30 août 526 : mort à 33 ans de Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths.
Le souverain ostrogoth meurt à Ravenne, à environ 71 ans, au terme de 37 années de règne. Il laisse une Italie pacifiée, une administration romaine intacte et une dynastie qui ne lui survivra pas 10 ans.
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Théodoric naît vers 454 ou 455 en Pannonie, fils de Thiudimir et d’Ereleuva, de la dynastie des Amales. Envoyé enfant à Constantinople comme otage, garant du traité conclu par son père avec l’Empire d’Orient, il y séjourne une dizaine d’années et y reçoit une éducation romaine. Rendu à son père vers dix-huit ans, il se fait un nom en reprenant Singidunum au chef sarmate Babaï, devient magister militum en 483 et consul en 484.
En 488, l’empereur Zénon l’envoie en Italie renverser Odoacre, devenu incontrôlable depuis qu’il a déposé le dernier empereur d’Occident en 476. La campagne dure cinq ans : victoire sur l’Isonzo, siège de Ravenne pendant trois ans, accord de partage du pouvoir, puis assassinat d’Odoacre de la main de Théodoric lui-même au cours d’un banquet, en mars 493, dix jours après la reddition.
Son règne italien est celui d’un roi barbare qui gouverne en Romain. Il conserve l’administration, le Sénat, les lois et les fonctionnaires ; il fait des Goths une caste militaire cantonnée aux frontières, distincte des Romains, avec interdiction des mariages mixtes. Arien, il protège les catholiques et les Juifs, posant en principe que nul ne doit être contraint de croire malgré lui. Il restaure Rome et Ravenne, où il fait édifier Saint-Apollinaire-le-Neuf et son propre mausolée, couvert d’un monolithe de trois cents tonnes.
Sa politique extérieure repose sur les mariages : il épouse Audoflède, sœur de Clovis ; sa fille Theodegotha épouse Alaric II, roi des Wisigoths ; une autre, Ostrogotho Areagni, épouse Sigismond de Burgondie ; sa sœur Amalafrida épouse le roi vandale Thrasamund. Après la mort d’Alaric II à Vouillé, en 507, il devient le tuteur de son petit-fils Amalaric et gouverne l’Espagne wisigothique, prenant au passage le contrôle de la Provence, du Languedoc et du Roussillon.
Les dernières années sont plus sombres. L’avènement de Justin Ier à Constantinople, en 518, ravive la question religieuse et la crainte d’une collusion entre l’aristocratie romaine et l’Orient. Les sénateurs Boèce et Symmaque sont arrêtés puis exécutés vers 524-525. Le pape Jean Ier, envoyé en ambassade à Constantinople, échoue et meurt en détention à son retour.
Théodoric meurt le 30 août 526, de dysenterie. Sa fille Amalasonte assure la régence pour son petit-fils Athalaric. L’assassinat de la régente en 535 fournira à Justinien le prétexte de la guerre des Goths, qui détruira en vingt ans les structures que Théodoric avait préservées, avant que les Lombards n’achèvent l’ouvrage.

30 août 1363 : bataille navale du lac Poyang (Chine).
Sur le plus grand lac d’eau douce de Chine, la flotte de Zhu Yuanzhang affronte celle de Chen Youliang. Cinq semaines de combats, l’un des plus grands engagements navals de l’histoire par le nombre d’hommes engagés, et l’un des premiers où l’artillerie à poudre joue un rôle documenté.
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La dynastie mongole des Yuan s’effondre ; plusieurs mouvements rebelles se disputent la succession. Chen Youliang, à la tête de l’État de Han, assiège Nanchang avec une flotte de grands lóuchuán, forteresses flottantes à plusieurs ponts, puissantes mais lentes et exigeant des eaux profondes. Zhu Yuanzhang arrive à la rescousse avec des bâtiments plus petits, plus rapides, capables de manœuvrer en eaux basses — avantage que l’étiage estival du lac accentue.
Le combat s’engage le 30 août. La première journée tourne mal pour les assaillants : le navire amiral de Zhu s’échoue sur un banc de sable et n’est dégagé que par les vagues soulevées par le reste de sa flotte. Chen fait alors enchaîner ses navires en une ligne compacte ; décision qui se retournera contre lui.
Le 31 août, Zhu lance des brûlots : radeaux et barques de pêche chargés de paille et de poudre, garnis de mannequins en armure pour tromper l’adversaire. Le vent porte, la formation enchaînée ne peut se disperser, une grande partie de la flotte Han brûle.
Les sources chinoises mentionnent des bombes incendiaires, des flèches à fusée, des lance-flammes à poudre et des canons de bord. Poyang figure, avec les engagements navals sino-mongols du siècle précédent, parmi les premières batailles navales de grande ampleur où la poudre est employée systématiquement, un siècle avant que l’artillerie ne s’impose sur les navires européens.
Après un mois de blocus et d’escarmouches, l’affaire se règle le 4 octobre : nouveaux brûlots, et Chen Youliang tué d’une flèche. Son fils Chen Li se rend peu après.
Zhu Yuanzhang élimine ensuite Zhang Shicheng, puis chasse les Yuan de Pékin. En 1368, il fonde la dynastie Ming sous le nom de règne de Hongwu.

30 août 1590 : échec du blocus de Paris par Henri IV.
Après quatre mois de siège et une famine qui aurait fait des dizaines de milliers de morts, Henri IV lève le blocus de Paris devant l’arrivée de l’armée espagnole d’Alexandre Farnèse. La guerre de succession se prolongera de 4 ans.
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Vainqueur à Ivry le 14 mars 1590, Henri IV a choisi de réduire Paris par la faim plutôt que par l’assaut. Le blocus est établi le 7 mai. La capitale, tenue par la Ligue catholique et par la garnison espagnole, compte alors quelque 200 000 à 220 000 habitants ; les vivres manquent dès juillet. Les récits contemporains font état de farine d’os broyés et d’une mortalité qui, selon les estimations les plus hautes, aurait atteint 30 000 à 45 000 personnes ; chiffres invérifiables mais qui traduisent l’ampleur de la crise.
Philippe II ordonne alors à Alexandre Farnèse, duc de Parme et gouverneur des Pays-Bas espagnols, d’intervenir. Le meilleur capitaine de son temps quitte les Flandres avec une armée de vétérans, fait sa jonction avec le duc de Mayenne et manœuvre avec une prudence méthodique, refusant systématiquement la bataille rangée que le roi de France cherche à lui imposer. Il enlève Lagny le 7 septembre, rouvrant la Marne et donc le ravitaillement de la capitale.
Henri IV, incapable de forcer la décision, lève le blocus le 30 août et se retire. Farnèse regagne les Pays-Bas au mois de novembre, sa mission accomplie sans avoir livré de bataille.
L’épisode est un cas d’école de manœuvre indirecte : une armée de secours obtient la levée d’un siège en menaçant les communications de l’assiégeant, sans jamais l’affronter. Il illustre aussi la limite de la stratégie d’Henri IV, qui devra passer par l’abjuration de juillet 1593 pour obtenir ce que les armes ne lui donnaient pas.

30 août 1721 : traité de Nystad (calendrier Julien).
Signé dans une petite ville de la Finlande alors suédoise, le traité met fin à 21 ans de guerre du Nord. La Suède perd son empire baltique ; la Russie acquiert la façade maritime qui fait d’elle une puissance européenne.
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La grande guerre du Nord, ouverte en 1700 par une coalition dano-polono-russe contre la Suède de Charles XII, avait d’abord tourné à l’avantage de ce dernier. Le tournant est Poltava, le 8 juillet 1709 : l’armée suédoise est détruite en Ukraine, le roi se réfugie chez les Ottomans. La suite est une longue liquidation, achevée par la mort de Charles XII devant Fredriksten en 1718 et par une série de traités séparés — Stockholm avec le Hanovre et la Prusse en 1719-1720, Frederiksborg avec le Danemark en 1720.
Restait la Russie. Pierre Ier avait occupé l’Ingrie dès 1703 (il y fondait Saint-Pétersbourg), l’Estonie et la Livonie en 1710, la Finlande ensuite. Les débarquements russes sur la côte suédoise en 1719-1721 achèvent de contraindre Stockholm.
Le traité consacre la cession définitive à la Russie de l’Ingrie, de l’Estonie, de la Livonie, d’une partie de la Carélie et du district de Vyborg. La Finlande est restituée à la Suède contre le paiement d’une indemnité de deux millions de rixdales.
Les conséquences dépassent la région. La Suède cesse d’être une grande puissance et n’y reviendra pas. La Russie obtient sa « fenêtre sur la Baltique » (expression de Pierre Ier) et l’accès direct aux marchés européens, jusque-là filtrés par les postes suédois. Deux mois plus tard, le 2 novembre 1721, le Sénat proclame Pierre empereur de toutes les Russies : le titre traduit le rapport de force que Nystad vient de sanctionner.
Le contrôle de la Baltique orientale acquis ce jour-là structurera la géopolitique régionale pendant deux siècles, jusqu’aux indépendances de 1918 — et le sujet n’a rien perdu de son actualité.
30 août 1757 : Bataille de Gross-Jägersdorf (guerre de Sept Ans).
En Prusse-Orientale, l’armée russe d’Apraksine repousse l’attaque prussienne de Lehwaldt. La victoire est réelle, son exploitation nulle : le maréchal russe se replie aussitôt, ce qui lui coûtera son commandement et la liberté.
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La Russie est entrée dans la guerre de Sept Ans aux côtés de l’Autriche et de la France pour contenir la montée en puissance de la Prusse. En mai 1757, le maréchal Stepan Fiodorovitch Apraksine franchit la Pologne à la tête d’une armée d’environ 55 000 combattants, dotée d’un train d’artillerie nombreux et accompagnée de plusieurs milliers de Cosaques. Memel tombe le 5 juillet ; la marche se poursuit vers Königsberg.
Frédéric II est retenu en Silésie contre les Autrichiens. Il ne reste au maréchal Hans von Lehwaldt qu’une vingtaine de milliers d’hommes pour couvrir la province. Il choisit néanmoins l’offensive et attaque le 30 août à cinq heures du matin, alors que le corps du général Lopoukhine franchit la Pregel.
Le premier choc est prussien : les Russes sont bousculés à la baïonnette, le prince Lopoukhine est tué. Mais le corps de Roumiantsev, marchant au canon, débouche sur le flanc droit prussien et rétablit la situation. Les Cosaques du Don simulent une retraite pour attirer l’aile gauche adverse sous le feu de l’artillerie russe. Sous le nombre, Lehwaldt décroche en bon ordre à la fin de la journée. Les pertes sont comparables (de l’ordre de 4 500 à 5 500 hommes de chaque côté) mais bien plus lourdes rapportées à l’effectif prussien.
Apraksine ne poursuit pas. Pire : il ordonne aussitôt le repli de son armée hors de Prusse-Orientale, invoquant l’état de ses approvisionnements et de ses chevaux. Les motifs réels ont été discutés dès l’époque : difficultés logistiques certaines, mais aussi calcul politique, l’impératrice Élisabeth étant alors gravement malade et son successeur présumé, le futur Pierre III, notoirement germanophile.
Rappelé, Apraksine est arrêté et meurt en détention en 1758 avant d’être jugé. Il est remplacé par Fermor, qui reprendra l’offensive et occupera Königsberg en janvier 1758.
La leçon retenue à Berlin est ailleurs : l’armée russe, longtemps sous-estimée, s’est révélée capable de tenir devant l’infanterie prussienne. Frédéric II devra compter avec elle jusqu’au « miracle de la maison de Brandebourg », en 1762.
30 août 1772 : naissance du général royaliste vendéen Henri de la Rochejaquelein.
Né au château de la Durbelière, en Poitou, il prend les armes à 20 ans, commande l’armée catholique et royale à 21 et meurt quelques semaines plus tard, tué par un fantassin républicain auquel il venait d’offrir la vie sauve. Il est le plus jeune général en chef des guerres de la Révolution, et l’une des figures les plus reconstruites de l’historiographie française.
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Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein, naît le 30 août 1772 au château de la Durbelière, sur la commune de Saint-Aubin-de-Baubigné, dans l’actuel département des Deux-Sèvres. Il est l’aîné des trois fils du marquis Henri-Louis-Auguste du Vergier de La Rochejaquelein, maréchal de camp, et de Constance de Caumont d’Adde.
Sa formation est celle d’un officier de l’Ancien Régime : l’école royale militaire de Sorèze, puis, dès 1787, une place dans le régiment de cavalerie Royal-Pologne que commande son père, et en 1789 un passage aux chasseurs de Flandre.
La Révolution le sépare de sa famille. Le marquis émigre en Allemagne avec son fils cadet Louis ; Henri reste. Appelé en 1791 dans la garde constitutionnelle de Louis XVI, il se trouve aux Tuileries le 10 août 1792, participe à la défense du palais, échappe au massacre et regagne le Poitou.
L’insurrection de la Vendée militaire éclate en mars 1793, déclenchée par la levée de 300 000 hommes décrétée par la Convention et nourrie par la Constitution civile du clergé, la persécution des prêtres réfractaires et l’exécution du roi.
Les paysans, qui ne se conçoivent pas d’armée sans chefs, vont chercher les gentilshommes de leurs paroisses. Certains refusent, d’autres acceptent. La Rochejaquelein accepte au printemps 1793 et prend la tête des hommes de Saint-Aubin.
C’est à cette occasion qu’il aurait prononcé la phrase qui l’a rendu célèbre : « Allons chercher l’ennemi : si j’avance, suivez-moi, si je recule, tuez-moi, si je meurs, vengez-moi ».
Il combat d’abord sous les ordres de son cousin Lescure, dont il partage l’éducation et les convictions. Sa réputation se fait vite, moins par le talent tactique que par une manière de payer de sa personne qui, dans une armée de paysans mal encadrée, tient lieu de commandement.
L’épisode le plus rapporté est la prise de Thouars, le 5 mai 1793. Devant un rempart que l’artillerie improvisée des insurgés ne peut entamer, La Rochejaquelein se fait hisser sur les épaules d’un de ses hommes, Texier de Courlay, pour atteindre une brèche haute et ouvrir le passage. Les Vendéens entrent dans la ville.
Il porte au combat trois mouchoirs rouges — au cou, à la ceinture et au chapeau — afin d’être reconnu de loin par ses hommes. Le détail, rapporté par les mêmes Mémoires, a été repris par toute l’imagerie ultérieure.
Suivent Fontenay, puis la prise de Saumur le 9 juin, sommet de la campagne vendéenne. L’échec devant Nantes, le 29 juin, où d’Elbée est blessé et Cathelineau mortellement atteint, marque le renversement de la conjoncture. La République, débarrassée de la crise fédéraliste, envoie en Vendée des troupes aguerries retirées du front des Pyrénées et du Rhin.
Le 17 octobre 1793, à Cholet, l’armée catholique et royale est battue. D’Elbée, généralissime, est criblé de blessures ; Bonchamps est mortellement atteint ; Lescure, touché deux jours plus tôt à La Tremblaye, est hors de combat et mourra le 4 novembre. Le commandement s’effondre en une journée.
Ce qui reste de l’armée reflue vers la Loire avec la population, soit quelque 60 000 à 80 000 personnes dont une minorité de combattants. Le passage s’effectue à Saint-Florent-le-Vieil le 18 octobre.
C’est là que se place l’épisode le plus célèbre de la guerre de Vendée, absent de la notice actuelle. Environ 5 000 prisonniers républicains sont enfermés dans l’église ; l’armée vendéenne, exaspérée par les colonnes incendiaires, s’apprête à les fusiller. Bonchamps, agonisant, fait porter l’ordre de les gracier. Il est exécuté, et les prisonniers sont relâchés. Bonchamps meurt le lendemain. Le fils de l’un des hommes ainsi épargnés, le sculpteur David d’Angers, réalisera trente ans plus tard le tombeau du général vendéen dans cette même église, avec l’inscription « Grâce aux prisonniers ».
Le 20 octobre 1793, à Varades, le conseil de l’armée porte La Rochejaquelein au commandement en chef. Il a vingt et un ans et n’a jamais exercé de commandement supérieur. Il hérite d’une armée sans base territoriale, sans artillerie sérieuse, encombrée de civils, et d’un objectif politique aventuré : gagner un port de la Manche où l’on espère un débarquement anglais et l’arrivée des émigrés.
C’est la virée de Galerne. Elle commence bien : Laval est prise le 22 octobre, et le 26, à Entrammes, la colonne républicaine de Léchelle est écrasée. Fougères tombe, Dol et Antrain sont des victoires. Mais l’échec devant Granville, les 14 et 15 novembre, ruine tout : la flotte anglaise n’est pas là, la place tient, et l’armée comprend qu’elle a marché pour rien.
Le reflux est un désastre. Angers résiste en décembre. Le Mans, les 12 et 13 décembre, tourne au massacre : les colonnes de Marceau et Westermann entrent dans une ville engorgée de fuyards. Le 23 décembre, à Savenay, ce qui reste de l’armée catholique et royale est anéanti. Westermann écrit à la Convention qu’il n’y a plus de Vendée.
La Rochejaquelein repasse la Loire avec quelques centaines d’hommes et reprend la guérilla dans le Bocage, au moment où les colonnes infernales de Turreau commencent à parcourir le pays.
Le 28 janvier 1794, près de Nuaillé, en Maine-et-Loire, il tombe sur deux soldats républicains isolés. Il leur crie de se rendre et leur promet la vie sauve. L’un d’eux fait feu à bout portant et l’atteint à la tête. Il meurt sur le coup, à vingt et un ans.
Son corps est enterré à la hâte par ses compagnons. Les circonstances exactes de ce qu’il en advint ensuite varient selon les récits : la version la plus répandue veut qu’il ait été exhumé et détruit par les colonnes républicaines, mais les sources ne concordent pas et la localisation de sa sépulture est restée incertaine.
Le personnage tel qu’on le connaît est en grande partie une construction de la Restauration. Les Mémoires de la marquise de La Rochejaquelein, publiés en 1814, en sont la source principale et souvent unique : la phrase de Saint-Aubin, les mouchoirs rouges, l’épisode de Thouars, le portrait moral en viennent. L’ouvrage, l’un des plus lus du XIXe siècle français, est le témoignage d’une survivante et, simultanément, un plaidoyer politique. Le portrait posthume peint par Pierre-Narcisse Guérin en 1816, conservé au musée d’art et d’histoire de Cholet, fixe l’image : un jeune homme en armes devant la bannière royale. Aucun portrait fait de son vivant n’est connu. Son frère cadet Louis, rentré d’émigration, épouse en 1802 la veuve de Lescure, reprend les armes lors de l’insurrection de 1815 et est tué à la bataille des Mathes, à Saint-Hilaire-de-Riez, le 4 juin de la même année. Le fils de ce dernier siégera à l’Assemblée nationale comme orateur légitimiste sous la Deuxième République.

