14 octobre 1066 : bataille d’Hastings.
Sur une crête du Sussex, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest d’Hastings, le duc Guillaume de Normandie défait le roi Harold Godwinson, qui est tué avec ses deux frères Gyrth et Léofwine. La victoire ouvre la conquête normande de l’Angleterre. Guillaume est sacré à Westminster le jour de Noël 1066.

Le roi Édouard le Confesseur meurt sans enfant le 5 janvier 1066. Le lendemain, le plus puissant des comtes anglais, Harold Godwinson, comte de Wessex, est couronné. Deux prétendants contestent aussitôt sa légitimité. Guillaume de Normandie, cousin éloigné d’Édouard, affirme que la couronne lui a été promise et que Harold lui a prêté serment lors d’un séjour en Normandie, vers 1064. Le roi de Norvège Harald Hardrada, allié à Tostig, frère banni de Harold, revendique lui aussi le trône.
Hardrada attaque le premier. Débarqué dans le Yorkshire, il bat les comtes du Nord à Fulford, près d’York, le 20 septembre. Harold remonte vers le nord à marches forcées et l’écrase le 25 septembre à Stamford Bridge, où Hardrada et Tostig sont tués. Trois jours plus tard, le 28 septembre, Guillaume débarque à Pevensey, sur la côte du Sussex, à plus de 350 kilomètres de là. Il fait élever des fortifications de terre et de bois à Pevensey et à Hastings et ravage la région pour attirer Harold.
Harold redescend vers le sud, s’arrête quelques jours à Londres pour rassembler des renforts, puis marche sur Hastings sans attendre toutes les levées. Le 13 octobre au soir, son armée campe sur une hauteur que traverse la route de Londres, à l’emplacement de l’actuelle ville de Battle. Les effectifs sont inconnus : les estimations modernes vont de 5 000 à 13 000 hommes pour les Anglais et de 7 000 à 12 000 pour Guillaume. L’armée anglaise combat à pied : au centre, les housecarls, la garde permanente du roi armée de la grande hache danoise, sur les ailes les hommes du fyrd, la levée territoriale. L’armée ducale réunit des Normands, des Bretons, des Flamands et des Français, en trois corps qui combinent archers, fantassins et cavaliers.
Le 14 octobre au matin, les Anglais forment sur la crête un mur de boucliers. Les archers puis les fantassins normands montent à l’assaut sans l’entamer. Une charge de cavalerie échoue à son tour ; l’aile gauche bretonne se débande et le bruit court que le duc a été tué. Guillaume se découvre la tête devant ses troupes pour se faire reconnaître et rétablit la situation. Les Anglais qui ont poursuivi les fuyards en bas de la pente sont encerclés et taillés en pièces. Les chroniqueurs normands affirment que le duc a ensuite renouvelé ce mouvement par des fuites simulées ; les historiens restent partagés sur ce point. La bataille dure toute la journée, ce qui est exceptionnel pour l’époque.
En fin d’après-midi, le mur de boucliers, aminci par les pertes, cède. Harold est tué près de son étendard. Les circonstances de sa mort restent discutées. La tapisserie de Bayeux montre un guerrier atteint à l’œil par une flèche, puis un autre abattu à l’épée, et l’identification de Harold à l’un ou à l’autre fait débat. Le plus ancien récit, le Carmen de Hastingae Proelio, écrit vers 1067, le fait tuer par quatre chevaliers, parmi lesquels il range Guillaume lui-même. La mort du roi provoque la débandade de l’armée anglaise, dont une partie résiste encore à la tombée de la nuit.
Guillaume attend en vain la soumission des grands, puis marche sur Londres en contournant la ville. À Londres, les survivants ont acclamé roi Edgar Atheling, petit-neveu d’Édouard, âgé d’une quinzaine d’années. Ils se soumettent à Berkhamsted, et Guillaume est sacré dans l’abbaye de Westminster le 25 décembre 1066. La conquête n’est achevée qu’en 1071, après une série de soulèvements et la dévastation du Nord de l’hiver 1069-1070. En expiation, Guillaume fait bâtir sur le champ de bataille l’abbaye de Battle, dont le maître-autel aurait marqué l’endroit où Harold est tombé.
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Fyrd : milice d’hommes libres mobilisée au niveau des comtés dans l’Angleterre anglo-saxonne. Le service dans le fyrd faisait partie de la trinoda necessitas (les trois devoirs obligatoires des sujets du royaume, avec l’entretien des ponts et la réparation des fortifications. Les combattants devaient fournir leurs propres armes et vivres, ce qui donnait des équipements très variables (de la simple massue à l’épée). Le système a été réorganisé par Alfred le Grand au IXe siècle face aux invasions vikings, s’appuyant sur un réseau de villes fortifiées appelées burhs.


14 octobre 1322 : bataille d’Old Byland (victoire écossaise).
Au cours d’un raid lancé jusqu’au cœur du Yorkshire, l’armée de Robert Bruce disperse les troupes du comte de Richmond qui barraient l’escarpement des Hambleton Hills. Édouard II, installé à quelques kilomètres à l’abbaye de Rievaulx, s’enfuit en abandonnant ses bagages. C’est la plus grave défaite anglaise de la guerre depuis Bannockburn.

Depuis Bannockburn, en juin 1314, les Écossais portent la guerre dans le Nord de l’Angleterre. Ils prennent Berwick en 1318, battent à Myton, en 1319, une armée improvisée par l’archevêque d’York, et imposent un tribut aux comtés frontaliers. Une trêve conclue à la Noël 1319 expire en janvier 1322. Édouard II refuse toujours de reconnaître Robert Ier comme roi d’Écosse, et il est absorbé par sa lutte contre les barons conduits par son cousin Thomas de Lancastre. Le 16 mars 1322, à Boroughbridge, Andrew Harclay, gouverneur de Carlisle, bat les rebelles ; Lancastre est décapité à Pontefract 6 jours plus tard. Au Parlement d’York, en mai, le roi fait annuler les Ordonnances de 1311 qui limitaient son pouvoir.
Libéré de l’opposition intérieure, Édouard envahit l’Écosse en août 1322 avec une grande armée. Robert Bruce applique la tactique de la terre brûlée : il se retire au-delà du Forth en faisant le vide devant l’envahisseur. Les Anglais atteignent Édimbourg sans trouver ni vivres ni adversaire. Affamée, frappée par la dysenterie, l’armée reflue vers l’Angleterre en pillant au passage les abbayes de Holyrood, de Melrose et de Dryburgh.
Bruce contre-attaque aussitôt. À la fin de septembre, il franchit le Solway et descend vers le Yorkshire en ravageant le pays, avec James Douglas et Thomas Randolph, comte de Moray. Édouard, établi à l’abbaye cistercienne de Rievaulx, charge Jean de Bretagne, comte de Richmond, de barrer la route aux Écossais. Richmond tient le rebord des Hambleton Hills, une falaise que gravit la piste montant de la plaine. On a longtemps placé le combat sur la lande de Scawton, entre les abbayes de Rievaulx et de Byland ; les études menées depuis 1996 sous l’égide du Battlefields Trust le situent à Sutton Bank, là où la piste attaque l’escarpement.
Le 14 octobre, Douglas et Moray attaquent de front le long de la piste. Pendant qu’ils fixent les Anglais, un détachement de montagnards des Highlands escalade la falaise sur le flanc et tombe sur l’arrière de la ligne anglaise. Celle-ci se rompt. Richmond est fait prisonnier, comme le chevalier français Henri de Sully, grand bouteiller de France, et plusieurs chevaliers anglais. Prévenu pendant son repas, Édouard II s’enfuit de Rievaulx si précipitamment qu’il laisse sur place une partie de son trésor et de ses effets ; il se réfugie à Bridlington, puis à York. La reine Isabelle, restée au prieuré de Tynemouth, menacée par les raids écossais, doit s’échapper par la mer, ce qu’elle reprochera longtemps à son époux et à son favori Hugues le Despenser.
Le désastre convainc Andrew Harclay, fait comte de Carlisle après Boroughbridge, que l’Angleterre ne peut gagner cette guerre. Le 3 janvier 1323, à Lochmaben, il conclut de sa propre autorité un accord avec Bruce, qui reconnaît l’indépendance de l’Écosse en échange d’un versement de 40 000 marcs. Arrêté sur ordre du roi le 25 février, il est exécuté pour trahison à Carlisle le 3 mars. Édouard II signe pourtant le 30 mai 1323 la trêve de Bishopthorpe, conclue pour treize ans. La paix n’est faite qu’après sa déposition : par le traité d’Édimbourg-Northampton de 1328, le gouvernement d’Édouard III reconnaît Robert Bruce comme roi d’Écosse.

14 octobre 1529 : dernier assaut ottoman contre Vienne.
Après 17 jours de siège, Soliman le Magnifique lance un ultime assaut contre Vienne. Ses janissaires sont repoussés aux brèches. Le lendemain, l’armée ottomane lève le camp et reprend la route de Constantinople sous la neige. La capitale des Habsbourg ne sera de nouveau assiégée qu’en 1683.
En 1526, la victoire de Mohács a coûté la vie au roi Louis II de Hongrie et ouvert une crise de succession. Deux rois sont élus : Ferdinand de Habsbourg, frère de Charles Quint, et le voïvode de Transylvanie Jean Zápolya, qui se place sous la protection du sultan. Ferdinand chasse Zápolya de Buda en 1527. Soliman Ier décide d’intervenir.
L’armée ottomane quitte Constantinople le 10 mai 1529. Les estimations de ses effectifs vont de 100 000 à plus de 120 000 hommes, chiffres auxquels les chroniqueurs contemporains ajoutent souvent beaucoup plus. Des pluies d’une violence inhabituelle détrempent les routes des Balkans ; une partie de l’artillerie lourde doit être abandonnée en chemin. Le 8 septembre, Soliman reprend Buda et y rétablit Zápolya. Il remonte ensuite le Danube et arrive devant Vienne le 27 septembre.
La ville, défendue par une enceinte médiévale vétuste, a été mise en état de défense à la hâte. Ferdinand est resté en Bohême. Le commandement revient au comte Niklas Salm, vétéran de soixante-dix ans de la bataille de Pavie, et à Wilhelm von Roggendorf. La garnison, de l’ordre de 20 000 hommes, comprend des lansquenets allemands, des arquebusiers espagnols et des milices bourgeoises. Salm fait raser les faubourgs, murer les portes et élever en arrière des remparts un second retranchement de terre.
Faute de grosse artillerie, les Ottomans misent sur les mines. Les défenseurs leur opposent des contre-mines et des sorties. Plusieurs fourneaux explosent sous les murs, notamment près de la porte de Carinthie, et ouvrent des brèches, mais chaque assaut se brise sur les arquebuses et les piques des lansquenets. Le temps se dégrade, les vivres s’épuisent, et les janissaires murmurent contre la prolongation de la campagne si tard dans la saison. Le conseil de guerre réuni le 12 octobre décide d’un dernier effort.
Le 14 octobre, malgré des gratifications exceptionnelles promises aux assaillants, l’assaut général échoue à son tour. Dans la nuit, les Ottomans mettent à mort une partie de leurs prisonniers et incendient leur camp. Le 15 octobre, l’armée se met en retraite ; la neige précoce et les harcèlements de la cavalerie autrichienne lui infligent des pertes sévères. Salm, blessé au cours du dernier assaut, meurt de ses blessures le 4 mai 1530 ; Ferdinand lui fait élever un monument funéraire.
Soliman présente la campagne comme un succès, puisqu’il a rétabli son vassal à Buda et ravagé l’Autriche. Une nouvelle expédition, en 1532, s’arrête devant la petite place de Kőszeg. La frontière entre les deux empires s’installe en Hongrie pour un siècle et demi.

