4 septembre 476 : déposition de Romulus Augustule.
À Ravenne, deux jours après avoir emporté la ville et fait exécuter le maître de la milice Oreste, le chef barbare Odoacre dépose son fils, l’empereur adolescent Romulus. Il ne lui donne pas de successeur.
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L’Empire d’Occident de 475 n’est plus qu’une administration italienne dirigée par des généraux d’origine barbare qui font et défont les empereurs. Oreste, ancien secrétaire d’Attila devenu magister militum, chasse en août 475 l’empereur légitime Julius Nepos, réfugié en Dalmatie, et place sur le trône son propre fils, âgé d’une quinzaine d’années.
L’enfant porte deux des noms les plus lourds de l’histoire romaine ; Romulus, le fondateur, Augustus, le premier empereur. On le désignera par le diminutif moqueur d’Augustulus, le petit Auguste. Il ne règne pas : aucune loi, aucune inscription, aucune décision ne lui est attribuée. Constantinople ne le reconnaît jamais.
La mutinerie des fédérés
Le pouvoir réel appartient aux troupes fédérées (Hérules, Skires, Rugiens) qui constituent l’essentiel de l’armée d’Italie. Elles réclament d’Oreste ce que les fédérés obtiennent ailleurs depuis un demi-siècle : un tiers des terres d’Italie, en propriété.
Oreste refuse. C’est probablement la dernière décision proprement romaine de l’histoire de l’Occident, et elle lui coûte la vie.
Les fédérés se donnent pour chef Odoacre, officier de la garde impériale d’origine skire ou rugienne. La campagne est brève : Oreste est capturé à Plaisance et exécuté le 28 août ; son frère Paulus est tué à Ravenne le 2 septembre, lors d’un engagement qui livre la capitale.
Le 4 septembre 476, Odoacre fait abdiquer Romulus. Il lui laisse la vie (geste inhabituel, sans doute parce qu’un adolescent sans pouvoir ne présente aucun danger) et lui assigne une résidence en Campanie, dans l’ancienne villa de Lucullus, avec une pension de 6 000 solidi. On perd sa trace ; il vivait peut-être encore trente ans plus tard.
Depuis un siècle, les généraux barbares déposaient des empereurs pour en installer d’autres. Odoacre n’en installe aucun.
Il renvoie au contraire les insignes impériaux à Constantinople, avec un message du Sénat romain expliquant que l’Occident n’a plus besoin d’un empereur propre et que celui d’Orient suffira aux deux moitiés. Il demande pour lui-même le titre de patrice et le gouvernement de l’Italie au nom de l’empereur Zénon.
Zénon répond avec embarras : Julius Nepos étant toujours vivant en Dalmatie, il ne peut légalement reconnaître autre chose. Il finit par accepter en fait ce qu’il refuse en droit. Odoacre gouverne l’Italie pendant dix-sept ans, sous le titre de rex, en conservant intégralement l’administration, le Sénat et les lois romaines.
La postérité de la date
L’année 476 n’a été retenue comme date de la chute de l’Empire d’Occident qu’au VIe siècle, par le chroniqueur Marcellinus Comes, puis consacrée par l’historiographie moderne. Les contemporains n’ont rien vu de tel : pour eux, l’Empire continuait, simplement gouverné depuis Constantinople.
L’historiographie contemporaine a largement relativisé la coupure. Elle n’en conserve pas moins un intérêt militaire précis : 476 marque le moment où l’armée romaine d’Occident, devenue entièrement fédérée, cesse d’obéir à une autorité romaine pour se donner la sienne. La rupture n’est pas ethnique, elle est institutionnelle.
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NOTA : Odoacre sera assassiné de la main de Théodoric le 15 mars 493, à Ravenne, dix jours après la reddition de la ville — voir la notice du 2 septembre consacrée à la mort du roi ostrogoth.


4 septembre 1260 : bataille de Montaperti (Italie).
Au sud-est de Sienne, l’armée gibeline défait la ligue guelfe conduite par Florence. La bataille est devenue, par Dante, l’une des plus célèbres du Moyen Âge italien ; « le carnage qui fit l’Arbia teinte de rouge ». Elle est aussi le cas d’école de la trahison décidant d’un engagement.
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Florence et Sienne s’enrichissent depuis le XIe siècle, l’une par l’Arno et la banque, l’autre par la via Francigena, route des pèlerins vers Rome. Leurs frontières se touchent, leurs intérêts s’opposent, et la rivalité économique s’est traduite en alignement politique : Florence est guelfe, donc du parti pontifical ; Sienne est gibeline, donc du parti impérial, représenté en Italie par Manfred, roi de Sicile et fils naturel de Frédéric II.
Le casus belli est l’accueil par Sienne, en 1258, des gibelins florentins exilés après une tentative de coup de force ; parmi lesquels Farinata degli Uberti, que Dante rencontrera parmi les hérétiques au chant X de l’Enfer. Cet épisode s’était accompagné à Florence de l’exécution de Tesauro Beccaria, abbé de Vallombreuse et légat pontifical, accusé de comploter avec eux.
En 1259, Manfred consent à Sienne un secours dérisoire : cent chevaliers allemands sous le comte Giordano d’Agliano. Les ambassadeurs siennois veulent refuser ; Farinata les en dissuade, avec un raisonnement politique de premier ordre ; une fois la bannière royale engagée dans le combat, le roi ne pourra plus se désintéresser de l’affaire.
Le calcul se vérifie. En mai 1260, l’armée guelfe campe devant Sienne ; l’attaque siennoise du 18 mai coûte la vie à tous les chevaliers allemands, et les Florentins traînent les insignes de Manfred dans la boue avant de les exposer à la risée des villes guelfes. L’humiliation contraint le roi à envoyer, en juillet, huit cents chevaliers.
