, pour ce dernier, l’affirmation d’une souveraineté distincte de celle de Londres.
Une guerre déclarée… mais non conduite
Les engagements pris envers Varsovie prévoyaient une offensive française à l’ouest dans les 15 jours. Elle se réduira à l’opération de la Sarre ; une avance de quelques kilomètres en terrain évacué, du 7 au 16 septembre, suivie d’un repli sur la ligne Maginot en octobre.
Les 110 divisions françaises et britanniques disponibles font face à 23 divisions allemandes, la Wehrmacht ayant engagé l’essentiel de ses forces à l’est. Aucune exploitation n’est tentée. Le Bomber Command se limite à des raids sur les navires de guerre et au largage de tracts. C’est le début de ce que les Français appelleront la drôle de guerre, les Britanniques la Phoney War et les Allemands la Sitzkrieg ; 8 mois d’attente qui s’achèveront le 10 mai 1940.
L’Athenia
Le 3 septembre à 19 h 40, à environ 250 milles au nord-ouest de l’Irlande, le sous-marin U-30 du Oberleutnant Fritz-Julius Lemp torpille sans sommation le paquebot britannique SS Athenia, qui faisait route de Glasgow vers Montréal avec 1 103 passagers et 315 hommes d’équipage.
Lemp déclarera avoir cru identifier un croiseur auxiliaire armé, le navire naviguant en zigzag et tous feux éteints. Le paquebot met 14 heures à couler, ce qui permet le sauvetage de la quasi-totalité des personnes à bord ; 118 périssent, dont 28 ressortissants américains.
NOTA : L’attaque contrevenait aux ordres permanents de la Kriegsmarine et aux conventions sur la guerre sous-marine. Berlin nie catégoriquement et accuse l’Amirauté britannique d’avoir fait saborder le navire pour provoquer l’entrée en guerre des États-Unis ; thèse développée par Goebbels. À son retour, Lemp est reçu par Dönitz, qui fait modifier le journal de bord de l’U-30 pour effacer la position ; l’équipage est astreint au secret. La vérité ne sera établie qu’au procès de Nuremberg.
La perte de l’Athenia ouvre une campagne qui durera 5 ans et 8 mois et coûtera plus de 3 000 navires marchands et 30 000 marins alliés, ainsi que 780 sous-marins allemands et la majorité de leurs équipages. Churchill écrira que la bataille de l’Atlantique fut la seule chose qui l’ait réellement effrayé pendant toute la guerre.
3 septembre 1943 : opération Baytown — débarquement en Calabre.
À 04 h 30, la VIIIe armée britannique franchit le détroit de Messine. C’est le premier débarquement allié sur le continent européen. Le même jour est signé, à Cassibile, l’armistice italien.
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La notice consacrée à l’armistice place ce débarquement « aux premières heures du 4 septembre ». L’opération Baytown a été déclenchée le 3 septembre au matin, quatre ans jour pour jour après l’entrée en guerre du Royaume-Uni.
Le XIIIe corps du général Dempsey (1re division canadienne et 5e division britannique) franchit les 3 km du détroit après une préparation d’artillerie et navale considérable : plus de 600 pièces tirent depuis la côte sicilienne.
La préparation était inutile. Les forces allemandes s’étaient déjà repliées vers le nord ; les unités italiennes qui subsistaient ne combattent pas. Le débarquement se déroule pratiquement sans opposition, entre Villa San Giovanni et Reggio de Calabre.
L’opération était en réalité une diversion, destinée à fixer l’attention allemande pendant la préparation de l’opération Avalanche, le débarquement de Salerne prévu pour le 9 septembre. Montgomery, qui jugeait Baytown sans objet et coûteuse en moyens, s’y était opposé.
La suite lui donna partiellement raison car la VIIIe armée mit 17 jours à remonter les 500 km qui la séparaient de Salerne, sur un terrain montagneux où les Allemands avaient méthodiquement détruit ponts et routes, et n’arriva qu’après que la tête de pont eut été sauvée par ses propres moyens.
3 septembre 1943 : armistice de Cassibile (Italie).
Dans une oliveraie proche de Syracuse, un général italien dépourvu de mandat écrit signe la capitulation de son pays. Sa publication, 5 jours plus tard, ne produit pas le basculement d’une armée de 2 millions d’hommes… mais sa désintégration en quelques jours.
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Au printemps 1943, la défaite paraît probable. Mussolini y répond par un remaniement des hauts dignitaires de l’État qui écarte des proches du roi. C’est cet acte qui décide Victor-Emmanuel III à s’en débarrasser.