14 octobre 1702 : bataille de Friedlingen.
Au début de la guerre de Succession d’Espagne, le marquis de Villars franchit le Rhin en face de Huningue et attaque l’armée impériale du margrave Louis-Guillaume de Bade, qui se repliait. Le combat, coûteux et incomplet, reste une victoire française. Il vaut à Villars le bâton de maréchal.
En 1702, la guerre oppose la France et l’Espagne de Philippe V à la Grande Alliance de l’empereur Léopold Ier, de l’Angleterre et des Provinces-Unies. L’électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel, se range aux côtés de Louis XIV et s’empare d’Ulm en septembre. Pour le soutenir, l’armée française d’Alsace doit franchir le Rhin et faire sa jonction avec lui à travers la Forêt-Noire. Elle en est empêchée par le margrave Louis-Guillaume de Bade-Bade, surnommé « Louis le Turc » pour ses victoires contre les Ottomans, qui vient de prendre Landau, le 9 septembre.
Louis XIV confie la mission au lieutenant général Claude Louis Hector de Villars. Celui-ci concentre ses forces à Huningue, place forte bâtie par Vauban en face de Bâle. Le margrave, qui a laissé 6 000 hommes à Landau, accourt avec environ 14 000 hommes et s’établit à Friedlingen, sur la rive droite, dans une boucle du Rhin bordée par la Kander et la Wiese et dominée par les hauteurs de Tüllingen. Villars dispose de 17 000 à 20 000 hommes.
Un détachement français passe le Rhin plus au nord, à Neuenburg. Menacé d’être tourné, le margrave commence à se retirer au matin du 14 octobre. Villars, qui a fait jeter un pont devant Huningue, attaque aussitôt. Sa cavalerie, commandée par le comte de Magnac, culbute la cavalerie impériale dans la plaine. L’infanterie française gravit les pentes boisées du Käferholz, sous les hauteurs de Tüllingen, et en chasse l’infanterie impériale, mais elle s’y désorganise et subit de lourdes pertes ; le lieutenant général Desbordes est tué. Une partie des bataillons reflue en désordre. Le margrave en profite pour se dégager et se retire en bon ordre vers le nord.
Les Français restent maîtres du terrain, et le fort de Friedlingen tombe entre leurs mains. Selon ses Mémoires, Villars est proclamé maréchal par ses soldats sur le champ de bataille, récit que Voltaire popularise. Louis XIV lui confère cette dignité par brevet du 20 octobre 1702. La victoire n’atteint pourtant pas son but : Villars ne peut franchir la Forêt-Noire avant l’hiver et la jonction avec les Bavarois n’a lieu qu’au printemps 1703. Villars se rend célèbre ensuite par sa victoire de Denain, en 1712.

14 octobre 1758 : bataille de Hochkirch (guerre de Sept Ans).
Avant l’aube, l’armée autrichienne du maréchal Daun surprend dans son camp l’armée prussienne de Frédéric II à Hochkirch, à l’est de Bautzen. Le roi de Prusse perd le maréchal Keith, plus de 9 000 hommes et une centaine de canons, mais parvient à se dégager. C’est l’une de ses plus lourdes défaites, avec Kolin et Kunersdorf.

En 1758, quatrième année de la guerre de Sept Ans, la Prusse fait face à l’Autriche, à la Russie, à la Suède, à la France et au Saint-Empire. Frédéric II arrête les Russes à Zorndorf, le 25 août, au prix de pertes énormes, puis revient en Saxe, que menacent l’armée autrichienne du maréchal Leopold von Daun et l’armée d’Empire. En septembre et au début d’octobre, les deux souverains manœuvrent : Frédéric cherche à couper les Autrichiens de leurs magasins de Bohême et de Lusace, Daun à protéger la Silésie, où un corps autrichien s’apprête à assiéger Neisse.
Le 10 octobre, Frédéric établit son camp autour du village de Hochkirch, au pied de hauteurs boisées tenues par les troupes légères autrichiennes, à portée de canon de l’armée de Daun. Ses généraux jugent la position intenable. Le roi, persuadé que Daun, réputé pour sa prudence, n’attaquera pas, refuse de lever le camp. Il dispose de 30 000 à 36 000 hommes contre près de 80 000 Autrichiens.
Daun, conseillé par son chef d’état-major Franz Moritz von Lacy, prépare une attaque de nuit. Les colonnes autrichiennes s’approchent en silence à travers les bois, tandis que les feux de camp restent allumés et que les bûcherons continuent de travailler pour tromper les sentinelles prussiennes. Le 14 octobre, vers 5 heures, dans le brouillard, elles se jettent sur l’aile droite prussienne. Elles enlèvent la grande batterie qui dominait le camp et retournent ses pièces contre les Prussiens tirés de leurs tentes.
Le combat se concentre autour du village et de son église, dont le cimetière, défendu par le major von Langen et quelques centaines de fusiliers, tient plusieurs heures. Le feld-maréchal James Keith, Écossais jacobite passé au service de la Prusse, tombe en conduisant une contre-attaque. Le prince François de Brunswick, beau-frère du roi, est décapité par un boulet. Le prince Maurice d’Anhalt-Dessau, grièvement blessé, est fait prisonnier. Au lever du jour, Frédéric, menacé d’encerclement, rassemble ce qui reste de son armée et se replie vers le nord-ouest, couvert par la cavalerie de Zieten et de Seydlitz. Daun, dont les troupes se sont mêlées dans les combats de nuit, ne poursuit pas.
Les Prussiens perdent environ 9 000 hommes tués, blessés ou pris, plus de 100 canons, la plupart de leurs tentes et de leurs bagages. Les pertes autrichiennes sont estimées entre 5 400 et 8 000 hommes selon les sources. Le même jour meurt à Bayreuth la sœur préférée du roi, la margravine Wilhelmine.
Daun ne tire pas parti de sa victoire. Frédéric, qui a reçu des renforts, déborde son adversaire et marche sur la Silésie : les Autrichiens lèvent le siège de Neisse au début de novembre, puis renoncent à attaquer Dresde. Le pape Clément XIII adresse à Daun une épée et un chapeau bénits, distinction habituellement réservée aux vainqueurs des infidèles, ce que la propagande prussienne exploite contre l’Autriche.

14 octobre 1805 : bataille d’Elchingen.
Le 6e corps du maréchal Ney franchit le Danube de vive force à Elchingen, à une dizaine de kilomètres en aval d’Ulm, et rejette vers la ville le corps autrichien du Feldmarschall-Leutnant von Riesch. L’armée du général Mack est désormais enfermée dans Ulm. Elle capitule le 20 octobre.
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Au début de la guerre de la Troisième Coalition, l’armée autrichienne du général Karl Mack von Leiberich s’est avancée en Bavière et s’est établie autour d’Ulm, sur le Danube, pour y attendre les Russes. Napoléon, parti des côtes de la Manche à la fin d’août, fait pivoter la Grande Armée vers le sud. Ses corps franchissent le Danube en aval, à Donauwörth et à Neuburg, du 6 au 8 octobre, et coupent Mack de Vienne.
Convaincu que l’ennemi va fuir vers le sud, Napoléon concentre l’essentiel de ses forces sur la rive droite. Le 11 octobre, la division Dupont, laissée seule sur la rive gauche, se heurte à Haslach, au nord d’Ulm, à plus de 20 000 Autrichiens ; elle fait illusion avec quelque 6 000 hommes et se dégage, ce qui révèle que la route du nord reste ouverte. Mack envoie le corps de Werneck vers le nord-est et charge le corps de Riesch de couvrir son flanc en tenant le pont d’Elchingen.
Le 14 octobre au matin, Ney attaque avec la division Loison, la division Malher en soutien. Le pont a été en partie démonté par les Autrichiens. Sous le feu, les voltigeurs de la brigade Villatte passent sur les poutres restantes pendant que les sapeurs rétablissent le tablier. Le maréchal, en grand uniforme, conduit lui-même l’attaque. Les Français prennent pied sur la rive gauche, puis montent à l’assaut du village d’Oberelchingen et de l’abbaye qui domine la vallée.
Riesch a déployé sur les hauteurs environ 8 000 hommes, 14 bataillons, 11 escadrons et 12 canons ; avec les renforts qui arrivent en cours de journée, l’ensemble de ses forces est évalué jusqu’à 15 000 ou 16 000 hommes. Le village et l’abbaye sont enlevés après de durs combats. L’infanterie autrichienne, formée en carrés, se replie vers la forêt puis vers Ulm, poursuivie par la cavalerie. Les pertes autrichiennes atteignent environ 2 000 tués et blessés et plusieurs milliers de prisonniers ; les pertes françaises sont inférieures à un millier d’hommes.
Le lendemain, Ney enlève les hauteurs du Michelsberg, qui dominent Ulm. Mack, encerclé, signe le 17 octobre une convention par laquelle il s’engage à capituler s’il n’est pas secouru avant le 25. Il se rend dès le 20 octobre avec quelque 25 000 hommes, qui défilent devant Napoléon. Le corps de Werneck capitule à son tour à Trochtelfingen, poursuivi par Murat ; seul l’archiduc Ferdinand s’échappe vers la Bohême avec une partie de la cavalerie. En récompense, le 6e corps reçoit la place d’honneur lors de la reddition d’Ulm. En 1808, Ney est fait duc d’Elchingen.