30 août 1799 : capitulation de Vlieter.
Au large du Helder, l’escadre de la République batave se rend à la Royal Navy sans qu’un coup de canon soit tiré. 12 navires, 632 canons et 3 700 hommes changent de camp en une matinée. C’est la fin de la marine néerlandaise comme instrument de puissance.
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La Révolution batave de 1795 avait remplacé les Provinces-Unies par une république sœur de la France, provoquant le départ de nombreux officiers orangistes ; dont Carel Hendrik Ver Huell, qui prépare depuis l’extérieur une mutinerie dans l’escadre rassemblée près du Helder.
Le 27 août 1799, un corps expéditionnaire anglo-russe débarque en Hollande-Septentrionale. Les équipages bataves voient hisser les couleurs orange sur les forts et les clochers du Helder. La mutinerie éclate à bord de plusieurs bâtiments.
Le vice-amiral Samuel Story se trouve pris entre un ultimatum britannique et une révolte de ses propres équipages. Le 30 août, sur le banc de sable du Vlieter, il rend son escadre à l’amiral Mitchell. Aucun coup de feu n’est échangé. La voie maritime du nord de la péninsule est ouverte aux Alliés.
Les officiers sont faits prisonniers et envoyés en Angleterre, libérés après la paix d’Amiens en 1802, mais condamnés par contumace en 1803 par une cour martiale néerlandaise pour désertion, refus d’obéissance et parjure, et bannis à vie sous peine de mort.
La marine batave, qui avait déjà perdu à Camperdown en 1797, ne se relèvera pas : elle ne jouera plus aucun rôle dans les guerres de la Révolution et de l’Empire. Les navires capturés seront incorporés à la Royal Navy.
L’escadre de Story ne représentait qu’une fraction de la flotte : Amsterdam abritait encore 6 vaisseaux de ligne, Hellevoetsluis 8, sans compter frégates et bricks. C’est l’effondrement moral, non les pertes matérielles, qui a été décisif.

30 août 1808 : capitulation de Cintra (Portugal).
L’accord signé au Portugal permet à l’armée française vaincue de rentrer en France avec ses armes, ses bagages et son butin, transportée par la Royal Navy. Le scandale qu’il provoque en Grande-Bretagne conduit à une commission d’enquête et à la mise à l’écart de deux généraux.
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Une précision : la convention n’a été ni négociée ni signée à Sintra. L’armistice préliminaire est conclu le 22 août au quartier général de Torres Vedras, la convention définitive signée le 30 août à Lisbonne. Le nom est venu du palais de Queluz, proche de Sintra, où résidait le commandement britannique et il est resté parce que Byron l’a immortalisé dans Childe Harold, où il raille le « diablotin » de Cintra.
Après sa défaite de Vimeiro, le 21 août 1808, le général Junot est coupé de sa ligne de retraite et sa situation est militairement désespérée. Wellesley, qui vient de le battre, veut pousser sur Torres Vedras et achever l’affaire. Il est arrêté par l’arrivée successive de deux officiers plus anciens : sir Harry Burrard, puis sir Hew Dalrymple, l’un et l’autre âgés, prudents et sans expérience récente du commandement. Ils préfèrent négocier.
Les termes accordés à Kellermann sont ceux d’une garnison de forteresse honorablement rendue : les 20 900 soldats français sont évacués du Portugal par la Royal Navy, avec leurs armes, leur équipement et leurs « biens personnels » ; c’est-à-dire, pour l’essentiel, le produit du pillage du pays. Ils sont débarqués en France ; Junot arrive à Rochefort le 11 octobre et pourra reprendre du service quelques semaines plus tard.
La convention règle aussi mal la question de l’escadre russe de l’amiral Seniavine, bloquée dans le Tage, qui fera l’objet d’un accord distinct.
La réaction britannique est violente. La presse dénonce une victoire changée en fuite organisée aux frais du contribuable. Wellesley, qui n’a pas participé aux négociations et n’a pas signé le texte, est rappelé avec les deux autres devant une commission d’enquête, qui siège à l’hôpital royal de Chelsea du 14 novembre au 27 décembre 1808. Les trois hommes sont relaxés, mais seul Wellesley retrouvera un commandement ; il reviendra au Portugal en avril 1809 et n’en repartira plus avant d’avoir chassé les Français d’Espagne. Burrard et Dalrymple sont discrètement mis à la retraite.
30 août 1813 : bataille de Kulm (actuelle république de Tchéquie)
La bataille de Kulm eut lieu le près de la ville de Kulm (royaume de Bohême) pendant la Sixième Coalition. Elle opposa 32 000 hommes, sous le commandement du général d’Empire Vandamme aux 54 000 hommes des forces coalisées d’Autriche, Prusse et Russie, sous les ordres du général Barclay de Tolly avec de lourdes pertes.
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Après la victoire française à la bataille de Dresde les 26 et 27 août, Vandamme poursuit les troupes alliées en retraite. Napoléon ordonne à Gouvion-Saint-Cyr et Marmont de soutenir Vandamme. Celui-ci rencontre l’armée de A. I. Ostermann-Tolstoï près de la ville de Kulm (actuellement Chlumec, à 8 km d’Ústí nad Labem, en République tchèque).
Le 29 août, Vandamme, avec 32-34 000 hommes et 84 canons, attaque les forces d’Ostermann-Tolstoï, 13–14 000 soldats. L’enjeu est grand, une victoire française couperait la retraite des coalisés. Les troupes de Vandamme ne percent pas.
Le 30 août, Kleist et ses Prussiens attaquent la position de Vandamme sur ses arrières et des renforts austro-russes renforcent la position d’Ostermann-Tolstoï. Les troupes françaises inexpérimentées doivent battre en retraite.
Pour les Français, il y eut 5 000 soldats tués ou blessés dont les généraux Henri LXI de Reuss-Schleiz et Martin François Dunesme, entre 7 et 13 000 capturés y compris Vandamme et 80 canons. Les coalisés eurent 11 000 soldats tués ou blessés.
Dans le corps de Vandamme, il y avait deux régiments de lanciers polonais dans la division de Jean Corbineau. L’un était commandé par le colonel Maximilien Fredro qui défendait un défilé et dut se rendre. Le second sous le commandement du comte Tomasz Lubienski put se retirer.