Avec ce renfort, Sienne reprend Montepulciano et Montalcino. La ligue guelfe (Florence, Bologne, Prato, Lucques, Orvieto, San Gimignano, San Miniato, Volterra, Colle Val d’Elsa) remet une armée en campagne.
Le 4 septembre
NOTA : Les chroniques donnent 30 000 fantassins et 3 000 chevaliers aux Guelfes, 20 000 hommes aux Gibelins. Les effectifs réels étaient sans doute plusieurs fois inférieurs.
Deux traits précèdent la bataille et méritent d’être notés. Le premier est financier : le conseil de Sienne double la solde des chevaliers allemands grâce aux fonds avancés par Salimbene de’ Salimbeni ; dont la famille fondera en 1472 la banque Monte dei Paschi, la plus ancienne encore en activité. Le second est religieux : la ville se voue solennellement à la Vierge, en procession conduite par Buonaguida Lucari, en échange de sa protection.
Le 3 septembre, l’armée siennoise sort par la Porta Pispini. La tradition veut qu’elle ait défilé trois fois devant les Guelfes en changeant de vêtements, pour paraître trois fois plus nombreuse ; procédé de déception dont la véracité est douteuse mais qui dit quelque chose des moyens de l’époque.
Le 4 au matin, les Gibelins franchissent l’Arbia et se déploient en quatre corps :
- le premier, sous le comte d’Arras, doit contourner et attaquer à revers, au cri de « saint Georges » servant de signal ;
- les deuxième et troisième, sous Giordano d’Agliano et Aldobrandino Aldobrandeschi, attaquent de front, malgré le soleil défavorable et la pente ;
- le quatrième, sous Niccolò da Bigozzi, garde le carroccio, char portant l’étendard et le cœur symbolique de l’armée.
L’infanterie guelfe résiste et contre-attaque. Bigozzi, contrevenant à ses ordres, engage sa réserve et laisse le carroccio sans protection.
La trahison
Dans l’après-midi, alors que les Siennois contre-attaquent, Bocca degli Abati (Florentin combattant dans les rangs guelfes mais secrètement gibelin) s’approche du porte-étendard de Florence, Jacopo de’ Pazzi, et lui tranche d’un coup la main qui tenait la bannière.
La chute de l’étendard désorganise les Guelfes. Au même instant retentissent les cris invoquant saint Georges : le corps du comte d’Arras attaque à revers et tue le commandant florentin, Iacopino Rangoni. La ligne guelfe se rompt.
L’historiographie discute depuis sept siècles du poids réel de ce geste. Dante, lui, a tranché : il place Bocca degli Abati dans la glace de l’Antenora, réservée aux traîtres à la patrie, au chant XXXII de l’Enfer.
La poursuite dure jusqu’à la nuit. C’est elle que Dante évoque au chant X par la formule devenue proverbiale : le carnage qui fit l’Arbia teinte de rouge.
NOTA : Les chroniques donnent pour les Guelfes environ 10 000 morts et 15 000 prisonniers, pour les Gibelins 600 morts et 400 blessés. Ces chiffres sont très probablement invraisemblables car ils excèdent les effectifs plausibles.
La défaite est totale, le camp guelfe est pillé, 18 000 bêtes de somme capturées, et le gonfalon de Florence attaché à la queue d’un âne et traîné dans la poussière.
Les ordres gibelins prescrivent d’épargner ceux qui se rendent — sauf les Florentins. Ceux-ci arrachent leurs signes de reconnaissance et se mêlent aux autres pour survivre.
Les guelfes florentins évacuent leur ville le 13 septembre ; les gibelins y rentrent le 27 et prêtent serment à Manfred. Les tours et les maisons du parti adverse sont rasées, comme celles des gibelins l’avaient été en 1258.
À la diète d’Empoli, fin septembre, Sienne et Pise réclament la destruction pure et simple de Florence. C’est Farinata degli Uberti, gibelin florentin, qui s’y oppose et sauve sa ville ; service que Dante, guelfe, lui reconnaîtra malgré tout au chant X.
Le triomphe est bref. Le pape Alexandre IV excommunie le 18 novembre 1260 tous les soutiens de Manfred, ce qui fournit aux débiteurs de l’Europe entière un prétexte commode pour ne pas rembourser les banquiers siennois ; coup dont l’économie de la ville souffrira durablement. La sanction financière de l’excommunication fait plus de dégâts que la bataille elle-même.
Manfred est tué à Bénévent en 1266 par Charles d’Anjou. Le parti guelfe reprend la Toscane. En 1269, à Colle di Val d’Elsa, Sienne est écrasée par Florence et le commandant de Montaperti, Provenzano Salvani, y est tué.

4 septembre 1774 : découverte de la Nouvelle Calédonie (Pacifique Sud).
L’enseigne James Colnett, en vigie sur le HMS Resolution, signale une terre inconnue. Cook la baptise Nouvelle-Calédonie. Il faudra quatre-vingts ans pour que la France en fasse une possession, et le territoire ne cessera plus, depuis, d’être un objet stratégique.
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Le 4 septembre 1774, au cours du deuxième voyage de Cook, la Grande Terre est aperçue depuis le Resolution. Cook la nomme New Caledonia, l’aspect des côtes lui rappelant l’Écosse dont son père était originaire. Le premier contact avec les Kanak a lieu le lendemain à Balade, au nord-est ; l’expédition longe la côte est jusqu’à l’île des Pins, atteinte le 23 septembre.
La Pérouse reconnaît probablement la côte ouest en 1788, peu avant son naufrage à Vanikoro. D’Entrecasteaux, parti à sa recherche, passe au large en 1792 et 1793. Dumont d’Urville situe précisément les îles Loyauté en 1827 puis 1840.
