29 octobre 539 av. J.-C. : Cyrus entre dans Babylone (Mésopotamie).
17 jours après la prise de la ville par son général Ugbaru, le roi perse Cyrus II fait son entrée dans Babylone. La capitale du dernier grand empire mésopotamien passe sous domination perse, sans siège ni assaut.
Depuis une quinzaine d’années, Cyrus a soumis la Médie, puis la Lydie de Crésus. Nabonide, dernier roi de Babylone, a passé dix ans dans l’oasis de Teima, en Arabie, laissant le gouvernement à son fils Bêl-shar-usur, le Balthazar de la Bible. Son retour, vers 543, ne rétablit pas son autorité. Le clergé de Marduk lui reproche d’avoir délaissé la fête du Nouvel An et favorisé le dieu-lune Sîn.
La campagne de 539 est connue surtout par la Chronique de Nabonide, tablette cunéiforme conservée au British Museum. À l’automne, Cyrus bat l’armée babylonienne à Opis, sur le Tigre, et massacre une partie de la population. Sippar se rend sans combattre ; Nabonide s’enfuit. Le 16 du mois de Tashritu (12 octobre), Ugbaru, gouverneur du Gutium, entre dans Babylone avec l’armée perse, là encore sans bataille. Nabonide, revenu dans la ville, y est capturé.
Le 3 du mois d’Arahsamnu, soit le 29 octobre dans la conversion moderne, Cyrus entre à son tour. La chronique rapporte qu’on étend devant lui des rameaux verts et qu’il proclame la paix pour toute la ville. Son gouverneur installe des administrateurs locaux. Ugbaru meurt quelques jours plus tard, dans la nuit du 11 Arahsamnu. Les statues des dieux que Nabonide avait fait rassembler à Babylone regagnent leurs sanctuaires au cours de l’hiver.
Le cylindre de Cyrus, rédigé après la conquête, présente le roi perse comme l’élu de Marduk, venu délivrer Babylone d’un souverain impie. Les historiens y lisent un texte de légitimation, rédigé par les vainqueurs. Le récit d’Hérodote, selon lequel les Perses seraient entrés par le lit de l’Euphrate après en avoir détourné le cours, n’a pas de confirmation dans les sources babyloniennes. Babylone devient une satrapie de l’empire achéménide ; les déportés de Juda sont autorisés à rentrer peu après.

29 octobre 1618 : exécution de Sir Walter Raleigh (Londres).
Soldat, marin, colonisateur et écrivain, favori déchu d’Élisabeth Ire, Walter Raleigh est décapité à Westminster. Jacques Ier fait exécuter une sentence de mort prononcée 15 ans plus tôt, pour apaiser l’Espagne après l’attaque d’un établissement espagnol sur l’Orénoque.
Né dans le Devon vers 1552-1554, Raleigh a combattu jeune dans les rangs huguenots en France, puis en Irlande contre la révolte de Desmond. Devenu favori de la reine, il finance les expéditions qui tentent d’établir une colonie anglaise à Roanoke, en Amérique du Nord, entre 1584 et 1587, sans s’y rendre lui-même. Il commande une escadre lors de la prise de Cadix en 1596. En 1595, il remonte l’Orénoque à la recherche de l’Eldorado et en rapporte un récit, The Discoverie of Guiana.
À l’avènement de Jacques Ier, en 1603, il est accusé d’avoir pris part au complot dit « Main Plot » contre le roi. Condamné à mort au terme d’un procès contestable, il voit sa peine suspendue et passe 13 ans à la Tour de Londres, où il rédige une Histoire du monde. Libéré en 1616, il obtient de mener une seconde expédition en Guyane, à condition de ne s’en prendre à aucune possession espagnole.
L’expédition, partie en 1617, tourne au désastre. Malade, Raleigh reste à l’embouchure de l’Orénoque. Le détachement qui remonte le fleuve sous les ordres de son lieutenant Lawrence Keymis attaque le poste espagnol de Santo Tomé de Guayana au début de janvier 1618, contre les ordres reçus. Le fils aîné de Raleigh, Walter, est tué dans l’assaut ; aucun or n’est trouvé. Keymis, que Raleigh refuse d’absoudre, se suicide.