30 août 1813 : massacre de Fort Mims.
Dans le territoire du Mississippi, un millier de guerriers creeks enlèvent un fort de milice et y tuent plusieurs centaines de personnes. L’événement transforme une guerre civile indienne en guerre américaine et lance la carrière militaire d’Andrew Jackson.
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La nation creek est alors divisée. Les Bâtons-Rouges, hostiles à l’acculturation et encouragés par la prédication de Tecumseh puis par les Britanniques et les Espagnols de Pensacola, s’opposent aux Creeks favorables à l’accommodement avec les États-Unis. La guerre civile a commencé en 1812.
L’affaire du 30 août 1813 en change la nature. Fort Mims, simple palissade entourant la propriété de Samuel Mims, à une soixantaine de kilomètres au nord de Mobile, abrite des colons, des métis, des esclaves et environ 120 miliciens sous les ordres du major Daniel Beasley. La porte principale est restée ouverte, ensablée ; les avertissements donnés le matin même par deux esclaves ont été écartés et l’un d’eux fouetté pour fausse alerte.
L’attaque, conduite par William Weatherford (Red Eagle), est déclenchée à midi, au moment du repas. La surprise est complète. Les combats durent plusieurs heures. Le bilan est incertain : les estimations vont de 250 à 500 morts, dont un grand nombre de femmes et d’enfants ; une centaine d’esclaves sont emmenés en captivité, quelques dizaines de personnes s’échappent.
La nouvelle provoque une émotion considérable dans l’ensemble des États-Unis, alors en guerre contre la Grande-Bretagne. Le Tennessee lève des volontaires et confie le commandement à un juge et général de milice sans expérience de la guerre régulière, Andrew Jackson. La campagne qu’il conduit s’achève le 27 mars 1814 à Horseshoe Bend, où quelque 800 Bâtons-Rouges sont tués. Le traité de Fort Jackson, en août 1814, arrache à la nation creek (y compris à ceux qui avaient combattu aux côtés des Américains) plus de 8 millions d’hectares.
Jackson, devenu général de l’armée régulière sur la foi de cette campagne, remportera la bataille de La Nouvelle-Orléans en janvier 1815 et deviendra président en 1829. C’est lui qui signera l’Indian Removal Act de 1830.
30 août 1870 : bataille de Beaumont.
La bataille de Beaumont également appelé surprise de Beaumont ou encore bataille de Beaumont-Mouzon est un combat de la guerre franco-prussienne qui se déroule le à Beaumont-en-Argonne, dans les Ardennes française.
Elle oppose le 5e corps d’armée de l’armée de Châlons du général de Failly, à l’armée de la Meuse du Prince royal de saxe (IVe corps d’armée Prussien et XIIe corps d’armée Saxon). Les Français, surpris dans leur campement, sont repoussés jusqu’à Mouzon.
Le corps d’armée de Failly est écrasé et découvre l’armée de Châlons de Mac-Mahon, en marche sur Sedan. La déroute précipite le désastre final de l’armée française lors de la bataille de Sedan.
Dans son ouvrage, le lieutenant colonel Rousset précise les pertes françaises et prussiennes.
- Pertes françaises
- 1 800 tués ou blessés
- 3 000 disparus dont 2 000 prisonniers
- 42 pièces et mitrailleuses
- nombreux matériels abandonnés dans les différents camps
Parmi les unités les plus éprouvées, le 11e ligne enregistre 35 officiers et 600 hommes hors de combat et le 68e, 26 officiers et 779 hommes. L’encadrement de l’infanterie est particulièrement éprouvé, le lieutenant-colonel Pallier du 68e, le colonel de Béhagle du 11e de ligne périssent. Le colonel Berthe du 86e et le lieutenant-colonel Demange du 88e sont grièvement blessés. Ce dernier, amputé de la cuisse, meurt le 12 septembre à l’hôpital de Mouzon.
Les généraux ne sont pas plus épargnés, lors des combats du 7e corps à Warniforêt le général Bretteville est blessé tandis que le général Morand est tué.
Du côté de la cavalerie, le 5e cuirassiers est décimé et perd son chef de corps le colonel de Contenson.
- Pertes allemandes
- 3 529 hommes dont 847 tués

30 août 1907 : naissance de Jean Nanterre (né Jean Weil), Compagnon de la Libération.
Jean Weil naît le 30 août 1907 à Nanterre, d’un père négociant et commissionnaire pour le commerce extérieur. Devançant son appel national en 1926, il s’engage au 8e régiment de chasseurs à cheval puis est muté au 4e régiment de hussards. En novembre 1927, il est affecté au 16e régiment de dragons avant d’être rendu à la vie civile. Il devient alors fondé de pouvoir dans le monde bancaire.
Lors de la mobilisation de 1939, Jean Weil est affecté au 40e Groupe de reconnaissance de division d’infanterie et participe à la bataille de France où il se distingue au mois de mai en accomplissant de dangereuses missions de reconnaissance, puis en juin en se portant seul dans les lignes ennemies pour porter assistance à des soldats égarés. Démobilisé après l’armistice du 22 juin 1940 et refusant la défaite, il se fait appeler Jean Nanterre et cherche pendant deux ans à quitter la France. Finalement parvenu en Angleterre, il s’engage dans les forces françaises libres le 17 mai 1942 et, promu lieutenant, il est affecté à l’escadron mixte de la France libre qui devient ensuite la 3e compagnie de chars de combat. Embarqué en mars 1943 sur le paquebot Monarch of Bermuda, Jean Nanterre et sa compagnie accostent en Égypte le 5 mai suivant. Basée en Libye, la 3e compagnie de char fusionne avec la 1re compagnie autonome de chars de combat pour reformer le 501e régiment de chars de combat (501e RCC) au sein duquel Jean Nanterre est affecté au 4e escadron. En mai 1944, le régiment est déplacé en Angleterre puis, avec la 2e division blindée (2e DB) à laquelle il est subordonné, il débarque à Utah Beach le 2 août suivant.
Engagé dans la bataille de Normandie puis dans la Libération de Paris, Jean Nanterre suit l’avancée de la 2e DB vers la bataille des Vosges et la bataille d’Alsace. Le 2 décembre 1944, à Herbsheim, il est grièvement blessé par des éclats d’obus et est hospitalisé jusqu’au 7 mars 1945, date à laquelle il rejoint le 501e RCC stationné à ce moment dans le Cher. Affecté à l’État-major du régiment en tant qu’officier de renseignements, il prend part à l’invasion de l’Allemagne et participe notamment à la prise de Berchtesgaden le 5 mai 1945. De retour en France en juin, il est promu capitaine avant d’être démobilisé.
Après le conflit, Jean Nanterre fonde une entreprise d’import-export puis devient directeur d’un établissement métallurgique. Le 21 mai 1948, par jugement du tribunal civil de la Seine, Jean Nanterre est officiellement autorisé à utiliser le nom Nanterre, en substitution de Weil. Parallèlement à son activité professionnelle, il est membre et trésorier de la société d’entraide des Compagnon de la Libération.
Jean Nanterre meurt le 13 novembre 1996 à Paris et est inhumé au cimetière du Montparnasse.
• Commandeur de la Légion d’Honneur
• Compagnon de la Libération – décret du 17 novembre 1945
• Croix de Guerre 39-45 (6 citations)
• Croix du Combattant Volontaire 39/45
30 août 1914 : fin de la bataille de Tannenberg.
Les dernières poches de résistance russes se rendent dans les forêts au sud d’Allenstein. En cinq jours, la 2e armée russe a perdu la moitié de ses effectifs et la totalité de son artillerie. La bataille consacre un duo de commandement qui gouvernera l’Allemagne jusqu’en 1918 ; et dont le mérite revient en grande partie à un troisième homme.
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L’état-major russe avait promis à la France une offensive rapide en Prusse-Orientale afin d’obliger l’Allemagne à dégarnir son aile droite en Belgique. L’engagement est tenu : deux armées entrent en Prusse-Orientale dès la mi-août 1914, quinze jours plus tôt que ne l’avaient calculé les planificateurs allemands.
Le dispositif est logique sur la carte. La 1re armée de Rennenkampf attaque par l’est, au nord des lacs de Mazurie ; la 2e armée de Samsonov remonte du sud-ouest ; les deux doivent prendre en tenaille la 8e armée allemande. Le front du Nord-Ouest est commandé par Jakov Jilinski.
Son exécution accumule les défauts. Les deux armées sont séparées par les lacs, donc incapables de se soutenir. Leurs chefs se détestent depuis la guerre russo-japonaise. Le ravitaillement suit mal, l’infrastructure ferroviaire russe s’arrête à la frontière, et la cavalerie de reconnaissance est employée à couvrir les flancs plutôt qu’à chercher l’ennemi.
Surtout, faute de matériel de chiffrement en quantité suffisante et de personnel formé, les états-majors russes transmettent une partie de leurs ordres de marche par radio en clair. Les Allemands les interceptent et connaissent en permanence la position, les effectifs et les intentions de chaque corps d’armée adverse.
Le 20 août, à Gumbinnen, la 8e armée allemande attaque la 1re armée russe et est repoussée. Son commandant, le général Maximilian von Prittwitz, en tire une conclusion excessive et informe Moltke qu’il envisage de se replier derrière la Vistule, c’est-à-dire d’abandonner l’ensemble de la Prusse-Orientale ; berceau de l’aristocratie militaire prussienne.
La réaction est immédiate. Ludendorff, auréolé de la prise de Liège, est nommé chef d’état-major de la 8e armée le 21 août ; il propose que le commandement soit confié à Paul von Hindenburg, général à la retraite de 66 ans, ancien de 1866 et de 1870. Les deux hommes se rencontrent pour la première fois le 22 août à Hanovre, dans un train en partance pour l’est. Ils ne se quitteront plus de toute la guerre et prendront leurs fonctions le 23.
Un précision mérite d’être rétablie, parce qu’elle a été effacée par la propagande allemande dès 1914 : Lorsque Hindenburg et Ludendorff arrivent, la manœuvre est déjà conçue et partiellement engagée. Elle est l’œuvre du colonel Max Hoffmann, chef des opérations de la 8e armée, qui avait été observateur militaire pendant la guerre russo-japonaise et connaissait à la fois l’armée russe et l’inimitié personnelle entre Rennenkampf et Samsonov.
Le principe : laisser devant Rennenkampf un simple rideau de cavalerie, transporter par voie ferrée l’essentiel des forces vers le sud contre Samsonov, et attaquer les deux ailes de celui-ci pendant que son centre continue de progresser dans le vide. Le réseau ferroviaire dense de la province, construit précisément dans cette perspective, permet de déplacer un corps d’armée en quelques heures ; ce dont les Russes sont incapables.
Hoffmann restera dans l’ombre. Il commandera de fait le front de l’Est après 1916 et négociera Brest-Litovsk, sans jamais recevoir la part de gloire de Tannenberg.
Du 26 au 29 août : les tenailles
L’attaque se déclenche le 26 août sur les deux ailes russes. Au nord-est, le XVIIe corps de Mackensen bat le VIe corps russe à Bischofsburg. À l’ouest, le Ier corps de François, après avoir refusé d’attaquer prématurément sans son artillerie (désobéissance qui se révélera judicieuse), enfonce le 27 le Ier corps russe à Usdau.
Les deux corps de flanc russes décrochent en désordre. Le centre, les XIIIe et XVe corps, continue d’avancer vers le nord sans savoir qu’il n’est plus couvert. Samsonov, dont les liaisons sont rompues, quitte son quartier général pour rejoindre ses unités de première ligne ; perdant du même coup le peu de commandement qui lui restait.
Le 28, François pousse vers l’est en direction de Willenberg au lieu d’attaquer vers le nord comme Ludendorff le lui demande. La manœuvre ferme le sac. Le 29, les tenailles se rejoignent ; les deux corps du centre sont enfermés dans une région de forêts, de lacs et de marais, sans cartes et sans vivres.
Le 30 août
Les dernières unités constituées déposent les armes le 30 août, après des tentatives de percée nocturnes menées à l’aveugle. Les prisonniers sont acheminés à pied vers l’ouest sur des colonnes de plusieurs dizaines de kilomètres.
Alexandre Samsonov s’est donné la mort d’un coup de revolver dans la nuit du 29 au 30 août, dans les bois près de Willenberg, après avoir déclaré à ses officiers qu’il ne pouvait survivre à la perte de son armée. Son corps, retrouvé par les Allemands, sera restitué à sa veuve en 1916 par l’intermédiaire de la Croix-Rouge.
Les chiffres généralement retenus : environ 92 000 prisonniers, 30 000 à 50 000 tués et blessés, 350 à 500 pièces d’artillerie capturées. Les pertes allemandes se situent entre 12 000 et 20 000 hommes.
NOTA : La 2e armée russe n’a pas été « entièrement anéantie ». Ses deux corps centraux, les XIIIe et XVe, et une partie du XXIIIe ont été détruits ; les corps de flanc, refoulés dès les premiers jours, se sont retirés en désordre mais ont échappé à l’encerclement. La distinction n’est pas académique : elle explique que la Russie ait pu, quelques semaines plus tard, reprendre l’offensive en Galicie contre l’Autriche-Hongrie, où elle remporta des succès considérables que Tannenberg a éclipsés.
Les combats se sont déroulés autour de Frögenau, d’Allenstein et de Hohenstein. Le village de Tannenberg, aujourd’hui Stębark en Pologne, n’a joué aucun rôle particulier.
C’est Hoffmann, féru d’histoire militaire, qui a repéré le nom sur la carte puis Hindenburg l’a retenu. Le 15 juillet 1410, à cet endroit, les chevaliers de l’ordre Teutonique avaient été écrasés par les armées polono-lituaniennes ; défaite que l’historiographie allemande présentait comme le début du recul germanique à l’est.
Le choix du nom est donc un acte délibéré de communication : il transforme une victoire tactique en revanche historique de cinq siècles. La construction est efficace. Elle sera reprise à l’identique par le régime nazi.
Les conséquences
- Sur le front de l’Est, Rennenkampf, qui n’avait pas secouru Samsonov, est battu à son tour aux lacs de Mazurie du 2 au 16 septembre. Jilinski est relevé de son commandement.
- Sur le front de l’Ouest, l’effet est inverse de ce que la propagande allemande en dira. Le 26 août, alors que la bataille commençait, Moltke avait détaché de son aile droite en Belgique deux corps d’armée et une division de cavalerie pour les envoyer en Prusse-Orientale. Ils arrivèrent après la fin des combats, n’y servirent à rien, et manquèrent à la Marne le 6 septembre. L’offensive russe, même désastreuse pour la Russie, avait donc rempli sa fonction d’alliance.
- Sur le commandement allemand, l’effet est durable. Hindenburg devient une figure quasi mythologique, promu feld-maréchal, appelé en 1916 à la tête du haut commandement avec Ludendorff, qui exercera de fait une dictature militaire jusqu’en 1918. Élu président du Reich en 1925, Hindenburg nommera Hitler chancelier le 30 janvier 1933. Ludendorff, lui, participera au putsch de Munich en 1923.
Un mémorial monumental est édifié sur le site en 1927. Hindenburg y est inhumé en 1934. Les Allemands le font sauter en janvier 1945 avant l’arrivée de l’Armée rouge, et transfèrent le cercueil vers l’ouest.


