NAVEXPO 2026 : quand l’innovation maritime prend le large entre civil et défense.

Créé en 2016 à Lorient, au cœur d’un écosystème maritime unique en Europe réunissant la Marine nationale, Naval Group et la FORFUSCO, NAVEXPO s’est imposé en une décennie comme le rendez-vous des solutions navales « duales », à la croisée des usages civils et militaires. Sa signature, l’« Expo Dynamique », fait de ce salon un cas à part dans le paysage des événements professionnels : ici, drones de surface, ROV, semi-rigides autonomes et systèmes robotisés sont évalués à flot, en conditions réelles, sous les yeux d’opérateurs et de décideurs.

À l’heure du réarmement européen, de la montée en puissance des enjeux de souveraineté technologique et de l’accélération des programmes autour des systèmes autonomes maritimes, l’édition 2026 marque un tournant. Gildas Bernard, commissaire général du salon, revient pour Theatrum Belli sur la montée en puissance de la dimension défense de NAVEXPO, le partenariat opérationnel inédit noué avec la FORFUSCO, l’arrivée de nouveaux démonstrateurs emblématiques — du SRA USV de Zodiac Milpro au drone Magellan de Couach — et l’ambition assumée d’offrir aux acteurs de la défense un format complémentaire des grands rendez-vous institutionnels : plus agile, plus terrain, et résolument tourné vers l’évaluation concrète des innovations. Propos recueillis par Stéphane Gaudin.

NAVEXPO se définit comme un salon de solutions « duales », civiles et militaires. Comment gérez-vous la cohabitation de ces deux mondes sur un même salon, notamment en termes d’accès, de confidentialité et d’exigences protocolaires spécifiques aux acteurs de défense ?

La cohabitation est très sereine car les entreprises réunies à NAVEXPO ont cette culture duale et ont donc l’habitude de travailler aussi bien dans un environnement défense que civil.

Nous restons attentifs aux exigences spécifiques de certains acteurs défense, notamment en matière de confidentialité ou de rencontres ciblées, tout en conservant l’ADN ouvert et concret du salon.

Lorient n’a pas été choisie par hasard : c’est une ville à forte empreinte navale militaire avec la Marine nationale, les chantiers navals, DCNS/Naval Group à proximité. En quoi cette proximité est-elle un atout structurant pour NAVEXPO dans sa dimension défense ?

Lorient possède un écosystème maritime exceptionnel, à la fois industriel et militaire. La présence de la Marine nationale, de Naval Group, de la FORFUSCO crée un environnement particulièrement cohérent pour NAVEXPO.

Depuis les premières éditions, nous avons naturellement cultivé cette proximité en invitant les responsables de Naval Group, de la FORFUSCO ou d’autres acteurs de l’action de l’État en mer à découvrir le salon et à rencontrer les exposants.

Cette implantation à Lorient et cette proximité avec ce monde de la défense donne au salon une vraie crédibilité opérationnelle et facilite les connexions entre industriels, opérateurs et décideurs.

Les démonstrations en mer de drones USV, UUV, ROV et UAV constituent la signature unique de NAVEXPO — l’« Expo Dynamique ». Quelles sont les nouvelles capacités de drones à vocation défense que vous attendez pour cette édition 2026, notamment avec des acteurs comme SIREHNA (filiale Naval Group) ou COUACH et son drone Magellan ?

Cette année, plusieurs industriels renforcent leur présence autour des drones marins et des systèmes robotisés avec des démonstrations en conditions réelles dans l’Expo Dynamique du salon, la signature du salon qui a su progressivement convaincre les exposants de sa pertinence.

Zodiac Milpro, en partenariat avec SeaOwl, dévoilera le SRA USV, un semi-rigide innovant combinant mode autonome (USV) et mode piloté (RIB), dont les démonstrations seront retransmises en direct en vidéo dans le salon. Seair présentera à flot son semi-rigide à foils FT80. Le chantier naval Couach présentera à flot son drone USV Magellan. SIREHNA, filiale de Naval Group, exposera de manière renforcée et présentera aussi un nouveau petit drone de surface en démonstration.

Nous aurons également des démonstrations de ROVs avec des acteurs comme le fabricant français Delair, l’entreprise lorientaise RTsys, l’entreprise française Ema-Tech, ou la jeune société française DSV.

Ce qui est particulièrement intéressant à NAVEXPO, c’est que ces solutions peuvent être observées dans un environnement réel, à flot ou sous l’eau, ce qui permet aux opérateurs d’apprécier concrètement leurs capacités opérationnelles.

Zodiac Milpro SRA USV. Crédit : NavExpo 2026.

Les drones de surface autonomes (USV) sont au cœur des nouvelles stratégies navales, notamment pour la surveillance maritime, la lutte anti-drones et la guerre des mines. Constatez-vous une accélération des projets opérationnels chez les industriels présents, portée par les tensions géopolitiques actuelles ?

Oui, très clairement. Depuis plusieurs éditions, nous observons une forte accélération de l’intérêt pour les solutions autonomes maritimes, aussi bien dans l’offshore que dans les domaines de la sécurité maritime ou de la défense.

Les tensions géopolitiques récentes ont évidemment renforcé les besoins en surveillance, en protection d’infrastructures critiques, en guerre des mines ou en observation maritime.

Les industriels présents à NAVEXPO travaillent désormais sur des solutions de plus en plus matures et opérationnelles.