De retour en Angleterre en juin 1618, Raleigh est arrêté sur les instances de l’ambassadeur d’Espagne, le comte de Gondomar. Jacques Ier, qui négocie alors un mariage espagnol pour son fils, réactive la condamnation de 1603. Raleigh est décapité le 29 octobre dans l’Old Palace Yard du palais de Westminster. Selon les témoins, il examine la hache avant l’exécution et en fait une remarque restée célèbre. Son exécution, impopulaire, contribue à faire de lui une figure de l’opposition à la politique espagnole des Stuarts.

29 octobre 1665 : bataille de Mbwila (Angola).
Dans les montagnes des Dembos, au nord-est de Luanda, l’armée portugaise d’Angola écrase celle du royaume de Kongo. Le roi António Ier est tué et décapité ; sa mort ouvre au Kongo plusieurs décennies de guerres civiles.
Allié du Portugal au XVIe siècle, le Kongo s’en est éloigné au siècle suivant. En 1641, il s’est rangé du côté des Hollandais, qui avaient pris Luanda, avant que les Portugais ne reprennent la ville en 1648. Le roi António Ier Vita a Nkanga, élu en 1661, cherche une alliance espagnole contre les Portugais et refuse de leur ouvrir les mines de cuivre et d’or supposées que réclame Lisbonne. En 1663, le roi Alphonse VI ordonne au gouverneur de l’Angola, André Vidal de Negreiros, de s’en emparer.
Le prétexte vient de Mbwila (Ambuíla en portugais), petit État des Dembos placé entre l’influence du Kongo et celle de Luanda. À la suite d’une querelle de succession, fin 1664, António Ier chasse la régente, Dona Isabel, qui se tourne vers les Portugais. Vidal de Negreiros déclare la guerre et envoie une armée sous le commandement du capitaine Luís Lopes de Sequeira, métis luso-angolais.
Le noyau portugais compte environ 450 mousquetaires et deux pièces d’artillerie légère. Il est appuyé par plusieurs milliers d’auxiliaires africains, archers et guerriers imbangala. L’armée du Kongo aligne environ 15 000 archers, 5 000 fantassins lourds armés du bouclier et de l’épée, et un régiment de 380 mousquetaires, dont 29 Portugais au service du roi sous Pedro Dias de Cabral.
La rencontre a lieu le 29 octobre près de la rivière Ulanga, au pied de la capitale de Mbwila. Les Kongolais attaquent avec une avant-garde, suivie de trois divisions d’infanterie lourde, les archers sur les ailes. Les Portugais forment un carré que les assauts successifs ne parviennent pas à rompre. Le roi mène lui-même une dernière charge à la tête d’environ 400 hommes d’armes et tombe. L’aumônier royal, le capucin métis Francisco de São Salvador, figure parmi les morts, et le fils du roi, âgé de 7 ans, est capturé. Les pertes du Kongo sont estimées à environ 5 000 tués ou prisonniers, dont une centaine de titulaires de charges et plusieurs centaines de nobles.
La tête du roi est inhumée en grande cérémonie à Luanda, dans l’église Nossa Senhora da Nazaré, construite par Vidal de Negreiros et dont une plaque rattache la dédicace à cette victoire. La couronne et le sceptre du Kongo sont envoyés à Lisbonne comme trophées. Sans héritier désigné, le royaume se déchire entre factions rivales ; la capitale, São Salvador (Mbanza Kongo), est abandonnée en 1678, et l’unité du royaume n’est rétablie qu’au début du XVIIIe siècle. Le Portugal ne tire guère profit de sa victoire : les mines espérées ne sont jamais exploitées, et une expédition contre le Soyo est anéantie en 1670.
29 octobre 1806 : Lasalle obtient la reddition de Stettin (Poméranie).
Avec quelques centaines de hussards et deux canons, le général Lasalle somme la forteresse de Stettin, sur l’Oder, de se rendre. Son gouverneur, le général prussien von Romberg, persuadé d’avoir devant lui un corps d’armée entier, capitule dans la nuit avec plus de 5 000 hommes et près de 300 pièces d’artillerie.