30 août 1916 : naissance du pilote Paul-Jean Roquère, Compagnon de la Libération.
Paul-Jean Roquère est né le 30 août 1916 à Draguignan dans le Var.
Jeune sous-lieutenant sorti de l’École militaire de Saint-Maixent en 1937, Paul-Jean Roquère commande, en septembre 1939, une section du 22e Bataillon de chasseurs alpins (22e BCA) à Nice.
En 1940, il passe dans l’Aviation et, affecté à la base aérienne 109 à Tours, il obtient son brevet de chef de bord en avril.
Envoyé à Caen, il doit se replier, en mai 1940, avec ses camarades sur la base-école d’Aulnat près de Clermont-Ferrand. Il demande alors à servir comme fantassin pour la défense des ponts de la Loire. Sa demande acceptée, il prend une part active, en qualité d’officier d’Infanterie, aux combats de la Charité sur-Loire et de Decize, les 15 et 16 juin.
Le 17, l’ordre de la retraite est donné ; le 19, il décide de rejoindre Londres et s’embarque le 21 juin, à Saint-Jean-de-Luz sur le Sobieski, déguisé en soldat polonais.
Engagé aux Forces françaises libres comme lieutenant observateur, il est dirigé sur le camp d’entraînement de la Royal Air Force à Saint-Athan près de Cardiff. Au camp d’Odiham, il est affecté à l’escadrille, entièrement française, « Topic », il quitte la Grande-Bretagne en octobre 1940 par bateau et débarque à Lagos au Nigeria.
En janvier 1941, il est affecté au Groupe réservé de bombardement n°1 (GRB1) qui soutient le colonel Leclerc dans les opérations de la prise de Koufra (Libye) le 1er mars 1941. Mais en raison d’ennuis mécaniques, le Blenheim de Paul-Jean Roquère et de son équipage ne peut participer à l’offensive et doit rentrer à Fort-Lamy (Tchad).
Détaché à Bangui de mars à août 1941, le lieutenant Roquère est alors affecté au Groupe de bombardement « Lorraine » en formation à Damas. Le 30 octobre 1941 le groupe quitte la Syrie pour l’Egypte en vue de préparer la deuxième campagne de Libye. Le 15 novembre le groupe effectue sa première mission de guerre à l’attaque d’un convoi sur la route Bardia-Tobrouk.
Entre le 20 novembre 1941 et le 15 janvier 1942, Paul Roquère effectue 50 missions de guerre en appui tactique de la 8e Armée britannique. Pour son comportement pendant la campagne de Libye, il est cité à l’ordre de l’Armée aérienne et par les Britanniques à l’ordre de la RAF.
Il prend part aux opérations d’El Alamein en octobre 1942 puis, le Groupe « Lorraine » étant rappelé en Angleterre, le lieutenant Roquère embarque, depuis Durban, début 1943, sur le paquebot Empress of Canada transformé en transport de troupes et qui doit regagner la Grande-Bretagne sans escale et sans escorte.
Le 13 mars 1943, au large des côtes d’Afrique, le bateau est torpillé par un sous-marin italien. Parmi les rescapés tombés à l’eau qui tentent de trouver refuge sur des embarcations de fortune se trouvent Paul-Jean Roquère et son épouse, Suzanne, évadée de France par l’Espagne l’année précédente et qui l’a rejoint à Damas. Au bout de deux jours, le 15 mars 1943, à bout de force et n’ayant plus la force de nager, Paul-Jean Roquère, après avoir donné sa ceinture de sauvetage à un camarade, disparaît en pleine mer, sous les yeux de sa femme qui, elle, réchappe miraculeusement du naufrage.
• Chevalier de la Légion d’Honneur
• Compagnon de la Libération – décret du 16 octobre 1945
• Croix de Guerre 39/45
• Médaille de la Résistance
30 août 1918 : attentat contre Lénine (Moscou).
Fanny Kaplan, membre du Parti, tire sur Lénine à la fin d’un meeting. Il survit avec une balle dans l’épaule et une autre au poumon. Elle est interrogée par la Tchéka puis exécutée sans jugement 4 jours plus tard.
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Née le 10 février 1890, elle est issue d’une famille juive russe. Pendant la guerre civile russe, les socialistes révolutionnaires organisent une tentative d’assassinat de Lénine le .
Lénine visite ce jour-là l’usine Michelson de Moscou. Lorsqu’il quitte le bâtiment pour regagner son véhicule, Fanny Kaplan l’interpelle. Quand Lénine se tourne vers elle, elle tire trois coups de feu. L’une des balles passe à travers le manteau de Lénine, les deux autres le touchent à l’épaule gauche et au poumon. Lénine retourne dans ses appartements au Kremlin. Il craint un autre attentat contre lui et refuse de quitter la sécurité du Kremlin pour se faire soigner. Les médecins arrivés pour le soigner se déclarent incapables de retirer les balles en dehors d’un hôpital. Cependant, il survit.
Kaplan est arrêtée et interrogée par la Tchéka. Elle déclare : « Je m’appelle Fanny Kaplan. J’ai tiré sur Lénine aujourd’hui. Je l’ai fait volontairement. Je ne dirai pas d’où provient le revolver. J’étais résolue à tuer Lénine depuis longtemps. Je le considère comme un traître à la Révolution. J’ai été exilée à Akatouï pour avoir participé à la tentative d’assassinat du tsar à Kiev. J’ai passé là-bas sept ans à travailler dur. J’ai été libérée après la Révolution. J’étais en faveur de l’assemblée constituante et je le suis toujours. »
Son arme, un pistolet FN M1900 en calibre 32 ACP, a été fournie par Boris Savinkov. Fanny Kaplan est exécutée sans jugement le . Elle est battue à mort, puis son corps est aspergé d’essence et brûlé dans la cour de la Tchéka3. Elle déclare avant de mourir : « J’ai tiré sur Lénine parce que je le considère comme un traître au socialisme et parce que son existence discrédite le socialisme. Je suis sans réserves pour le gouvernement de Samara et pour la lutte contre l’Allemagne aux côtés des Alliés. » Quelques jours plus tard, Grigori Petrovski, commissaire du peuple à l’Intérieur, encourage les exécutions et déclare : « Il est grand temps de mettre fin à toute cette mollesse et à cette sentimentalité. » Le 5 septembre, le Conseil des commissaires du peuple publie le décret officialisant la terreur rouge.
Selon l’historien britannique George Leggett, environ 140 000 personnes ont péri à la suite de la terreur rouge.
30 août 1922 : fin de la bataille de Dumlupinar (guerre gréco-turque).
Après la bataille d’usure sur la rivière Sakarya (bataille de Sakarya) en août-septembre 1921, l’armée grecque d’Asie Mineure sous le commandement du général Anastasios Papoulas se retira sur une ligne défensive s’étendant de la ville d’İzmit (ancienne Nicomédie) aux villes d’Eskişehir et de Kara Hisâr-ı Sahib (aujourd’hui Afyonkarahisar). La ligne grecque formait un arc de 700 km s’étirant du nord au sud sur un terrain accidenté et accidenté, avec de hautes collines, appelées tepes , qui s’élevaient sur un terrain accidenté et étaient considérées comme facilement défendables. Une ligne de chemin de fer à voie unique reliait Kara Hisâr à Dumlupınar, une ville fortifiée de la vallée à environ 48 km à l’ouest de Kara Hisâr, entourée par les montagnes Murat Dağı et Ahır Dağı, et de là à İzmir (ancienne Smyrne) sur la côte. Cette voie ferrée était la principale voie d’approvisionnement des Grecs. Le quartier général grec de Smyrne était incapable de communiquer avec le front ou d’exercer un contrôle opérationnel.
Le moral des troupes grecques était bas, nombre d’entre elles étant déjà sous les armes depuis plusieurs années, et il n’y avait aucune perspective de résolution rapide de la guerre. Les dissensions politiques et l’occupation de territoires hostiles aggravaient encore leur moral.
Malgré la pression croissante pour attaquer Ankara, Mustafa Kemal, nommé commandant en chef du gouvernement du TBMM, attendit et profita de ce répit pour renforcer ses forces et diviser les Alliés par des manœuvres diplomatiques habiles, s’assurant que les sympathies françaises et italiennes se portent vers les Turcs plutôt que vers les Grecs. Cela isola diplomatiquement les Britanniques pro-grecs.
Il décida finalement d’attaquer les Grecs en août 1922. Sachant que les forces turques ne suffisaient qu’à lancer une offensive majeure, il renforça la Première Armée turque, commandée par « Sakallı » Nureddin Pacha, qui fut déployée contre le flanc sud du saillant grec s’avançant vers Kara Hisâr. C’était un pari risqué, car si l’armée grecque contre-attaquait sur son flanc droit affaibli et pivotait vers le sud, ses forces seraient isolées.
Les forces grecques étaient organisées dans l’« Armée d’Asie Mineure », sous le commandement du lieutenant-général Georgios Hatzianestis, avec un total de 220 000 hommes répartis en 12 divisions d’infanterie et 1 division de cavalerie. Le QG de l’armée était situé à Smyrne. L’Armée d’Asie Mineure comprenait trois corps (I, II et III), sous le commandement du général de division Nikolaos Trikoupis (Ier corps à Kara Hisâr), du général de division Kimon Digenis (IIe corps à Gazligöl) et du général de division Petros Soumilas (IIIe corps à Eskişehir). Elle comprenait également une division de cavalerie indépendante et des commandements militaires de la taille d’un régiment plus petits, principalement pour la protection intérieure et les opérations anti-guérilla. Le front grec total s’étendait sur 713 km.
Chaque corps grec comptait quatre divisions. Le premier corps comprenait les 1re, 4e, 5e et 12e divisions. Le deuxième corps comprenait les 2e, 7e, 9e et 13e divisions. Le troisième corps comprenait les 3e, 10e, 11e et les divisions « indépendantes ». Chaque division grecque comptait de 2 à 4 régiments de trois bataillons et de 8 à 42 pièces d’artillerie (l’artillerie était répartie entre les divisions de première ligne et de réserve). Malgré leur forte puissance numérique, les Grecs manquaient cruellement d’artillerie lourde (seulement 40 pièces obsolètes existaient sur l’ensemble du front) et de cavalerie (une demi-compagnie par division).
Les forces turques étaient organisées sur le front occidental, sous le commandement de Mustafa Kemal Pacha, avec un total de 208 000 hommes répartis en 18 divisions d’infanterie et cinq divisions de cavalerie. Pour les besoins de l’offensive, le QG du front occidental était situé sur la colline de Koca Tepe, à environ 15 km au sud de Kara Hisâr, tout près des lignes de bataille. Le front occidental était composé de la Première armée sous le commandement de Mirliva Nureddin Pacha , également basée sur la colline de Koca Tepe, de la Deuxième armée sous le commandement de Mirliva Yakub Shevki Pacha (Subaşı) basée à Doğlat, du groupe de Kocaeli sous le commandement du colonel Halid Bey (Karsıalan) et du Ve corps de cavalerie sous le commandement de Mirliva Fahreddin Pacha (Altay) .
Pour les besoins de l’offensive, le commandement turc redistribua ses forces et renforça la Première Armée. Celle-ci était composée du Ier Corps (14e, 15e, 23e et 57e divisions d’infanterie), du IIe Corps (3e, 4e et 7e divisions d’infanterie) et du IVe Corps (5e, 8e, 11e et 12e divisions d’infanterie). La Deuxième Armée était composée du IIIe Corps (détachement Porsuk (régiment) et 41e division), du VIe Corps (16e et 17e divisions d’infanterie, plus une division de cavalerie provisoire), et des 1re et 61e divisions d’infanterie indépendantes. Le Groupe de Kocaeli comprenait la 18e division d’infanterie ainsi que des unités d’infanterie et de cavalerie supplémentaires. Le Ve Corps de cavalerie était composé des 1re, 2e et 14e divisions de cavalerie. Chaque division d’infanterie turque était composée d’un bataillon d’infanterie d’assaut, de trois régiments d’infanterie de trois bataillons et de 12 pièces d’artillerie, avec un effectif total moyen de 7 500 hommes.
Le plan turc prévoyait de lancer des attaques convergentes avec les 1re et 2e armées contre les positions grecques autour de Kara Hisâr. La 1re armée attaquerait vers le nord, sur les positions grecques au sud-ouest de Kara Hisâr, tenues par le corps A grec. Le 5e corps de cavalerie assisterait la 1re armée en s’infiltrant à travers les positions grecques moins bien défendues de la vallée de Kirka et en s’immisçant derrière les lignes de front grecques. La 2e armée attaquerait vers l’ouest, sur les positions grecques au nord de Kara Hisâr.
Le premier objectif était de couper les lignes ferroviaires Smyrne-Kara Hisâr et Kara Hisâr-Eskişehir, coupant ainsi les forces grecques de Kara Hisâr et de ses environs de Smyrne et du Corps C d’Eskişehir. Dans un deuxième temps, les 1re et 2e armées se réuniraient au sud de Kütahya, fermant ainsi un cercle autour des forces grecques de Kara Hisâr et les encerclant complètement.
Le haut commandement grec avait anticipé une offensive turque majeure, mais il était incertain de sa direction exacte. Les Grecs s’attendaient à ce que l’attaque turque se produise soit le long de la ligne ferroviaire Ankara-Eskişehir, soit le long de la ligne Konya-Kara Hisâr. À leur insu à l’époque, la voie ferrée d’Ankara, détruite par les Grecs à l’été 1921 lors du retrait après la bataille de Sakarya, n’était toujours pas rétablie et n’était pas opérationnelle. Après le retrait de Sakarya, les commandements des corps grecs furent initialement dissous et l’armée d’Asie Mineure fut organisée en deux groupes, le Nord et le Sud, chacun suffisamment puissant pour combattre indépendamment et repousser toute attaque turque. Après le remplacement du commandant de l’armée et l’arrivée du lieutenant-général Georgios Hatzianestis, la disposition grecque changea. Hatzianestis rétablit les trois commandements de corps. Les trois corps contrôlaient des parties du front, mais en substance, le corps B opérait comme une réserve générale, tandis que les corps I (autour de Kara Hisâr) et III (autour d’Eskisehir) étaient principalement déployés sur le front.
En cas d’offensive turque, le IIe Corps serait placé sous le commandement du secteur attaqué (soit le Ier Corps au sud, soit le IIIe Corps au nord). Hatzianestis, malgré des rapports indiquant le contraire, estimait que les lignes de front grecques étaient suffisamment solides pour résister à toute attaque turque suffisamment longtemps pour que le Corps B lance sa propre contre-attaque de flanc, sur les flancs des armées turques attaquantes.
Avant l’offensive turque, les services de renseignement grecs avaient révélé les préparatifs turcs, mais ils n’avaient pas correctement estimé l’ampleur des formations turques ni la date exacte de l’attaque. Lorsque l’offensive turque a débuté, les renforts grecs étaient encore en route vers le front.
L’attaque turque débuta dans la nuit du 25 au 26 août 1922, lorsque le Ve corps de cavalerie turc franchit la gorge de Kirka derrière les lignes grecques. La gorge était gardée par une compagnie de fusiliers grecs en patrouille, qui fut facilement débordée par la cavalerie turque en progression. La cavalerie turque coupa les lignes télégraphiques grecques et la ligne de chemin de fer (elles étaient toutes deux coupées à 18 heures le 26 août), entravant ainsi sérieusement les communications entre Smyrne et Kara Hisâr.
Le matin du 26 août, les Première et Deuxième armées turques attaquèrent simultanément. L’attaque de la Deuxième armée, après un puissant barrage d’artillerie, prit les Grecs par surprise et parvint à s’emparer de certaines positions de première ligne de la 5e division grecque (du Ier corps grec). Les nouvelles attaques turques eurent peu de succès. Après avoir été renforcée, la 5e division grecque lança des contre-attaques limitées et rétablit son front initial. La Deuxième armée attaqua également les positions du IIIe corps, maintenant ses forces immobilisées, l’empêchant ainsi de renforcer le IIe corps.
L’attaque de la Première Armée fut précédée d’un barrage d’artillerie dévastateur et précis. L’artillerie lourde turque, largement supérieure, détruisit les batteries légères grecques et infligea de lourdes pertes aux bataillons d’infanterie grecs de première ligne (certains perdirent jusqu’à 50 % de leurs effectifs durant le seul barrage d’artillerie, faute de tranchées adéquates). Ce barrage fut suivi d’une attaque générale turque menée par sept divisions d’infanterie des Ier et IVe Corps contre deux divisions grecques (les 1re et 4e). La situation du Ier Corps grec devint presque immédiatement critique, confronté à des forces écrasantes et toutes les réserves du Corps étant bientôt engagées au combat. L’attaque turque se concentra principalement sur la ligne de front des 1re et 4e divisions grecques. À midi, le Ier Corps turc avait réussi à s’emparer des tranchées de la 1re division grecque. L’arrivée en renfort de la 7e division du IIe Corps dans l’après-midi déclencha une contre-attaque grecque qui ne put rétablir que partiellement la ligne.
Le quartier général de l’armée grecque à Smyrne n’avait aucune idée précise de la situation. Dans son ordre du 26 août à 23 heures adressé aux Ier et IIe corps, l’armée exprimait l’avis que les Turcs n’avaient toujours pas révélé l’axe principal de leur offensive. L’armée poursuivit son plan initial, ordonnant au IIe corps grec de préparer une contre-offensive sur le flanc droit turc, tandis que le Ier corps conserverait ses positions. La contre-offensive devait être lancée le 28 août. Ces ordres étaient en contradiction directe avec ceux que le Ier corps avait déjà donnés au IIe corps. Par la suite, le Ier corps ordonna au IIe corps d’interrompre toute préparation de contre-offensive et de reprendre le déploiement de ses forces vers le sud pour renforcer les 1re et 4e divisions, durement touchées. En raison de la rupture des communications, le quartier général de l’armée à Smyrne ne reçut pas les notifications des Ier et IIe corps et eut l’impression que les choses se déroulaient comme prévu.
À 2 heures du matin le 27 août (jour 2 de l’offensive turque), l’artillerie turque a repris son barrage et à 06 h 00, l’infanterie turque a repris ses attaques. Les forces turques se sont à nouveau concentrées sur la ligne des 1re et 4e divisions grecques et, progressant régulièrement, elles ont réussi à 9 heures à réaliser une percée nette dans la ligne grecque lorsque le IVe corps turc sous le commandement du colonel Sami a pris le pic d’Erkmentepe, haut de 1 500 mètres. À 10 h 30, le Ier corps grec a donné l’ordre de se retirer à environ 20 km au nord de sa ligne initiale et d’évacuer Kara Hisâr. L’ordre ne fut pas reçu par la 1re division grecque, dont les communications téléphoniques avec le Ier Corps avaient été coupées et ne pouvaient établir de communication sans fil. Elle resta sur ses positions. À 13 h 30, son front s’effondrait, exposant le flanc de la 4e division. La 1re division, avec la 7e division, se retira sans être sérieusement inquiétée par les Turcs et, à 17 h 00, elle avait atteint ses nouvelles positions.
Le commandant de la 1re division grecque, le général de division Frangou , prit contact avec le 1er corps à 18 h 30, par l’intermédiaire de messagers. Il ne fut cependant informé que de manière informelle et ne reçut aucun ordre écrit. Frangou ordonna à ses forces (1re et 7e divisions et autres unités plus petites, désormais appelées « Groupe Frangou ») de se replier vers Dumlupınar dans la nuit du 27 au 28 août, supposant que tel était le plan du commandant du 1er corps, le général de division Trikoupis. En réalité, Trikoupis avait maintenu ses forces (la majeure partie des 1er et 2e corps, désormais appelées « Groupe Trikoupis ») en position, permettant à ses hommes de se reposer pendant la nuit et préparant le repli vers Dumlupınar le lendemain matin du 28 août (3e jour de l’offensive turque). Cette confusion créa une brèche dans la ligne grecque entre les groupes Frangou et Trikoupis. Les forces du groupe Frangou marchant dans la nuit se retirèrent vers Dumlupınar, mais en mauvais ordre, tandis que les désertions commencèrent.
Le QG de l’armée à Smyrne perdait le contact avec la situation. Dans ses ordres du 27 août à 17 h 30, il ordonna au Ier Corps de contre-attaquer et de rétablir sa ligne initiale, ou, en cas d’impossibilité, de procéder à un repli, tandis que le IIe Corps contre-attaquerait immédiatement en direction de Çobanlar (sud-est de Kara Hisâr). De même, le Ier Corps, sans communication avec le groupe Frangou, ignorait que ce dernier se déplaçait seul et donna des ordres qui ne correspondaient pas à la situation réelle sur le terrain. Le 28 août à 02 h 00, le QG de l’armée d’Asie Mineure annula les ordres de contre-attaque précédents et plaça le IIe Corps ainsi qu’une division du IIIe Corps sous les ordres du Ier Corps et du général de division Trikoupis.
Le 28 août à 05 h 00, le groupe Trikoupis commença son mouvement vers l’ouest. Ignorant l’absence des unités du groupe Frangou, la colonne exposée de la 4e division grecque fut attaquée à 07 h 00, prise par surprise, puis brisée. La 9e division grecque (jusqu’alors non engagée au combat), en route vers l’ouest vers 7 heures, piégea la 2e division de cavalerie turque (du 5e corps de cavalerie turc), qui tentait de lui barrer la route vers l’ouest, et lui infligea de lourdes pertes, dont des prisonniers et des pièces d’artillerie. Par la suite, la 2e division de cavalerie fut retirée du combat et mise en réserve. Le reste du groupe Trikoupis (5e, 12e et 13e divisions) se replia vers l’ouest sans encombre. Le groupe Trikoupis a passé la nuit du 28 au 29 août autour d’Olucak.
Français Au même moment, le groupe Frangou était sous la pression du IVe corps turc entrant. Les unités de Frangou étaient déployées en ligne autour de Başkimse. Après des tentatives répétées et infructueuses pour établir une communication sans fil avec le Ier corps grec, Frangou ordonna à ses unités de commencer leur retrait vers la position de Dumlupınar à 16 h 00. À 05 h 00 le 29 août, toutes les unités du groupe Frangou avaient atteint les positions autour de Dumlupınar, en bon ordre malgré la pression du IVe corps turc.
Dans la nuit du 28 au 29 août, le VIe corps turc (de la Deuxième armée) progressa vers l’ouest et atteignit le nord du groupe Trikoupis. Le Ve corps de cavalerie turc et les unités de la Première armée (Ier, IIe et IVe corps) avancèrent vers les groupes grecs de Frangou et de Trikoupis. Le Ier corps turc avança vers Dumlupınar et prit contact avec le groupe grec de Frangou, tandis que le Ve corps de cavalerie et le IVe corps séparaient les groupes grecs de Trikoupis et de Frangou. Le groupe Trikoupis fut encerclé.
Le groupe Trikoupis commença sa progression vers l’ouest le matin du 29 août. Progressivement et de manière inattendue, les unités grecques se heurtèrent aux unités des Ve et IVe corps turcs. Trikoupis ordonna à sa 9e division d’attaquer et de percer la ligne turque afin d’ouvrir la voie à Dumlupınar. Rapidement, la 9e division grecque se retrouva face à des forces turques supérieures (le 4e corps) et se mit en défense. Les forces turques attaquèrent également le flanc est du groupe Trikoupis, où se trouvait la 12e position grecque. Trikoupis engagea progressivement les 5e et 4e divisions dans la défense de son groupe, tout en gardant la 13e division en réserve. La bataille dura toute la journée du 29 août, avec de lourdes pertes des deux côtés. Le groupe Trikoupis n’avait pas réussi à ouvrir la voie à Dumlupınar ni à établir de communication avec le groupe Frangou. Les forces turques n’avaient pas non plus réussi à détruire le groupe Trikoupis, malgré son encerclement par les IIe, IVe, Ve et VIe corps.
Le 29 août à 23 h 00, les unités grecques du groupe Trikoupis, durement touchées, se désengagèrent et commencèrent à marcher vers Çalköy, considérée comme faiblement tenue par les forces turques. Les unités grecques avaient déjà perdu une grande partie de leur cohésion, et la marche nocturne aggrava le mélange des unités. La 5e division grecque s’égara et perdit le contact avec le groupe Trikoupis.
Le 29 août, le groupe Frangou tenait un front de 20 km autour de Dumlupınar. Sa position fut attaquée par le 1er corps turc et son flanc droit fut brisé sans trop de combats. Afin de laisser au groupe Trikoupis une chance de se replier vers Dumlupınar, Frangou ordonna à son flanc gauche de tenir ses positions coûte que coûte.
Le matin du 30 août, après avoir brisé la faible force turque bloquant la route, le groupe Trikoupis arriva à Çalköy, où après 7 heures du matin, il commença à essuyer des tirs d’artillerie turcs. Des colonnes turques (les IVe, Ve et VIe corps) étaient visibles marchant au sud et au nord du groupe Trikoupis. Trikoupis tint conseil avec les commandants de ses divisions, qui proposèrent que le groupe continue sa marche vers l’ouest en passant par Alıören jusqu’à Banaz. Trikoupis rejeta cet avis et ordonna à ses forces de continuer vers le sud jusqu’à Dumlupınar.
À 11 h 00, Trikoupis reçut les rapports de ses unités, indiquant que les effectifs du groupe Trikoupis étaient réduits à 7 000 fantassins, 80 cavaliers et 116 pièces d’artillerie. 10 000 à 15 000 hommes supplémentaires étaient complètement désorganisés et largement désarmés. Les vivres étaient déjà épuisés et les stocks de munitions très bas.
Après avoir reçu les rapports de ses unités subordonnées, Trikoupis, réalisant que ses forces étaient insuffisantes pour résister à une attaque turque, changea d’avis et ordonna la poursuite de la marche vers Alıören, puis vers Banaz. Bien que la route vers Alıören fût ouverte, Trikoupis avait perdu un temps précieux avant d’ordonner la poursuite de la marche vers l’ouest. Les forces turques avaient couvert une grande partie des flancs nord et sud du groupe de Trikoupis.
À 13 h 30, la colonne grecque en marche trouva la route d’Alıören bloquée par la cavalerie turque de la 14e division. Trikoupis ordonna à ses forces d’attaquer et de briser les forces turques. Un régiment grec repoussa la cavalerie turque, mais de nouveaux renforts turcs arrivèrent. Il devint évident que le groupe Trikoupis ne pourrait éviter un engagement général. Trikoupis ordonna à ses divisions de se déployer et de se défendre jusqu’à la tombée de la nuit, moment où la marche reprendrait.
À 16 h 00, l’artillerie turque devint particulièrement efficace, infligeant de lourdes pertes aux forces grecques, fortement concentrées. Le IVe corps turc exerça une forte pression à l’est et au sud, tandis que le VIe corps attaquait au nord. La situation des unités grecques devint critique. Au crépuscule, le flanc ouest grec fut percé. Un grand nombre de non-combattants s’enfuirent vers l’ouest. À 20 h 30, Trikoupis ordonna aux restes de son groupe de reprendre leur marche vers l’ouest. Tous les chariots lourds, l’artillerie de campagne et les blessés incapables de marcher furent abandonnés. Plus de 2 000 Grecs tués furent recensés par les Turcs le lendemain sur le champ de bataille, sans compter les blessés qui succombèrent plus tard des suites de leurs blessures graves. Le groupe Trikoupis s’était fortement désintégré. Ses hommes étaient complètement épuisés et beaucoup s’effondraient. Finalement, Kütahya fut prise dans la soirée.
Français Le groupe Trikoupis était divisé en trois colonnes qui tentèrent de marcher vers l’ouest. Une colonne de 2 000 hommes (principalement de la 12e division grecque) se rendit à 20 h 00 le 1er septembre aux unités de cavalerie turques. La colonne de Trikoupis, ainsi que 5 000 à 6 000 de ses hommes, se rendirent finalement aux forces turques à 17 h 00 le 2 septembre. Une colonne de 5 000 hommes réussit à s’échapper du cercle turc, mais avait perdu toute valeur au combat. Trikoupis et le général Digenis (commandant du IIe corps) furent conduits à Mustafa Kemal , qui informa Trikoupis qu’il avait été nommé commandant en chef de l’ armée grecque en Asie Mineure, un épisode mettant en évidence le niveau de confusion au sein du commandement grec.
Le 30 août, le groupe Frangou fut également attaqué par le 1er corps turc. Il maintint ses positions toute la journée, mais à 23 h 30, son flanc gauche fut percé. Frangou ordonna à ses forces de se replier vers Banaz. La bataille de Dumlupınar prit ainsi fin, et les Grecs entamèrent une retraite vers l’ouest, qui ne prit fin qu’après leur départ d’Asie Mineure.
La fin de la bataille de Dumlupınar a marqué le début de la fin de la présence grecque en Anatolie. Le groupe Trikoupis, avec quelque 34 bataillons d’infanterie et 130 pièces d’artillerie, a été détruit en tant que force de combat efficace. Le groupe Frangou restant était trop faible pour résister à l’assaut turc. Les pertes grecques étaient lourdes ; au 7 septembre, l’armée grecque avait subi 50 000 pertes (35 000 tués et blessés et 15 000 capturés). Les pertes matérielles grecques étaient également lourdes. Les pertes turques étaient plus faibles. Entre le 26 août et le 9 septembre, l’armée turque a subi 13 476 pertes (2 318 tués, 9 360 blessés, 1 697 disparus et 101 capturés). En deux semaines (du 26 août 1922 au 9 septembre 1922), l’armée turque reprit tous les territoires que l’armée grecque avait envahis depuis mai 1919. Les Turcs poursuivirent les Grecs en fuite sur 400 km jusqu’à Smyrne, qui fut plus tard abandonnée par les soldats grecs. Durant cette période, l’armée grecque comptait 300 000 hommes, auxquels s’ajoutaient 100 000 hommes en réserve. Selon la Direction grecque de l’histoire de l’armée, pendant la guerre gréco-turque, l’armée grecque a subi environ 101 000 pertes (24 240 tués, 48 880 blessés, 18 095 disparus et 10 000 capturés) sur une armée de 200 000 à 250 000 hommes. D’autres sources estiment le nombre total de victimes encore plus élevé à 120 000 à 130 000. En 1921, la guerre en Anatolie avait coûté à la Grèce une somme équivalente à 100 000 000 $ au taux de change de 1921. Les pertes turques s’élevaient à 13 000 tués (en plus d’environ 24 000 morts de maladie pendant et après la guerre) et 35 000 blessés pour toute la guerre d’indépendance turque.
Les dernières troupes grecques quittèrent l’Anatolie le 18 septembre. L’ armistice de Mudanya fut signé par la Turquie, l’Italie, la France et la Grande-Bretagne le 11 octobre 1922. La Grèce fut contrainte d’y adhérer le 14 octobre. Pour commémorer cette victoire, le 30 août (également jour de la libération de Kütahya) est célébré comme le Jour de la Victoire (Zafer Bayramı), une fête nationale en Turquie.

