15 octobre 1529 : Soliman le Magnifique lève le siège de Vienne.
Après 19 jours d’investissement et un ultime assaut repoussé la veille, le sultan ottoman Soliman Ier ordonne la retraite de son armée, qui abandonne les abords de Vienne. Premier coup d’arrêt majeur porté à l’expansion ottomane en Europe centrale, l’échec de 1529 fixe pour un siècle et demi la frontière entre les deux empires dans la plaine hongroise.
Trois ans après l’écrasement de l’armée hongroise à Mohács (29 août 1526), où le roi Louis II a trouvé la mort, la couronne de Hongrie est disputée entre deux prétendants : Jean Zápolya, soutenu par la Porte, et l’archiduc Ferdinand de Habsbourg, frère de Charles Quint. En 1527, Ferdinand s’empare de Buda. Soliman décide d’y répondre par une grande campagne qui doit rétablir son protégé et frapper les Habsbourg au cœur de leurs États héréditaires.
L’armée ottomane quitte Constantinople le 10 mai 1529. Elle compte probablement plus de 100 000 hommes, auxquels s’ajoutent des contingents vassaux de Moldavie et de Serbie et des milliers de cavaliers irréguliers (akıncı). Des pluies exceptionnelles transforment les routes des Balkans en bourbiers : une grande partie de l’artillerie lourde, enlisée, doit être laissée en arrière, tandis que les maladies et les pertes de chameaux affaiblissent le train. Buda est reprise début septembre et Zápolya y est replacé sur le trône.
Vienne, défendue par une enceinte médiévale vétuste, n’a eu que quelques semaines pour se préparer. Le commandement est confié au vieux comte Niklas Salm, assisté de Wilhelm von Roggendorf ; Ferdinand, lui, est resté à Linz pour réunir des secours. La garnison, d’environ 17 000 hommes, rassemble des lansquenets allemands, des milices bourgeoises et un contingent d’arquebusiers espagnols. Les faubourgs sont rasés pour dégager les glacis, les portes murées, et l’on élève derrière le rempart une seconde ligne de terre et de palissades.
Les Ottomans investissent la ville le 27 septembre. Faute de grosses pièces, leurs 300 canons de petit calibre ne peuvent ouvrir de brèche décisive : Soliman mise sur la sape. Les mineurs creusent des galeries sous les murs, en particulier vers la porte de Carinthie, mais les défenseurs les repèrent à l’écoute et les éventent par des contre-mines et des sorties. Plusieurs fourneaux explosent pourtant et ouvrent des brèches où se succèdent des assauts furieux, notamment le 12 octobre, tous repoussés au prix de lourdes pertes.
Le 14 octobre, un dernier assaut général échoue à son tour. Les vivres manquent, les pluies d’automne gâtent la poudre, les janissaires murmurent et l’hiver approche alors que l’armée se trouve à des semaines de marche de ses bases. Dans la nuit, les assiégeants mettent le feu à leur camp ; le 15 octobre, Soliman donne l’ordre du repli. La retraite, sous des chutes de neige précoces et harcelée par la cavalerie impériale, coûte encore de nombreuses vies et une partie des bagages.
Les pertes ottomanes de la campagne sont souvent estimées à environ 15 000 hommes ; la garnison viennoise a perdu environ 1 500 des siens. Blessé pendant le siège, le comte Salm meurt l’année suivante. Soliman revient en 1532, mais sa nouvelle offensive s’enlise devant la petite place de Kőszeg (Güns) et ne touche jamais Vienne. La paix de Constantinople, en 1533, consacre le partage de fait de la Hongrie. Il faudra attendre 1683 pour qu’une armée ottomane se présente de nouveau sous les murs de la capitale autrichienne.
15 octobre 1793 : premier jour de la bataille de Wattignies.
L’armée du Nord du général Jourdan, accompagnée de Lazare Carnot, membre du Comité de salut public, attaque l’armée de couverture autrichienne qui protège le siège de Maubeuge. La journée du 15 octobre se solde par un échec coûteux ; c’est le lendemain, en concentrant ses forces sur le plateau de Wattignies, que Jourdan arrache la victoire et oblige le prince de Saxe-Cobourg à lever le siège.
À l’automne 1793, la République est menacée sur toutes ses frontières. Après la chute de Condé, de Valenciennes et du Quesnoy, le prince Frédéric-Josias de Saxe-Cobourg investit Maubeuge à la fin du mois de septembre ; la place, où se sont repliées des troupes du camp retranché sous les ordres du général Ferrand, abrite près de 20 000 hommes. Pendant que les Autrichiens et les Hollandais du prince d’Orange resserrent l’étau, le corps de Clerfayt tient une ligne de hauteurs au sud de la Sambre pour interdire toute tentative de dégagement.
Jean-Baptiste Jourdan vient de recevoir le commandement de l’armée du Nord, après l’arrestation de Houchard. Il sait que son prédécesseur sera guillotiné et que Carnot, venu en personne de Paris, attend un succès rapide. Il dispose d’environ 45 000 hommes, en grande partie des bataillons de volontaires et de réquisitionnaires mal équipés, auxquels Carnot fait livrer en hâte fusils, chevaux, vivres et chaussures.
Le 15 octobre au matin, l’armée attaque sur un large front en trois masses à peu près égales : l’aile gauche vers Saint-Remy-Chaussée, le centre sur Dourlers, l’aile droite du général Duquesnoy vers Wattignies. L’assaut du centre se brise sur les positions autrichiennes de Dourlers, battues par l’artillerie, et les bataillons refluent en désordre avec de lourdes pertes. Une tradition tenace attribue à Carnot l’insistance pour mener cette attaque frontale. Sur la droite, les troupes de Duquesnoy progressent vers Wattignies sans pouvoir s’y établir solidement.
La garnison de Maubeuge, qui aurait pu prendre les assiégeants à revers, ne bouge pas. Au soir, le dispositif français a fait la démonstration de sa faiblesse : l’effort, réparti de manière égale, n’a nulle part été décisif. Dans la nuit, Jourdan regroupe une part importante de ses forces face au plateau de Wattignies, clé de la position ennemie.
Le 16 octobre, jour où Marie-Antoinette monte à l’échafaud à Paris, l’attaque concentrée emporte Wattignies après de rudes combats. Cobourg, qui se croit face à des forces bien supérieures, lève le siège de Maubeuge dans la nuit et se replie derrière la Sambre. Le village prendra le nom de Wattignies-la-Victoire. De retour à Paris, Carnot s’attribue l’essentiel du mérite ; Jourdan, relevé de son commandement en janvier 1794, ne doit sans doute la vie qu’au témoignage du représentant en mission Ernest-Joseph Duquesnoy, frère du général.
15 octobre 1815 : Napoléon arrive en rade de Sainte-Hélène.
Après 70 jours de mer, le vaisseau HMS Northumberland, qui porte l’Empereur déchu et sa petite suite, jette l’ancre devant Jamestown, unique bourgade de l’île de Sainte-Hélène, en plein Atlantique Sud. Napoléon débarque le 17 octobre au soir. Il ne quittera plus l’île, où il meurt le 5 mai 1821.