Quinze jours après la double défaite d’Iéna et d’Auerstaedt, le 14 octobre, l’armée prussienne se désagrège. Napoléon lance sa cavalerie à la poursuite des débris qui refluent vers l’Oder et la Baltique. Le 28 octobre, à Prenzlau, le prince de Hohenlohe capitule avec environ 10 000 hommes devant Murat. La brigade de cavalerie légère de Lasalle, formée des 5e et 7e régiments de hussards et surnommée la « brigade infernale », pousse vers Stettin, port fortifié à l’embouchure de l’Oder, à environ 120 km au nord-est de Berlin.
Le 29 octobre, en début d’après-midi, Lasalle envoie un parlementaire exiger la reddition. Le général Friedrich von Romberg, 77 ans, vétéran de la guerre de Sept Ans, refuse d’abord. Vers 16 heures, une seconde sommation menace la ville d’un bombardement et d’un assaut par des forces très supérieures si elle n’a pas capitulé au matin. Romberg réunit son conseil et les notables, qui le pressent de céder. La capitulation est conclue dans la nuit. Le 30 octobre, la garnison sort en ordre et dépose les armes devant une troupe dont elle découvre alors la faiblesse. Le même jour ou presque, à Pasewalk, le général prussien von Hagen se rend avec environ 4 200 hommes à la brigade de Milhaud.
La reddition de Stettin prive Blücher, qui tente de gagner la Poméranie orientale, d’un passage sur l’Oder ; il capitule à son tour le 7 novembre près de Lübeck. Napoléon aurait écrit à Murat que, si ses hussards prenaient les places fortes, il pourrait licencier son génie et faire fondre ses canons de siège. Lasalle devient l’archétype du général de cavalerie légère ; il sera tué à Wagram en 1809. Romberg, traduit en conseil de guerre, est condamné en 1809 à la détention à vie.
29 octobre 1863 : la conférence de Genève adopte les résolutions fondatrices de la Croix-Rouge (Suisse).
Réunie depuis le 26 octobre à l’Athénée, à l’invitation du « Comité des cinq » genevois, une conférence de seize États et de quatre sociétés philanthropiques adopte 10 résolutions. Elles prévoient la création, dans chaque pays, d’un comité de secours aux blessés militaires, et retiennent un signe distinctif : un brassard blanc à croix rouge.
Témoin de la bataille de Solférino, le 24 juin 1859, l’homme d’affaires genevois Henry Dunant a vu des milliers de blessés mourir faute de soins. Il en tire Un souvenir de Solférino, publié en 1862, où il propose de former en temps de paix des sociétés de volontaires capables d’épauler les services de santé militaires. La Société genevoise d’utilité publique, présidée par le juriste Gustave Moynier, crée en février 1863 une commission de 5 membres : le général Guillaume-Henri Dufour, Moynier, Dunant et les médecins Louis Appia et Théodore Maunoir. Elle prend le nom de Comité international de secours aux militaires blessés.
Le comité convoque une conférence internationale à Genève. Une trentaine de délégués y participent, venus pour la plupart à titre officieux et souvent médecins militaires. Le 29 octobre, ils adoptent dix résolutions. Chaque pays doit avoir un comité national qui se met en rapport avec son gouvernement, prépare en temps de paix le matériel et forme des infirmiers volontaires. En temps de guerre, ces comités envoient sur le champ de bataille du personnel placé sous la direction des chefs militaires. Les volontaires portent dans tous les pays un brassard blanc à croix rouge. La conférence émet aussi des vœux : la neutralisation, en temps de guerre, des ambulances, des hôpitaux, du personnel sanitaire et des blessés eux-mêmes.
Les premiers comités nationaux se forment dès la fin de 1863, dans le Wurtemberg, en Belgique et en Prusse notamment. Les vœux de neutralité sont repris par la conférence diplomatique réunie par le Conseil fédéral suisse, qui adopte le 22 août 1864 la première Convention de Genève pour l’amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagne. Le comité genevois prend dans les années 1870 le nom de Comité international de la Croix-Rouge.
29 octobre 1888 : la convention de Constantinople garantit la libre navigation du canal de Suez (Égypte).