À partir des années 1820, la chasse à la baleine et le bois de santal amènent les navires européens, puis les beachcombers et les traders, puis les missionnaires ; protestants de la London Missionary Society aux Loyauté à partir de 1841, maristes catholiques à Balade fin 1843. Ces contacts transforment profondément les sociétés mélanésiennes : outillage de fer, nouvelles espèces, alcool, choc microbien et déclin démographique.
La prise de possession, 1853
Le 24 septembre 1853, le contre-amiral Febvrier-Despointes prend possession de la Grande Terre au nom de Napoléon III, à Balade, sur ordre de Paris. La France redoutait une installation britannique et cherchait une base navale dans le Pacifique sud ainsi qu’un lieu de relégation.
Le bagne est ouvert en 1864 et fonctionnera jusqu’en 1897 : environ 22 000 transportés, dont quelque 4 000 Communards après 1871 (Louise Michel, Henri Rochefort) et plusieurs centaines d’insurgés kabyles de la révolte de 1871, déportés à l’île des Pins.
Les insurrections
1878. L’insurrection conduite par le grand chef Ataï, provoquée par les spoliations foncières et la divagation du bétail des colons sur les terres cultivées, embrase la région de La Foa. Elle fait environ deux cents morts européens et plus d’un millier de morts kanak. Elle est réprimée par les troupes coloniales avec le concours de contingents kanak d’autres régions ; pratique de recrutement d’auxiliaires que l’on retrouve dans toutes les conquêtes coloniales. Ataï est tué en septembre 1878 ; sa tête, envoyée en France, ne sera restituée qu’en 2014.
1917. Une seconde révolte, dans le nord, est liée au recrutement forcé pour la Grande Guerre.
La contribution militaire kanak et calédonienne aux deux guerres mondiales est pourtant réelle : plus de mille Kanak servent dans le bataillon mixte du Pacifique en 1914-1918, avec des pertes proportionnellement très lourdes.
1940-1945 : la base
Le territoire se rallie à la France libre le 19 septembre 1940, à l’issue d’un mouvement populaire conduit contre le gouverneur vichyste. Le bataillon du Pacifique, formé de Calédoniens et de Tahitiens, combattra à Bir Hakeim et en Italie.
L’épisode décisif est américain. À partir de mars 1942, après la chute de Singapour et l’avance japonaise dans les Salomon, les États-Unis font de Nouméa la base arrière du théâtre du Pacifique sud. L’amiral Ghormley puis l’amiral Halsey y installent leur quartier général. Jusqu’à cinquante mille Américains y stationnent (pour une population civile de moins de soixante mille habitants), avec hôpitaux, aérodromes, dépôts et installations portuaires.
C’est de Nouméa qu’est montée et soutenue la campagne de Guadalcanal, à partir d’août 1942, première offensive terrestre alliée du Pacifique. Sans cette base, la logistique de la campagne était impraticable.
Le passage américain a laissé des infrastructures, une économie transformée et un choc culturel dont l’historiographie calédonienne souligne le rôle dans l’éveil politique kanak d’après-guerre.

Compagnon de la Libération
Créateur en 1941 et commandant du 1er contingent du corps expéditionnaire du Pacifique.
Lieutenant-colonel à Bir Hakeim, il meurt au combat le 9 juin 1942.
Ouvéa, 1988
Le conflit des années 1980 entre indépendantistes et loyalistes culmine en avril-mai 1988. Le 22 avril, une attaque de la gendarmerie de Fayaoué, sur l’île d’Ouvéa, fait quatre morts parmi les gendarmes ; vingt-sept otages sont conduits dans une grotte du nord de l’île.
L’assaut, opération Victor, est donné le 5 mai par le GIGN, le commando Hubert et les parachutistes du 11e choc, entre les deux tours de l’élection présidentielle. Les otages sont libérés ; 2 militaires et 19 Kanak sont tués. Plusieurs de ces derniers l’ont été après la fin des combats, ce qu’ont établi les enquêtes ultérieures sans qu’aucune poursuite n’aboutisse, une loi d’amnistie ayant été votée en novembre 1988.
Les accords de Matignon du 26 juin 1988, puis l’accord de Nouméa du 5 mai 1998, organisent la sortie de crise et un processus d’autodétermination. Trois consultations se sont tenues en 2018, 2020 et 2021.
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NOTA : La Nouvelle-Calédonie représente aujourd’hui, avec la Polynésie, l’essentiel de la zone économique exclusive française du Pacifique (la deuxième du monde) et constitue le point d’appui du dispositif militaire français dans une région redevenue objet de compétition stratégique.
4 septembre 1870 : la IIIe République poursuit le combat.

Deux jours après la capitulation de Sedan, la foule envahit le Palais-Bourbon et la République est proclamée à l’Hôtel de Ville. Le changement de régime ne met pas fin à la guerre : il la prolonge de quatre mois et demi et en change la nature.
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Le 4 septembre
La nouvelle de la perte de Sedan atteint Paris le 3 au soir. Le 4 au matin, la foule envahit le Palais-Bourbon ; les députés républicains de Paris entraînent le mouvement vers l’Hôtel de Ville, où Gambetta proclame la République. Des scènes analogues se déroulent à Lyon, Marseille et jusqu’aux Antilles.
Le gouvernement de la Défense nationale est constitué le jour même. Sa présidence est confiée au général Trochu, gouverneur militaire de Paris — choix politique autant que militaire : il s’agit d’obtenir le ralliement de l’armée à un régime né d’une émeute. Jules Favre aux Affaires étrangères et à la vice-présidence, Gambetta à l’Intérieur, Jules Ferry au secrétariat, Ernest Picard aux Finances, Jules Simon à l’Instruction publique, Adolphe Le Flô à la Guerre, Martin Fourichon à la Marine, Adolphe Crémieux à la Justice.