Après Waterloo et sa seconde abdication (22 juin 1815), Napoléon gagne Rochefort dans l’espoir d’embarquer pour les États-Unis. La croisière britannique bloque la rade : le 15 juillet, il se rend au capitaine Maitland et monte à bord du HMS Bellerophon, qui le conduit à Torbay puis à Plymouth. Le 31 juillet, le gouvernement britannique lui notifie sa destination : Sainte-Hélène, possession de la Compagnie des Indes orientales, à près de 1 900 km des côtes d’Afrique et à plus de 7 000 km de l’Europe.
Le 7 août, Napoléon est transféré sur le Northumberland, vaisseau de 74 canons commandé par le contre-amiral Sir George Cockburn, chargé de le conduire et de le garder jusqu’à l’arrivée d’un gouverneur. L’accompagnent le grand maréchal du palais Bertrand et son épouse, le général de Montholon et la sienne, le général Gourgaud, le comte de Las Cases et son fils, ainsi que des serviteurs dont le premier valet de chambre Marchand. Le chirurgien irlandais Barry O’Meara, venu du Bellerophon, devient son médecin.
La traversée, ponctuée d’une escale à Madère, se déroule sans incident. Napoléon lit, dicte à Las Cases les premiers éléments de ce qui deviendra le Mémorial, joue aux cartes et parle peu aux officiers anglais, qui ne lui donnent que le titre de « général Bonaparte ». Le 15 octobre, le navire mouille devant Jamestown. Depuis le pont, l’Empereur observe longuement à la lunette les falaises volcaniques qui ceinturent l’île, garnies de batteries.
Il met pied à terre le 17 octobre à la nuit tombée, pour échapper à la foule des curieux, et passe sa première nuit dans une maison de Jamestown. Dès le lendemain, Cockburn l’installe provisoirement au pavillon des Briars, propriété du négociant William Balcombe, en attendant l’aménagement de Longwood House, sur un plateau venté de l’intérieur, où il s’établit le 10 décembre 1815.
Pour garder un seul homme, Londres déploie des moyens considérables : une garnison renforcée de plusieurs régiments, une escadre qui croise en permanence autour de l’île, des postes de signaux sur les crêtes, et l’occupation des îles voisines d’Ascension et de Tristan da Cunha pour interdire toute tentative d’évasion. En avril 1816, le général Sir Hudson Lowe prend ses fonctions de gouverneur ; ses rapports avec le captif se dégradent très vite et pèseront sur les cinq années suivantes.
Aller au contenu PDF
15 octobre 1863 : le sous-marin confédéré H. L. Hunley sombre en rade de Charleston avec son inventeur.
Lors d’un exercice de plongée dans le port de Charleston (Caroline du Sud), le sous-marin H. L. Hunley ne remonte pas. Les 8 hommes à bord périssent, dont Horace Lawson Hunley, qui a financé et conçu l’engin. Renfloué une seconde fois, le bâtiment deviendra quatre mois plus tard le premier sous-marin à couler un navire de guerre au combat.
Avocat de La Nouvelle-Orléans, Horace L. Hunley s’associe dès 1861 aux mécaniciens James McClintock et Baxter Watson pour mettre au point un submersible capable de briser le blocus nordiste, encouragé par les primes promises pour la destruction de navires de l’Union. Un premier prototype, le Pioneer, est sabordé à la chute de La Nouvelle-Orléans en 1862 ; un second, l’American Diver, construit à Mobile, coule par gros temps au début de 1863 sans faire de victimes.
Le troisième modèle, achevé à Mobile (Alabama) au printemps 1863, mesure environ 12 mètres pour un peu plus d’un mètre de diamètre intérieur. Il est mû par une hélice entraînée à la main par sept hommes assis le long d’un vilebrequin ; un huitième, à l’avant, commande la barre, les ballasts et les plans de plongée. Après une démonstration réussie contre une barge à Mobile, il est acheminé par chemin de fer jusqu’à Charleston, où il arrive le 12 août 1863, à la demande du général Beauregard, qui défend la ville assiégée par l’Union.
Le 29 août, une première catastrophe frappe : le sous-marin, amarré au quai de Fort Johnson, est entraîné sous l’eau par le remous d’un vapeur alors que ses écoutilles sont ouvertes. 5 hommes se noient. Renfloué, il est confié à un nouvel équipage formé d’hommes venus de Mobile et familiers de l’engin, que Hunley prend lui-même en main.
Le 15 octobre au matin, Hunley prend le commandement pour une attaque simulée contre le navire de réception confédéré Indian Chief. Le sous-marin plonge et ne reparaît pas. Lorsqu’on le relève, début novembre, la proue enfoncée dans la vase, les observateurs constatent que le robinet du ballast avant est resté ouvert : l’appareil a sans doute plongé trop fortement, et l’équipage n’a pu ni vider les ballasts ni ouvrir les écoutilles. Horace Hunley est inhumé avec les honneurs militaires au cimetière de Magnolia, à Charleston, le 8 novembre 1863.
13 hommes sont morts sans que l’engin ait approché l’ennemi. Beauregard n’autorise sa remise en service qu’à condition qu’il attaque en surface, une torpille à espar fixée à la proue. Le 17 février 1864, sous le commandement du lieutenant George E. Dixon, le Hunley frappe la corvette USS Housatonic, qui coule en quelques minutes avec 5 hommes. Le sous-marin ne rentre pas : il disparaît avec ses 8 hommes.
Localisée en 1995, l’épave est relevée le 8 août 2000. Les restes de l’équipage, retrouvés à leurs postes, sont inhumés à Magnolia le 17 avril 2004, non loin de la tombe de Hunley. Le submersible est aujourd’hui conservé au Warren Lasch Conservation Center, à North Charleston.

15 octobre 1890 : la mission du lieutenant de vaisseau Mizon attaquée dans le delta du Niger.
Partie remonter le Niger puis la Bénoué pour ouvrir une route française vers l’Adamaoua, le Tchad et le Congo, la petite expédition de Louis Mizon est assaillie par des pirogues de guerre patani dans les bras du bas Niger. Elle doit se replier sur Akassa, comptoir de la Royal Niger Company, avant de reprendre sa route deux mois plus tard. L’épisode ouvre l’une des plus vives querelles franco-britanniques de la course au Tchad.
Louis-Alexandre-Antoine Mizon, né à Paris en 1853, entre à l’École navale en 1869. De 1880 à 1883, il sert sous Pierre Savorgnan de Brazza dans le bassin de l’Ogooué, commande un temps le poste de Franceville et reconnaît une route nouvelle entre l’Ogooué et le Kouilou-Niari. Lieutenant de vaisseau, il est choisi en 1890 pour une mission patronnée par les milieux coloniaux, au moment où Paris et Londres viennent de conclure l’accord du 5 août 1890 : la ligne Say-Barroua laisse aux Britanniques le bas Niger et le Sokoto, mais l’arrière-pays du lac Tchad reste à prendre.