Neuf puissances signent à Constantinople une convention qui déclare le canal de Suez « toujours libre et ouvert », en temps de guerre comme en temps de paix, à tout navire de commerce ou de guerre. L’Égypte, sur le territoire de laquelle passe le canal, n’est pas partie au traité.
Inauguré en 1869, le canal a été construit et exploité par la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, dont les actionnaires sont en majorité français. En 1875, le gouvernement britannique rachète les parts du khédive Ismaïl. En 1882, l’intervention militaire britannique contre la révolte d’Orabi Pacha aboutit à l’occupation de l’Égypte, et les troupes de Wolseley utilisent le canal pour leurs opérations. La France veut éviter que Londres n’en fasse une voie d’eau britannique. Une déclaration signée à Londres le 17 mars 1885 lance la négociation d’un régime de neutralisation.
La convention est signée le 29 octobre 1888 par la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, l’Espagne, la France, l’Italie, les Pays-Bas, la Russie et l’Empire ottoman, suzerain de l’Égypte. Le canal ne peut jamais être soumis au droit de blocus. Aucun acte d’hostilité n’y est permis, ni dans ses ports d’accès, ni dans un rayon de 3 milles marins. Les navires de guerre des belligérants le traversent sans délai et ne séjournent pas plus de vingt-quatre heures à Port-Saïd ou à Suez ; les belligérants n’y débarquent ni troupes ni munitions. Chaque puissance peut stationner au plus deux bâtiments de guerre dans les ports d’accès. Les ratifications sont échangées le 22 décembre 1888. Ces engagements ne sont pas limités à la durée de la concession de la Compagnie.
La Grande-Bretagne en suspend l’application tant que dure son occupation de l’Égypte, réserve qu’elle ne lève qu’avec l’Entente cordiale de 1904. Pendant les deux guerres mondiales, elle ferme néanmoins le canal aux navires ennemis. À partir de 1948, l’Égypte en interdit l’accès aux navires israéliens. Lors de la nationalisation de la Compagnie par Nasser, le 26 juillet 1956, le gouvernement égyptien affirme respecter la convention, que les Britanniques et les Français invoquent à leur tour. Elle reste aujourd’hui le texte de référence du statut du canal.
29 octobre 1914 : raid de la flotte ottomane en mer Noire (Russie).
Sous pavillon ottoman mais commandée par l’amiral allemand Wilhelm Souchon, la flotte turque bombarde à l’aube Odessa, Sébastopol, Novorossiisk et Théodosie. L’attaque, lancée sans déclaration de guerre, fait entrer l’Empire ottoman dans le conflit aux côtés de l’Allemagne.
En août 1914, le croiseur de bataille Goeben et le croiseur léger Breslau, qui ont échappé à la Royal Navy en Méditerranée, se réfugient dans les Détroits. Ils sont « vendus » à l’Empire ottoman et rebaptisés Yavuz Sultan Selim et Midilli, mais gardent leurs équipages allemands, coiffés du fez. Un traité secret d’alliance germano-ottoman a été signé le 2 août, mais une partie du gouvernement d’Istanbul hésite encore à entrer en guerre. Le ministre de la Guerre, Enver Pacha, favorable à l’Allemagne, fait nommer Souchon à la tête de la flotte ottomane en septembre.
Le 27 octobre, une escadre d’une dizaine de navires appareille officiellement pour des manœuvres. En mer, Souchon révèle les ordres aux commandants. Avant l’aube du 29, les torpilleurs Muavenet et Gayret pénètrent dans le port d’Odessa et y coulent la canonnière Donets. Vers 6 h 30, le Goeben bombarde Sébastopol, où les batteries côtières, alertées, ripostent. Le Breslau mouille des mines dans le détroit de Kertch et canonne Novorossiisk ; le croiseur Hamidiye bombarde Théodosie. Le mouilleur de mines russe Prut est coulé. Plusieurs navires marchands sont envoyés par le fond.
La Russie déclare la guerre à l’Empire ottoman le 2 novembre, suivie par la Grande-Bretagne et la France le 5. Le sultan proclame le djihad le 14 novembre. L’entrée en guerre ottomane ferme les Détroits aux Alliés, coupe la principale route de ravitaillement de la Russie par le sud et ouvre les fronts du Caucase, de Mésopotamie, de Palestine et, en 1915, des Dardanelles.