L’opération est montée avec Dino Grandi, seul rival du Duce au sein du mouvement fasciste, le comte d’Acquarone, ministre de la Maison royale, et le maréchal Badoglio. Grandi rallie Bottai et Ciano (gendre de Mussolini) et fait adopter, au Grand Conseil du fascisme du 25 juillet 1943, un ordre du jour invitant le roi à reprendre la direction des affaires.
Mussolini est mis en minorité, arrêté, remplacé par Badoglio. Le nouveau gouvernement proclame que la guerre continue. Personne ne le croit, à commencer par les Allemands, qui commencent aussitôt à planifier l’occupation du pays.
La négociation
Les contacts passent par Lisbonne et par le Vatican, où le futur Paul VI sert d’intermédiaire. Trois généraux italiens sont envoyés séparément au Portugal et s’y disputent la préséance devant des interlocuteurs alliés déconcertés. Le général Giuseppe Castellano est finalement identifié comme le négociateur.
Les Italiens n’ont rien à offrir. Leurs forces sont battues ou en passe de l’être, ce qui réduit d’autant la valeur de la reddition qu’ils proposent. Badoglio n’en pose pas moins des conditions : un débarquement allié important avant l’annonce de l’armistice, la communication du plan de campagne allié (demande qui oublie que la guerre continue jusqu’à la signature), et l’envoi de deux mille parachutistes sur Rome.
Les Alliés refusent le premier point : le débarquement aura lieu avec la proclamation, non avant. Ils acceptent le troisième, déjà prévu dans leurs plans.
Castellano arrive à Cassibile le 31 août, repart consulter, revient le 2 septembre. On exige alors de lui des lettres de créance : sans mandat écrit, sa signature n’engagerait que lui et non le gouvernement italien.
Badoglio, qui ne veut pas que son nom soit attaché à la défaite, tergiverse. Il faut deux télégrammes et la menace explicite d’une rupture des négociations pour qu’il transmette, le 3 septembre à 16 h 30, l’autorisation formelle ; en précisant qu’elle est déposée auprès de l’ambassadeur britannique près le Saint-Siège.
La réunion s’ouvre à 17 h 00. Castellano signe au nom de Badoglio, le général Bedell Smith au nom d’Eisenhower. Elle s’achève à 17 h 30. Eisenhower suspend immédiatement le décollage de 500 appareils qui devaient bombarder Rome. Macmillan câble à Churchill que l’armistice est signé sans amendement aucun.
Les clauses complémentaires, sensiblement plus lourdes, ne sont présentées à Castellano qu’ensuite : leur application dépendra du concours italien à la guerre contre l’Allemagne.
Le 8 septembre
Les Alliés ont besoin que l’armistice soit public avant le débarquement de Salerne, prévu le 9. Deux émissaires américains, le général Maxwell Taylor et le colonel Gardiner, gagnent clandestinement Rome le 7 pour vérifier la capacité italienne à soutenir le raid aéroporté. Le général Carboni, chargé de la défense de la capitale, leur répond qu’il n’a ni munitions ni carburant et qu’il faut différer. Badoglio confirme, désireux de gagner du temps.
Eisenhower annule l’opération aéroportée (les avions avaient commencé à décoller) et force la main aux Italiens en rendant l’accord public le 8 septembre à 18 h 30 sur Radio Alger. Le roi et Badoglio l’apprennent par une dépêche Reuters. À 19 h 42, Badoglio confirme au micro de l’EIAR.
Deux millions de soldats italiens, déployés dans la péninsule, dans les Balkans, en Provence et en Corse, apprennent l’armistice sans avoir reçu la moindre directive sur la conduite à tenir. Quelques unités passent ouvertement du côté allié, notamment en Corse ; d’autres rejoignent les Allemands et formeront le noyau des forces de la République sociale italienne. L’appareil militaire, dans son ensemble, se disloque en quelques jours.
Les Allemands, préparés depuis juillet, déclenchent l’opération Achse et prennent le contrôle de tout le territoire non occupé par les Anglo-Américains. Les troupes italiennes sont désarmées ; une grande partie est internée en Allemagne sous le statut d’Italienische Militärinternierte, catégorie créée pour les priver des protections dues aux prisonniers de guerre. Seules la Sardaigne et une partie des Pouilles restent sous contrôle italien.
Le Roma
La flotte, appareillée de La Spezia pour se livrer aux Alliés, est attaquée le 9 septembre au large de la Sardaigne. Un premier raid de Dornier Do 217 échoue et coûte un appareil aux Allemands.
40 minutes plus tard, un second raid aérien emploie une arme nouvelle : la Fritz X, bombe planante radioguidée de 1 400 kg larguée à haute altitude et corrigée en vol par l’opérateur. Le cuirassé Roma, navire amiral et orgueil de la marine italienne, est atteint, explose et coule avec 1 352 hommes (sur un total de 1 948), dont l’amiral Carlo Bergamini, commandant l’escadre.