30 août 1940 : deuxième arbitrage de Vienne.
30 août 1952 : premier vol de l’Avro Type 698, futur Vulcan.
Un samedi matin à Woodford, dans le Cheshire, le chef pilote d’essais d’Avro décolle seul à bord d’un grand delta blanc sans désignation officielle. Le Type 698 deviendra le Vulcan, deuxième des trois bombardiers de la V-Force et pilier de la dissuasion nucléaire britannique pendant 15 ans.
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En 1946, l’Air Ministry cherche à remplacer les bombardiers lourds à pistons de la génération Lancaster et Lincoln. L’Air Staff Operational Requirement OR.229 demande un appareil capable d’emporter une bombe de 10 000 livres à 1 500 milles nautiques de n’importe quelle base du monde. Le chiffre n’est pas arbitraire : c’est la masse de Blue Danube, la première arme atomique britannique.
La spécification B.35/46, diffusée le 24 janvier 1947, y ajoute des exigences d’altitude considérables pour l’époque : 45 000 pieds au bout d’une heure de vol, 50 000 pieds au bout de deux heures et demie. Trois constructeurs y répondent, ce qui donnera les trois bombardiers en V : le Valiant de Vickers, le Vulcan d’Avro, le Victor de Handley Page.
Le projet d’Avro, conçu d’abord par Roy Chadwick puis, après sa mort en 1947, par Stuart Davies, part d’une aile volante et évolue vers le delta pur, réacteurs enterrés dans l’emplanture, dérive centrale unique.
La formule est alors mal connue, en particulier à basse vitesse. Avro construit à cette fin une série de démonstrateurs à échelle réduite, les Avro 707, dont le premier vole le 4 septembre 1949. Les essais en soufflerie du Royal Aircraft Establishment conduisent parallèlement à affiner le profil pour retarder les effets de compressibilité.
Le 30 août 1952, le wing commander Roland « Roly » Falk, chef pilote d’essais de la maison, prend l’air à bord de VX770. Il vole seul : pour des raisons de sécurité, le prototype n’a été équipé que du siège éjectable du pilote de gauche. Les Bristol Olympus prévus n’étant pas prêts, l’appareil est motorisé par quatre Rolls-Royce Avon RA.3 de 6 500 livres de poussée ; faute de réservoirs de voilure, une caisse à carburant provisoire occupe la soute à bombes.
Le vol se déroule sans incident majeur, à ceci près que deux panneaux de trappe de train se détachent et tombent au sol sous les yeux des employés de l’usine. Falk, qui avait obtenu de remplacer le volant par un manche de chasseur, en fait la démonstration dès cette première sortie.
Quelques jours plus tard, l’appareil se présente au salon de Farnborough. Il n’a pas encore de nom : Avro proposait Ottawa, en hommage à sa filiale canadienne, la presse suggérait Albion ou Avenger. L’Air Council tranchera en 1953 pour Vulcan, conformément à la série en V.
Le second prototype, VX777, vole le 3 septembre 1953 avec des Olympus 100. 134 appareils de série sortiront de Woodford entre 1955 et 1965, 45 B.1 et 89 B.2.
Le Vulcan porte d’abord la bombe à chute libre, puis, à partir de 1963, le missile air-sol Blue Steel, qui permet de tirer hors de portée des défenses de l’objectif. La montée en puissance des missiles sol-air soviétiques impose vers 1966 le passage de la pénétration à haute altitude à la pénétration à très basse altitude, exercice pour lequel une aile delta épaisse n’était pas conçue et qui fatiguera prématurément les cellules. La mission de dissuasion nucléaire est transférée en 1969 aux sous-marins lanceurs d’engins de la Royal Navy.
Le seul emploi au combat de l’appareil intervient 30 ans après ce premier vol, dans un rôle et sur un théâtre que personne n’avait envisagés. Les raids Black Buck, conduits depuis l’île de l’Ascension contre les Malouines à partir du 30 avril 1982, représentent un aller-retour d’environ 12 800 km pour 16 heures de vol, avec une douzaine de Victor ravitailleurs mobilisés pour un seul bombardier au but. Deux missions contre la piste de Port Stanley, deux missions antiradar au missile Shrike, une contre les positions argentines.
Le retrait intervient en 1984. Le prototype, quant à lui, s’est désintégré en vol le 20 septembre 1958 lors d’un passage rapide à basse altitude au meeting de la RAF Syerston, rupture structurale de la voilure, quatre membres d’équipage et trois personnes au sol tuées.
Un seul exemplaire, le XH558, a volé à nouveau après restauration entre 2007 et 2015.
30 août 1952 : rupture d’aile d’un F-89 Scorpion devant le public de Détroit.
À 16 h 40, lors d’une présentation en vol à l’Exposition aéronautique internationale de Détroit, l’aile gauche d’un intercepteur tous temps Northrop F-89C se détache. L’accident, survenu devant des dizaines de milliers de spectateurs, entraîne l’immobilisation de toute la flotte.
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Le F-89 Scorpion est le premier intercepteur tous temps à réaction conçu spécifiquement pour l’US Air Force : biréacteur, biplace en tandem, radar de nez, armement en tourelle de nez puis en réservoirs de bout d’aile. Il est destiné à la défense du territoire nord-américain contre les bombardiers soviétiques, mission qui devient prioritaire après le premier essai atomique soviétique de 1949.
Sa mise au point est difficile. Une série de ruptures structurales affecte la voilure et l’empennage, sans que la cause soit d’abord identifiée.
L’accident du 30 août 1952 est le plus visible de la série. Deux F-89C effectuent un passage devant le public de l’exposition ; l’aile gauche de l’un d’eux, le 51-5781, se détache en vol. L’équipage est tué. Le pilote, le major Donald Earl Adams, était un as de la guerre de Corée crédité de 6 victoires et demie sur MiG-15 avec la 16th Fighter-Interceptor Squadron.
L’ensemble de la flotte est immobilisé peu après. L’enquête met en cause les ferrures d’attache de voilure et la structure du longeron, soumises à des efforts que les calculs initiaux avaient sous-estimés. Les appareils sont renvoyés en usine pour renforcement, opération qui retardera de plusieurs années la constitution du dispositif d’interception continental.
Le F-89 finira par donner satisfaction et restera en service dans la garde nationale aérienne jusqu’en 1969. Il aura été, en juillet 1957, le seul appareil à tirer en essai une roquette air-air à charge nucléaire, la Genie . tir effectué au-dessus du Nevada, avec des officiers postés au sol sans protection sous le point d’explosion pour en démontrer l’innocuité supposée.
30 août 1954 : le parlement français ne ratifie pas le traité de la CED.
Par 319 voix contre 264, les députés adoptent une question préalable qui enterre le traité instituant la Communauté européenne de défense, sans en débattre le fond. C’est le premier grand revers de la construction européenne, et il porte sur la défense.
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Au début des années 1950, la guerre de Corée et la pression américaine imposent la question du réarmement de l’Allemagne de l’Ouest. La réponse française est le plan Pleven, d’octobre 1950 : plutôt qu’une armée allemande nationale, une armée européenne intégrée où les contingents allemands seraient dilués. Le traité, signé à Paris le 27 mai 1952 par les 6 pays de la CECA, prévoit une force d’une quarantaine de divisions en uniforme commun, sous commandement unique rattaché à l’OTAN, avec un budget et un armement communs.
Le débat français dure deux ans et coupe le pays selon des lignes inhabituelles. Les partisans (MRP, une partie des socialistes et des radicaux) y voient la seule manière d’encadrer le réarmement allemand. Les adversaires réunissent les gaullistes, hostiles à l’abandon de souveraineté et à l’intégration atlantique, et les communistes, hostiles au réarmement allemand comme tel : une coalition des contraires que le président du Conseil Pierre Mendès France, personnellement réservé, se garde de trancher.
Le 30 août 1954, il refuse d’engager la responsabilité du gouvernement. Le général Aumeran dépose une question préalable ; motion de procédure qui, si elle est adoptée, écarte le texte sans discussion. Elle passe par 319 voix contre 264. Le traité est mort sans avoir été examiné article par article. À l’annonce du résultat, une partie de l’hémicycle entonne La Marseillaise.
La solution de rechange est trouvée en quelques semaines : les accords de Paris d’octobre 1954 admettent la République fédérale dans l’OTAN et dans l’Union de l’Europe occidentale, avec des limitations d’armement négociées. L’Allemagne aura donc une armée nationale, ce que la CED voulait précisément éviter.