29 octobre 1918 : les marins de la flotte de haute mer refusent d’appareiller (Wilhelmshaven, Allemagne).
Réunie en rade de Schillig, devant Wilhelmshaven, pour une dernière sortie contre la Grand Fleet britannique, la flotte allemande voit ses équipages refuser d’obéir. Ce mouvement, parti de la base navale, gagne Kiel le 3 novembre et déclenche la révolution allemande.
Début octobre 1918, le gouvernement du prince Max de Bade a demandé un armistice au président Wilson. Pour faciliter les négociations, il renonce le 20 octobre à la guerre sous-marine contre les navires de commerce. Le 22 octobre, l’amiral Scheer, chef de l’état-major de la marine, charge l’amiral Hipper, commandant la flotte de haute mer, de préparer une sortie générale vers l’estuaire de la Tamise et les côtes de Flandre, afin d’attirer la Grand Fleet dans une bataille décisive. L’ordre, rédigé le 24 octobre, n’est pas soumis au gouvernement.
Le 29 octobre, la flotte se rassemble en rade de Schillig ; l’appareillage est prévu le 30. Le bruit d’une « croisière de la mort » destinée à saboter l’armistice se répand parmi les équipages. Dans la nuit, des matelots manquent à l’appel ou refusent de lever l’ancre, notamment sur les cuirassés Thüringen et Helgoland, tandis que d’autres éteignent les feux des chaudières. Hipper renonce à l’opération le 30 octobre et disperse la flotte. Plusieurs centaines de marins sont arrêtés. La IIIe escadre, où l’agitation a aussi gagné les équipages, est renvoyée à Kiel.
À Kiel, les manifestations pour leur libération tournent à l’affrontement le 3 novembre : une patrouille ouvre le feu, faisant 7 morts et 29 blessés graves. Le 4 novembre au soir, environ 40 000 marins, soldats et ouvriers contrôlent la ville et forment des conseils. Le mouvement gagne les ports du Nord, puis l’ensemble du pays. Guillaume II abdique le 9 novembre ; l’armistice est signé le 11.
29 octobre 1922 : le roi d’Italie appelle Mussolini à former le gouvernement (Italie).
Au lendemain du jour où Victor-Emmanuel III a refusé de signer l’état de siège contre les colonnes fascistes qui marchent sur Rome, un télégramme du Quirinal invite Benito Mussolini, resté à Milan, à venir former le gouvernement. L’armée n’a pas eu à intervenir : le pouvoir change de mains dans les formes constitutionnelles, sous la menace des squadristi.
Depuis 1920, les escouades armées du Parti national fasciste, les squadristi, mènent une campagne de violence contre les organisations socialistes et catholiques, souvent avec la complaisance des autorités locales. Le 24 octobre 1922, au congrès de Naples, Mussolini annonce que le fascisme veut gouverner l’Italie. Il confie la direction d’une marche sur Rome à quatre chefs, les quadrumvirs : le général Emilio De Bono, Italo Balbo, Cesare Maria De Vecchi et Michele Bianchi. Lui-même attend à Milan.
Dans la nuit du 27 au 28 octobre, les fascistes occupent préfectures, gares et centraux téléphoniques dans plusieurs villes du Nord et du Centre, tandis que des colonnes se rassemblent autour de Rome. Le gouvernement démissionnaire de Luigi Facta prépare un décret d’état de siège, et la garnison de Rome, commandée par le général Emanuele Pugliese, dispose des moyens de disperser des colonnes mal armées. Le matin du 28, le roi refuse de signer le décret. Les raisons de ce choix restent débattues : crainte d’une guerre civile, doute sur la fidélité de l’armée, inquiétude devant les ambitions de son cousin le duc d’Aoste, ou calcul visant à associer les fascistes au pouvoir.
Après l’échec d’une combinaison confiée à Antonio Salandra, que Mussolini refuse de rejoindre, le roi fait appeler ce dernier le 29 octobre. Mussolini prend le train de nuit pour Rome, où il arrive le 30 au matin ; il est nommé président du Conseil le jour même. Le 31, les chemises noires défilent dans la capitale. Mussolini forme un gouvernement de coalition et obtient en novembre les pleins pouvoirs pour un an. La marche sur Rome, présentée ensuite comme une conquête révolutionnaire, est surtout une capitulation des institutions devant l’intimidation.