14 octobre 1806 : bataille d’Iéna (campagne de Prusse et de Pologne).
Sur le plateau qui domine Iéna, Napoléon écrase l’armée du prince de Hohenlohe et le corps de secours du général von Rüchel. Le même jour, à 20 km au nord, le maréchal Davout bat seul le gros de l’armée prussienne à Auerstedt. En une journée, l’armée de Frédéric le Grand cesse d’exister comme force organisée.
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La Prusse, restée neutre en 1805, s’inquiète de la création de la confédération du Rhin, en juillet 1806, et apprend que Napoléon envisage de rendre le Hanovre, qu’elle occupe, au roi d’Angleterre. Le parti de la guerre, autour de la reine Louise, l’emporte à Berlin. La Prusse mobilise en août, s’allie à la Russie, à la Saxe et à la Grande-Bretagne, et adresse à Napoléon un ultimatum exigeant le retrait des troupes françaises au-delà du Rhin avant le 8 octobre.
La Grande Armée, cantonnée en Allemagne du Sud, n’attend pas l’expiration du délai. Le 8 octobre, environ 180 000 hommes franchissent la forêt de Thuringe en trois colonnes, en un vaste carré de corps d’armée qui peuvent se soutenir mutuellement. Le 10, à Saalfeld, Lannes bat l’avant-garde du prince Louis-Ferdinand de Prusse, neveu de Frédéric II, qui est tué par un maréchal des logis du 10e hussards. Les Prussiens, divisés en trois armées sous le duc de Brunswick, le prince de Hohenlohe et le général von Rüchel, décident de se replier vers le nord-est. Hohenlohe doit couvrir ce mouvement autour d’Iéna.
Le 13 octobre au soir, Lannes s’empare d’Iéna et hisse son corps sur le Landgrafenberg, hauteur que les Prussiens n’ont pas occupée, la croyant inaccessible. Napoléon, qui pense avoir devant lui toute l’armée ennemie, fait élargir le chemin de nuit à la lumière des torches pour y monter l’artillerie, et masse sur le plateau le corps de Lannes et la Garde. Il ordonne à Davout, qui se trouve à Naumburg avec le 3e corps, de déboucher sur les arrières ennemis par Apolda, et à Bernadotte de le soutenir.
Le 14 octobre, vers 6 heures, dans un épais brouillard, Lannes attaque et enlève les villages de Closewitz, Cospeda et Lützeroda pour donner de l’air au débouché. Les corps de Soult, à droite, et d’Augereau, à gauche, entrent en ligne. Vers 10 heures, Ney, arrivé avec son avant-garde, se lance sans ordre contre le centre prussien et se trouve un moment encerclé ; Napoléon le dégage avec la cavalerie et une partie du corps de Lannes. Hohenlohe commet alors une faute lourde : il arrête son infanterie devant le village de Vierzehnheiligen, que tiennent les Français, et la laisse échanger des feux de salve pendant près de deux heures face aux tirailleurs abrités.
Vers midi et demi, Napoléon, qui dispose maintenant de près de 90 000 hommes contre 38 000, lance l’attaque générale. L’armée de Hohenlohe se disloque. Le corps de Rüchel, qui arrive de Weimar vers 14 heures et monte à l’assaut près de Kapellendorf, est écrasé à son tour. Les bataillons saxons de la division Zezschwitz, encerclés, déposent les armes. La cavalerie de Murat poursuit les fuyards jusqu’à Weimar.
Les pertes prussiennes et saxonnes à Iéna sont estimées à 10 000 ou 12 000 tués et blessés et à 15 000 prisonniers, avec environ 200 canons ; les Français perdent entre 5 000 et 7 000 hommes. Le soir, Napoléon apprend avec incrédulité qu’il n’a combattu qu’une fraction de l’armée prussienne et que Davout a affronté le gros des forces ennemies.
La poursuite menée par Murat, Lannes, Soult, Ney et Bernadotte achève la destruction de l’armée prussienne. Erfurt capitule le 16 octobre, Hohenlohe se rend à Prenzlau le 28, la forteresse de Stettin ouvre ses portes le 29 à la brigade de cavalerie légère de Lasalle, Blücher capitule à Ratekau, près de Lübeck, le 7 novembre, et Magdebourg se rend à Ney le lendemain. Napoléon entre à Berlin le 27 octobre ; c’est au 3e corps de Davout qu’il a accordé l’honneur d’y pénétrer le premier.
La guerre se poursuit en Pologne contre les Russes jusqu’à la victoire de Friedland, le 14 juin 1807. Par le traité de Tilsit, signé le 9 juillet 1807, la Prusse perd la moitié de son territoire et de sa population. La convention de Paris de 1808 lui impose une lourde indemnité et l’occupation de ses forteresses. Le désastre provoque une refonte complète de l’État et de l’armée prussienne, conduite par Stein, Hardenberg, Scharnhorst, Gneisenau et Boyen, à laquelle participe le jeune Carl von Clausewitz, fait prisonnier à Prenzlau. Elle aboutit notamment à la fondation à Berlin, en 1810, d’une école de guerre pour officiers, la future Kriegsakademie, modèle dont la France s’inspirera après 1870.


14 octobre 1806 : bataille d’Auerstedt (campagne de Prusse et de Pologne).
Avec un seul corps d’armée de 27 000 hommes, le maréchal Davout arrête et met en déroute le gros de l’armée prussienne, commandé par le duc de Brunswick et le roi Frédéric-Guillaume III, soit près du double de ses effectifs. Brunswick y est mortellement blessé. Auerstedt reste l’un des plus grands faits d’armes de l’épopée napoléonienne.

Dans la nuit du 13 au 14 octobre, Napoléon ordonne à Davout de quitter Naumburg, de franchir la Saale au pont de Kösen et de marcher vers Apolda, afin de tomber sur les arrières de l’armée qu’il croit affronter à Iéna. Le 1er corps de Bernadotte, cantonné à proximité, doit l’appuyer. Bernadotte, se prévalant d’un ordre antérieur, se dirige vers Dornburg et ne participe à aucune des deux batailles, ce que Napoléon ne lui pardonnera pas.
Or l’armée principale prussienne, environ 60 000 hommes, dont 50 000 engagés, a quitté Weimar le 13 pour gagner l’Elbe par Freyburg. Elle marche sur la même route que Davout, en sens inverse. Le 3e corps aligne les trois divisions d’infanterie Gudin, Friant et Morand, soit 26 000 fantassins, appuyées par 1 600 cavaliers et 44 à 46 canons.
Le 14 octobre, vers 7 heures, dans le brouillard, l’avant-garde de la division Gudin se heurte à la cavalerie prussienne près du village de Hassenhausen. Gudin s’y retranche. La division Schmettau l’attaque, et la cavalerie de Blücher lance plusieurs charges contre les carrés français, qui tiennent. Davout fait entrer en ligne la division Friant au sud, puis la division Morand au nord du village.
Le commandement prussien est rapidement décapité. Vers 10 heures, le duc de Brunswick, qui conduisait une attaque, est atteint d’une balle qui lui traverse les deux yeux ; il mourra de sa blessure le 10 novembre près d’Altona. Le général von Schmettau est mortellement blessé, le maréchal von Möllendorf blessé. Le roi, qui prend le commandement sans désigner de successeur à Brunswick, engage ses divisions par paquets. La division du prince d’Orange, arrivée la dernière, est jetée en partie contre Morand, qui la repousse en formant ses régiments en carrés.
Vers midi, les divisions prussiennes engagées refluent. Le roi renonce à faire donner les deux divisions de réserve du maréchal Kalckreuth et ordonne la retraite vers Weimar pour rejoindre Hohenlohe, dont il ignore la défaite. Davout fait avancer ses trois divisions, enlève les hauteurs d’Eckartsberga et poursuit l’ennemi jusqu’au soir. Sur les routes de Weimar et d’Apolda, les fuyards d’Auerstedt se mêlent à ceux d’Iéna, dans un désordre complet.
Les Prussiens perdent environ 10 000 tués et blessés, 3 000 prisonniers et 115 canons. Le 3e corps a perdu près de 7 000 hommes, soit le quart de son effectif ; la division Gudin, la plus exposée, a perdu environ 40 % des siens. Dans le Bulletin de la Grande Armée, Napoléon minimise d’abord la part de Davout, avant de lui rendre justice. Il le fait duc d’Auerstaedt en 1808.