L’Empire faisait une guerre d’armées de métier. La République engage une guerre de nation : levée en masse, mobilisation de la garde nationale mobile, création d’armées nouvelles à partir de rien, appel aux francs-tireurs.
Paris est investie le 19 septembre et le restera jusqu’au 28 janvier 1871 ; 4 mois de siège, de bombardement et de famine.
Le 7 octobre, Gambetta quitte Paris en ballon, l’Armand-Barbès, pour rejoindre la délégation gouvernementale repliée à Tours. Il y cumule l’Intérieur et la Guerre et lève en quelques semaines plusieurs armées : armée de la Loire, armée de l’Est, armée du Nord. Ce sont des formations improvisées, mal équipées et sans instruction, qui remporteront cependant Coulmiers le 9 novembre (seule victoire française de la guerre) avant d’être défaites.
Le recours aux francs-tireurs entraîne de la part des Prussiens une politique de représailles contre les populations civiles qui marquera durablement les relations entre les deux pays, et resurgira en Belgique en 1914.
La convention de capitulation est signée le 27 octobre 1870 au château de Frescaty ; les troupes déposent les armes et les Prussiens entrent dans la place le 29 octobre.
L’armée du Rhin comptait environ 173 000 hommes, dont 6 000 officiers et trois maréchaux de France. C’est la plus importante capitulation de l’histoire militaire française, très supérieure à Sedan.
Ses conséquences sont exactement celles que la notice décrit : elle libère les deux armées prussiennes du prince Frédéric-Charles, qui peuvent se retourner contre l’armée de la Loire, et contraint la délégation gouvernementale à quitter Tours pour Bordeaux en décembre.
Bazaine sera jugé en 1873, condamné à mort pour capitulation, gracié, et s’évadera de l’île Sainte-Marguerite.
L’armistice est signé le 28 janvier 1871, la paix préliminaire le 26 février, le traité de Francfort le 10 mai : 5 milliards de francs d’indemnité, l’Alsace et une partie de la Lorraine.
Le gouvernement de la Défense nationale cède la place à l’Assemblée élue le 8 février. La Commune éclate le 18 mars.
La République née le 4 septembre 1870 d’une défaite militaire durera 70 ans — et prendra fin, en juillet 1940, d’une autre défaite militaire.

4 septembre 1886 : le chef apache Geronimo se rend aux autorités américaines.
À Skeleton Canyon, en Arizona, le chef chiricahua se rend au général Nelson Miles avec 16 guerriers, 12 femmes et 6 enfants. 5 000 soldats américains et 3 000 mexicains avaient été employés à le poursuivre. « C’est la quatrième fois que je me rends », dit-il.
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Les Chiricahuas de Cochise négocient la paix en 1872 grâce à la médiation de l’agent Tom Jeffords et du général Howard, et obtiennent une réserve sur leurs terres. Sa fermeture en 1876 et la déportation vers San Carlos, terre que les Apaches tiennent pour maudite, déclenchent la série d’évasions dont Goyaałé, que les Mexicains appellent Geronimo, sera le protagoniste.
Chaman et chef de guerre plutôt que chef héréditaire, il s’échappe en 1876, en 1881, en 1885, chaque fois avec une poignée de guerriers et leurs familles, et mène depuis la Sierra Madre mexicaine des raids en Arizona et au Nouveau-Mexique.
NOTA : Le chiffre est celui que retiennent tous les manuels de contre-insurrection : lors de la dernière campagne, environ 35 guerriers tiennent en échec 5 000 soldats américains (près du quart de l’armée régulière des États-Unis) plus des milliers de volontaires et 3 000 soldats mexicains, sur un territoire grand comme la France.
Leur supériorité tient à 3 facteurs :
- la connaissance du terrain et des points d’eau,
- l’endurance — les Apaches couvraient à pied des distances que la cavalerie ne pouvait suivre —,
- et l’absence de base fixe à défendre.
Les deux réponses américaines
Le général George Crook avait compris le problème : il employa des éclaireurs apaches, seuls capables de suivre les pistes, et des mulets plutôt que des chariots. C’est ainsi qu’il obtint la reddition de 1883, puis celle de mars 1886 ; que Geronimo répudia trois jours plus tard, ce qui coûta son commandement à Crook.
Le général Nelson Miles ajouta un moyen technique que la notice ne mentionne pas et qui mérite d’y figurer : il fit établir à travers l’Arizona et le Nouveau-Mexique un réseau d’une trentaine de stations héliographiques, servies par des détachements du Signal Corps, transmettant par miroir et code Morse d’une crête à l’autre. Le dispositif couvrait plus de 15 000 km2 et permettait de diffuser en quelques minutes un renseignement qui aurait exigé des jours à cheval.
NOTA : C’est l’un des premiers emplois systématiques d’un réseau de transmissions optiques dans une opération de contre-guérilla, et l’ancêtre direct des dispositifs de renseignement en réseau appliqués aux mêmes problèmes un siècle plus tard.
La reddition
Elle n’est pourtant obtenue ni par le nombre ni par l’héliographe, mais par la négociation.
Le lieutenant Charles Gatewood, qui parlait apache et connaissait Geronimo, pénètre en août 1886 dans la Sierra Madre accompagné de deux éclaireurs chiricahuas, Kayitah et Martine, et de quelques hommes. Il obtient un entretien et transmet un argument décisif : les familles des combattants, restées à San Carlos, viennent d’être déportées en Floride ; se rendre est le seul moyen de les revoir.
Geronimo accepte. La reddition formelle a lieu le 4 septembre 1886 à Skeleton Canyon, devant Miles ; qui s’en attribuera le mérite et fera écarter Gatewood, lequel mourra sans reconnaissance.