Le projet est audacieux : entrer par l’embouchure du Niger, contrôlée de fait par la Royal Niger Company de Sir George Goldie, remonter la Bénoué jusqu’à Yola, capitale de l’émirat peul de l’Adamaoua, puis gagner par voie de terre les affluents du Congo et rejoindre les possessions françaises. La route tournerait par l’est le Cameroun allemand et couperait la progression britannique vers le Tchad. Mizon dispose d’une chaloupe à vapeur armée, baptisée René-Caillié, et d’une escorte réduite.
Le 15 octobre 1890, dans le dédale des criques du delta, la mission est attaquée par des guerriers patani, population ijaw de la région du Forcados. L’escorte repousse l’assaut, mais l’expédition sort très éprouvée de l’engagement. Incapable de poursuivre, la chaloupe est remorquée par la compagnie jusqu’à Akassa ; plusieurs compagnons de Mizon y meurent de maladie ou doivent être rapatriés. Les Français soupçonnent la compagnie d’avoir, sinon suscité l’attaque, du moins tout fait pour retarder la mission.
Repartie le 20 décembre, l’expédition remonte le Niger jusqu’à la confluence de Lokoja puis la Bénoué. Mizon séjourne plusieurs mois à Yola, mais l’émir Zubeiru refuse de signer un traité. Il gagne alors par terre Ngaoundéré puis le bassin de la Sangha et redescend vers le Congo français, réalisant la liaison recherchée. Rentré en France en juin 1892, il est fêté avec la jeune S’Nabou, son interprète, présentée comme la fille d’un chef du Niger ; des recherches ultérieures ont montré qu’il s’agissait d’une enfant achetée comme captive.
Une seconde mission, en 1892-1893, tourne à l’affrontement diplomatique : Mizon signe un traité avec l’émir de Mouri, l’aide à soumettre les Jukun de Kona à coups de canon et hisse le drapeau français sur la Bénoué, malgré les protestations de la Royal Niger Company, qui fait saisir l’un de ses navires. Désavoué par Paris, il est rappelé ; l’Adamaoua est partagé entre Britanniques et Allemands par l’accord du 15 novembre 1893. Mizon meurt en 1899 en mer, dans l’océan Indien.
15 octobre 1894 : arrestation du capitaine Alfred Dreyfus.
Convoqué au ministère de la Guerre en tenue civile, le capitaine d’artillerie Alfred Dreyfus, stagiaire à l’état-major de l’armée, est soumis à une dictée par le commandant du Paty de Clam, puis arrêté pour haute trahison. Ainsi s’ouvre l’affaire qui va déchirer la France pendant 12 ans.
À la fin du mois de septembre 1894, la Section de statistique, le service de renseignement de l’état-major, récupère à l’ambassade d’Allemagne, par l’intermédiaire d’une femme de ménage à son service, une lettre déchirée adressée à l’attaché militaire Maximilian von Schwartzkoppen. Ce « bordereau », non signé, annonce l’envoi de documents militaires : une note sur le frein hydraulique du canon de 120, une autre sur les troupes de couverture, une troisième sur Madagascar, ainsi qu’un projet de manuel de tir de l’artillerie.
Les soupçons se portent sur un officier d’artillerie passé par plusieurs bureaux de l’état-major. Le nom de Dreyfus surgit : né à Mulhouse en 1859, polytechnicien, breveté de l’École supérieure de guerre, issu d’une famille juive alsacienne qui a opté pour la France en 1871. Une ressemblance d’écriture, contestée par certains experts, suffit au ministre de la Guerre, le général Mercier, qui charge le 14 octobre le commandant Armand du Paty de Clam de l’instruction.
Le lundi 15 octobre au matin, Dreyfus se présente rue Saint-Dominique pour ce qu’il croit être une inspection générale des stagiaires. Du Paty de Clam, prétextant une blessure à la main, lui dicte une lettre reprenant des passages du bordereau, en présence du chef de la Sûreté, Cochefert, et de l’archiviste Gribelin. Il affirme voir trembler la main du capitaine, puis lui signifie son arrestation. Un revolver est posé ostensiblement à sa portée ; Dreyfus refuse de s’en servir et proteste de son innocence.
Le commandant Henry le conduit le jour même à la prison militaire du Cherche-Midi, où il est mis au secret ; son domicile est perquisitionné sans résultat. Le 1er novembre, La Libre Parole d’Édouard Drumont livre son nom au public dans un déchaînement antisémite. Jugé à huis clos par le conseil de guerre de Paris du 19 au 22 décembre, sur la foi d’un dossier secret communiqué aux juges à l’insu de la défense, Dreyfus est condamné à la déportation à perpétuité dans une enceinte fortifiée. Il est dégradé le 5 janvier 1895 dans la cour de l’École militaire, puis envoyé à l’île du Diable, en Guyane.
Le véritable auteur du bordereau, le commandant Walsin-Esterhazy, est identifié en 1896 par le lieutenant-colonel Picquart, nouveau chef du service de renseignement, qui est aussitôt écarté. Acquittement d’Esterhazy, « J’accuse… ! » de Zola le 13 janvier 1898, aveu puis suicide du colonel Henry, auteur d’un faux, nouveau conseil de guerre à Rennes en 1899 qui condamne encore Dreyfus avec « circonstances atténuantes », grâce présidentielle : il faut attendre l’arrêt de la Cour de cassation du 12 juillet 1906 pour qu’il soit réhabilité et réintégré comme chef d’escadron. Il sert pendant la Grande Guerre, termine lieutenant-colonel et meurt à Paris le 12 juillet 1935.

15 octobre 1904 : la 2e escadre du Pacifique de l’amiral Rojestvenski appareille de Libau.
Constituée à partir de la flotte de la Baltique pour dégager Port-Arthur et reprendre aux Japonais la maîtrise de la mer, l’escadre du vice-amiral Zinovi Rojestvenski quitte le port de Libau (aujourd’hui Liepāja, en Lettonie). Au terme d’un périple de plus de 30 000 km autour de l’Afrique, elle sera anéantie à Tsushima les 27 et 28 mai 1905.
La guerre russo-japonaise a commencé dans la nuit du 8 au 9 février 1904 par l’attaque des torpilleurs japonais contre l’escadre russe mouillée à Port-Arthur. Bloquée dans sa base, la 1re escadre du Pacifique échoue en août à percer vers Vladivostok, tandis que l’armée japonaise du général Nogi assiège la place. Pour rétablir la situation, Saint-Pétersbourg décide d’envoyer en Extrême-Orient l’essentiel de la flotte de la Baltique, rebaptisée 2e escadre du Pacifique, sous les ordres du chef de l’état-major principal de la marine, Rojestvenski.
L’escadre aligne sept cuirassés, dont les quatre unités neuves de la classe Borodino (le Kniaz-Souvorov, navire amiral, l’Imperator-Alexandre-III, le Borodino et l’Orel), l’Osliabia, le Sissoï-Veliki et le Navarin, ainsi que des croiseurs, des contre-torpilleurs, des transports, des ateliers et un navire-hôpital. Plusieurs bâtiments sortent à peine des chantiers, les équipages comptent une forte proportion de réservistes et de conscrits sans expérience, et aucun port russe ne jalonne la route : le charbon doit être livré en mer par des charbonniers allemands de la Hamburg-Amerika Linie.
