14 septembre 1918 : un bombardier Voisin effectue un vol de 51 minutes sans pilote à bord.

Deux mois avant l’armistice, le capitaine Max Boucher fait voler un avion militaire sans équipage sur une centaine de kilomètres. L’expérience prolonge des essais commencés à Avord en 1917. Ces travaux sont aujourd’hui présentés comme l’un des premiers jalons de l’histoire des drones.

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Max Boucher naît le 11 avril 1879 à Voiron, dans l’Isère. Après Saint-Cyr, dont il sort en 1902, il sert dans la cavalerie, notamment à Madagascar, puis rejoint l’aéronautique militaire en 1912. L’année suivante, il obtient le grade de capitaine et le brevet de pilote n° 413, puis prend le commandement d’une escadrille. Il est fils de médecin. 

À cette période, il s’intéresse aux recherches de l’ingénieur Octave Détable. Celui-ci travaille depuis 1894 à la mise au point d’un avion sans pilote. Les deux hommes font un premier essai en 1914, qui échoue : le moteur de l’appareil, d’une puissance de 30 CV, ne suffit pas à le faire décoller. Ils prévoyaient de recommencer avec une motorisation plus puissante lorsque la guerre a éclaté. Mobilisé, Boucher soutenait qu’une flotte de quelques centaines d’appareils du type Détable permettrait de terminer la guerre en six mois. 

En 1915, Boucher est chargé de réorganiser l’école d’aviation d’Avord, dans le Cher. Il y monte les stabilisateurs de Détable sur deux avions Voisin. Le terrain est alors très actif : en 1918, il compte 1 300 avions et plus de 6 000 personnes. 

Le 2 juillet 1917, à 16 h 15 et sous une pluie fine, Boucher lance le moteur d’un Voisin 150 HP aux ailes raccourcies. L’appareil roule sur 150 m, décolle, tourne progressivement vers la droite et parcourt un peu plus de 500 m en montant jusqu’à 50 m. Il n’emporte que 2 litres de carburant. Il se pose en touchant le sol de l’aile droite, sans se briser. Un procès-verbal consigne l’essai. Cette première expérience a été guidée depuis le sol. 

Le vol du 14 septembre 1918

Les essais se poursuivent l’année suivante avec un soutien politique. Selon la base documentaire des artilleurs, Boucher obtient l’appui de Georges Clemenceau, alors président de la commission de l’Armée au Sénat, pour tester un « avion automatique ». Le général Ferrié, considéré comme le fondateur des transmissions militaires, conseille le projet. L’appareil est qualifié d’automatique parce que son pilote peut le diriger en appuyant sur quelques boutons. Cette étape doit précéder la commande à distance par TSF. 

Le 14 septembre 1918, près d’Étampes, le bombardier Voisin LBP n° 1712 parcourt sans incident un circuit complexe d’environ 100 km en 51 minutes. Le tracé a été publié plus tard par la revue La Nature. Selon cette source, l’avion est commandé depuis un autre appareil au moyen d’un émetteur de type E. 10. Un autre récit attribue la durée du vol à la plus grande quantité de carburant embarquée par rapport à 1917. 

Les sources ne s’accordent pas sur tous les détails. Plusieurs d’entre elles désignent l’appareil comme un Voisin BN3, alors que d’autres parlent d’un Voisin LBP. Certains récits situent implicitement le vol à Avord. La base documentaire des artilleurs, qui s’appuie sur des revues des années 1920, le situe près d’Étampes. Le mode de guidage reste lui aussi incertain. Pour le président du comité Pégoud, c’est le vol de 100 km de 1923 qui constitue l’acte fondateur des avions sans pilote. Selon lui, c’est lors de ce vol que le Voisin est téléguidé depuis un autre avion. 

Toujours selon ce responsable, Boucher avait mené ses essais sans l’accord de sa hiérarchie. Il a dû quitter l’école d’Avord et les expériences ont été interrompues. 

Reprise des essais et abandon

Les travaux, suspendus après l’armistice, reprennent en 1922. Ils portent sur la stabilité de l’appareil, la protection contre le brouillage et la commande simultanée de plusieurs engins. Boucher travaille alors avec Maurice Percheron, un ancien ingénieur. Ils utilisent un système Sperry, dans lequel des gyroscopes couplés stabilisent l’avion et le ramènent à l’horizontale.

Le 17 avril 1923, Boucher présente son avion automatique au sous-secrétaire d’État à l’Aéronautique. Un Voisin équipé de stabilisateurs gyroscopiques Sperry décolle de l’aérodrome de Villesauvage, près d’Étampes. D’autres essais suivent jusqu’en juin 1923. Au départ, la mission est entièrement programmée à l’avance. Un barographe met l’avion en palier à l’altitude prévue. Un chronomètre déclenche les virages, le largage des bombes et l’atterrissage. Le guidage par radio est également testé, avec un dispositif protégé contre le brouillage. 

Le projet suscite de l’intérêt, mais l’état-major français doute de son utilité militaire. Les crédits sont supprimés en 1924 et les essais prennent fin. Max Boucher meurt le 16 décembre 1929 à Neuilly-sur-Seine. 

La France n’est pas seule sur ce terrain. En 1916, les Britanniques essaient l’Aerial Target, un avion commandé par télégraphie sans fil. En 1917, les Américains conçoivent le Hewitt-Sperry Automatic Airplane, destiné à servir de torpille aérienne. Le vol d’Avord du 2 juillet 1917 est néanmoins souvent présenté comme le premier vol d’un drone militaire. Aujourd’hui, une maquette de Voisin X expérimental conçu par Boucher, munie d’une tige de contrôle automatique de l’atterrissage, est exposée au musée Pégoud de Montferrat, en Isère. 

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