Les démonstrateurs en mer permettent de « tester en conditions réelles ». Est-ce qu’il arrive que des représentants de forces navales ou d’organismes d’acquisition de défense utilisent NAVEXPO comme terrain d’évaluation informel de technologies ?

Le format très opérationnel du salon permet effectivement des observations concrètes des technologies présentées.

Cette année, notre partenariat opérationnel avec la FORFUSCO illustre ce rapprochement entre opérateurs de la Marine nationale et certains industriels ciblés autour de démonstrations scénarisées, préparées en amont, afin d’observer et d’évaluer des solutions drones ou de plongée.

Cette édition 2026 rassemble des exposants tels que ZODIAC MILPRO, SILLINGER, JFD, RTsys Group ou SRS-Strategic Robotic Systems – des noms emblématiques du secteur défense/forces spéciales. Comment avez-vous structuré l’offre exposants pour répondre aux besoins spécifiques des opérateurs militaires ?

NAVEXPO reste un salon à taille humaine, ce qui nous donne une vraie agilité. Nous pouvons donc mettre en place des formats de rencontres plus ciblés et adaptés aux besoins spécifiques de ces acteurs défense.

Drone USV Couach. Crédit : NavExpo 2026.

Les forces spéciales, la Marine nationale, et les garde-côtes ont des besoins très précis en matière d’embarcations rapides, de plongée opérationnelle ou d’interception. NAVEXPO prévoit-il des formats de rencontres dédiés entre ces opérateurs et les industriels, au-delà du simple passage sur stand ?

Oui, c’est une nouveauté importante de cette édition 2026. Des démonstrations scénarisées, des rencontres ciblées, des moments d’échanges plus confidentiels sont en préparation.

Dans un contexte de réarmement européen et d’augmentation des budgets défense, NAVEXPO bénéficie-t-il d’un regain d’intérêt de la part des industriels et des décideurs militaires ? Avez-vous constaté une évolution notable du profil des visiteurs depuis deux ou trois éditions ?

Nous constatons une augmentation importante des visiteurs issus du secteur défense depuis 2024 (GPD, Maitrise des fonds marins, FORFUSCO, DGA, AID, CEPN…) tout comme de l’action de l’État en mer (Douane, Gendarmerie).

Et des industriels spécialisés défense viennent désormais exposer à NAVEXPO pour son format opérationnel qui leur permettent de mettre en valeur leurs solutions innovantes de manière très concrète.

La souveraineté technologique est devenue un enjeu stratégique majeur. NAVEXPO met-il en avant des solutions 100 % françaises ou européennes capables de répondre aux appels d’offres de défense, face à la concurrence américaine ou asiatique dans le domaine des drones maritimes ?

Oui, de nombreuses entreprises françaises de la BITD ou d’autres pays européens seront présentes à NAVEXPO.

Nous observons aujourd’hui une forte dynamique autour des solutions souveraines dans les domaines des drones, de la robotique sous-marine, des communications, des systèmes embarqués ou encore des nouvelles énergies maritimes.

Mais le marché reste également très international, avec des industriels français intégrant parfois des équipements américains ou asiatiques. NAVEXPO reflète aussi cette réalité industrielle.

Quelles sont, selon vous, les innovations technologiques présentées à NAVEXPO 2026 qui auront le plus fort potentiel de basculement du civil vers le militaire – ou inversement – dans les prochaines années ?

Les technologies autonomes maritimes seront probablement parmi les plus structurantes que ce soit pour la défense ou l’offshore : drones de surface, robotique sous-marine, navires autonomes.

Les systèmes de foils, issus des bateaux de course au large, sont de plus en plus plébiscités par la défense pour le gain en stabilité, en autonomie et en vitesse qu’ils apportent notamment aux drones de surface.

L’intelligence artificielle embarquée, développée notamment dans la voile de compétition, propose désormais des solutions dédiées à la surveillance maritime, avec des applications très prometteuses dans la protection de sites sensibles ou de parc éoliens offshore

Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est que beaucoup d’innovations circulent désormais très rapidement entre les usages civils et les usages défense.

L’intelligence artificielle embarquée à bord de drones maritimes change la donne en matière d’autonomie décisionnelle. Est-ce un sujet qui fait débat dans les conférences de NAVEXPO, notamment sur les enjeux éthiques et réglementaires du « man in the loop » en contexte militaire ?

Effectivement, c’est devenu un sujet incontournable. Le sujet de l’IA appliqué au naval de défense sera notamment abordé dans le cadre d’une  conférence organisée par l’AMIAD au cours du salon.

NAVEXPO a justement vocation à permettre ces échanges entre industriels, opérateurs et experts autour des usages concrets de ces technologies.

NAVEXPO existe depuis 2016. Où en est la part « défense » dans l’ADN du salon aujourd’hui, et quelle ambition avez-vous pour en faire un rendez-vous incontournable des décideurs défense du maritime en Europe, à l’image d’un Euronaval ou d’un DSEI, mais à format plus opérationnel et terrain ?

La dimension défense est clairement en croissance dans les profils des exposants et des visiteurs.

Mais NAVEXPO restera un salon dual. Car c’est précisément cette interconnexion entre les mondes civils et défense qui stimule aujourd’hui une grande partie de l’innovation maritime.

Nous continuerons à développer ce format opérationnel agile, capable de proposer aux acteurs de la défense des conditions sur-mesure pour observer et évaluer des innovations concrètes.

Nous portons clairement l’ambition de faire de NAVEXPO une offre opérationnelle complémentaire des grands salons institutionnels du secteur défense.

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