NOTA : C’est l’un des premiers succès opérationnels d’une munition guidée air-surface. Le même engin endommagera gravement le cuirassé britannique Warspite quelques jours plus tard à Salerne.
La famille royale et Badoglio quittent Rome à l’aube du 9, traversent la péninsule et gagnent Brindisi, derrière les lignes alliées. L’État italien cesse de fonctionner.
Staline, évincé de la négociation, refuse l’argument de l’urgence et exige un contrôle interallié tripartite des armistices à venir. Il obtient la conférence des ministres des Affaires étrangères de Moscou, du 18 octobre au 11 novembre 1943.
Le compromis retenu (des commissions de contrôle où la décision finale revient au commandant en chef allié présent sur le théâtre) établit un précédent lourd de conséquences : les Anglo-Américains décident en Italie, l’Union soviétique décidera en Europe orientale et dans les Balkans.
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NOTA : Georges-Henri Soutou voit dans cet épisode le point de départ de la guerre froide. Le partage de l’Europe est en germe dans la manière dont l’Italie a capitulé.

3 septembre 1944 : libération de Bruxelles.
La division blindée de la Garde entre dans Bruxelles au terme d’une avance de plus de 120 km en une journée. Anvers tombera le lendemain mais l’estuaire de l’Escaut restera allemand 3 mois de plus.
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Après la fermeture de la poche de Falaise et le franchissement de la Seine, la poursuite alliée à travers le nord de la France et la Belgique est l’une des plus rapides de la guerre. La Guards Armoured Division couvre le 3 septembre plus de 120 km depuis Douai et entre dans Bruxelles en soirée, accueillie par une foule considérable.
Le lendemain, la 11e division blindée s’empare d’Anvers et de ses installations portuaires intactes ; les équipes de destruction allemandes ayant été devancées, avec l’appui de la résistance belge. C’est le plus grand port d’Europe du Nord, et les armées alliées, dont les lignes de communication remontent toujours aux plages de Normandie, en ont un besoin critique.
Le port ne servira pourtant à rien pendant près de 3 mois. Anvers se trouve à 80 km de la mer, au fond de l’estuaire de l’Escaut, dont les deux rives restent tenues par la XVe armée allemande. Faute d’avoir immédiatement poussé vers Walcheren et le Beveland-Sud, le commandement allié laisse s’installer une position qu’il faudra réduire au cours de la bataille de l’Escaut, du 2 octobre au 8 novembre 1944, au prix de près de 13 000 pertes, majoritairement canadiennes.
Le premier convoi n’entrera à Anvers que le 28 novembre.
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NOTA : Ce décalage entre la prise d’un objectif et son utilisation effective est régulièrement cité dans la réflexion doctrinale sur la logistique ; un port ne vaut que par ses accès.
3 septembre 1964 : contrat entre Matra et Hawker Siddeley.
Matra et Hawker Siddeley signent le contrat de développement du premier missile tactique conçu en coopération entre la France et le Royaume-Uni. Deux versions, deux maîtres d’œuvre, une cellule commune.
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L’accord de 1964 répartit le travail selon les compétences et les besoins de chacun :
- le Royaume-Uni développe l’AJ.168, version à guidage télévisuel. Une caméra dans le nez transmet l’image à l’avion tireur par liaison de données ; l’opérateur assis à l’arrière conduit le missile jusqu’à l’impact. Mission première : la lutte antinavire, et accessoirement les objectifs terrestres fortement défendus ;
- la France développe l’AS.37, version antiradar à autodirecteur passif. Le missile se guide sur les émissions du radar adverse et le détruit en se servant de son propre signal.
Les deux engins partagent la cellule, la propulsion et une grande partie de la structure. Ce sont, techniquement, deux missiles distincts.
Le premier tir autoguidé a lieu en juin 1965. Les campagnes d’essais sont conduites à partir d’un English Electric Canberra du Centre d’essais en vol, sur le champ de tir du Centre interarmées d’essais d’engins spéciaux de Colomb-Béchar, en Algérie, jusqu’en 1967 — le site étant exploité par la France en vertu des accords d’Évian.
Le premier tir d’un missile à charge militaire contre un radar tournant a lieu le 20 mars 1967. C’est la validation du principe même de l’arme antiradar : un autodirecteur capable de suivre une émission intermittente, dont le lobe balaie et ne l’éclaire qu’une fraction du temps.
À partir de 1968, les essais se poursuivent au nouveau centre d’essais des Landes.