29 octobre 1940 : premier tirage au sort de la conscription en temps de paix (États-Unis).
À Washington, les yeux bandés, le secrétaire à la Guerre Henry Stimson tire d’un bocal de verre la première capsule du tirage au sort qui fixe l’ordre d’appel des conscrits. Le numéro 158 ouvre la première conscription jamais organisée en temps de paix aux États-Unis.
Après la chute de la France, en juin 1940, le Congrès débat d’un service militaire obligatoire, auquel s’opposent les isolationnistes. Le Selective Training and Service Act, ou loi Burke-Wadsworth, est signé par Franklin Roosevelt le 16 septembre 1940. Il impose l’enregistrement de tous les hommes de 21 à 35 ans et prévoit d’en appeler jusqu’à 900 000 à la fois pour un an d’instruction militaire, sans service hors de l’hémisphère occidental. Le 16 octobre, plus de 16 millions d’hommes s’inscrivent auprès des bureaux locaux.
Le 29 octobre, dans l’auditorium du département de la Guerre, Roosevelt ouvre la cérémonie par une allocution radiodiffusée. Stimson tire le premier numéro : 158. Environ 6 175 inscrits portent ce numéro de série dans leurs bureaux respectifs, et deviennent les premiers appelés. Le tirage des 9 000 capsules se poursuit jusqu’au lendemain. Les premiers conscrits rejoignent les camps d’instruction dans les semaines suivantes.
En août 1941, la Chambre des représentants prolonge la durée du service à une voix près. Après Pearl Harbor, la classe d’âge est élargie de 20 à 44 ans. Plus de 10 millions d’hommes sont incorporés par la conscription entre 1940 et 1946.
29 octobre 1944 : début de l’offensive soviétique sur Budapest (Hongrie).
Sur ordre direct de Staline, le 2e front d’Ukraine du maréchal Malinovski attaque entre la Tisza et le Danube pour prendre Budapest en quelques jours. Lancée sans préparation suffisante, l’offensive s’arrête aux portes de la ville. La capitale hongroise ne tombera qu’après un siège de sept semaines, le 13 février 1945.
Depuis le basculement de la Roumanie dans le camp allié, fin août 1944, l’Armée rouge a franchi les Carpates et pénétré dans la plaine hongroise. Le régent Horthy tente de conclure un armistice le 15 octobre ; les Allemands le renversent aussitôt et installent au pouvoir Ferenc Szálasi, chef du parti des Croix fléchées. Après la bataille de chars de Debrecen, en octobre, Staline veut s’emparer de Budapest avant que les Allemands ne renforcent la défense de la Hongrie, l’une des dernières sources de pétrole naturel de l’Allemagne avec ses gisements de l’ouest du pays.
Le 28 octobre, Staline ordonne à Malinovski de prendre la ville au plus vite, alors que toutes ses forces ne sont pas en place. L’attaque part le 29, principalement avec la 46e armée et 2 corps mécanisés de la Garde. Le front germano-hongrois est rompu ; Kecskemét tombe le 1er novembre. Le 4 novembre, les blindés soviétiques arrivent à une quinzaine de kilomètres de la ville, mais des contre-attaques allemandes sur leurs flancs les arrêtent.
La Stavka révise alors ses plans. Une deuxième offensive, en novembre, puis l’arrivée du 3e front d’Ukraine de Tolboukhine par le sud permettent l’encerclement de Budapest le 26 décembre. Pest tombe le 18 janvier 1945, Buda le 13 février, après des combats de rue qui comptent parmi les plus meurtriers de la guerre. Les pertes civiles du siège sont estimées à environ 38 000 morts.
29 octobre 1956 : parachutage au col de Mitla, début de la campagne du Sinaï (Égypte).
À 17 h 00, un bataillon parachutiste israélien de 395 hommes est largué près du col de Mitla, à quelques dizaines de kilomètres du canal de Suez. L’opération Kadesh commence : elle doit fournir à la France et à la Grande-Bretagne le prétexte d’intervenir sur le canal, conformément au protocole secret de Sèvres.