La cavalerie du général Blücher, qui déjà débordait la droite du maréchal Davout, menaçait de la tourner et de l’envelopper. Davout ordonne au 25e régiment d’infanterie de ligne d’aller tenir le village. Avant d’y arriver, ils doivent affronter les troupes avancées de l’ennemi (hussards et artillerie) ; après un court combat, ils occupent le village et en contrôlent les accès.
À 09 h 00, alors que le brouillard se dissipe, la division Gudin est fermement établie autour du village lorsque apparaît la division prussienne signalée. Voyant les Français, Blücher décide immédiatement d’attaquer, mais les charges successives de sa cavalerie se brisent sur les carrés français et finissent par une débandade.
Au nord, une batterie à cheval prit alors position pour canonner la droite des Français. Cependant, Davout avait ordonné à la division Friant de manœuvrer sur ce côté qui bouscule cette batterie et dans la foulée occupe le village de Spielberg, mais ne parvient pas à pousser plus loin.
En même temps, le village de Poppel était enlevé par le colonel Higonet qui prit aux Prussiens un drapeau et trois pièces de canon. Le maréchal Davout, toujours à la tête de la division Friant qui marchait en colonnes serrées, se porta en avant, laissant Auerstaedt sur sa gauche. Le feu des batteries que l’ennemi avait sur ce point n’empêcha pas le général Friant de continuer son mouvement ; il s’appuya à droite pour couper la retraite à l’ennemi.
Les Prussiens font avancer leur deuxième ligne et la division Wartensleben menace de contourner au sud. Depuis quatre heures, la division Gudin luttait contre des forces supérieures, et se trouvait livrée à elle-même par le mouvement de la division Friant. Les Prussiens font reculer les Français qui sont sur le point de céder, dans le village, lorsque la division Morand entre en ligne vers 11 h 00. Une charge de la cavalerie prussienne est à nouveau décimée. La première brigade de cette division enleva, à la baïonnette, le village de Hassenhausen.
Le duc de Brunswick, qui commandait personnellement la charge, est blessé grièvement à 10 h 00, de même que le général Schmettau, ce qui accentue la défaillance des troupes prussiennes.
À 11 h 00 du matin, le roi de Prusse ordonna une attaque générale ; le prince Henri, son frère, se mit à la tête d’un corps nombreux de cavalerie prussienne, et tomba avec impétuosité sur la division Morand, qui se défendait contre une division d’infanterie prussienne. Le prince Henri ayant été blessé dans une charge, ses troupes se replièrent et vinrent se ranger derrière l’infanterie, et le général Morand, les attaquant à son tour, les dispersa dans la plaine.
Tandis que ces événements se passaient à la gauche de l’armée française, le général Friant lança ses tirailleurs dans la direction des villages de Poppel et de Taugwitz, qui obligèrent la brigade du prince Henri à se retirer.
Les trois divisions prussiennes engagées ayant été forcées de rétrograder, la droite de la division Morand gagna du terrain. Le général Debilly, à la tête du 61e régiment, s’avança vers la tête du ravin qui conduit à Rehehausen.
Les Prussiens firent renforcer leur droite pour arrêter les progrès de l’aile gauche des Français, tandis que quelques compagnies de tirailleurs filaient le long du vallon. Depuis que le duc de Brunswick avait été forcé de quitter le champ de bataille et avait eu un cheval tué sous lui, le roi de Prusse conduisait en personne toutes les attaques.
La gauche des Français étant dégarnie de cavalerie, ce prince voulut tenter d’enfoncer l’infanterie pour tourner ensuite la division Gudin ; mais le maréchal Davout, devinant les intentions du roi de Prusse, envoya le général Morand pour empêcher cette manœuvre. Le maréchal Davout profitant du succès de ses deux ailes, fit avancer le centre de son corps d’armée, et faisant attaquer le village de Taugwitz par le général Gudin, l’armée prussienne se retira en désordre laissant sur les hauteurs de Hassenhausen la plus grande partie de son artillerie.
Les deux divisions de réserve, commandées par le général Kalkreuth, se mirent alors en ligne. Le prince de Prusse, commandant les grenadiers, et le général Blücher qui avait rallié toute la cavalerie appuyaient le mouvement. Le maréchal Davout se rendit à l’aile droite qui achevait de décider la victoire par un mouvement de conversion, dirigea sa gauche sur le Sonneberg, et envoya sur la gauche des plateaux d’Eckartsberg la division Gudin, qui débouchait des villages de Taugwitz et de Poppel.
Une des deux divisions de réserve de l’armée prussienne étant presque tournée, prit position vers les quatre heures en avant d’Eckartsberg. Une forte batterie la soutenait. Pendant ce temps, le général Grandeau, en tête de la division Friant, arrivait par la droite sur le plateau avec le 3e régiment.
À la vue de ce renfort, les Prussiens abandonnèrent précipitamment leur position, la dernière qui leur restât, laissant 22 pièces de canon au pouvoir des Français. L’ennemi fut poursuivi jusqu’à la nuit ; il éprouva une telle panique, que le général Viallanes, le chassant devant lui jusqu’à trois lieues du champ de bataille, ramassa sur son chemin, sans rencontrer aucune résistance, un grand nombre de prisonniers, de chevaux et plusieurs drapeaux.
Le roi Frédéric-Guillaume III hésite, malgré son avantage numérique, puis fait sonner la retraite vers 14 h 00. Davout le presse de près et lance la poursuite à 17 h 00, ce qui provoque la déroute des troupes prussiennes qui se mélangent aux fuyards de la bataille d’Iéna.
14 octobre 1809 : traité de Schönbrunn.
Signé au château de Schönbrunn, aux portes de Vienne, le traité met fin à la guerre de la Cinquième Coalition entre la France et l’Autriche, trois mois après la victoire française de Wagram. L’Autriche perd 3,5 millions de sujets et son accès à l’Adriatique.
***
En avril 1809, l’Autriche, qui veut prendre sa revanche des défaites de 1805 et tirer parti de l’engagement d’une partie de la Grande Armée en Espagne, entre en guerre avec l’appui financier de la Grande-Bretagne. Napoléon prend Vienne le 13 mai, subit un échec à Essling les 21 et 22 mai, puis bat l’archiduc Charles à Wagram les 5 et 6 juillet. L’armistice de Znaïm est conclu le 12 juillet. Les négociations traînent pendant trois mois, l’empereur François Ier espérant encore une intervention extérieure.
Le traité est signé le 14 octobre par Champagny, ministre des Relations extérieures, et par le prince Jean de Liechtenstein. Napoléon le ratifie le lendemain. L’Autriche cède Salzbourg, Berchtesgaden et l’Innviertel, remis par la France à la Bavière, son alliée. Elle cède à la France Goritz, Trieste, la Carniole, le cercle de Villach en Carinthie, l’Istrie autrichienne et la Croatie au sud de la Save : ces territoires forment, avec la Dalmatie déjà française, les Provinces illyriennes. La Galicie occidentale et Cracovie reviennent au duché de Varsovie, le district de Tarnopol à la Russie, quelques enclaves de Bohême au roi de Saxe.
L’Autriche reconnaît en outre les changements opérés en Espagne, en Italie et au Portugal, dont la royauté de Joseph Bonaparte, adhère au Blocus continental contre la Grande-Bretagne et doit verser une indemnité de 85 millions de francs. Un article secret limite son armée à 150 000 hommes, engagement qui ne sera pas tenu. Le Tyrol, bavarois depuis le traité de Presbourg de 1805, s’était soulevé en 1809 à l’appel d’Andreas Hofer ; abandonné par Vienne, le soulèvement est écrasé, et Hofer est fusillé à Mantoue le 20 février 1810.
Pendant les négociations, Napoléon échappe à une tentative d’assassinat. Le 12 octobre, lors d’une revue dans la cour de Schönbrunn, un étudiant de 17 ans, Friedrich Staps, fils d’un pasteur d’Erfurt, demande avec insistance à lui remettre une supplique. Le général Rapp le fait arrêter : il porte sur lui un couteau de cuisine. Interrogé par l’Empereur, il déclare avoir voulu le tuer pour libérer l’Allemagne. Il est fusillé le 17 octobre.
Le rapprochement entre les deux empires se scelle peu après : Napoléon, qui a décidé de divorcer de Joséphine, épouse en avril 1810 l’archiduchesse Marie-Louise, fille de François Ier. Le mariage n’est pas une clause du traité ; il résulte de négociations conduites par Metternich, devenu ministre des Affaires étrangères d’Autriche le 8 octobre 1809.
14 octobre 1890 : naissance de Dwight David Eisenhower.
Commandant suprême des forces alliées pour le débarquement de Normandie, premier commandant suprême des forces alliées en Europe au sein de l’OTAN, puis 34e président des États-Unis de 1953 à 1961, Dwight David Eisenhower naît à Denison, au Texas.
3e des 7 fils d’une famille modeste, il grandit à Abilene, au Kansas. Il entre à l’académie militaire de West Point en 1911 et en sort en 1915 dans une promotion qui fournira une soixantaine de généraux. Pendant la Première Guerre mondiale, il commande un centre d’instruction des chars à Camp Colt, près de Gettysburg, et ne part pas pour la France. En 1919, il participe au convoi militaire qui traverse les États-Unis d’est en ouest et mesure l’état déplorable du réseau routier.
L’entre-deux-guerres en fait un officier d’état-major. Le général Fox Conner, sous les ordres duquel il sert à Panama, l’oriente vers l’étude de la stratégie. Il sort premier de l’école de commandement et d’état-major de Fort Leavenworth en 1926, puis sert de 1933 à 1939 auprès du général Douglas MacArthur, à Washington et aux Philippines. En 1941, chef d’état-major de la 3e armée, il se fait remarquer lors des grandes manœuvres de Louisiane. Après Pearl Harbor, le général George Marshall l’appelle à la division des plans de l’état-major.
En juin 1942, il prend le commandement des forces américaines en Europe. Il dirige le débarquement allié en Afrique du Nord, l’opération Torch, en novembre 1942, puis les campagnes de Tunisie, de Sicile et d’Italie. En décembre 1943, Roosevelt le désigne comme commandant suprême des forces expéditionnaires alliées. À la tête du SHAEF, il prépare l’opération Overlord, décide le 5 juin 1944 de lancer le débarquement malgré une météo incertaine et conduit la campagne jusqu’à la capitulation allemande. Il est promu général d’armée à cinq étoiles le 20 décembre 1944.
Chef d’état-major de l’armée de terre de novembre 1945 à février 1948, il préside ensuite l’université Columbia. En décembre 1950, le président Truman le nomme premier commandant suprême des forces alliées en Europe ; il exerce ce commandement du 2 avril 1951 au 30 mai 1952 et met sur pied la structure militaire intégrée de l’OTAN, installée près de Paris.
Candidat républicain, il est élu président en novembre 1952 et réélu en 1956. Il obtient l’armistice de Corée le 27 juillet 1953, fonde sa stratégie de défense sur la dissuasion nucléaire, refuse d’intervenir directement en Indochine en 1954 et contraint la France, le Royaume-Uni et Israël à se retirer de Suez en 1956. Il crée la NASA en 1958 après le lancement du Spoutnik et lance le réseau des autoroutes inter-États. Dans son discours d’adieu du 17 janvier 1961, il met en garde contre l’influence du « complexe militaro-industriel ». Il meurt le 28 mars 1969 à l’hôpital militaire Walter Reed, à Washington, et repose à Abilene.

