L’énergie, et avec elle la batterie, condition sine qua non de la manœuvre.

Ce rapport, fruit de près de deux ans de travaux menés sous l’égide du GICAT avec industriels, opérationnels, experts étatiques (EMAT, DGA, AID) et chercheurs (CEA), dresse l’état des lieux de la dépendance croissante des forces terrestres à l’énergie électrique. L’énergie est devenue un facteur déterminant de supériorité opérationnelle, et non un simple soutien logistique.

L’enjeu énergétique. Le soldat du XXIe siècle est une plateforme électronique ambulante (radios, navigation, vision nocturne, drones, capteurs). Les besoins explosent : une mission de 72 heures consommait 300-350 Wh par soldat vers 2010-2020, contre 1 500 à 2 000 Wh projetés en 2030. Les véhicules SCORPION (Griffon, Jaguar, Serval) consomment plusieurs kilowatts même à l’arrêt.

Héritages et transitions technologiques. Les ruptures naissent désormais dans le civil, surtout l’automobile (≈750 GWh produits en 2023), dont la défense bénéficie par dualité. Le lithium-ion domine via ses variantes (LFP, NMC, NCA), arbitrant entre densité, sécurité, durée de vie et coût. Les pistes émergentes (tout-solide, sodium-ion, architectures 800V, cell-to-pack) promettent gains de sécurité et de compacité. Le rapport distingue deux mondes : les batteries débarquées (usage maîtrisé, ex. la BB-2590/U employée dans 90+ applications) et les batteries embarquées, en pleine transition vers l’hybridation. Les piles primaires (Li-SOCl₂, Li-MnO₂, Li-SO₂), fabriquées en France par SAFT, offrent fiabilité, forte densité (600-700 Wh/kg) et souveraineté.

Souveraineté et matières premières. La souveraineté reste lointaine : lithium, nickel et cobalt sont majoritairement extraits, raffinés et contrôlés hors d’Europe. La Chine domine la filière (>50% des brevets, 85% des capacités de production via CATL et BYD) et utilise les restrictions à l’exportation comme arme géopolitique. La filière française naissante (ACC, Verkor, Tiamat) accuse un déficit de capacité dès 2030.

Spécificités de défense. Adapter le civil au militaire est une transformation, non un transfert : chocs, températures extrêmes, vibrations, agressions balistiques, risques d’emballement thermique. Le BMS devient le « système nerveux » de la batterie. Les coûts de qualification (NRE) sont massifs – ratio développement/production unitaire pouvant atteindre 1 000 – d’où l’importance de spécifications précises (norme/méthode/paramètre) pour éviter la sur-spécification.

Logistique. La mutation la plus silencieuse : le lithium-ion exige une maintenance active (charge, cyclage, diagnostic), un stockage contrôlé et un transport réglementé. La batterie passe du statut de consommable à celui d’organe suivi. Le rapport recommande des conteneurs MCO projetables et des chargeurs universels intelligents.

8 recommandations structurent les orientations stratégiques :

  • Généraliser le lithium-ion dans les systèmes terrestres
  • Rendre le BMS obligatoire
  • Réutiliser les designs déjà qualifiés
  • Standardiser formats, interfaces et protocoles
  • Accélérer l’hybridation et intégrer l’énergie dès la conception
  • Lancer un GT sur le transfert d’énergie entre plateformes
  • Investir dans une nouvelle chaîne logistique
  • Créer une gamme de batteries standardisées avec guide technique

L’énergie est une condition sine qua non de la manœuvre. La maîtrise des batteries détermine l’autonomie, la mobilité, la résilience ainsique la supériorité des forces terrestres à l’horizon 2030. Elle est un enjeu désormais tactique, stratégique et capacitaire.

Aller au contenu PDF

THEATRUM BELLI

Il y aura toujours un "théâtre de guerre" : militaire, économique, techno-industriel, informationnel, culturel...

L’actualité nous rappelle chaque jour que les questions de défense ne sont plus réservées aux spécialistes. Elles nous concernent tous.

Je m’engage ! Je m’abonne !

Estafette

Je reçois régulièrement la lettre d'information exclusive

+ consultation de 3 articles chaque mois.

Recevoir l'Estafette
Réservé aux 300 premiers abonnés

Pionnier

29 €/an

Puis 39 €/an à partir du 301ᵉ abonné

270 places restantes sur 300

Accès illimité aux articles (+10 000 notes) et à la bibliothèque numérique (+900 documents téléchargeables).

Offert : un document PDF exclusif, pour tout abonnement.

Devenir Pionnier

Le tarif de 29 € (soit moins de 2,50 €/mois) est réservé aux 300 premiers abonnés. Dès le 301ᵉ abonné, l’abonnement passe à 39 €/an (3,25 €/mois).

Une grande bibliothèque pour le prix d’un seul livre !

ARTICLES CONNEXES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Abonnez-vous à notre lettre d'information hebdomadaire

Dans le cadre de notre opération de promotion estivale, ce numéro de Marine & Océans est exceptionnellement accessible gratuitement et en intégralité.
 
Marine & Océans remercie chaleureusement ses fidèles abonnés pour leur compréhension et leur confiance renouvelée.
 
À tous ceux qui nous découvrent aujourd’hui et souhaitent mieux comprendre les grands enjeux maritimes :
 
 
Rejoignez la communauté Marine & Océans et accompagnez-nous tout au long de l’année.

Dernières notes

COMMENTAIRES RÉCENTS

ARCHIVES TB