Le 26 juillet 1956, Nasser nationalise la Compagnie du canal de Suez. Londres et Paris, principaux intéressés, préparent une intervention militaire. Israël, de son côté, subit les raids des fedayins lancés depuis Gaza et le Sinaï, voit le détroit de Tiran fermé à ses navires et s’inquiète des livraisons d’armes tchécoslovaques à l’Égypte. Du 22 au 24 octobre, dans une villa de Sèvres, des représentants des trois gouvernements, dont Ben Gourion, Guy Mollet et le ministre britannique Selwyn Lloyd, conviennent d’un scénario : Israël attaquera dans le Sinaï ; Paris et Londres exigeront le retrait des deux belligérants à distance du canal, puis interviendront pour le « protéger ».
Le chef d’état-major Moshe Dayan veut frapper au plus près du canal. Le 29 octobre vers 15 heures, des chasseurs Mustang coupent en vol, avec leurs hélices et leurs ailes, les lignes téléphoniques égyptiennes du Sinaï. Vers 17 heures, seize avions de transport C-47 Dakota larguent le bataillon 890 du lieutenant-colonel Rafael Eitan près du monument Parker, à l’entrée orientale du col. Une erreur de navigation le fait tomber à quelques kilomètres de la zone prévue ; il s’enterre sur place, ravitaillé par des avions français. Le reste de la 202e brigade parachutiste du colonel Ariel Sharon fonce par voie de terre, par Kuntilla, Themed et Nakhl, et fait sa jonction avec Eitan le 30 au soir, après près de 200 km de désert.
Le 30 octobre, Paris et Londres adressent leur ultimatum ; l’Égypte le rejette, et les bombardements franco-britanniques de l’opération Mousquetaire commencent le 31. Le même jour, Sharon engage, contre les ordres, une forte reconnaissance dans le défilé de Mitla, où des Égyptiens retranchés sur les hauteurs prennent les parachutistes sous un feu croisé. Le col est enlevé à la nuit, au prix de 38 morts israéliens et d’environ 260 morts égyptiens. Le 5 novembre, l’armée israélienne tient Charm el-Cheikh et la quasi-totalité du Sinaï ; elle a perdu environ 170 tués pendant la campagne.
Sous la pression conjointe des États-Unis et de l’URSS, les combats cessent sur le front égypto-israélien dès le 5 novembre, et le cessez-le-feu général entre en vigueur dans la nuit du 6 au 7 novembre. Une force d’urgence des Nations unies se déploie, et Israël évacue le Sinaï et Gaza en mars 1957, en obtenant la réouverture du détroit de Tiran à sa navigation.
29 octobre 1965 : enlèvement de Mehdi Ben Barka à Paris (France, Maroc).
Devant la brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain, deux policiers français interpellent l’opposant marocain Mehdi Ben Barka et le font monter dans une voiture. Il n’a jamais été revu. L’affaire, où se mêlent services marocains, policiers, truands et un agent du SDECE, devient l’un des plus graves scandales de la Ve République.
Né à Rabat en 1920, professeur de mathématiques, Ben Barka a été l’une des figures du mouvement nationaliste marocain, puis président de l’Assemblée nationale consultative de 1956 à 1959. En 1959, il fonde l’Union nationale des forces populaires (UNFP), parti de gauche opposé au pouvoir royal. En exil, accusé de complot contre Hassan II, il est condamné à mort par contumace, puis de nouveau en 1964 pour avoir pris le parti de l’Algérie lors de la guerre des Sables. Il prépare alors la conférence tricontinentale de La Havane, prévue pour janvier 1966, qui doit réunir les mouvements de libération d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine.