14 octobre 1899 : début du siège de Kimberley (Afrique du Sud).
Trois jours après le début de la seconde guerre des Boers, les commandos de l’État libre d’Orange coupent le télégraphe et la voie ferrée de Kimberley, capitale mondiale du diamant. Le siège dure 124 jours, jusqu’à l’arrivée de la division de cavalerie du général French, le 15 février 1900. Cecil Rhodes se trouve parmi les assiégés.
Kimberley, dans le Griqualand occidental, rattaché à la colonie du Cap, a surgi de la ruée vers le diamant des années 1870. La compagnie De Beers de Cecil Rhodes y contrôle la totalité de l’extraction. Ancien Premier ministre du Cap, Rhodes est tenu par les Boers pour l’un des responsables de la guerre depuis le raid Jameson de 1895. La ville se trouve à quelques kilomètres de la frontière de l’État libre d’Orange.
L’ultimatum du président du Transvaal, Paul Kruger, expire le 11 octobre 1899. Dès le 14 au soir, les communications de Kimberley avec l’extérieur sont coupées ; certaines sources datent le début du siège du 15. La défense est commandée depuis le 7 octobre par le lieutenant-colonel Robert Kekewich, du régiment Loyal North Lancashire, qui dispose de quelques centaines de soldats réguliers, de volontaires, de la police et d’une garde urbaine levée parmi les mineurs. Rhodes, arrivé juste avant l’encerclement malgré les objections des autorités, finance un corps monté, le Kimberley Light Horse.
Les Boers, commandés d’abord par Cornelius Wessels, puis renforcés par une partie des commandos de Piet Cronjé venus de Mafeking pour barrer la route aux colonnes de secours, se contentent d’un blocus et d’un bombardement presque quotidien, interrompu le dimanche. Plusieurs sorties de la garnison échouent ; le major Scott-Turner, chef de la cavalerie, est tué le 28 novembre. Les ingénieurs de De Beers, dirigés par l’Américain George Labram, fabriquent dans les ateliers de la mine un canon de 4,1 pouces, baptisé « Long Cecil ». Les Boers répliquent en faisant venir un canon Creusot de 155 mm, dit « Long Tom ». En février 1900, pour échapper aux obus, des centaines de femmes et d’enfants sont descendus dans les galeries de la mine. Labram est tué par un obus le 9 février.
Les relations entre Rhodes et Kekewich sont exécrables : Rhodes, qui communique directement avec Le Cap, presse le commandement de secourir la ville et laisse entendre à plusieurs reprises qu’elle pourrait se rendre. Une première colonne de secours, sous lord Methuen, est arrêtée à Magersfontein le 11 décembre 1899, l’un des revers de la « semaine noire ». La population africaine, la plus nombreuse et la moins bien ravitaillée, subit l’essentiel de la mortalité, en particulier celle des enfants.
Lord Roberts, devenu commandant en chef, reprend l’offensive en février. La division de cavalerie du lieutenant-général John French contourne les positions boers, force le passage à Klip Drift et entre dans Kimberley le 15 février 1900 au soir. À la demande de Rhodes, French retire à Kekewich le commandement de la place. Cronjé, qui se replie, est encerclé à Paardeberg et capitule le 27 février avec plus de 4 000 hommes.
14 octobre 1904 : naissance du général Jean GILLES.
Jean Gilles, né le à Perpignan et mort le à Mont-Louis, est un général français, grand-croix de la Légion d’honneur.
« Commandant des troupes aéroportées », il commande les troupes parachutistes françaises au cours de la guerre d’Indochine, puis il est le chef de l’opération aéroportée lors de la crise du canal de Suez. Il dirige ensuite le corps d’armée de Constantine et est l’adjoint opérationnel du commandant en chef en Algérie pendant la guerre d’Algérie, avant de prendre en juillet 1960 le commandement de la 5e région militaire à Toulouse et de la 2e zone de Défense.
Il est élevé à la dignité de grand croix de la Légion d’honneur en juillet 1961 alors qu’il est toujours en service actif. « Mort pour la France » et titulaire de nombreuses décorations françaises et étrangères dont vingt citations (18 françaises et 2 vietnamiennes) dont 14 à l’ordre de l’armée. Il est l’un des officiers généraux les plus décorés.

Élève au prytanée militaire de La Flèche dès l’âge de 12 ans, Jean Gilles intègre Saint-Cyr en 1922 à 18 ans : il est ainsi le plus jeune « cyrard » de la 109e promotion « Metz-Strasbourg » (1922-1924), tandis que le plus âgé en est le futur maréchal de France Philippe Leclerc. Lors d’un exercice de tir, il est gravement blessé et perd un œil. Gilles a réussi à être maintenu dans sa promotion en dépit de son handicap mais va devoir renoncer à être aviateur.
Cet accident lui vaudra d’être appelé affectueusement « nonoeil » ou « le cyclope » par ses troupes.
À sa sortie de l’école en 1924, le jeune sous-lieutenant est affecté au 24e régiment de tirailleurs sénégalais à Perpignan et rejoint le Maroc pour prendre part à la guerre du Rif où il obtient à vingt ans sa première citation qui comporte l’attribution la Croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs avec étoile de bronze ainsi que la médaille d’Alphonse XIII d’Espagne. Jean Gilles est nommé lieutenant le 1er et capitaine le .
Officier méhariste, il quitte le Maroc et les sables du désert du Niger et de la Mauritanie en 1938 pour préparer l’École de Guerre à laquelle il a été reçu en 1939 mais ne pourra pas intégrer à cause de la Seconde Guerre mondiale.
Il est affecté à la 7e DIC de 1939 à 1940 et rejoint le cercle de Bilma au Niger (AOF) dont il prend le commandement fin 1940. Le , il devient chevalier dans l’ordre national de la Légion d’Honneur.
Il continue, après l’armistice de , de servir au sein de l’armée de Terre, réduite à 100 000 hommes, selon les dispositions de la convention franco-allemande. Rappelé en France en août 1942 en raison d’une expression trop manifeste de ses sentiments anti-nazis et démobilisé en , après l’invasion de la zone libre par les Allemands, il tente alors de rejoindre l’Afrique du nord mais est capturé en Espagne et emprisonné. Finalement relâché pour raison médicale, le commandant Gilles s’engage dans la 9e DIC et prend le commandement du 2e bataillon du 13e régiment de tirailleurs sénégalais du colonel Chrétien.
À la tête de son bataillon, Gilles prend part à la prise de l’île d’Elbe en , puis débarque en Provence et avec la 1re Armée de de Lattre, participe à la reconquête du territoire français puis à la campagne d’Allemagne. Le , il est promu officier sur le champ de bataille dans l’ordre national de la Légion d’Honneur, peu après De Gaulle le promeut lieutenant-colonel. Lors du second conflit mondial, le général Gilles fut cité quatre fois à l’ordre de l’armée, deux fois à l’ordre du corps d’armée et une fois à l’ordre de la division.
Adjoint au chef de corps du 23e régiment d’infanterie coloniale (nouvelle appellation du 13e RTS), il rejoint l’Indochine en avec le grade de lieutenant-colonel. En 1946, appelé à l’état-major de Leclerc il est nommé colonel à titre exceptionnel à la suite du débarquement à Haïphong le .
Il rentre en Europe en 1947 et occupe successivement les postes de chef de corps du régiment colonial de chasseurs de chars en Allemagne puis après un passage à l’école de guerre, devient commandant de la 1re demi-brigade coloniale de commandos parachutistes. Le , il est promu commandeur dans l’ordre national de la Légion d’Honneur. Entretemps, Gilles a obtenu en 1949 son brevet de parachutiste.
En 1951, il retourne en Indochine et s’illustre notamment lors de la bataille de Na San (septembre à ) puis lors de la conquête de la cuvette de Dien Bien Phu, en (opération Castor).
Il obtient ses étoiles de général de brigade en pleine bataille de Na San le et devient en 1953 commandant des TAPI (Troupes aéroportées en Indochine). Il est élevé, pour services exceptionnels, à la dignité de Grand-Officier de la légion d’honneur.
Au cours de son passage en Indochine, le général Gilles aura été cité six fois à l’ordre de l’armée.

De retour en métropole en , il obtient le commandement des troupes aéroportées et de la 25e DIAP. Il part en avec la 25e DIAP pour maintenir l’ordre dans les Aurès (Algérie). Courant , le général Gilles giflera le sous-préfet de Batna et prononcera le mot « merde » à l’adresse du ministre de l’intérieur de l’époque François Mitterrand exprimant ainsi son mécontentement face à l’incompétence de la chaîne de commandement civile puisque la France n’est pas officiellement en guerre. De janvier à , il part en convalescence à Baden-Baden à la suite d’un infarctus. Il est cité à l’ordre de l’Armée au titre de son implication dans le maintien de l’ordre en Algérie.
Lors de crise du canal de Suez fin 1956, il obtient le commandement de l’opération aéroportée sur Port-Saïd. Le , il est cité à l’ordre de l’armée au titre de la campagne d’Égypte alors qu’il y exerçait le commandement des opérations aéroportées.
En 1958, il devient commandant du corps d’armée de Constantine, où il exerce les pleins pouvoirs militaires pour tout le Constantinois. Il cumule alors ses fonctions avec celles d’adjoint opérationnel du commandant en chef en Algérie, de commandant des troupes aéroportées et de commandant de la 25e division infanterie aéroportée.
Lors des événements du , Gilles est déjà commandant du corps d’armée de Constantine où il recevra le général de Gaulle le .
Il dirige d’avril à , des opérations contre des groupes armés du FLN qui se déploient dans l’est Algérien, qui sont « couronnées de succès » , notamment à Beni Sbihi, dans la région de Guelma, dans les Aurès et dans la région de Soumman. Puis il conduit d’autres opérations dans l’Oranie et le Sud Algérois. Il organise également la mise sur pied des 117 commandos de chasse et commandos de réserve générale afin de lutter contre les diverses structures armées du FLN. Il est élevé aux rang et appellation de général de corps d’armée en .
Le , il sort indemne avec les généraux Gracieux, Saint-Hillier et le pilote du crash d’un hélicoptère Alouette II. Lors de son passage en Algérie, il sera cité à deux reprises en 1959 et 1960 à l’ordre de l’armée.
À son retour d’Algérie, 1er, Gilles prend le commandement de la 5e région militaire à Toulouse « région des paras » et de la 2e Zone de Défense. Il venait de refuser de prendre le commandement de Dakar. Le , son fils Michel, sous-lieutenant d’Infanterie de Marine (chevalier de la légion d’honneur) est tué en Algérie. Il est attristé par le putsch d’Alger et son issue de par son amitié avec le général Challe et dénonce les mesures discriminatoires prises à l’encontre des paras. Le , à titre exceptionnel, il est élevé par De Gaulle, pour services exceptionnels, à la dignité de Grand croix de la Légion d’honneur.
Il meurt le , à la suite d’une crise cardiaque. La mention « mort pour la France » lui sera attribuée quelques jours plus tard.
Le général Gilles totalise plus de 537 heures de vols opérationnels de jour ainsi que 25 heures de vols opérationnels de nuit. Ses vols normaux de jour sont de plus de 1 985 heures et de 231 heures de nuit.
14 octobre 1920 : traité russo-finlandais de Tartu.
Après cinq mois de négociations, la Finlande et la République socialiste fédérative soviétique de Russie signent à Tartu, en Estonie, un traité de paix qui fixe leur frontière. La Finlande obtient la région de Petsamo et un accès à l’océan Arctique ; elle renonce aux territoires de Carélie orientale occupés par ses volontaires. Ce traité est distinct de celui que l’Estonie et la Russie soviétique avaient signé dans la même ville le 2 février 1920.
La Finlande proclame son indépendance le 6 décembre 1917 ; le gouvernement de Lénine la reconnaît le 31 décembre. De janvier à mai 1918, une guerre civile oppose les Blancs du général Mannerheim, appuyés par une division allemande, aux Rouges soutenus par la Russie bolchevique. Victorieux, les Blancs nourrissent l’ambition d’une « Grande Finlande » englobant la Carélie orientale, peuplée de populations finnoises. Entre 1918 et 1920, des expéditions de volontaires, appelées « guerres de parenté », pénètrent en territoire russe. Les communes de Repola et de Porajärvi, en Carélie orientale, votent leur rattachement à la Finlande et sont occupées par ses troupes.
Les négociations s’ouvrent à Tartu en juin 1920. La délégation finlandaise est conduite par Juho Kusti Paasikivi, ancien Premier ministre et futur président de la République, qui met en garde son gouvernement contre la tentation de profiter de la faiblesse de la Russie, alors en guerre contre la Pologne. Le traité, signé le 14 octobre, confirme pour l’essentiel la frontière de l’ancien grand-duché de Finlande. La Russie cède à la Finlande la région de Petsamo, avec un port libre de glaces sur l’Arctique, ainsi que quelques îles du golfe de Finlande. La Finlande restitue Repola et Porajärvi et accepte la démilitarisation de plusieurs îles du golfe ainsi que des limitations navales en mer de Barents. La Russie s’engage à accorder une autonomie à la Carélie orientale. Les ratifications sont échangées à Moscou le 31 décembre 1920.
L’autonomie promise reste lettre morte. À l’automne 1921, un soulèvement éclate en Carélie orientale, appuyé par plusieurs centaines de volontaires finlandais ; le gouvernement d’Helsinki dément toute implication officielle. L’Armée rouge l’écrase pendant l’hiver 1921-1922, et des milliers de Caréliens se réfugient en Finlande. Un accord sur la sécurité de la frontière est conclu entre les deux pays en juin 1922.
La frontière de Tartu tient jusqu’à la guerre d’Hiver. Par le traité de Moscou du 12 mars 1940, la Finlande perd l’isthme de Carélie et Vyborg, mais conserve Petsamo. Elle la cède définitivement à l’URSS par l’armistice de septembre 1944, confirmé par le traité de Paris de 1947.