Contre l’armée européenne – Michel Debré, 1953
30 août 1957, le Corsair du premier maître Kérhoas est abattu en mission au-dessus de la zone d’El-Kantara.
Deux Corsair de la 12F, pilotés par Jean-Yves Kérhoas (surnommé « Hermine » pour sa moustache) et le second maître Perraudin, décollent de la base aéronavale de Télérgma vers 07 h 30. Leur mission : appuyer une opération militaire française dans ce secteur, aux abords du Sahara.
Kérhoas est un pilote chevronné, vétéran d’Indochine où il a servi sur Hellcat dès 1952-53, et également instructeur. À ses côtés, Perraudin a aussi une solide expérience, ayant survécu à un crash sur porte-avions en 1956. Ce duo aguerri se dirige vers le djebel Mekrisane, où une section du 7e Régiment de tirailleurs algériens est lourdement engagée par un groupe rebelle retranché dans les rochers.
Un T-6, déjà présent sur zone, guide les Corsair. Le pilote du T-6 plonge volontairement sur la zone pour révéler les tirs ennemis. À leur tour, les chasseurs-bombardiers attaquent en mitraillant les crêtes au canon de 20 mm. Mais l’attaque en terrain montagneux exige des manœuvres brusques et risquées, les ricochets venant parfois secouer leurs appareils.
Durant un passage, Kérhoas est atteint de plein fouet par une rafale d’arme automatique. Prévenant Perraudin de son intention de sauter, il perd rapidement puissance et contrôle, mais réussit à se poser sur le ventre dans une plaine vers 09 h 15. Armé de sa MAT 49, il se dissimule derrière un rocher en attendant les secours, tandis que son ailier surveille la zone depuis le ciel.
La situation devient critique : rebelles et forces françaises convergent. Quatre Corsair supplémentaires larguent des bombes au napalm pour dissuader l’ennemi de s’approcher. Un hélicoptère Bell tente de récupérer Kérhoas, mais il est abattu, causant la mort du maréchal des logis Lefèvre.
Finalement, malgré un orage violent, deux hélicoptères Sikorsky H-21 « banane volante » réussissent à évacuer le pilote.
L’avion étant irrécupérable, sa radio et ses armes de bord sont démontées, puis il est ensuite détruit par l’aviation.
C’est le troisième avion perdu par la 12F en Algérie, mais le seul à avoir été directement directement par un tir ennemi.
Après avoir survécu à ce crash, Kérhoas, devenu officier des équipages, disparaît en service aérien commandé le 6 juillet 1961. C’est au cours d’un exercice de nuit, aux commandes d’un Aquilon, au large de Hyères en Méditerranée. Son corps ne sera jamais retrouvé.
Source : Romain GRAND / LinkedIn