Le 29 octobre, Ben Barka arrive de Genève à Paris pour discuter d’un projet de film documentaire sur la décolonisation, monté par un ancien truand, Georges Figon, et le journaliste Philippe Bernier. Le rendez-vous est fixé à 12 h 15 chez Lipp. Sur le trottoir, deux policiers de la brigade des stupéfiants, Louis Souchon et Roger Voitot, l’invitent à les suivre. Dans la voiture se trouve Antoine Lopez, chef d’escale d’Air France à Orly et correspondant du SDECE. Ben Barka est conduit dans la villa de Georges Boucheseiche, truand lié aux services marocains, à Fontenay-le-Vicomte, dans l’Essonne. Le ministre de l’Intérieur marocain, le général Mohamed Oufkir, et le chef de la Sûreté, le commandant Ahmed Dlimi, arrivent à Paris dans les heures qui suivent. L’étudiant qui accompagnait Ben Barka, Thami Azemmouri, n’alerte la presse que le lendemain.
Les révélations s’enchaînent dans les mois suivants. Georges Figon, qui a raconté sa version à la presse, est retrouvé mort le 17 janvier 1966 ; l’enquête conclut au suicide. Le 21 février 1966, en conférence de presse, le général de Gaulle impute l’opération au ministre marocain de l’Intérieur et minimise le rôle des complices français, qu’il présente comme des exécutants de second rang. Il retire le SDECE de l’autorité du Premier ministre pour le placer sous celle du ministre des Armées. Paris rappelle son ambassadeur à Rabat, et les relations franco-marocaines restent tendues pendant plusieurs années.
Un premier procès s’ouvre devant la cour d’assises de la Seine le 5 septembre 1966 ; il est interrompu en octobre par la reddition surprise de Dlimi. Le second procès, ouvert le 17 avril 1967, s’achève le 5 juin : Lopez est condamné à huit ans de réclusion criminelle, Souchon à six ans ; Dlimi est acquitté. Jugés par contumace, Oufkir, le policier marocain Chtouki et les truands Boucheseiche, Palisse, Dubail et Le Ny sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Le sort de Ben Barka et le lieu où se trouve son corps n’ont jamais été établis. L’information judiciaire, toujours ouverte, est la plus longue de l’histoire judiciaire française.
29 octobre 1972 : le détournement du vol Lufthansa 615 libère les auteurs de l’attentat de Munich (Chypre, Yougoslavie, Libye).
Des pirates de l’air palestiniens s’emparent d’un Boeing 727 de la Lufthansa après son escale de Beyrouth et menacent de le faire sauter. En quelques heures, le gouvernement ouest-allemand libère les trois survivants du commando de Septembre noir qui avait tué onze membres de la délégation israélienne aux Jeux olympiques de Munich. Tous gagnent Tripoli, où le colonel Kadhafi les accueille en héros.
Le 5 septembre 1972, huit membres de Septembre noir ont pris en otage des athlètes israéliens au village olympique de Munich. La tentative de libération menée par la police bavaroise sur l’aérodrome militaire de Fürstenfeldbruck tourne au désastre : les neuf otages encore vivants sont tués, ainsi qu’un policier, et 5 des 8 assaillants. Les 3 survivants, Adnan al-Gashey, Jamal al-Gashey et Mohammed Safady, sont incarcérés en Bavière dans l’attente de leur procès. Le gouvernement fédéral redoute une opération destinée à les faire libérer.
Le dimanche 29 octobre, le vol 615, parti de Damas pour Francfort avec escales à Beyrouth, Ankara et Munich, est détourné peu après son départ de Beyrouth. L’appareil, baptisé Kiel, transporte une vingtaine de personnes, membres d’équipage compris. Après une escale de ravitaillement à Nicosie, il se dirige vers Zagreb, puis tourne au-dessus de la Yougoslavie et de la Bavière tandis que les pirates exigent la libération des trois détenus, sous peine de faire exploser l’avion. Bonn cède. Les trois hommes sont acheminés à Zagreb par avion, sans que les otages aient été relâchés au préalable. Le Boeing décolle de Zagreb vers 18 h 50 pour Tripoli, où passagers et équipage sont libérés sains et saufs.
Israël proteste vivement et parle de capitulation devant le terrorisme. La rapidité de la décision et le petit nombre de passagers à bord nourrissent dès cette époque le soupçon d’un arrangement tacite entre Bonn et les commanditaires, que le gouvernement allemand a toujours démenti. Selon le récit le plus répandu, les services israéliens retrouvent et tuent ensuite deux des trois hommes libérés dans le cadre des opérations de représailles contre les responsables de Munich.