14 octobre 1939 : le sous-marin allemand U-47 coule le HMS Royal Oak en rade de Scapa Flow.
Six semaines après le début de la guerre, le sous-marin allemand U-47 du Kapitänleutnant Günther Prien pénètre de nuit dans la rade de Scapa Flow, principal mouillage de la Home Fleet, dans les Orcades, et torpille le cuirassé HMS Royal Oak. Le navire chavire en un quart d’heure. Plus de 830 marins périssent, dont plus d’une centaine de très jeunes matelots.

Scapa Flow, vaste plan d’eau fermé par les îles des Orcades, est protégé par des filets, des barrages et des navires coulés en travers des passes. Le contre-amiral Karl Dönitz, commandant de l’arme sous-marine, a appris par des reconnaissances aériennes qu’une brèche subsistait dans Kirk Sound, une passe orientale imparfaitement obstruée. Il confie la mission à Prien, l’un de ses meilleurs commandants. L’U-47, un sous-marin de type VII B, quitte Kiel le 8 octobre.
Dans la nuit du 13 au 14 octobre, à marée haute, l’U-47 se faufile en surface entre les épaves de Kirk Sound. Une grande partie de la flotte est en mer. Prien découvre au nord-est de la rade le Royal Oak, cuirassé de la classe Revenge mis en service en 1916, mouillé près de la côte pour protéger de son artillerie antiaérienne une station radar, et derrière lui une autre silhouette, le transport d’hydravions Pegasus, qu’il prend pour le croiseur de bataille Repulse.
Peu après une heure du matin, il lance trois torpilles, la quatrième restant bloquée dans son tube. Une seule atteint le Royal Oak à l’avant, près des chaînes d’ancre ; à bord, on croit à une explosion interne. Prien vire de bord, tire sa torpille de poupe sans résultat, fait recharger ses tubes avant et revient. Une vingtaine de minutes après la première attaque, une nouvelle salve de trois torpilles frappe le cuirassé par le travers tribord. Une soute à munitions explose. Le Royal Oak prend une forte gîte et chavire en treize à dix-neuf minutes selon les témoignages.
Sur un équipage de plus de 1 200 hommes, 833 à 835 périssent selon les décomptes, dont plus d’une centaine de « boys », des marins de moins de 18 ans. Le drifter Daisy II, amarré le long du cuirassé, recueille près de 400 survivants dans l’eau glacée et couverte de mazout. L’U-47 ressort par Kirk Sound sans être inquiété ; l’Amirauté envisage d’abord un sabotage ou une attaque aérienne.
L’exploit est exploité par la propagande. Prien, accueilli en héros, reçoit des mains de Hitler la croix de chevalier de la croix de fer ; tout son équipage est décoré. Churchill, Premier lord de l’Amirauté, fait fermer définitivement les passes orientales par des digues construites en grande partie par des prisonniers de guerre italiens, les « Churchill Barriers ». L’U-47 coule ensuite une trentaine de navires marchands. Il disparaît avec Prien et tout son équipage en mars 1941, dans l’Atlantique Nord, dans des circonstances jamais élucidées. L’épave du Royal Oak, retournée par une trentaine de mètres de fond, est une sépulture de guerre protégée.

14 octobre 1943 : « jeudi noir » de Schweinfurt.
La 8e Air Force américaine lance 291 bombardiers B-17 contre les usines de roulements à billes de Schweinfurt, en Bavière. 60 appareils sont abattus et plus de 600 aviateurs tués, blessés ou capturés. Ces pertes conduisent à suspendre les raids de jour en profondeur sur l’Allemagne jusqu’à l’arrivée de chasseurs d’escorte à long rayon d’action.
La doctrine américaine de bombardement stratégique repose sur l’attaque de jour, à haute altitude, par des formations serrées de bombardiers lourds réputés capables de se défendre eux-mêmes grâce à leurs mitrailleuses. Le plan Pointblank, adopté en juin 1943, donne la priorité à la destruction de l’aviation de chasse allemande et des industries qui la font vivre. Schweinfurt, qui produit environ la moitié des roulements à billes allemands, est jugée vitale. Un premier raid, le 17 août 1943, couplé à une attaque sur Ratisbonne, a coûté 60 bombardiers.
Le 14 octobre, la mission 115 réunit les B-17 des 1re et 3e divisions aériennes, parties d’East Anglia. Les P-47 Thunderbolt d’escorte, limités par leur autonomie, doivent faire demi-tour à hauteur d’Aix-la-Chapelle. La Luftwaffe attend ce moment : chasseurs monomoteurs et bimoteurs Bf 110 et Me 410 armés de roquettes attaquent les formations sur plusieurs centaines de kilomètres, à l’aller comme au retour. Une trentaine de bombardiers sont abattus avant même l’objectif.
Le bombardement est précis et endommage sérieusement les usines. Mais la 8e Air Force perd 60 B-17 abattus ; 17 autres, trop endommagés, sont réformés, et plus de 120 sont touchés. Environ 600 aviateurs sont tués ou disparus, soit près de 20 % des équipages engagés. Le 14 octobre conclut une semaine, du 8 au 14, au cours de laquelle les raids sur Brême, Marienburg, Dantzig et Münster ont déjà coûté près de 90 bombardiers.
Les effets industriels sont décevants. Les Allemands dispersent la production, puisent dans leurs stocks et importent des roulements de Suède et de Suisse. Pour les Américains, la leçon est claire : sans escorte jusqu’à l’objectif, les bombardiers ne peuvent pas survivre face à la chasse adverse. Les raids profonds sont suspendus jusqu’à l’arrivée en nombre, au début de 1944, du P-51 Mustang à long rayon d’action et des réservoirs largables, qui permettent la « Big Week » de février 1944 et l’usure de la chasse allemande avant le débarquement.
14 octobre 1943 : révolte du camp d’extermination de Sobibor (Pologne occupée).
Les détenus juifs du camp d’extermination de Sobibor tuent 11 membres de la SS du camp et plusieurs gardes, puis s’enfuient en masse. Environ 300 parviennent à franchir les barbelés et les champs de mines ; une cinquantaine seulement survivront à la guerre. Les SS ferment le camp dans les semaines qui suivent.
Ouvert au printemps 1942 dans l’est du Gouvernement général, près du Bug, Sobibor est, avec Belzec et Treblinka, l’un des trois camps de l’opération Reinhard, destinée à exterminer les Juifs de Pologne. Environ 170 000 à 250 000 personnes y sont assassinées dans des chambres à gaz, venues de Pologne, mais aussi des Pays-Bas, de France, de Slovaquie et d’URSS. Une trentaine de SS et une centaine de gardes auxiliaires, recrutés pour la plupart parmi d’anciens prisonniers soviétiques, font fonctionner le camp, avec quelques centaines de détenus juifs employés aux tâches matérielles.
À l’été 1943, le nombre des convois diminue et les détenus comprennent qu’ils seront éliminés à la fermeture du camp, comme ceux de Belzec. Un groupe clandestin se forme autour de Leon Feldhendler, fils d’un rabbin de la région de Lublin. Le 23 septembre arrive de Minsk un convoi qui comprend des prisonniers de guerre juifs de l’Armée rouge. Parmi eux, le lieutenant Alexandre Petcherski, qui prend la direction militaire du projet.
Le plan repose sur la discrétion. Le 14 octobre, vers 16 heures, les SS sont attirés un par un dans les ateliers, sous prétexte d’essayer des vêtements ou des bottes, et tués à la hache ou au couteau. Le sous-commandant du camp, Johann Niemann, figure parmi les victimes. Les conjurés coupent les lignes téléphoniques et s’emparent de quelques armes. Au moment de l’appel du soir, l’alerte est donnée avant que la sortie en ordre prévue puisse se faire. Les détenus se ruent sur les clôtures sous le feu des miradors ; beaucoup sont tués par les mitrailleuses ou dans les champs de mines.
Sur environ 600 détenus présents, quelque 300 parviennent à s’échapper. Plus d’une centaine sont repris et tués dans les jours suivants lors d’une vaste traque. Les détenus restés dans le camp sont exécutés. Le groupe de Petcherski franchit le Bug et rejoint les partisans soviétiques ; Petcherski combat ensuite dans l’Armée rouge. Feldhendler, caché à Lublin, est tué en avril 1945. Une cinquantaine d’évadés seulement voient la fin de la guerre.
Himmler fait fermer Sobibor. Des détenus amenés de Treblinka démontent les installations avant d’être fusillés à leur tour, et une ferme est établie sur le site. Les révoltes de Treblinka, en août, et de Sobibor contribuent à la décision de massacrer, les 3 et 4 novembre 1943, plus de 40 000 Juifs encore détenus dans les camps de travail de la région de Lublin, opération baptisée « Fête de la moisson ». Plusieurs SS du camp sont jugés à Hagen en 1965-1966.
14 octobre 1944 : le maréchal Erwin Rommel se suicide.
Soupçonné d’avoir été en contact avec les auteurs de l’attentat du 20 juillet 1944, le maréchal Erwin Rommel est contraint par deux généraux envoyés par Hitler de choisir entre un procès devant le Tribunal du peuple et le suicide. Il absorbe du cyanure près de son domicile de Herrlingen, en Souabe. Le régime annonce une mort due à ses blessures et lui organise des funérailles nationales.
Né le 15 novembre 1891 à Heidenheim, dans le Wurtemberg, fils d’un professeur, Erwin Rommel entre dans l’armée en 1910. Pendant la Première Guerre mondiale, il se distingue en France, en Roumanie et surtout en Italie, où il obtient la croix Pour le Mérite après la prise du mont Matajur, en octobre 1917. Il tire de son expérience un manuel d’infanterie à succès. En 1940, à la tête de la 7e Panzerdivision, il perce en France jusqu’à la Manche. Envoyé en Libye en février 1941 avec l’Afrikakorps, il devient le « Renard du désert », prend Tobrouk en juin 1942 et est fait maréchal. Il est arrêté à El-Alamein et quitte l’Afrique en mars 1943.
En 1944, il commande le groupe d’armées B, chargé de défendre les côtes de la Manche. Après le débarquement, il juge la situation militaire perdue et le fait savoir à Hitler. Le 17 juillet 1944, sa voiture est mitraillée par un chasseur allié près de Livarot, en Normandie ; grièvement blessé à la tête, il est rapatrié chez lui à Herrlingen, près d’Ulm. Trois jours plus tard, la bombe de Stauffenberg explose à Rastenburg.
L’enquête sur le complot fait apparaître son nom, notamment dans les déclarations du lieutenant-colonel Caesar von Hofacker et du général Carl-Heinrich von Stülpnagel ; son chef d’état-major, le général Hans Speidel, est arrêté. L’étendue de son engagement reste discutée par les historiens : il semble avoir su que des officiers voulaient obtenir la fin de la guerre à l’Ouest, sans avoir pris part à la préparation de l’attentat. Hitler ne peut pas faire juger publiquement le plus populaire des maréchaux allemands.
Le 14 octobre vers midi, les généraux Wilhelm Burgdorf, chef du personnel de l’armée, et Ernst Maisel arrivent à Herrlingen. Ils proposent à Rommel l’alternative : comparaître devant le Tribunal du peuple, avec les conséquences que cela implique pour sa famille et son état-major, ou se suicider, auquel cas sa réputation sera préservée, sa famille épargnée et des funérailles nationales organisées. Rommel fait ses adieux à sa femme et à son fils Manfred, monte dans la voiture des deux généraux, qui s’arrête à la sortie du village, et absorbe une capsule de cyanure. Le décès est annoncé depuis un hôpital militaire d’Ulm comme la conséquence d’une crise cardiaque liée à ses blessures.
Hitler décrète un deuil national. Les funérailles ont lieu le 18 octobre à Ulm. Le maréchal von Rundstedt, qui ignore tout, y prononce l’éloge funèbre au nom du Führer. Rommel est inhumé à Herrlingen. Les circonstances réelles de sa mort sont révélées après la guerre, notamment par le témoignage de son fils Manfred, futur maire de Stuttgart, et par Keitel lors du procès de Nuremberg.