Au départ de Libau, le 15 octobre (2 octobre selon le calendrier julien alors en usage en Russie), la nervosité est extrême : on redoute des torpilleurs japonais embusqués jusque dans les eaux européennes. Dans la nuit du 21 au 22 octobre, sur le Dogger Bank, en mer du Nord, l’escadre ouvre le feu sur des chalutiers de Hull pris pour des torpilleurs ennemis : le Crane est coulé, des pêcheurs sont tués, et le croiseur Aurora est atteint par des tirs russes. L’incident manque de provoquer une guerre avec le Royaume-Uni ; il est réglé par une commission internationale d’enquête réunie à Paris, et la Russie indemnise les familles.
À Tanger, l’escadre se divise : les cuirassés les plus anciens, des croiseurs et les contre-torpilleurs empruntent le canal de Suez sous le contre-amiral Fölkersam, tandis que le gros contourne l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Le regroupement s’opère à Nosy Be, dans le nord de Madagascar, possession française, où Rojestvenski apprend la capitulation de Port-Arthur (2 janvier 1905). L’escadre y stationne jusqu’en mars, puis traverse l’océan Indien, fait relâche en baie de Cam Ranh, en Indochine française, et y est rejointe en mai par la 3e escadre de l’amiral Nebogatov.
Le 27 mai 1905, en tentant de forcer le détroit de Tsushima pour gagner Vladivostok, elle se heurte à la flotte de l’amiral Tōgō. En deux jours, la Russie perd la quasi-totalité de ses bâtiments, coulés, sabordés ou capturés, plus de 4 000 tués et près de 6 000 prisonniers, parmi lesquels Rojestvenski, grièvement blessé. Les Japonais ne perdent que trois torpilleurs. Le désastre précipite l’ouverture des négociations qui aboutissent au traité de Portsmouth (5 septembre 1905).
15 octobre 1917 : Mata Hari est fusillée à Vincennes.
À l’aube, Margaretha Geertruida Zelle, dite Mata Hari, danseuse et courtisane néerlandaise condamnée à mort par le 3e conseil de guerre de Paris pour espionnage au profit de l’Allemagne, est passée par les armes par un peloton de zouaves sur le polygone de Vincennes. Elle a 41 ans.
Née le 7 août 1876 à Leeuwarden, aux Pays-Bas, fille d’un chapelier ruiné, Margaretha Zelle épouse en 1895 Rudolf MacLeod, capitaine de l’armée coloniale néerlandaise, qu’elle suit à Java et à Sumatra. Le couple se déchire et se sépare à son retour en Europe. Installée à Paris, elle invente le personnage d’une princesse javanaise et danse pour la première fois sous le nom de Mata Hari (« l’œil du jour » en malais) au musée Guimet, le 13 mars 1905. Le succès est immédiat ; il décline après 1910, et elle vit de plus en plus de ses liaisons avec des hommes fortunés, souvent des officiers.
Sujette d’un pays neutre, elle continue de circuler en Europe après août 1914. D’après les travaux des historiens, un consul allemand en poste aux Pays-Bas, Karl Kroemer, la recrute vers 1915-1916 sous le matricule H21 contre une somme d’argent, sans qu’elle fournisse jamais de renseignement de valeur. À l’été 1916, à Paris, elle s’éprend d’un jeune capitaine russe, Vadim Masloff, blessé et soigné près de Vittel ; pour obtenir un laissez-passer vers la zone des armées, elle accepte de travailler pour le capitaine Georges Ladoux, chef du contre-espionnage français, qui la soupçonne déjà.
À Madrid, à la fin de 1916, elle approche l’attaché militaire allemand, le major Arnold Kalle. Les télégrammes radio que celui-ci adresse à Berlin, interceptés et déchiffrés par les services français, signalent les activités de l’agent H21 avec des détails qui permettent de l’identifier. Rentrée à Paris en janvier 1917, elle est arrêtée le 13 février à l’hôtel Élysée Palace et interrogée pendant des mois par le capitaine Pierre Bouchardon, rapporteur du conseil de guerre.
Le procès se tient à huis clos les 24 et 25 juillet 1917. Le contexte pèse lourdement : l’offensive du Chemin des Dames a échoué, les mutineries ont secoué l’armée et l’opinion réclame des coupables. Le lieutenant André Mornet, qui soutient l’accusation, obtient la peine de mort à l’unanimité. Le recours en révision est rejeté et le président Poincaré refuse la grâce.
Le 15 octobre, vers 6 heures, un convoi la conduit de la prison Saint-Lazare jusqu’à Vincennes, accompagnée de deux religieuses et de son avocat, Me Édouard Clunet. Elle refuse le bandeau et d’être liée au poteau. Douze zouaves font feu ; un sous-officier donne le coup de grâce. Son corps, que personne ne réclame, est remis à la faculté de médecine. Le rôle réel de Mata Hari reste discuté : la plupart des historiens estiment aujourd’hui qu’elle n’a livré aucune information décisive et que sa condamnation a surtout servi d’exemple dans une France en pleine crise morale.

15 octobre 1935 : les troupes italiennes entrent dans Axoum, ville sainte de l’Éthiopie.
12 jours après le début de l’invasion lancée depuis l’Érythrée sans déclaration de guerre, l’armée du maréchal Emilio De Bono occupe sans combat Axoum, berceau de l’ancien royaume aksoumite et haut lieu du christianisme éthiopien. Deux ans plus tard, l’une des grandes stèles de la ville sera démontée et dressée à Rome comme trophée du régime fasciste.
L’incident de Walwal, dans l’Ogaden, le 5 décembre 1934, sert de prétexte à Mussolini, qui veut effacer l’humiliation d’Adoua (1er mars 1896) et doter l’Italie d’un empire en Afrique orientale. Pendant toute l’année 1935, des centaines de milliers d’hommes et un matériel considérable sont acheminés par le canal de Suez vers l’Érythrée et la Somalie italiennes, sans que la Société des Nations ni Londres et Paris, soucieux de ménager Rome face à l’Allemagne, ne s’y opposent réellement.
Le 3 octobre 1935 à l’aube, les troupes de De Bono franchissent le Mareb, fleuve-frontière avec l’Éthiopie. Trois corps d’armée progressent vers le Tigré : le Ier corps prend Adigrat le 5 octobre, le IIe corps entre dans Adoua le 6, revanche symbolique de la défaite de 1896. Le 7 octobre, la SDN désigne l’Italie comme agresseur. Le 11, le dedjazmatch Haïlé Sélassié Gougsa, gendre du négus et gouverneur de l’est du Tigré, passe aux Italiens avec environ 1 200 hommes. Le 14, De Bono proclame l’abolition de l’esclavage dans les territoires occupés, mesure destinée autant à l’opinion internationale qu’aux populations.