30 août 1963 : mise en service de la « ligne directe » Washington-Moscou.
Dix mois après la crise des missiles de Cuba, une liaison télégraphique permanente relie le Pentagone au Kremlin. Le « téléphone rouge » n’a jamais été rouge, ni un téléphone.
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En octobre 1962, l’échange des messages entre Kennedy et Khrouchtchev avait pris jusqu’à 12 heures dans chaque sens : chiffrement, transmission par câble commercial ou par radio, portage par coursier, déchiffrement, traduction. Le message décisif du 26 octobre avait mis près d’une demi-journée à parvenir à Washington. Les deux gouvernements en ont tiré la même conclusion : dans une crise nucléaire, le délai de transmission peut devenir la cause de la guerre.
Le mémorandum d’accord est signé à Genève le 20 juin 1963. La liaison est déclarée opérationnelle le 30 août.
Le dispositif technique est délibérément fruste. Ce n’est pas un téléphone : la voix a été écartée d’emblée, parce qu’elle expose à l’improvisation, aux nuances de ton et aux erreurs d’interprétation. C’est une liaison télégraphique duplex, reliant le Centre national de commandement militaire du Pentagone au Kremlin, avec deux téléscripteurs, un câble transatlantique passant par Londres, Copenhague, Stockholm et Helsinki, et une voie de secours par radio via Tanger. Chaque partie transmet dans sa propre langue, la traduction se faisant à la réception. La ligne est testée toutes les heures, à longueur d’année, par des messages neutres ; les opérateurs américains y ont fait passer des extraits de Shakespeare, leurs homologues soviétiques des passages de Tchekhov.
Elle a été employée pour la première fois en situation réelle pendant la guerre des Six Jours, en juin 1967, puis lors des crises indo-pakistanaise de 1971 et du Kippour en 1973.
Le principe qui est de garantir un canal de communication qui survive à la crise a fait école : lignes analogues entre Moscou et Paris en 1966, Moscou et Londres en 1967, puis entre la Chine et les États-Unis, entre l’Inde et le Pakistan, entre les deux Corées. La question de la gestion des risques d’escalade par des canaux permanents reste au cœur des discussions contemporaines sur la dissuasion.
30 août 1971 : mort à 66 ans de Louis Armand, Compagnon de la Libération.
Louis Armand, né à Cruseilles (Haute-Savoie) le et mort le à Villers-sur-Mer (Calvados), est ingénieur, haut fonctionnaire et résistant français.
Il est dispensé des classes de sixième et de cinquième, pour entrer directement en classe de quatrième au lycée Berthollet à Annecy, puis au lycée du Parc à Lyon, avant de poursuivre ses études supérieures à l’École polytechnique (promotion 1924). Il en sort deuxième et choisit le corps des Mines, et en 1926, il sort major de l’École des mines.
À partir de 1929, il est ingénieur des Mines à Clermont-Ferrand où il se consacre à des travaux sur les eaux minérales, puis entre en 1934 à la Compagnie du chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée (PLM), dont il devient directeur général adjoint. En 1938, il devient ingénieur en chef de la SNCF nouvellement créée.
En , il organise le groupe « Résistance-fer » avec le soutien de Jean-Guy Bernard du réseau Noyautage des Administrations Publiques. Après l’arrestation de Jean-Guy Bernard en , il prend la direction du réseau secondé par Jean Marthelot. Le , Louis Armand est arrêté par la Gestapo. Il sort de la prison de Fresnes grâce à la libération de Paris et reçoit la Croix de la Libération par décret du .
En 1945, il est nommé directeur du service Central du Matériel à la SNCF ; puis directeur général adjoint en 1946 ; l’équipe dirigeante (président + directeur général) étant changée par le Gouvernement à la suite des grèves de 1948, il est nommé directeur général en juin 1949 ; il est président de la SNCF de 1955 à 1958.
À la tête de la SNCF, il attache une grande importance à la recherche industrielle et est responsable d’innovations capitales dans le domaine de la traction ferroviaire. Il améliore le système de traitement des eaux d’alimentation des locomotives à vapeur et est à l’origine du choix de la traction électrique alimentée en courant alternatif à fréquence industrielle de 50 Hz. La locomotive intègre un transformateur abaisseur de tension qui alimente soit des moteurs directs (système abandonné par la suite), soit un convertisseur mono-triphasé suivi de moteurs triphasés, soit un redresseur (ou un convertisseur) suivi de moteurs à courant continu. La tension efficace, à la caténaire a été fixée à 20 puis 25 kV. La ligne Aix-les-Bains – La Roche-sur-Foron sert de ligne d’expérimentation. C’est le système d’électrification le plus récent, le plus performant, et le plus économique, utilisé dans le monde entier, et sur les lignes à grande vitesse.
De 1951 à 1959, il est aussi président de l’Union internationale des chemins de fer.
En 1957, il crée la Société du tunnel sous la Manche et relance les études avec des Britanniques mais celles-ci n’aboutiront pas.
De janvier 1958 à février 1959, il préside la communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom).
En , il est nommé président des Houillères de Lorraine (jusqu’en 1964).
Il est nommé secrétaire général de l’Union internationale des chemins de fer en 1961, qu’il avait présidée dans la décennie précédente.
Il devient, à partir de 1961, progressivement administrateur de sociétés privées : Air liquide, UBP, Degrémont, SKF, La Protectrice assurances.
En , il est nommé président de l’Association française de normalisation (AFNOR).
Il est nommé au Conseil de perfectionnement de l’École polytechnique en 1953 ; il en prend la présidence à l’été 1956, avant d’en être remercié à l’été 1968. Il entre au Conseil d’administration de l’ENA en 1955 ; il y professe un cours d’initiation aux problèmes industriels de 1945 à 1967. Il est professeur de chemins de fer à l’école des Ponts et Chaussées de 1940 à 1949.
En 1960, il est un des rédacteurs du plan Rueff-Armand. Ce plan, préfigurant le Marché commun, alors en formation, et rédigé en collaboration avec Jacques Rueff, à la tête d’un comité d’experts ad hoc, recommande l’ouverture à la concurrence et la suppression des obstacles à l’expansion économique.
En , il est élu à l’Académie des sciences morales et politiques, avant d’être élu à l’Académie française le . C’est Jean Rostand qui fit la réponse au discours de réception.
Il est élu le à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie, avec pour titre académique Effectif (titulaire).
• Grand Officier de la Légion d’Honneur
• Compagnon de la Libération – décret du 18 novembre 1944
• Croix de Guerre 1939-45
• Commandeur des Palmes Académiques
• Commandeur de l’Ordre de l’Empire Britannique
• Medal of Freedom (USA)
30 août 1974 : parution du dernier numéro du journal « Combat ».
Le quotidien né dans la clandestinité en 1941 comme organe du mouvement Combat cesse de paraître après trente-trois ans. Une partie de sa rédaction fondera deux mois plus tard Le Quotidien de Paris.
Combat naît en décembre 1941 de la fusion de deux feuilles clandestines, sous l’impulsion d’Henri Frenay et de Berty Albrecht. Le journal est l’organe du mouvement du même nom, l’un des trois principaux de la zone sud avec Libération et Franc-Tireur, réunis en janvier 1943 dans les Mouvements unis de la Résistance.
À la Libération, il paraît au grand jour dans les locaux réquisitionnés du Petit Parisien. Pascal Pia en est le directeur, Albert Camus l’éditorialiste puis le rédacteur en chef. Les éditoriaux qu’il y publie en août 1944, puis sa polémique avec François Mauriac sur l’épuration (Camus plaidant la justice, Mauriac la charité), comptent parmi les textes majeurs de la période. Raymond Aron, Jean-Paul Sartre, André Malraux et Emmanuel Mounier y ont signé.
Camus s’en éloigne en 1947. Le titre passe en 1950 à l’homme d’affaires Henri Smadja, qui le maintient à bout de bras pendant 24 ans, avec une ligne libérale et anticonformiste et un tirage déclinant. La mort de Smadja, en 1974, emporte le journal : le dernier numéro paraît le 30 août.
Philippe Tesson, son dernier rédacteur en chef, fonde en octobre suivant Le Quotidien de Paris avec une partie de l’équipe.

30 août 1982 : premier vol du Northrop F-5G Tigershark.
Sur la base d’Edwards, en Californie, le pilote d’essais Russell Scott effectue un vol de 40 minutes à 40 000 pieds et Mach 1,04. L’appareil, rebaptisé F-20A deux mois plus tard, est un succès technique et un échec commercial complet : aucun exemplaire ne sera vendu.
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Le F-5G naît d’une demande du département d’État américain, non du Pentagone. Il s’agit de doter les pays alliés d’un chasseur moderne mais volontairement bridé, exportable sans transférer les technologies des matériels de première ligne américains ; la logique dite FX, formalisée par l’administration Carter.
Northrop, qui avait déjà fourni au marché de l’exportation le F-5 Freedom Fighter puis le F-5E Tiger II, développe l’appareil sur fonds propres, à hauteur de plus d’un milliard de dollars. La transformation est profonde : le nouvel appareil abandonne les deux petits réacteurs J85 pour un unique General Electric F404, celui du F/A-18, qui double la poussée. La cellule est reprise, l’avionique modernisée, le radar remplacé. Le résultat est un chasseur léger Mach 2, réputé pour son temps de mise en œuvre (moins d’une minute entre l’ordre de décollage et le lâcher des freins) et son coût d’exploitation très inférieur à celui d’un F-16.
Russell J. Scott, ancien pilote de l’US Air Force, avait été sélectionné en 1961 parmi onze pilotes pour voler sur le Lockheed A-12 de la CIA, l’ancêtre du SR-71, programme qu’il quitta avant sa mise en service.
L’échec commercial tient à une décision politique. L’administration Reagan assouplit la doctrine d’exportation et autorise la vente du F-16 aux clients auxquels le F-20 était destiné. Aucun acheteur ne préfère un appareil sans utilisateur national à un appareil en service dans l’US Air Force. Deux des trois prototypes sont perdus lors de démonstrations à l’exportation, en Corée du Sud en octobre 1984 puis à Goose Bay en mai 1985, leurs pilotes tués ; accidents attribués à une perte de connaissance sous facteur de charge. Northrop met fin au programme en novembre 1986.
30 août 1995 : Bataille du Mont Igman (l’artillerie française en action – opération Vulcain).
À 02 h 00 du matin, les 8 canons automoteurs de 155 mm du groupement d’artillerie Leclerc, installés sur les hauteurs dominant Sarajevo, ouvrent le feu en même temps que débute la campagne aérienne de l’OTAN. C’est le premier engagement opérationnel des AUF1 français(1) et la première opération de combat d’envergure conduite par l’Alliance atlantique depuis sa création. Quelques heures plus tard, un Mirage 2000N français est abattu au-dessus de Pale ; son équipage restera 104 jours aux mains des Serbes de Bosnie.
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Le siège de Sarajevo dure depuis avril 1992. La FORPRONU, force de protection des Nations unies déployée en application de la résolution 743 de février 1992, n’a ni le mandat ni les moyens de l’interrompre. Au printemps 1995, les Serbes de Bosnie franchissent un seuil : après des frappes aériennes de l’OTAN sur le dépôt de munitions de Pale, ils prennent en otage plusieurs centaines de casques bleus, dont certains sont enchaînés à des objectifs potentiels et filmés.
La réponse est la création, le 3 juin 1995, d’une Force de réaction rapide placée sous couvert de la résolution 998 du Conseil de sécurité, adoptée le 16 juin. Elle ne relève pas du dispositif classique de maintien de la paix : c’est une force d’appui, dotée d’armes lourdes et de règles d’engagement permettant la riposte. Elle compte environ 4 500 hommes (2 000 Français, 1 500 Britanniques, 500 Néerlandais) et son commandement est confié au général français André Soubirou.
La montée en puissance du groupement Leclerc
Le 19 juillet, le 40e régiment d’artillerie de Suippes reçoit l’ordre de constituer un groupe d’artillerie à 8 pièces avec son soutien, ses structures de commandement et ses observateurs avancés. Le régiment est alors en pleine professionnalisation : une partie des servants sont des appelés qui viennent de signer un contrat d’engagement.
Le module prend le 23 juillet le nom de Groupement d’artillerie Leclerc. Il rassemble environ 360 personnes autour d’une batterie de 8 AUF1 (canons automoteurs de 155 mm sur châssis AMX-30), renforcée par les véhicules d’observation d’artillerie du 1er régiment d’artillerie de marine de Laon-Couvron. Il quitte la France le 27 juillet. Le Groupement a reçu en renforcement, dès son départ de Suippes, un peloton de porte-chars (RENAULT R 390 et SR Nicolas 45 T) ainsi qu’un peloton de transport (TRM 10000) fournis par le 516e régiment du train.
La projection est un exercice difficile en soi. Les matériels débarquent à Ploče, sur la côte croate, le 1er août. Ils sont chargés en munitions et répartis en cinq convois. Chaque barrage tenu par un belligérant impose une négociation, parfois un rapport de force. Les routes menant au mont Igman sont étroites, pentues et battues par des tireurs isolés ; c’est le seul itinéraire terrestre encore praticable vers Sarajevo, et il est réputé le plus dangereux d’Europe.
Le 20 août, les AUF1 atteignent le plateau. Le poste de commandement de la Force de réaction rapide est installé dans les ruines de l’hôtel Igman, construit pour les Jeux olympiques d’hiver de 1984 ; 11 ans plus tôt, sur le même terrain.