14 octobre 1947 : passage du mur du son (États-Unis).
Au-dessus du désert de Mojave, en Californie, le capitaine Charles « Chuck » Yeager, de l’US Air Force, devient le premier pilote à dépasser la vitesse du son en vol en palier, aux commandes de l’avion-fusée Bell X-1. Il atteint Mach 1,06 à environ 13 000 mètres d’altitude. L’exploit reste secret plusieurs mois.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les pilotes d’avions rapides découvrent que la portance et la manœuvrabilité se dégradent brutalement à l’approche de la vitesse du son : les commandes se bloquent, l’appareil vibre et peut se disloquer. On parle de « mur du son ». En 1944, l’armée de l’air américaine et le comité consultatif national pour l’aéronautique, la NACA, commandent à la société Bell un avion de recherche capable de le franchir.
Le Bell X-1 est un appareil à aile droite et mince dont le fuselage reproduit la forme d’une balle de mitrailleuse de 12,7 mm, dont on sait qu’elle reste stable en vol supersonique. Il est propulsé par un moteur-fusée Reaction Motors XLR-11 à quatre chambres, alimenté en alcool et oxygène liquide, qui ne lui donne que quelques minutes de poussée. Pour économiser le carburant, il est largué en vol par un bombardier B-29 modifié. Ses empennages horizontaux à incidence réglable permettent de conserver le contrôle en tangage aux grandes vitesses.
Né en 1923 en Virginie-Occidentale, Yeager s’est engagé comme simple mécanicien en 1941. Pilote de P-51 Mustang en Angleterre, il est abattu au-dessus de la France le 5 mars 1944, s’échappe vers l’Espagne avec l’aide de la Résistance, puis obtient de reprendre le combat et termine la guerre avec 11 victoires et demie homologuées. Devenu pilote d’essai, il est choisi en 1947 pour le programme X-1 de l’armée de l’air, à la base de Muroc, aujourd’hui Edwards.
Le 12 octobre au soir, il fait une chute de cheval et se brise deux côtes. Craignant d’être remplacé, il ne le dit qu’à son ami et collègue Jack Ridley. Incapable de fermer la verrière de l’appareil, il utilise un manche à balai scié que Ridley lui a fourni pour faire levier.
Le 14 octobre, le X-1 n° 46-062, qu’il a baptisé Glamorous Glennis du nom de sa femme, est largué par le B-29 vers 10 h 26. Yeager allume successivement ses chambres de combustion, monte vers 13 000 mètres et accélère jusqu’à Mach 1,06, environ 1 100 km/h à cette altitude. Les observateurs au sol entendent le premier « bang » supersonique de l’histoire. L’information n’est rendue publique qu’en juin 1948.
Yeager poursuit une longue carrière : il atteint Mach 2,44 à bord du X-1A en décembre 1953, commande des escadrons de chasse en Europe et une escadre au Vietnam, et prend sa retraite en 1975 avec le grade de général de brigade. Le Glamorous Glennis est exposé au musée national de l’Air et de l’Espace, à Washington. Yeager meurt le 7 décembre 2020. Son personnage a été popularisé par le livre de Tom Wolfe L’Étoffe des héros et le film qui en a été tiré.

14 octobre 1952 : début de la bataille de Triangle Hill (guerre de Corée).
La 8e armée américaine lance l’opération Showdown contre deux hauteurs tenues par les volontaires chinois au nord de Kumhwa, au sommet du « triangle de fer ». Prévue pour durer cinq jours et coûter 200 hommes, elle se transforme en une bataille d’usure de six semaines. Le 25 novembre, les Chinois ont repris l’essentiel du terrain. C’est l’affrontement le plus sanglant de l’année 1952.

Depuis l’été 1951, le front coréen est stabilisé à proximité du 38e parallèle et des négociations d’armistice se poursuivent à Panmunjom. Le commandement des Nations unies, dirigé par le général Mark Clark, limite les offensives pour éviter des pertes que l’opinion américaine accepte mal. Le général James Van Fleet, commandant de la 8e armée, cherche pourtant à améliorer ses positions. Le 8 octobre 1952, les pourparlers sont suspendus et Clark autorise une attaque limitée du 9e corps américain du général Reuben Jenkins contre deux objectifs qui dominent ses lignes : Triangle Hill, la cote 598, et Sniper Ridge.
Les positions sont tenues par le 15e corps de l’Armée des volontaires du peuple chinois, commandé par Qin Jiwei. Les Chinois ont creusé sous les crêtes un réseau de tunnels et d’abris qui leur permet de survivre aux bombardements, puis de reprendre les positions perdues. Le 14 octobre, après deux jours de préparation aérienne et un bombardement d’artillerie massif, deux bataillons du 31e régiment de la 7e division d’infanterie américaine attaquent Triangle Hill, pendant que la 2e division sud-coréenne attaque Sniper Ridge. Malgré le port, pour la première fois à grande échelle, de gilets pare-éclats, les deux bataillons américains perdent ce jour-là 96 tués et 337 blessés, la plus lourde perte journalière du régiment pendant toute la guerre.
Les jours suivants, les sommets changent de mains à plusieurs reprises. Les Américains tiennent les crêtes en surface, tandis que les Chinois, réfugiés dans les tunnels, contre-attaquent chaque nuit. Le 25 octobre, la 7e division est relevée par la 2e division sud-coréenne. Le 30 octobre, les Chinois déclenchent la plus forte préparation d’artillerie qu’ils aient employée pendant la guerre et reprennent Triangle Hill. Le 5 novembre, Jenkins renonce à reprendre la colline. Les combats se poursuivent sur Sniper Ridge jusqu’au 25 novembre, chaque camp en revendiquant le contrôle.
Selon les sources américaines et sud-coréennes, les pertes s’élèvent à 365 tués et 1 174 blessés pour les Américains, à 1 906 tués, 3 496 blessés et 97 disparus pour les Sud-Coréens. Les sources chinoises font état de 3 838 tués et 6 691 blessés ; le commandement des Nations unies estimait les pertes chinoises à 19 000 hommes. Après cette bataille, Clark interdit toute offensive engageant plus d’un bataillon. Pour la Chine, la défense de Shangganling devient un symbole de résistance, célébré par un film en 1956. Qin Jiwei deviendra ministre de la Défense. L’armistice est signé le 27 juillet 1953.
14 octobre 1962 : découverte de rampes de missiles à Cuba.
Au matin du 14 octobre, un avion de reconnaissance U-2 de l’US Air Force piloté par le major Richard Heyser survole l’ouest de Cuba. Ses photographies révèlent la construction de sites de lancement de missiles balistiques soviétiques de moyenne portée près de San Cristóbal. Leur analyse, le lendemain, déclenche la crise des missiles de Cuba, la plus grave confrontation nucléaire de la guerre froide.
Au printemps 1962, Nikita Khrouchtchev décide d’installer secrètement à Cuba des missiles nucléaires capables d’atteindre une grande partie du territoire américain. Il veut protéger le régime de Fidel Castro, menacé depuis le débarquement manqué de la baie des Cochons en avril 1961, et compenser l’avance américaine en missiles intercontinentaux, ainsi que les missiles Jupiter déployés en Turquie et en Italie. L’opération Anadyr prévoit l’envoi de missiles R-12, que l’OTAN désigne sous le nom de SS-4, d’une portée d’environ 2 000 km, et de missiles R-14, ou SS-5, de portée double, avec plus de 40 000 militaires soviétiques.
À la fin d’août, les U-2 repèrent des batteries de missiles sol-air SA-2, mais Washington reçoit de Moscou l’assurance qu’aucune arme offensive n’est installée dans l’île. Après plusieurs semaines sans survol de l’ouest de l’île, en raison de la météo et de la crainte de perdre un appareil, la CIA obtient une mission. Heyser décolle de la base d’Edwards, en Californie, vers minuit le 13 octobre. Vers 07 h 30, à plus de 21 000 mètres d’altitude, il traverse Cuba du sud au nord en quelques minutes, ses caméras en marche.
Les films parviennent le 15 octobre au matin au National Photographic Interpretation Center de la CIA, à Washington. En fin d’après-midi, les photo-interprètes d’Arthur Lundahl identifient des véhicules, des tentes et des érecteurs caractéristiques des missiles SS-4. Le 16 au matin, le conseiller pour la sécurité nationale, McGeorge Bundy, informe le président Kennedy. Un comité restreint, l’ExComm, délibère en secret pendant une semaine.
Le 22 octobre, Kennedy annonce publiquement la présence des missiles et instaure une « quarantaine » navale autour de Cuba, effective le 24. Le 27 octobre, un U-2 est abattu au-dessus de l’île par un missile SA-2 ; son pilote, le major Rudolf Anderson, est tué. Le 28, Khrouchtchev annonce le démantèlement des sites en échange d’un engagement américain de ne pas envahir Cuba. Washington s’engage aussi, en secret, à retirer ses missiles Jupiter de Turquie, ce qui est fait en 1963. La crise conduit à l’installation d’une ligne directe de communication entre Washington et Moscou et, en 1963, au traité d’interdiction partielle des essais nucléaires.