Le 15 octobre, partis d’Adoua, les Italiens occupent Axoum, que le ras Seyoum Mengesha, commandant éthiopien du Tigré, a renoncé à défendre. La ville abrite l’église Sainte-Marie-de-Sion, où la tradition éthiopienne situe l’Arche d’alliance, et un champ de stèles monumentales érigées entre le IIIe et le IVe siècle. La prise de la ville sainte est exploitée par la propagande comme une victoire de prestige.
En 1937, sur ordre de Mussolini, une stèle d’environ 24 mètres, tombée et brisée depuis des siècles en plusieurs fragments, est transportée par la route jusqu’au port de Massaoua puis par mer en Italie. Elle est dressée à Rome, place de Porte-Capène, devant le ministère de l’Afrique italienne, et inaugurée le 28 octobre 1937 pour le 15e anniversaire de la Marche sur Rome. Malgré l’engagement de restitution pris par l’Italie dans le traité de paix de 1947, elle ne regagne Axoum qu’en avril 2005, en trois tronçons transportés par avion, et n’est redressée qu’en 2008.
Jugé trop lent, De Bono est remplacé par le maréchal Badoglio à la fin de novembre 1935. La campagne se poursuit avec un recours massif à l’aviation et aux gaz de combat, notamment l’ypérite, jusqu’à la victoire de Maychew (31 mars 1936) et l’entrée dans Addis-Abeba le 5 mai 1936. L’occupation italienne, contestée par une résistance armée tenace, prend fin en 1941 avec la campagne d’Afrique orientale menée par les Britanniques et les forces éthiopiennes.
15 octobre 1938 : premier vol du bombardier-torpilleur Bristol Beaufort.
Le prototype L4441 du Bristol Type 152 Beaufort décolle pour la première fois de Filton, près de Bristol, après plusieurs mois de retard dus à la surchauffe de ses moteurs Taurus. Dérivé du bombardier léger Blenheim, ce bimoteur à quatre hommes d’équipage devient au début de la guerre le principal torpilleur basé à terre du Coastal Command, puis l’un des avions de combat majeurs de l’aviation australienne dans le Pacifique.
En 1935, l’Air Ministry publie deux spécifications, M.15/35 pour un bombardier-torpilleur et G.24/35 pour un avion de reconnaissance générale et de bombardement côtier. Bristol propose de répondre aux deux avec un dérivé du Blenheim, dont le prototype a volé en avril 1935. Le Type 152 reprend la formule bimoteur à aile médiane, mais son fuselage est allongé et surélevé pour loger une torpille en soute semi-encastrée et un quatrième membre d’équipage : pilote, navigateur-bombardier, radio et mitrailleur. La commande est passée en août 1936.
Plus lourd que le Blenheim, l’appareil exige davantage de puissance que les Mercury de son aîné. Bristol retient son nouveau Taurus, moteur en étoile à 14 cylindres et à chemises louvoyantes d’environ 1 100 ch, encore en développement. Au roulage, les moteurs chauffent sans cesse ; il faut redessiner les capots et adopter des volets de refroidissement circulaires, ce qui repousse le premier vol au 15 octobre 1938, 26 mois après la commande.
Accaparée par le Blenheim, l’usine de Filton ne doit construire au départ que 78 des 320 premiers exemplaires, les 242 autres étant confiés à Blackburn. La production ne démarre vraiment qu’en novembre 1939 et le No. 22 Squadron du Coastal Command reçoit ses premiers appareils en janvier 1940. Les Taurus restent capricieux pendant toute la carrière britannique du Beaufort ; une partie des Mk II reçoit des Pratt & Whitney Twin Wasp américains.
Le Beaufort mène des missions de mouillage de mines, de bombardement et d’attaque à la torpille contre la navigation allemande en mer du Nord et le long des côtes de France et de Norvège. Le 6 avril 1941, le Flying Officer Kenneth Campbell, du No. 22 Squadron, torpille le croiseur de bataille Gneisenau dans le port de Brest malgré une défense antiaérienne très dense ; abattu avec son équipage, il reçoit à titre posthume la Victoria Cross. Les Beaufort attaquent aussi le Lützow en juin 1941 et participent en février 1942 aux tentatives contre l’escadre allemande lors de la traversée de la Manche. Depuis Malte et l’Égypte, ils frappent ensuite les convois de l’Axe vers la Libye.
Dès 1939, l’Australie décide de produire le Beaufort sous licence par le Department of Aircraft Production (DAP), avec des moteurs Twin Wasp de 1 200 ch fabriqués localement pour éviter la dépendance envers les Taurus britanniques. Le premier appareil assemblé sur place vole le 5 mai 1941 et le premier entièrement australien en août suivant. 700 DAP Beaufort, dont la version Mk VIII est la plus nombreuse, sortent des chaînes jusqu’en août 1944 et forment l’ossature des escadrons de bombardement de la RAAF en Nouvelle-Guinée et dans les îles. Avec au moins 1 180 exemplaires britanniques, la production totale approche 1 900 appareils. Le Beaufort a aussi donné naissance au chasseur lourd Beaufighter, qui reprend ses ailes, son empennage et son train, et le remplace dans l’attaque maritime à partir de 1942-1943.

15 octobre 1943 : premier vol de l’hélicoptère Sikorsky XR-6.
Le prototype XR-6, hélicoptère biplace léger conçu par Igor Sikorsky pour succéder au R-4, effectue son premier vol. Mû par un moteur Lycoming O-435-7 de 225 ch, il conserve le rotor et la transmission de son prédécesseur mais adopte un fuselage métallique profilé. Produit en série par Nash-Kelvinator, il servira dans l’US Army Air Forces, l’US Navy, l’US Coast Guard, ainsi que dans la Royal Air Force et la Royal Navy sous le nom de Hoverfly II.
En 1942, le Vought-Sikorsky VS-316A, devenu R-4 dans l’armée américaine, est le premier hélicoptère au monde produit en série. Il prouve que la formule du rotor principal unique avec rotor anticouple de queue est viable, mais son fuselage tubulaire entoilé, anguleux, freine l’appareil et limite la visibilité du pilote. Avant même la séparation de Vought et de Sikorsky au 1er janvier 1943, le bureau d’études lance un dérivé, le VS-316B, qui devient chez Sikorsky Aircraft le Model S-49.
Au début de 1943, l’USAAF commande un prototype sous la désignation XR-6. Le rotor tripale et la boîte de transmission du R-4 sont repris tels quels, ce qui réduit les risques et les délais. Le fuselage, entièrement redessiné, est métallique et nettement plus fin ; la cabine vitrée place les deux occupants côte à côte avec une bien meilleure vue vers l’avant et vers le bas, qualité essentielle pour l’observation. Le XR-6 vole pour la première fois le 15 octobre 1943, environ neuf mois après la commande.