Le dispositif
Le mont Igman, à l’ouest de Sarajevo, domine la ville et les positions d’artillerie serbes qui la bombardent. Deux unités d’infanterie s’y sont implantées dès juillet : le 2e régiment étranger d’infanterie et le bataillon britannique du Devon and Dorset Regiment, avec un escadron blindé du Household Cavalry.
L’appui feu de la brigade multinationale associe 3 calibres. Les mortiers de 120 mm sont français (ceux du 2e REI) et néerlandais. Les pièces britanniques sont des canons de 105 mm L118 Light Gun (obusiers tractés, portée d’une quinzaine de kilomètres) servis par le 19e régiment de l’artillerie royale, artillerie organique de la 24e brigade aéromobile (6 selon un rapport parlementaire britannique, 12 selon la presse de l’époque). S’y ajoutent, à partir du 20 août, les 8 AUF1 de 155 mm.
L’arrivée des 155 mm change la nature du problème pour l’adversaire. Le AUF1 tire à plus de 20 km, se déplace après chaque mission de tir et permet la contrebatterie rapide : il peut traiter une pièce serbe dans les minutes qui suivent son tir, puis changer de position avant d’être localisé à son tour.
Une chaîne de commandement de circonstance est mise sur pied pour coordonner l’ensemble : une cellule d’appui feu, ou FSCC, et une cellule ciblage chargée de préparer les frappes, où les officiers et sous-officiers français travaillent avec leurs homologues alliés. C’est, pour l’artillerie française, une expérience nouvelle d’intégration interalliée du feu.
Le 22 août au soir, les 155 prennent le relais des mortiers de la Légion et des 105 britanniques. Une salve de 6 coups traite avec précision une cible symbolique, sous les yeux du commandant en chef des forces serbes de Bosnie. Le message est explicite mais il n’a pas été entendu car le 28 août vers 11 h 00, 5 obus de mortier de 120 mm s’abattent sur le marché de Markale, le dernier encore actif dans Sarajevo faisant entre entre 37 et 43 tués et environ 90 blessés.
C’est le second massacre commis sur ce marché, après celui du 5 février 1994. La provenance des tirs a été contestée par les Serbes de Bosnie, qui ont accusé l’armée bosniaque de bombarder sa propre population. Pour le tir de 1995, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a établi que les obus provenaient des positions du corps Sarajevo-Romanija ; les généraux Stanislav Galić et Dragomir Milošević ont été condamnés, le premier à la perpétuité, le second à vingt-neuf ans.
30 août : opérations Vulcain et Deliberate Force
L’opération aérienne était planifiée depuis juin ; le bombardement de Markale en sera l’élément déclencheur. Dans la nuit du 29 au 30 août, vers 02 h 00 du matin, l’OTAN lance l’opération Deliberate Force. Simultanément, la Force de réaction rapide déclenche l’opération Vulcain : l’artillerie du mont Igman ouvre le feu sur les positions serbes autour de Sarajevo.
La coordination entre les feux terrestres et l’aviation est le point technique le plus délicat. Il faut attribuer des créneaux, définir des volumes d’espace aérien interdits aux trajectoires d’obus pendant les passes d’attaque, et synchroniser le tout depuis la cellule d’appui feu. L’articulation fonctionne dans les deux sens : des Tornado allemands, 6 en version d’attaque escortés de 8 en version de guerre électronique, désignent des objectifs serbes autour de Sarajevo au profit de l’artillerie de la Force de réaction rapide. C’est le premier engagement au combat de la Luftwaffe depuis 1945.
Les journées des 28 et 29 août concentrent l’essentiel des tirs terrestres : environ 1 070 obus, dont 305 de 155 mm, 408 de 120 mm et 357 de 105 mm. Du 22 au 30 août, les feux du groupement Leclerc détruisent une usine d’armement, un dépôt de munitions important et plusieurs batteries adverses.
Le Mirage 2000N de Pale
Quelques heures après le début de la campagne, le 30 août, un Mirage 2000N K2 de l’escadron de chasse 2/3 Champagne, basé à Nancy-Ochey, est abattu au-dessus de la région de Pale par un missile sol-air, vraisemblablement un 9K32 Strela-2, après avoir largué 3 bombes sur un dépôt de munitions serbe.
L’équipage (le capitaine Frédéric Chiffot, pilote, et le lieutenant José Souvignet, navigateur, âgés tous deux de 28 ans) s’éjecte. Les deux hommes se brisent chacun une jambe à la réception et sont capturés par les forces serbes de Bosnie.
Les commandos de l’air et des forces américaines, basés à Brindisi, sont engagés pour tenter de les récupérer : c’est la première mission française de recherche et sauvetage au combat, la RESCO, dont le concept sortira formalisé de cet épisode. Plusieurs tentatives échouent. La détention, dont des photographies paraissent dans la presse en septembre, dure 104 jours et devient une affaire médiatique. Les deux aviateurs sont remis le 12 décembre 1995 à Zvornik au chef d’état-major des armées, le général Jean-Philippe Douin, et rapatriés le jour même à Villacoublay.
Le bilan de la campagne
Deliberate Force mobilise environ 400 aéronefs et 5 000 hommes de quinze nations sous le commandement de l’amiral Leighton Smith. Elle traite 338 objectifs et emploie 1 026 bombes, dont 708 à guidage de précision ; proportion alors inédite, et qui fait de cette campagne un jalon doctrinal autant qu’un épisode de la guerre de Bosnie.
Le 10 septembre, 13 missiles de croisière Tomahawk sont tirés depuis l’Adriatique contre un centre de transmissions serbe à Lisina. L’opération est suspendue le 14 septembre après l’engagement serbe de retirer ses armes lourdes de la zone d’exclusion de 20 km autour de Sarajevo, et officiellement close le 20.
Le siège de Sarajevo, commencé le 5 avril 1992, prend fin. Les négociations s’ouvrent à Dayton et aboutissent le 21 novembre 1995.
C’est la première opération de combat d’envergure menée par l’OTAN depuis sa création en 1949 et, pour l’artillerie française, le premier engagement opérationnel de l’AUF1, mis en service 10 ans plus tôt.
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NOTES :
- AUF1 : Pour le système d’arme en lui-même, le baptême du feu est irakien. L’Irak reçoit ses GCT (Grande Cadence de Tir) entre 1983 et 1985 et les engage dans la guerre Iran-Irak, bien avant que l’armée française n’utilise les siens en opération. C’est d’ailleurs sur ce conflit que le matériel s’est fait sa réputation à l’export. L’Arabie saoudite, premier client livré dès 1977-78, en alignait aussi 51 en 1991.


30 aout 2001 : mort à 93 ans du général de corps d’armée aérienne Jean-Louis Nicot.
Passé par l’École militaire de Saint-Cyr, promotion Joffre 1930-1932, il s’était orienté vers l’armée de l’air. Il participe à de nombreuses campagnes durant la Seconde Guerre Mondiale, essentiellement dans l’aviation de bombardement. Il dirige en 1940 la 4e escadrille de la II/51 dans laquelle se trouve le futur général d’aviation et pilote d’essais Jacques Collombet. Après la campagne de France, le général Nicot fut affecté en Afrique équatoriale, il s’illustra lors de la Campagne d’Allemagne.
Il fut également l’adjoint du général Challe à l’école de guerre aéronautique en 1953.
En 1949, il commande la base aérienne 122 Chartres-Champhol. Lors de la guerre d’Indochine, il commande la flotte aérienne de transport, notamment pendant la bataille de Diên Biên Phu.
Il continue de gravir les échelons jusqu’au grade de général de corps d’armée et à la fonction de major général (numéro deux) de l’armée de l’air, grade qu’il détenait et fonction qu’il occupait lorsque survint le putsch des généraux () dans lequel il fut impliqué, quoique de façon subalterne, pour avoir retardé la transmission de certains ordres du gouvernement et pour avoir aidé au transfert clandestin en Algérie des généraux Challe et Zeller , deux des principaux généraux putschistes.
Le général Nicot fut traduit devant le Haut Tribunal militaire, devant lequel il déposa le . Il répondait du crime « d’intelligence avec les chefs d’un mouvement insurrectionnel ». Il fut condamné à 12 ans de détention criminelle (l’accusation ayant réclamé une peine de 20 ans).
Il fut libéré en 1965. Il fut réintégré dans le cadre de réserve en , à la suite de l’adoption du projet de loi « relatif au règlement de certaines conséquences des événements d’Afrique du Nord » (visant à réhabiliter 800 officiers, 800 policiers et 400 administrateurs civils renvoyés de la fonction publique entre 1961 et 1963, sans compter les huit généraux putschistes chassés du cadre de réserve).
Le général Nicot avait totalisé 4 500 heures de vol durant sa carrière.

30 août 2022 : mort à 91 ans de Mikhaïl Gorbatchev.
Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev, né le à Privolnoïe (dans l’actuel kraï de Stavropol) et mort le à Moscou, est un homme d’État soviétique puis russe.
Originaire d’un milieu paysan modeste, il effectue des études de droit avant d’intégrer le Parti communiste de l’Union soviétique au début des années 1950. Pendant trois décennies, il gravit les différents échelons du parti jusqu’à occuper la plus haute fonction, celle de secrétaire général du comité central du Parti communiste de l’Union soviétique : de fait, il dirige l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) entre 1985 et 1991.
À son arrivée au pouvoir, l’Union soviétique traverse une période de crises politique et économique. Le régime, marqué par les décès prématurés de ses deux derniers dirigeants (Andropov et Tchernenko), ne parvient pas à se réformer et enrayer le décrochement économique et militaire vis-à-vis des États-Unis, rivaux de l’URSS en pleine guerre froide.
Ayant pris conscience des grandes difficultés que rencontre le pays, Gorbatchev incarne une volonté de rupture majeure. Il engage alors d’importantes réformes dans le but de sauver le système socialiste. Sur le plan intérieur, il lance une série de transformations connues sous les noms de perestroïka et de glasnost, soit une libéralisation économique, culturelle et politique du pays. Au niveau international, il amorce une politique tendant vers le désarmement nucléaire et une pacification des relations avec les États-Unis.
Toutefois, il se révèle impuissant à maîtriser les évolutions qu’il a lui-même enclenchées et dont les conséquences sont majeures en cette fin de siècle pour l’URSS et le monde. Au sein du pays, la libéralisation incomplète du système économique ne permet pas de garantir un niveau de vie satisfaisant à ses citoyens et le rend particulièrement impopulaire ; l’opposition des conservateurs contre la fin du régime entraîne des manœuvres politiques aboutissant au putsch de Moscou, tandis que le réveil des revendications nationalistes aboutit in fine à la dislocation de l’URSS. Sur le plan international, Gorbatchev décide du retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan, n’intervient pas lors de la chute des régimes communistes en Europe (marquée notamment par la chute du mur de Berlin en 1989) et participe à la poursuite des traités de réduction des armes nucléaires.
Sa démission en 1991 conclut la dislocation et la disparition de l’URSS et marque la fin de la guerre froide. Il est ainsi le dernier dirigeant de l’URSS, tandis que son rival Boris Eltsine devient président de la fédération de Russie.
Défendant une approche pacifiste, réformatrice et ouverte sur le monde, il se distingue particulièrement des anciens dirigeants soviétiques. De ce fait, il est particulièrement apprécié dans le monde occidental (la presse occidentale parle d’une Gorbymania). Il reçoit le prix Nobel de la paix en 1990 pour sa contribution à la fin de la guerre froide. En revanche, il est très peu apprécié en Russie, où beaucoup lui reprochent les conditions de la dislocation de l’URSS, la perte du statut de superpuissance et la situation économique et sociale qu’a connu la Russie au cours de la décennie des années 1990.
Candidat à l’élection présidentielle russe de 1996, il arrive en septième position avec 0,5 % des voix. Il fonde deux partis de centre gauche, qui ne rencontrent aucun succès. Des études réalisées ultérieurement confirment son impopularité dans le pays. Il meurt à 91 ans, sans jamais avoir retrouvé de mandat ou fonction de premier plan.