Geronimo et sa bande sont déportés en Floride comme prisonniers de guerre. Le sont aussi les éclaireurs apaches qui avaient servi l’armée américaine, y compris Kayitah et Martine, sans lesquels la reddition n’aurait pas eu lieu, et les Chiricahuas qui étaient restés paisiblement à San Carlos. Environ cinq cents personnes au total.
Détenus à Fort Marion puis en Alabama, décimés par la tuberculose, transférés à Fort Sill en Oklahoma en 1894, ils resteront prisonniers de guerre 27 ans. Les enfants sont envoyés au pensionnat de Carlisle, où beaucoup meurent.
Geronimo devient une curiosité nationale : il paraît aux expositions universelles, vend des photographies dédicacées et défile en 1905 dans le cortège d’investiture de Theodore Roosevelt ; auquel il demande, sans l’obtenir, le retour de son peuple en Arizona. Il meurt d’une pneumonie à Fort Sill le 17 février 1909, toujours prisonnier de guerre.
Les Chiricahuas ne seront libérés qu’en 1913. Une partie s’installera au Nouveau-Mexique, l’autre restera en Oklahoma.
Aller au contenu PDF4 septembre 1911 : Roland Garros bat le record du monde d’altitude en avion.
Le record d’altitude était détenu par le capitaine Julien Félix avec 3 490 m. Le 4 septembre 1911, Roland Garros, jeune pilote de 23 ans, le porte à 3 910 m sur un Blériot XI équipé d’un moteur de cinquante chevaux.
L’exploit doit être mesuré à l’aune de ce qu’il exigeait : pas de cabine, pas d’oxygène, pas d’instruments de vol autres qu’un altimètre à membrane, une cellule en bois et toile, et un moteur rotatif dont la puissance chute avec la raréfaction de l’air. Garros portera son propre record à plus de 5 600 mètres en 1912.
Ces records ne sont pas uniquement sportifs car l’altitude est en 1911 un paramètre militaire essentiel : elle conditionne le champ d’observation, la portée de la reconnaissance et la vulnérabilité au tir depuis le sol. Les armées suivent ces tentatives de très près, et les commissions d’achat s’y réfèrent.
Le 23 septembre 1913, Garros réussit la première traversée aérienne de la Méditerranée, de Fréjus à Bizerte : 730 km, 07 h 53, avec seulement 5 litres d’essence restants.
Engagé en août 1914, Garros participe à la mise au point de la solution au problème central de l’aviation de combat naissante : comment tirer vers l’avant sans détruire son hélice.
Avec l’ingénieur Raymond Saulnier, il équipe son Morane-Saulnier type L de déflecteurs d’acier fixés sur les pales, qui renvoient les balles frappant l’hélice. Le procédé est efficace (une balle sur dix environ est déviée, avec les vibrations correspondantes) et permet au pilote de viser en pointant son avion, ce qui change la donne : jusque-là, la mitrailleuse était servie par un observateur tirant sur le côté.
Garros remporte trois victoires en trois semaines, à partir du 1er avril 1915. L’effet psychologique sur l’aviation allemande est considérable.
La capture
Le 18 avril 1915, une panne moteur le contraint à se poser près d’Ingelmunster, en Belgique occupée. Il ne parvient pas à incendier complètement son appareil.
Les Allemands récupèrent le dispositif et le confient à Anthony Fokker, qui va plus loin : plutôt que de dévier les balles, il synchronise le tir sur la rotation de l’hélice au moyen d’une came reliée au moteur. Le résultat, monté sur les Fokker E, donne à l’aviation allemande une supériorité de plusieurs mois que l’on appellera le « fléau Fokker ».
NOTA : L’épisode est un cas d’école du renseignement technique. Une innovation tactique perdue avec son support matériel a donné à l’adversaire non seulement le procédé, mais l’idée qui lui a permis de le perfectionner.
Garros est prisonnier 3 ans. Il s’évade le 14 février 1918 avec Anselme Marchal, gagne les lignes alliées, et obtient de reprendre le combat malgré une vue très dégradée par la captivité.
Il est abattu le 5 octobre 1918 près de Vouziers, dans les Ardennes, la veille de son trentième anniversaire et cinq semaines avant l’armistice.
Aller au contenu PDF4 septembre 1914 : Joffre décide la bataille de la Marne.
Au soir du 4 septembre, le commandant en chef français signe l’instruction qui met fin à la retraite entamée le 24 août et prescrit l’offensive générale pour le surlendemain. C’est la décision la plus lourde de sa carrière, et elle lui est en partie arrachée.
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Depuis le 3 septembre, les reconnaissances aériennes et la cavalerie ont confirmé que la Ire armée de von Kluck, qui devait envelopper Paris par l’ouest conformément au plan Schlieffen, a obliqué vers le sud-est pour se rabattre sur la IIe armée de Bülow. Elle passe à l’est de Paris et présente son flanc droit au camp retranché.
C’est l’occasion que Gallieni, gouverneur militaire de Paris, veut exploiter immédiatement avec l’armée Maunoury. Joffre hésite : son plan initial reportait le rétablissement plus au sud, sur la Seine, et il craint d’engager des troupes épuisées par douze jours de retraite.
La journée du 4
La journée se joue au téléphone et en visites. Gallieni presse Joffre. Franchet d’Espèrey, qui a remplacé Lanrezac à la tête de la Ve armée, donne son accord pour attaquer dès le 6. French, commandant le corps expéditionnaire britannique, très ébranlé et méfiant, finit par accepter de participer.
Au soir du 4 septembre, Joffre signe l’instruction générale n° 6, qui ordonne l’arrêt de la retraite et prescrit l’attaque pour le 6 au matin : l’armée Maunoury sur l’Ourcq, au nord-est de Meaux ; le corps britannique et la Ve armée face au nord ; la IXe armée de Foch tenant les marais de Saint-Gond.