Il est suivi de cinq XR-6A construits par Sikorsky et équipés d’un Franklin O-405-9 d’environ 240 ch ; trois d’entre eux passent à l’US Navy sous la désignation XHOS-1. Le Lycoming du prototype n’est pas retenu pour la série. Les chaînes de Sikorsky, à Stratford (Connecticut), étant saturées par la production des R-4 et R-5, l’USAAF confie la fabrication sous licence à Nash-Kelvinator, constructeur automobile et d’électroménager, qui l’organise à Detroit.
Le contrat porte sur 26 YR-6A de présérie puis 900 R-6A. Le premier appareil de série n’est essayé qu’à la mi-septembre 1944 et livré le 23 octobre suivant. Au plus fort de la production, Nash-Kelvinator sort une cinquantaine d’hélicoptères par mois, mais la fin de la guerre interrompt le programme : 219 appareils seulement sont construits (26 YR-6A et 193 R-6A). L’US Navy en reçoit 36 sous la désignation HOS-1, dont plusieurs sont confiés aux Garde-côtes, pionniers du sauvetage par hélicoptère.
Les Britanniques prévoyaient d’en recevoir 150, mais les retards dus au transfert de production réduisent les livraisons à 27 R-6A, désignés Hoverfly II ; 15 passent à la Fleet Air Arm, qui les emploie pour l’entraînement et la liaison. Le No. 657 Squadron de la RAF les utilise comme appareils d’observation aérienne pour régler les tirs de l’artillerie de l’Army ; les derniers Hoverfly II quittent le service en avril 1951. Aux États-Unis, l’expérience acquise sur le R-6 conduit directement aux Sikorsky de l’après-guerre, du S-51 au S-55, qui feront entrer l’hélicoptère dans la guerre de Corée.

15 octobre 1944 : opération Panzerfaust, l’Allemagne empêche la Hongrie de sortir de la guerre.
Le régent Miklós Horthy annonce à la radio que la Hongrie demande l’armistice à l’Union soviétique. Le jour même, un commando d’Otto Skorzeny enlève son fils et les Allemands, appuyés par les Croix fléchées, neutralisent la tentative. Contraint d’abdiquer le lendemain au profit de Ferenc Szálasi, Horthy est déporté en Bavière ; la Hongrie reste dans la guerre aux côtés du Reich jusqu’au bout.
Depuis l’opération Margarethe du 19 mars 1944, la Hongrie est occupée par la Wehrmacht. Sous l’autorité du plénipotentiaire Edmund Veesenmayer, plus de 430 000 Juifs des provinces sont déportés vers Auschwitz entre mai et juillet, avant que Horthy ne fasse suspendre les convois début juillet. Le 23 août, la Roumanie change de camp ; l’Armée rouge atteint les Carpates puis la plaine hongroise. Le régent remplace le gouvernement Sztójay par celui du général Géza Lakatos et cherche une issue.
Une délégation conduite par le général Gábor Faragho gagne secrètement Moscou et signe le 11 octobre un accord préliminaire d’armistice. Informé par ses services, Hitler a déjà fait préparer une riposte : Skorzeny, auréolé de la libération de Mussolini au Gran Sasso, et l’Obergruppenführer Erich von dem Bach-Zelewski arrivent à Budapest avec des parachutistes, des troupes SS et le bataillon de chars lourds 503, équipé de Tigre II.
Le dimanche 15 octobre au matin, Miklós Horthy Jr., le seul fils survivant du régent, se rend à un rendez-vous dans un bureau proche du port du Danube, où il croit rencontrer des émissaires yougoslaves. Les hommes de Skorzeny l’y capturent après une brève fusillade ; roulé dans un tapis, il est emmené à l’aérodrome et transféré à Vienne, puis au camp de Mauthausen. Vers 13 h 00, informé de l’enlèvement mais résolu à aller jusqu’au bout, le régent fait lire à la radio sa proclamation : l’Allemagne a perdu la guerre et la Hongrie demande l’armistice.
Le texte reste sans effet. Les ordres d’exécution n’ont pas été transmis aux armées, plusieurs officiers d’état-major acquis aux Allemands bloquent les communications, et les Croix fléchées s’emparent de la radio dans l’après-midi pour diffuser un ordre du jour appelant à continuer le combat. Dans la nuit, Horthy se place sous la protection des Allemands. Au petit matin du 16 octobre, le détachement de Skorzeny, précédé des Tigre II, monte à l’assaut du château de Buda, dont la garde n’oppose qu’une brève résistance.
Le 16 octobre, pour sauver la vie de son fils, Horthy signe un document par lequel il révoque sa proclamation, renonce à la régence et nomme Ferenc Szálasi, chef du parti des Croix fléchées, à la tête du gouvernement. Il expliquera plus tard n’avoir fait qu’échanger sa signature contre la vie de son fils. Interné au château de Hirschberg, en Bavière, il est libéré par les Américains en mai 1945 et finit ses jours en exil au Portugal, où il meurt en 1957 ; son fils survit à la déportation.
Le régime de Szálasi relance la persécution des Juifs de Budapest : massacres sur les rives du Danube, marches de la mort vers la frontière autrichienne. La Hongrie devient le théâtre de combats acharnés jusqu’au siège de Budapest (décembre 1944 – février 1945) et aux dernières offensives allemandes de mars 1945 autour du lac Balaton.
15 octobre 1945 : Pierre Laval est fusillé à Fresnes.
Condamné à mort le 9 octobre par la Haute Cour de justice pour haute trahison et complot contre la sûreté de l’État, l’ancien chef du gouvernement de Vichy tente de s’empoisonner dans sa cellule le matin de son exécution. Ranimé, il est fusillé quelques heures plus tard dans l’enceinte de la prison de Fresnes.
Né le 28 juin 1883 à Châteldon (Puy-de-Dôme), fils d’aubergiste, Pierre Laval devient avocat, député socialiste puis maire d’Aubervilliers. Glissant vers le centre puis la droite, il est plusieurs fois ministre et deux fois président du Conseil (1931-1932 et 1935-1936) ; ministre des Affaires étrangères, il conclut en janvier 1935 les accords de Rome qui laissent à Mussolini les mains libres en Éthiopie. Hostile à la guerre de 1939, il est en juillet 1940 l’artisan du vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain.
Vice-président du Conseil, il organise l’entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler (24 octobre 1940), avant d’être renvoyé le 13 décembre. Rappelé en avril 1942 comme chef du gouvernement, il déclare le 22 juin souhaiter la victoire de l’Allemagne, met en place la Relève puis le Service du travail obligatoire, et engage la police française dans les rafles de l’été 1942, dont celle du Vél’ d’Hiv. Emmené par les Allemands à Belfort puis à Sigmaringen en août 1944, il s’enfuit en Espagne en mai 1945 ; expulsé par Franco, il est livré aux Américains en Autriche, qui le remettent à la France à la fin de juillet.
Son procès, du 4 au 9 octobre 1945, se déroule dans une atmosphère de grande violence. Les jurés, parlementaires pour la plupart, l’invectivent ; ses avocats refusent d’assister aux dernières audiences pour protester contre l’instruction bâclée, et Laval lui-même finit par ne plus comparaître. Le général de Gaulle refuse la grâce.