14 octobre 1973 : échec de l’offensive blindée égyptienne dans le Sinaï.
Au 8e jour de la guerre du Kippour, l’armée égyptienne sort de la protection de ses missiles sol-air et lance 4 brigades blindées et une brigade mécanisée vers les cols du Sinaï. Elle perd entre 200 et 260 chars dans la plus grande bataille de blindés depuis 1943. Le même jour, le premier avion du pont aérien américain se pose en Israël.
Le 6 octobre 1973, l’Égypte et la Syrie attaquent Israël par surprise. Les divisions égyptiennes franchissent le canal de Suez, submergent la ligne Bar-Lev et s’établissent sur la rive orientale, à une dizaine de kilomètres de profondeur, sous un parapluie de missiles sol-air SA-2, SA-3 et SA-6 qui tient l’aviation israélienne à distance. Les contre-attaques blindées israéliennes du 8 octobre échouent face aux fantassins égyptiens armés de missiles antichars Sagger. Le président Sadate s’en tient d’abord à cette tête de pont, conformément au plan.
Au nord, l’armée israélienne a repoussé les Syriens au-delà de leur ligne de départ et menace Damas. Pressé par la Syrie, Sadate ordonne, contre l’avis de son chef d’état-major, le général Saad el-Shazly, une offensive vers les cols de Mitla et de Gidi pour soulager son allié. Il faut pour cela engager une partie des divisions blindées de réserve gardées sur la rive occidentale. Prévue pour le 13 octobre, l’attaque est lancée le 14 à 06 h 30.
Les colonnes égyptiennes avancent en quatre axes séparés, hors de portée de leurs batteries antiaériennes. Les Israéliens, qui ont reconstitué leurs forces et disposent d’environ 750 chars dans le Sinaï, les attendent sur des positions défensives. Leurs blindés, leur artillerie, les missiles antichars et l’aviation, redevenue libre de ses mouvements, détruisent les colonnes une à une. Au sud, une brigade blindée égyptienne est anéantie dans le wadi Mabouk, où les Israéliens font une centaine de prisonniers. Le commandant de la 2e armée égyptienne, le général Saad Mamoun, est victime d’une crise cardiaque au début de la journée.
Les Égyptiens perdent entre 200 et 264 chars et près d’un millier d’hommes ; les pertes israéliennes sont estimées entre 50 et 150 chars, dont beaucoup sont réparés. L’offensive a surtout dégarni la rive occidentale du canal. Dans la nuit du 15 au 16 octobre, les forces du général Ariel Sharon franchissent le canal à Déversoir, dans l’intervalle entre les 2e et 3e armées égyptiennes, puis encerclent la 3e armée. Le cessez-le-feu entre en vigueur le 24 octobre.
Le 14 octobre au soir, le premier quadriréacteur C-5 Galaxy de l’opération Nickel Grass se pose à l’aéroport de Lod, chargé d’obus d’artillerie de 105 mm. Décidé par le président Nixon le 12 octobre pour répondre au pont aérien soviétique vers l’Égypte et la Syrie, commencé le 10, le pont aérien américain livre en un mois plus de 22 000 tonnes de chars, de munitions et de matériel, avec une escale aux Açores, seule base européenne mise à la disposition des États-Unis.
14 octobre 1999 : mort de Julius Nyerere, père de l’indépendance tanzanienne.
Le premier président de la Tanzanie meurt d’une leucémie à Londres, à 77 ans. Surnommé « Mwalimu », l’instituteur, il a conduit le Tanganyika à l’indépendance sans guerre, accueilli pendant trente ans les mouvements de libération d’Afrique australe et lancé en 1978-1979 la guerre qui a renversé Idi Amin Dada en Ouganda.
Né en 1922 à Butiama, près du lac Victoria, fils d’un chef de la petite ethnie zanaki, Julius Kambarage Nyerere est formé comme enseignant à l’université de Makerere, en Ouganda, puis étudie l’économie et l’histoire à Édimbourg de 1949 à 1952. En 1954, il fonde la Tanganyika African National Union (TANU), qui obtient par la négociation l’indépendance du territoire sous tutelle britannique le 9 décembre 1961. Premier ministre, puis président de la République en 1962, il réalise en avril 1964 l’union avec Zanzibar, d’où naît la République unie de Tanzanie.
Sa présidence a une forte dimension militaire, malgré son pacifisme affiché. En janvier 1964, une mutinerie des Tanganyika Rifles l’oblige à faire appel à des commandos britanniques ; il dissout l’armée et la reconstruit sur une base politique, sous le nom de Tanzania People’s Defence Force. Dar es-Salaam accueille le comité de libération de l’Organisation de l’unité africaine et devient la base arrière de nombreux mouvements armés : le FRELIMO mozambicain, fondé dans la ville en 1962, l’ANC sud-africain, la ZANU rhodésienne, la SWAPO namibienne. Nyerere est l’un des fondateurs et l’inspirateur du groupe des États de la ligne de front, qui coordonne la lutte contre les régimes blancs d’Afrique australe.
À la fin d’octobre 1978, l’armée ougandaise d’Idi Amin envahit le saillant de la Kagera, au nord-ouest de la Tanzanie, et proclame son annexion. Nyerere mobilise. L’armée tanzanienne repousse les envahisseurs, puis pénètre en Ouganda en janvier 1979 avec des exilés ougandais. Malgré l’envoi par la Libye de plusieurs milliers de soldats au secours d’Amin, Kampala tombe le 11 avril 1979. Amin s’enfuit en Libye, puis en Arabie saoudite. La guerre coûte cher à une économie déjà affaiblie par l’échec de la politique de villages collectifs, l’ujamaa, lancée après la déclaration d’Arusha de 1967.
Nyerere quitte volontairement la présidence en 1985, cas alors rare en Afrique, et la direction du parti unique en 1990. Il appuie ensuite le passage au multipartisme. À sa mort, il conduit la médiation internationale sur la guerre civile au Burundi, qui aboutit en août 2000 à l’accord d’Arusha. Sa disparition est annoncée par le président Benjamin Mkapa. Ses obsèques nationales, à Dar es-Salaam, rassemblent des foules considérables. Le 14 octobre est jour férié en Tanzanie.
14 octobre 2017 : attentat au camion piégé de Mogadiscio (Somalie).
Un camion chargé d’environ 2 tonnes d’explosifs saute au carrefour de Zoobe, dans le centre de Mogadiscio, à côté de l’hôtel Safari et d’un camion-citerne. Avec une seconde explosion dans le quartier de Medina, le bilan atteint 587 morts. C’est l’attentat le plus meurtrier de l’histoire de la Somalie et l’un des plus meurtriers jamais commis en Afrique.
Depuis 2007, la Somalie est le théâtre de l’insurrection des Chabab, mouvement djihadiste rallié à Al-Qaïda en 2012. Chassés de Mogadiscio en 2011 par les troupes du gouvernement fédéral et la force de l’Union africaine, l’AMISOM, ils conservent de vastes zones rurales et mènent dans la capitale des attentats-suicides contre les hôtels, les bâtiments officiels et les bases militaires. En 2017, le nouveau président Mohamed Abdullahi Farmajo annonce une offensive contre eux, et les États-Unis intensifient leurs frappes aériennes.
Le samedi 14 octobre, vers 15 heures, un camion piégé arrêté à un point de contrôle force le passage et explose au carrefour de Zoobe, appelé aussi K5, l’un des plus fréquentés de la ville, bordé de commerces, d’hôtels et de bureaux gouvernementaux. Le souffle est amplifié par l’explosion d’un camion-citerne voisin. L’hôtel Safari s’effondre ; l’ambassade du Qatar est endommagée ; des dizaines de minibus et d’échoppes sont détruits. Une seconde charge explose dans les heures qui suivent dans le quartier de Medina. La cible visée reste discutée : les enquêteurs ont évoqué la zone protégée de l’aéroport, qui abrite les bases internationales, d’autres responsables somaliens un camp militaire du sud de la ville.
Le bilan ne cesse de s’alourdir pendant des semaines : 358 morts selon le gouvernement le 20 octobre, 512 selon le comité d’enquête au début de décembre, 587 morts et 316 blessés dans le décompte final. Beaucoup de corps, brûlés, ne sont jamais identifiés. La Turquie, le Kenya et d’autres pays évacuent des blessés. Le gouvernement attribue l’attaque aux Chabab, qui ne la revendiquent pas, comme ils l’ont déjà fait pour d’autres attentats ayant provoqué une forte réprobation populaire. En février 2018, un tribunal militaire condamne à mort l’organisateur présumé de l’opération, exécuté en octobre de la même année.
Des milliers d’habitants manifestent contre les Chabab dans les jours qui suivent. Un monument rappelle la tragédie au carrefour, rebaptisé carrefour du 14-Octobre. Le mouvement reste actif : la mission de l’Union africaine, devenue l’ATMIS en 2022 puis l’AUSSOM en 2025, et l’armée somalienne continuent de le combattre.