Il diffusera le 6 au matin l’ordre du jour resté célèbre : au moment où s’engage une bataille dont dépend le salut du pays, il n’est plus permis de regarder en arrière, et une troupe qui ne peut plus avancer devra se faire tuer sur place plutôt que reculer.
La bataille de la Marne, du 6 au 12 septembre, ne détruit aucune armée allemande : elle les contraint au repli sur l’Aisne, où le front se stabilise pour 4 ans.
Elle décide néanmoins de la guerre, en ce qu’elle interdit définitivement la victoire rapide à l’ouest sur laquelle reposait toute la planification allemande. Moltke est relevé le 14 septembre. L’Allemagne devra soutenir la guerre sur deux fronts, ce que ses propres états-majors tenaient depuis vingt ans pour insoutenable.
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NOTA : La décision du 4 septembre illustre un point rarement souligné : la Marne n’a pas été gagnée par la faculté de saisir en quarante-huit heures une occasion créée par la faute de l’adversaire. C’est ce que la doctrine appelle aujourd’hui l’exploitation, et cela suppose un commandement capable de renoncer à son propre schéma.
Aller au contenu PDF4 septembre 1916 : catastrophe du tunnel de Tavannes (Verdun).
Vers 21 h 00, le dépôt de grenades installé à l’entrée du tunnel de Tavannes, sur le champ de bataille de Verdun, prend feu. L’incendie gagne la réserve de munitions. Plus de 500 hommes périssent dans un ouvrage où ils s’étaient réfugiés pour survivre. L’affaire est censurée et les morts déclarés disparus.
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Le tunnel de Tavannes est un ouvrage ferroviaire de 1 400 m percé sous la crête des Hauts de Meuse, à l’est de Verdun, sur la ligne de Metz. Désaffecté, il constitue à partir de février 1916 la seule voie couverte permettant d’atteindre le secteur du fort de Vaux et le ravin de la Fausse-Côte, l’ensemble des cheminements de surface étant battus par l’artillerie allemande.
Il devient donc tout à la fois abri, poste de commandement, dépôt de munitions, cantonnement de relève et poste de secours. Les conditions y sont décrites par tous les témoins comme épouvantables : obscurité, absence de ventilation, humidité, entassement de plusieurs milliers d’hommes, éclairage à l’acétylène, et blessés en attente d’évacuation.
Début septembre 1916 s’y trouvent l’état-major de la 146e brigade d’infanterie, des éléments du 8e régiment d’infanterie, des 22e, 24e et 98e régiments d’infanterie territoriale, et les formations sanitaires de la 73e division.
Le 4 septembre vers 21 h 00, le dépôt de grenades placé à l’entrée ouest prend feu ; l’origine exacte n’a jamais été établie. Un violent courant d’air propage l’incendie jusqu’à la réserve de munitions, dont l’explosion est ressentie dans toute la région.
Le tunnel se transforme en piège. Les Allemands, alertés par l’explosion, intensifient leurs bombardements sur les deux issues, empêchant l’évacuation et l’arrivée des secours. La sortie est, du côté ennemi, partiellement obstruée, est dégagée par les hommes de la seconde moitié de l’ouvrage, qui parviennent à sortir.
L’incendie dure deux à trois jours. Le nombre exact de victimes n’a jamais pu être établi, une grande partie des corps ayant été détruite : on retient plus de cinq cents morts, certaines évaluations allant au-delà.
L’affaire est censurée. La presse n’en dit rien. Les familles sont informées que leurs proches sont « disparus » ; mention qui, en droit, retarde considérablement la reconnaissance du décès, le versement des pensions et le règlement des successions.
Le commandement fait ensuite entreprendre des travaux de réfection et d’aménagement : ventilation, séparation des dépôts de munitions et des cantonnements, aménagement des issues.
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NOTA : Tavannes appartient à une série d’accidents qui, sur le front, ont tué autant que certains engagements sans jamais figurer dans les comptes rendus : explosions de dépôts, éboulements de sapes, accidents de manipulation. Leur occultation systématique explique qu’ils soient aujourd’hui encore mal comptabilisés dans les pertes de la Grande Guerre.

4 septembre 1922 : Doolittle traverse les États-Unis en une journée.
Un lieutenant de 25 ans relie la Floride à la Californie en un peu plus de vingt et une heures, sur un biplan de reconnaissance de la Grande Guerre, avec une seule escale de ravitaillement. Le vol n’est pas un exploit sportif : c’est une démonstration commandée pour convaincre le Congrès de financer l’aviation militaire.
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L’Air Service de l’armée américaine sort de la Première Guerre mondiale avec des effectifs et des crédits en chute libre. Depuis 1919, sous l’impulsion de Billy Mitchell puis dans le cadre du plan Lassiter d’expansion de l’aviation, il multiplie délibérément les tentatives de records (endurance, distance, altitude, vitesse) dans le but de produire une publicité favorable et obtenir du Congrès les crédits que celui-ci refuse.
Le vol transcontinental est l’argument le plus parlant. Il démontre qu’une force aérienne peut se redéployer d’un océan à l’autre en un jour, là où le chemin de fer demande une semaine. C’est le début du raisonnement sur la mobilité stratégique aérienne, qui structurera la doctrine américaine jusqu’à nos jours.
Une première tentative de Doolittle, en juillet 1922, s’était achevée par un accident au décollage sur le sable de Pablo Beach.
Le vol
Le 4 septembre 1922, le first lieutenant James Harold Doolittle décolle de la plage de Pablo Beach, en Floride (localité rebaptisée Jacksonville Beach en 1925), aux commandes d’un De Havilland DH-4B-1-S, numéro de série 22-353, biplan de reconnaissance et de bombardement léger d’origine britannique construit sous licence aux États-Unis, modifié pour emporter du carburant supplémentaire.