Le 15 octobre au matin, alors qu’on vient le chercher pour l’exécution, on le découvre inanimé : il a avalé une ampoule de cyanure conservée sur lui depuis des mois, mais le poison, éventé, n’agit pas complètement. Après des lavages d’estomac répétés, il est jugé en état d’être fusillé. Plutôt que de le conduire au fort de Châtillon, lieu d’exécution prévu, on le passe par les armes à Fresnes même, contre un poteau dressé près du mur de la prison, à 12 h 32. Il a refusé le bandeau et porte son écharpe tricolore. Le peloton ne le tue pas sur le coup et un sous-officier doit l’achever.
Cinq jours plus tôt, le 10 octobre, Joseph Darnand, chef de la Milice, avait été fusillé au fort de Châtillon. Pétain, condamné à mort le 15 août, a vu sa peine commuée en détention à perpétuité. Le procès de Laval reste l’un des plus contestés de l’épuration, y compris par des historiens qui ne doutent en rien de sa culpabilité.
15 octobre 1946 : Hermann Göring se suicide dans sa cellule de Nuremberg.
Condamné à mort par le Tribunal militaire international, l’ancien Reichsmarschall avale une capsule de cyanure dans la soirée du 15 octobre, environ deux heures avant le début des pendaisons. Il échappe ainsi au gibet où montent, dans la nuit, 10 des autres condamnés.
Né le 12 janvier 1893 à Rosenheim (Bavière), Hermann Göring sort de l’école des cadets de Gross-Lichterfelde et sert d’abord dans l’infanterie. Passé dans l’aviation, il devient un as de la chasse (22 victoires homologuées), reçoit l’ordre Pour le Mérite et commande en juillet 1918 la Jagdgeschwader 1, l’escadre de Richthofen. Rallié très tôt à Hitler, il commande les SA et est grièvement blessé lors du putsch de Munich en 1923.
Président du Reichstag en 1932, ministre de l’Intérieur de Prusse en 1933, il crée la Gestapo et les premiers camps de concentration, avant de céder la police politique à Himmler. Commandant en chef de la Luftwaffe, chargé du plan de quatre ans, il est désigné comme successeur de Hitler en 1939 et élevé au rang unique de Reichsmarschall en juillet 1940. Le 31 juillet 1941, il signe la lettre qui charge Reinhard Heydrich de préparer la « solution totale » de la question juive. L’échec devant l’Angleterre, puis l’impuissance de la Luftwaffe face aux bombardements alliés, ruinent son crédit. Le 23 avril 1945, un télégramme proposant de prendre la direction du Reich lui vaut d’être destitué et arrêté par les SS sur ordre de Hitler.
Il se rend aux Américains en Autriche en mai 1945. Principal accusé du procès de Nuremberg, ouvert le 20 novembre 1945, il domine souvent les débats par son aplomb. Le 1er octobre 1946, il est reconnu coupable des quatre chefs d’accusation (complot, crimes contre la paix, crimes de guerre, crimes contre l’humanité) et condamné à mort par pendaison. Sa demande d’être fusillé en soldat est rejetée par le Conseil de contrôle allié.
Le soir du 15 octobre, vers 22 h 45, un garde américain qui surveille sa cellule par le guichet le voit se raidir et suffoquer. Le temps que l’aumônier et le médecin arrivent, il est mort. Le poison était dissimulé dans une douille de cartouche en laiton. Dans une lettre datée du 11 octobre, Göring affirme avoir conservé sur lui des capsules depuis son incarcération et déjoué toutes les fouilles ; les enquêtes ultérieures ont aussi évoqué la complicité d’un militaire américain, sans jamais établir de certitude.
Les exécutions commencent à 1 h 11 le 16 octobre, dans le gymnase de la prison ; Joachim von Ribbentrop est le premier pendu. Le corps de Göring est photographié avec ceux des suppliciés, incinéré à Munich, et ses cendres sont dispersées dans un cours d’eau pour qu’aucune tombe ne devienne un lieu de pèlerinage.

15 octobre 1951 : premier vol du SO.6026 Espadon, prototype à propulsion mixte.
La SNCASO fait voler pour la première fois le SO.6026, deuxième prototype de son chasseur monoplace Espadon reconstruit pour recevoir, en plus de son turboréacteur, un moteur-fusée SEPR logé sous la tuyère. Le moteur-fusée n’est pas allumé ce jour-là : il faudra attendre le 26 mars 1953 pour le premier vol en propulsion mixte. L’appareil sert de banc d’essai au programme d’intercepteur à fusée SO.9000 Trident.
Le SO.6020 Espadon naît du premier programme de chasseur à réaction lancé par l’armée de l’Air après la Libération. Conçu au bureau d’études de la SNCASO sous la direction de Lucien Servanty, il est mû par un Rolls-Royce Nene construit sous licence par Hispano-Suiza, d’environ 2 270 kgp de poussée. Le cahier des charges impose un fuselage volumineux, capable de loger l’armement, le carburant, une cabine blindée et éventuellement un radar ou des caméras, tandis que l’aile mince ne reçoit que le train principal. Le premier prototype vole le 12 novembre 1948.
Les essais confirment des qualités de vol correctes en palier, mais l’avion est sous-motorisé et grimpe mal ; l’entrée d’air ventrale alimente mal le réacteur. La version allégée SO.6021, dotée d’entrées d’air latérales, de servocommandes, d’une cabine pressurisée et d’un siège éjectable, ne suffit pas à convaincre : le 5 juillet 1951, l’armée de l’Air renonce à toute commande de série. Le Dassault MD 450 Ouragan, plus simple et plus léger, a déjà pris l’avantage.
Plutôt que d’abandonner les cellules existantes, la SNCASO les reconvertit en appareils de recherche. Le troisième prototype devient le SO.6025, avec un moteur-fusée SEPR placé sous le fuselage ; le deuxième prototype est transformé en SO.6026, dont l’installation est plus soignée : la fusée est logée à l’arrière, sous la tuyère du Nene, et les réservoirs d’ergols, corrosifs, sont reportés en bouts d’aile. Ces moteurs-fusées de la Société d’études pour la propulsion par réaction (SEPR), d’environ 1 500 kgp, brûlent un mélange de triéthylamine et de xylidine avec de l’acide nitrique comme comburant ; leurs pompes sont entraînées par le turboréacteur.
Le SO.6026 vole donc le 15 octobre 1951 sous la seule poussée du Nene. Sa première mise à feu en vol n’intervient que le 26 mars 1953. Au Salon du Bourget de juin 1953, les Espadon à fusée impressionnent le public par leurs montées. Le SO.6026 n’accomplit au total que 28 vols, dont 13 avec allumage de la fusée, avant d’être stocké au début de 1955.
C’est son frère, le SO.6025, qui marque l’histoire : le 15 décembre 1953, piloté par Charles Goujon, il devient le premier avion européen à franchir le mur du son en palier. L’expérience acquise sur les Espadon nourrit directement les programmes à propulsion mixte des années 1950, du SO.9000 Trident au Mirage IIIC équipé d’un moteur-fusée SEPR 841. Retirés en 1956, les Espadon finissent comme cibles sur des champs de tir ; seul subsiste le SO.6025, conservé par l’association Ailes anciennes de Toulouse.