Un échec commercial
Les prévisions initiales tablaient sur 500 à 1 000 missiles pour les forces françaises, 1 000 pour les britanniques, et 6 000 à l’exportation.
La réalité fut tout autre car le Royaume-Uni ne commanda que 150 antiradar et 200 à guidage télévisuel ; la France 150 antiradar, soit 500 exemplaires au total, produits jusqu’en 1978.
La version télévisuelle équipa les Blackburn Buccaneer et les Hawker Siddeley Nimrod ; la version antiradar les Buccaneer, les Jaguar, les Mirage III et les Atlantic, un prototype de Mirage G8 pouvant en emporter deux.
L’affaire irakienne illustre la principale faiblesse structurelle de la coopération. L’Irak avait posé comme condition à l’achat du Mirage F1 la fourniture de missiles antiradar. Le Royaume-Uni, codétenteur des droits, s’opposa en 1977 à toute exportation hors de l’OTAN, et a fortiori vers Bagdad. Matra dut donc développer un dérivé purement national, l’ARMAT (AntiRadar MATra), largement fondé sur le Martel, qui remplaça l’AS.37 à partir de 1984 et put être exporté.

Ouadi Doum, 7 janvier 1987
Le Tchad affronte depuis 1983 l’occupation libyenne de sa bande nord. La base de Ouadi Doum, construite par la Libye au Borkou-Ennedi-Tibesti, en est le pivot : piste de 3 800 m, dépôts, et surtout une couverture sol-air comprenant des SA-6 et un radar de veille et de conduite de tir qui interdisait l’espace aérien à l’aviation française.
Le 7 janvier 1987, dans le cadre de l’opération Épervier, des Jaguar de l’armée de l’Air décollant de N’Djamena tirent des Martel AS.37 sur ce radar et le détruisent. La bulle de défense aérienne libyenne s’effondre.
L’effet opératif est immédiat : privées de couverture, les forces libyennes du nord sont exposées à l’aviation française, et les forces tchadiennes d’Hissène Habré enlèvent Ouadi Doum le 22 mars 1987, capturant un matériel considérable.
Le Martel est retiré du service britannique en 1994, en même temps que les Buccaneer, et du service français en 1997. Depuis cette date, la France ne dispose plus de missile antiradar ; capacité dont l’absence est régulièrement relevée dans les analyses consacrées à la suppression des défenses aériennes adverses.
Le programme aura par ailleurs engendré plusieurs dérivés : les missiles de prélèvement R.637 et R.638 employés pour l’échantillonnage lors des essais nucléaires du Pacifique, et l’Otomat, missile antinavire développé avec OTO Melara.

3 septembre 1971 : accord quadripartite sur Berlin.
Les 4 puissances occupantes signent l’accord qui met fin à 15 ans de crises berlinoises. Berlin cesse d’être le point de rupture le plus probable entre les deux blocs.
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Berlin avait été le théâtre des trois affrontements les plus dangereux de la guerre froide en Europe : le blocus de 1948-1949 et le pont aérien, l’ultimatum de Khrouchtchev en 1958, la construction du Mur en août 1961 et la confrontation des chars à Checkpoint Charlie en octobre.
L’accord signé le 3 septembre 1971 dans l’ancien immeuble du Conseil de contrôle allié, par les ambassadeurs des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l’Union soviétique, ne règle aucune des questions de droit ; chacun conserve ses positions juridiques sur le statut de la ville. Il règle les questions pratiques :
- le transit civil et commercial entre la République fédérale et Berlin-Ouest par le territoire est-allemand est garanti, sans entrave ni discrimination ;
- les Berlinois de l’Ouest obtiennent le droit de se rendre à l’Est, dont ils étaient privés depuis 1966 ;
- l’Union soviétique reconnaît les liens entre Berlin-Ouest et la République fédérale, tout en obtenant que la ville ne soit pas considérée comme une partie constitutive de celle-ci.
L’accord est l’une des pièces maîtresses de l’Ostpolitik de Willy Brandt, avec les traités de Moscou et de Varsovie de 1970. Il ouvre la voie au traité fondamental entre les deux États allemands en 1972, à leur admission simultanée aux Nations unies en 1973 et à la conférence d’Helsinki de 1975.
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NOTA : Sur le plan militaire, sa portée est considérable car Berlin constituait le seul point de la ligne de démarcation où les forces des deux blocs étaient en contact permanent, dans une configuration où un incident local pouvait engager les procédures d’alerte nucléaire. Le neutraliser réduisait mécaniquement le risque d’escalade accidentelle en Europe ; objectif poursuivi la même année par les accords américano-soviétiques sur la prévention des incidents en mer et sur la réduction du risque de guerre nucléaire.