Il n’a, pour naviguer, qu’un compas magnétique, une montre et une carte. Il vole seul, de nuit pour une grande partie du trajet, et traverse le golfe du Mexique puis le désert du Sud-Ouest.
Une seule escale, à Kelly Field, près de San Antonio, au Texas, pour refaire le plein : une heure et seize minutes.
Il se pose à Rockwell Field, sur North Island, à San Diego. La distance est donnée entre 2 106 et 2 163 milles selon les sources — soit de 3 390 à 3 480 kilomètres — et la durée totale à 21 heures et 19 ou 20 minutes.
C’est la première traversée du continent nord-américain à l’intérieur d’une même journée civile. Le précédent record en solitaire, détenu par le lieutenant William D. Coney, était de 22 heures et 32 minutes de vol effectif ; Coney s’était tué l’année suivante en tentant de le battre.
Doolittle reçoit pour ce vol sa première Distinguished Flying Cross.
Doolittle
Le personnage mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il est le contre-exemple du pilote casse-cou que sa réputation suggère.
Doolittle entre au MIT en 1923, en sort avec une maîtrise en 1924 et un doctorat en aéronautique en 1925 — l’un des tout premiers délivrés aux États-Unis. Sa thèse porte sur les accélérations en vol et leurs effets sur la structure de l’avion et sur le pilote.
Le 24 septembre 1929, il réalise à Mitchel Field le premier vol complet aux seuls instruments : décollage, circuit, atterrissage sous capote occultant toute vue extérieure, avec un horizon artificiel et un gyroscope directionnel mis au point avec Elmer Sperry. C’est probablement sa contribution la plus importante à l’aéronautique — sans elle, ni l’aviation de transport ni les opérations aériennes par tous temps n’étaient possibles.
Il quitte l’armée en 1930 pour la Shell, où il obtient le développement du carburant à indice d’octane 100 dont dépendront les performances des moteurs de la Seconde Guerre mondiale.
Rappelé en 1940, il conduit le 18 avril 1942 le raid de seize B-25 décollant du porte-avions Hornet contre Tokyo — opération sans effet matériel et d’un retentissement considérable, qui lui vaut la Medal of Honor. Il commandera successivement la 12e, la 15e puis la 8e Air Force, et mourra en 1993, à quatre-vingt-seize ans, avec le grade de général d’armée aérienne conféré par le Congrès en 1985.

4 septembre 1939 : premier raid du Bomber Command sur l’Allemagne.
29 bombardiers britanniques attaquent les navires de guerre allemands à Wilhelmshaven et Brunsbüttel. 7 ne rentrent pas. Le premier raid de la guerre est un échec complet.
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Au lendemain de la déclaration de guerre, les objectifs autorisés sont strictement limités : seuls les navires de guerre en mer ou en rade peuvent être attaqués, à l’exclusion de tout objectif à terre, afin d’éviter les pertes civiles. Le Bomber Command lance donc ses Blenheim et ses Wellington contre l’escadre allemande.
Le résultat est catastrophique : La navigation est défaillante. Plusieurs formations ne trouvent pas leur objectif, et des bombes tombent sur la ville danoise d’Esbjerg, pays neutre, à cent kilomètres de la cible. La défense antiaérienne allemande est dense et la chasse réactive. 7 appareils sur 29 sont perdus, soit près d’un quart. 3 bombes atteignent le cuirassé de poche Admiral Scheer mais lâchées trop bas, elles n’ont pas le temps d’armer leurs fusées et rebondissent sans exploser. Un Blenheim touché s’écrase sur le croiseur Emden, causant les seuls dégâts de la journée et les premières pertes allemandes du fait de la RAF.
Deux membres d’équipage abattus, le sergent George Booth et l’aviateur Larry Slattery, sont capturés : ce sont les premiers prisonniers de guerre britanniques du conflit. Ils resteront détenus 5 ans et 8 mois.
3 raids diurnes semblables, en septembre et décembre 1939, aboutiront à des pertes de l’ordre de 50 %. Le Bomber Command en conclut que le bombardier de jour non escorté ne peut survivre au-dessus de l’Allemagne, et bascule sur le bombardement de nuit ; ce qui pose aussitôt le problème de la précision, que le rapport Butt de 1941 établira comme insoluble avec les moyens disponibles, et qui conduira à la doctrine du bombardement de zone.
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NOTA : Toute la controverse portant sur 3 plans sur l’offensive aérienne alliée procède de cette impasse, ouverte le 4 septembre 1939 :
- Le premier plan est moral et juridique : le ciblage délibéré des populations civiles, dénoncé dès 1941 à la Chambre des lords par l’évêque de Chichester George Bell, et jamais tranché depuis.
- Le second est celui de l’efficacité : la production de guerre allemande a culminé en 1944, sous les bombes, ce qui a nourri l’argument de l’inutilité ; argument auquel on oppose la mobilisation de près d’un million d’Allemands et de l’essentiel de l’artillerie de 88 pour la défense du territoire, l’attrition de la chasse allemande, et surtout la campagne contre le pétrole de 1944-1945, celle-là décisive.
- Le troisième est celui du coût : 55 573 tués sur environ 125 000 membres d’équipage, le taux de perte le plus élevé de toutes les formations britanniques.
4 septembre 1941 : incident de l’USS Greer.