15 octobre 1969 : assassinat du président somalien Abdirashid Ali Shermarke à Las Anod.
En visite dans le nord du pays, le deuxième président de la Somalie indépendante est abattu par un policier de sa propre garde. 6 jours plus tard, le 21 octobre, l’armée du général Mohamed Siad Barre s’empare du pouvoir sans effusion de sang et ouvre une dictature militaire de plus de vingt ans.
Né en 1919 à Harardhere, dans l’ancienne Somalie italienne, Abdirashid Ali Shermarke adhère en 1943 à la Ligue de la jeunesse somalie (SYL), le grand parti nationaliste. Fonctionnaire de l’administration, il complète ses études secondaires puis obtient un diplôme de sciences politiques à l’université de Rome. À l’indépendance, le 1er juillet 1960, née de l’union de l’ancienne Somalie italienne et du Somaliland britannique, il devient le premier Premier ministre de la République somalienne, de juillet 1960 à juin 1964.
Élu président par l’Assemblée nationale en juin 1967 face au président sortant Aden Abdullah Osman, il nomme Premier ministre Mohamed Ibrahim Egal. Celui-ci engage une politique de détente avec l’Éthiopie et le Kenya, alors que la revendication d’une « Grande Somalie » sur l’Ogaden et le district nord-oriental du Kenya avait entraîné une guerre frontalière avec l’Éthiopie en 1964 et une insurrection au Kenya. Les élections législatives de mars 1969, disputées par plus de 60 partis et entachées d’accusations de fraude et de clientélisme clanique, laissent un climat de profond discrédit des institutions parlementaires.
Le 15 octobre 1969, Shermarke se rend à Las Anod, chef-lieu de la région de Sool, frappée par la sécheresse. Alors qu’il descend de voiture, un membre de sa garde l’abat d’une rafale d’arme automatique. Les motifs du meurtrier, que l’on a reliés à un grief personnel ou clanique, n’ont jamais été pleinement éclaircis. Le président de l’Assemblée, Sheikh Mukhtar Mohamed Hussein, assure l’intérim.
Le 20 octobre, jour des funérailles, les tractations parlementaires pour désigner un successeur s’annoncent favorables au camp du Premier ministre Egal, ce qui inquiète une partie de l’armée. Dans la nuit du 20 au 21 octobre, l’armée nationale, commandée par Siad Barre, occupe les points clés de Mogadiscio et arrête les principaux dirigeants civils, dont Egal. Un Conseil révolutionnaire suprême suspend la Constitution, dissout l’Assemblée et proclame la République démocratique somalienne, qui adopte en 1970 le « socialisme scientifique » et s’aligne sur l’Union soviétique.
Le régime de Siad Barre conduira la Somalie à la guerre de l’Ogaden contre l’Éthiopie (1977-1978), où le retournement soviétique au profit d’Addis-Abeba entraîne une lourde défaite, puis à la guerre civile qui provoque sa chute en janvier 1991 et l’effondrement de l’État. Omar Abdirashid Ali Shermarke, fils du président assassiné, sera Premier ministre du gouvernement fédéral de transition en 2009-2010, puis de nouveau de décembre 2014 à février 2017.
15 octobre 1987 : assassinat du capitaine Thomas Sankara à Ouagadougou.
En fin d’après-midi, un commando armé fait irruption au Conseil de l’Entente, siège du Conseil national de la révolution, et abat le président du Burkina Faso, Thomas Sankara, ainsi que 12 de ses compagnons. Le coup d’État porte au pouvoir son plus proche camarade d’armes, le capitaine Blaise Compaoré, qui gouvernera le pays pendant 27 ans. 35 ans plus tard, un tribunal militaire condamnera Compaoré à la perpétuité pour complicité d’assassinat.
Né le 21 décembre 1949 à Yako, en Haute-Volta, Thomas Sankara est formé à l’académie militaire d’Antsirabe, à Madagascar, où il découvre les mouvements sociaux qui secouent l’île en 1972, puis suit une formation de parachutiste en France et au Maroc. Lieutenant, il se fait connaître lors du conflit frontalier de l’Agacher avec le Mali, en 1974. Il prend ensuite la tête du Centre national d’entraînement commando de Pô et noue, avec Blaise Compaoré, Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani, un groupe de jeunes officiers marqués à gauche.
Secrétaire d’État à l’Information en 1981, il démissionne avec éclat ; Premier ministre en janvier 1983, il est arrêté le 17 mai sur ordre du président Jean-Baptiste Ouédraogo. Le 4 août 1983, les commandos de Pô menés par Compaoré marchent sur la capitale et le portent à la présidence du Conseil national de la révolution. Un an plus tard, la Haute-Volta devient le Burkina Faso, « le pays des hommes intègres ».
Sankara conduit une politique révolutionnaire austère : campagnes massives de vaccination et d’alphabétisation, reboisement, réforme agraire, lutte contre l’excision et le mariage forcé, réduction du train de vie de l’État, refus de l’endettement, qu’il dénonce le 29 juillet 1987 à la tribune de l’OUA à Addis-Abeba. Les comités de défense de la révolution (CDR), les tribunaux populaires et la répression des syndicats suscitent cependant de fortes oppositions. En décembre 1985, une seconde guerre de l’Agacher l’oppose brièvement au Mali. Au fil de 1987, les divergences avec Compaoré deviennent publiques.
Le 15 octobre 1987, vers 16 h 30, Sankara arrive au Conseil de l’Entente pour une réunion de travail. Des militaires de la garde de Compaoré, arrivés à bord de véhicules, ouvrent le feu ; Sankara sort de la salle et tombe sous les balles avec douze personnes, collaborateurs et gardes du corps. Les corps sont ensevelis à la hâte dans la nuit au cimetière de Dagnoën. Le certificat de décès établi par la suite mentionne une « mort naturelle ». Compaoré, qui affirme ne pas avoir commandité la tuerie, lance la « Rectification » ; en septembre 1989, Lingani et Zongo sont à leur tour exécutés.
Pendant tout le règne de Compaoré, renversé par l’insurrection populaire d’octobre 2014, l’enquête reste bloquée. Une instruction judiciaire est finalement ouverte en 2015, les restes présumés sont exhumés et la France déclassifie une partie de ses archives. Le procès s’ouvre devant le tribunal militaire de Ouagadougou le 11 octobre 2021. Le 6 avril 2022, Blaise Compaoré, réfugié en Côte d’Ivoire, et Hyacinthe Kafando, désigné comme le chef du commando, sont condamnés par défaut à la réclusion à perpétuité ; le général Gilbert Diendéré, présent à l’audience, reçoit la même peine. En février 2023, les dépouilles de Sankara et de ses compagnons sont réinhumées sur le site du Conseil de l’Entente, transformé en mémorial.