Au sud-est de l’Islande, un destroyer américain et un sous-marin allemand échangent torpilles et grenades sous-marines. Personne n’est touché. Une semaine plus tard, Roosevelt en tire l’ordre de tirer à vue sur tout bâtiment de l’Axe rencontré dans les eaux de défense américaines.***
Le 4 septembre 1941, le destroyer USS Greer, vieille unité de 1918 en route vers l’Islande avec du courrier et des passagers, est informé par un avion de patrouille britannique de la présence du sous-marin U-652.
Le Greer prend le contact au sonar et le conserve pendant plus de 3 heures, transmettant en clair la position du sous-marin ; ce qui permet à l’avion britannique de larguer des grenades. Le commandant allemand, ne pouvant distinguer qui l’attaque et se croyant pris en chasse, tire deux torpilles sur le destroyer, qui les évite et riposte au grenadage.
Aucun des deux bâtiments n’est atteint.
Roosevelt en donne le 11 septembre une version incomplète. Il présente l’attaque comme une agression non provoquée contre un navire américain battant pavillon, dans des eaux de défense américaines, et compare les sous-marins allemands à des serpents à sonnette. Il omet que le Greer traquait le sous-marin depuis trois heures et guidait sur lui une attaque britannique.
Il annonce en conséquence l’ordre de tirer à vue (shoot on sight) sur tout navire de guerre de l’Axe pénétrant dans les eaux dont la défense incombe aux États-Unis, et l’escorte des convois alliés par la marine américaine jusqu’à l’Islande. Une enquête du Sénat, quelques semaines plus tard, établira la réalité des faits sans effet politique.
C’est la fin de la neutralité maritime américaine, 6 ans après le premier Neutrality Act, signé le 31 août 1935. La marine des États-Unis est désormais engagée de fait dans la bataille de l’Atlantique sans que la guerre ait été déclarée.
La suite est rapide : le destroyer Kearny est torpillé le 17 octobre, avec onze morts ; le Reuben James est coulé le 31 octobre avec cent quinze hommes. Le 17 novembre, le Congrès autorise l’armement des navires marchands et leur entrée dans les zones de combat.
Pearl Harbor survient 3 semaines plus tard.

4 septembre 1957 : premier vol du Lockheed JetStar.
À 08 h 58, le prototype d’un appareil conçu en deux cent quarante et un jours par l’équipe de Kelly Johnson décolle d’Edwards. Il deviendra le premier avion d’affaires à réaction produit en série et, sous la désignation C-140, l’un des outils les plus discrets et les plus indispensables de l’US Air Force.
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L’origine du JetStar n’est pas civile. L’US Air Force avait formulé au milieu des années 1950 deux spécifications :
- UCX, pour un appareil de liaison à réaction destiné au transport de personnel et de fret léger,
- UTX, pour un avion d’entraînement à l’instrument et de servitude.
Lockheed choisit d’y répondre sur fonds propres, sans attendre de contrat. Le projet est confié aux Advanced Development Projects ; le Skunk Works de Clarence « Kelly » Johnson, la même équipe qui venait de produire le U-2 et travaillait déjà sur ce qui deviendrait le SR-71.
L’appareil est conçu et construit en 241 jours, du feu vert au premier vol. C’est la marque de fabrique de cette organisation : effectifs réduits, autorité concentrée, sous-traitance minimale, prototypage rapide.
Le 4 septembre 1957 à 08 h 58, le prototype immatriculé N329J décolle de la base d’Edwards, en Californie, avec les pilotes d’essais Lockheed Ray J. Goudey et Bob Schumacher.
Le prototype est propulsé par deux turboréacteurs britanniques Bristol Siddeley Orpheus, faute de motorisation américaine disponible dans la classe voulue. Les appareils de série recevront quatre Pratt & Whitney JT12, militarisés sous la désignation J60, groupés par paires dans des nacelles accolées à l’arrière du fuselage.
La configuration donne au JetStar sa silhouette immédiatement reconnaissable : 4 réacteurs à l’arrière et, surtout, deux grands réservoirs médians fixés en plein milieu de l’aile ; solution inhabituelle, retenue pour l’autonomie sans allonger la voilure.
Le C-140
L’US Air Force retient l’appareil et le met en service sous la désignation C-140, dans deux emplois distincts :
- Le C-140A remplit une mission peu connue et essentielle : la vérification en vol des aides à la navigation. Ces appareils, dotés d’une instrumentation spécialisée, parcouraient le monde pour étalonner et contrôler les balises, les radiophares et les systèmes d’atterrissage aux instruments de l’ensemble des bases américaines et de leurs alliés. Une aide à la navigation dont l’alignement dérive de quelques dixièmes de degré tue des équipages : la mission est aussi ingrate qu’indispensable.
- Les C-140B et VC-140B assurent le transport de personnalités au sein de l’escadre de transport spécial d’Andrews. Certains ont porté l’indicatif Air Force One lorsque le président devait se poser sur un terrain trop court pour un Boeing.
Des JetStar ont également servi dans plusieurs forces aériennes étrangères, dont la Luftwaffe allemande, dans des rôles analogues de calibration et de liaison.
L’appareil est retiré du service américain à la fin des années 1980. Un peu plus de deux cents exemplaires auront été construits.
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NOTA : Deux points intéressent sur cet avion :
- Le premier est industriel : Le JetStar est l’un des rares cas où un constructeur a développé sur ses propres fonds un appareil répondant à une spécification militaire, puis en a tiré un marché civil qui a financé la série. Le schéma inverse (militaire d’abord, dérivé civil ensuite) est infiniment plus courant.
- Le second est doctrinal : Les C-140A appartiennent à cette catégorie de moyens dont l’existence ne se remarque que par leur absence car ils sont garants du fonctionnement de l’infrastructure sur laquelle repose tout le reste. Leur retrait, comme celui des appareils de calibration en général, est régulièrement invoqué dans les analyses consacrées à l’érosion des capacités de soutien des forces aériennes occidentales.








