20 septembre 1187 : Saladain devant Jerusalem.
Le 20 septembre 1187, l’armée de Saladin se déploie sous les murs de Jérusalem. 12 jours plus tard, la ville capitule.
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Deux mois et demi auparavant, le 4 juillet 1187, à Hattin, l’armée du royaume latin de Jérusalem a été anéantie en une journée. Le roi Guy de Lusignan est prisonnier. La plus grande partie de la noblesse franque est morte ou captive. Le royaume n’a plus d’armée de campagne.
Saladin exploite cette situation méthodiquement. Acre tombe, puis Naplouse, Jaffa, Sidon, Beyrouth, Ascalon. En septembre, il se tourne vers la capitale.
La ville est pleine de réfugiés venus de toute la Palestine, mais elle compte moins de 14 chevaliers. Le commandement échoit à Balian d’Ibelin, arrivé avec un sauf-conduit de Saladin pour évacuer sa famille, et que les habitants supplient de rester.
Balian décide alors d’adouber une soixantaine de nouveaux chevaliers, pris parmi les écuyers et les bourgeois de la ville.
Le siège commence le 20 septembre. Pendant 6 jours, les Francs repoussent les assauts contre les tours de siège, du côté occidental de l’enceinte. Saladin comprend qu’il attaque au mauvais endroit. Le 26 septembre, il déplace tout son camp vers le nord-est, sur le mont des Oliviers, et reprend le travail de sape contre un secteur moins défendu.
Le 29 septembre, une portion de muraille s’effondre, minée par-dessous.
À partir de là, la ville est prise. Balian sort négocier… en menaçant de tout détruire. Il annonce à Saladin que si la ville est prise d’assaut, les Francs tueront les 5 000 prisonniers musulmans qu’ils détiennent, raseront les lieux saints de l’islam sur l’esplanade, et mourront les armes à la main après avoir tout brûlé. Saladin accepte une capitulation négociée : chaque habitant peut racheter sa liberté : 10 dinars pour un homme, 5 pour une femme, 2 pour un enfant. Ceux qui paient sortent librement, avec leurs biens, escortés jusqu’au territoire franc.
Environ 20 000 personnes ne spnt pas capables de payer. Balian négocie encore : 30 000 dinars sont versés pour en libérer 7 000. Il reste néanmoins de l’ordre de 15 000 personnes qui n’ont pas pu se racheter, et qui sont réduites en esclavage ; environ 7 000 hommes, et 8 000 femmes et enfants.
Jérusalem est remise le 2 octobre 1187.
Lorsque les croisés avaient pris Jérusalem, en 1099, ils y avaient massacré la population pendant plusieurs jours. En 1187, la prise se fait sans massacre. Ce contraste a fait, en Occident même, la réputation de Saladin — chez Dante, qui le place aux Limbes parmi les justes païens, chez Walter Scott, et jusqu’au cinéma contemporain.
NOTA : Une reddition négociée livrait la ville intacte, avec ses fortifications et ses réserves. Un assaut l’aurait livrée en ruines, après des pertes, et avec les lieux saints détruits par les défenseurs. Saladin avait des raisons politiques, religieuses et militaires de préférer le traité à l’assaut. Ce qui ne retire rien au fait qu’il ait tenu parole.
20 septembre 1519 : Magellan appareille.
Le 20 septembre 1519, cinq navires quittent le port de Sanlúcar de Barrameda, à l’embouchure du Guadalquivir. 270 hommes environ. 3 ans plus tard, un seul navire rentrera, avec 18 hommes à bord.
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L’expédition avait quitté Séville le 10 août, mais elle avait dû attendre plus d’un mois à Sanlúcar, le temps d’achever l’avitaillement. C’est de là, le 20 septembre, qu’elle prend réellement la mer.
Les cinq navires sont le Trinidad, qui porte la marque de Fernand de Magellan, le San Antonio, la Concepción, la Victoria et le Santiago. Ce sont de petits bâtiments (entre 75 et 120 tonneaux) c’est-à-dire des navires de commerce armés, et non des vaisseaux de guerre.
L’objectif est commercial et stratégique car cette expédition est avant tout un acte de puissance politique : Depuis le traité de Tordesillas, en 1494, le monde est partagé entre l’Espagne et le Portugal par un méridien tracé dans l’Atlantique. Les routes vers l’Asie par le cap de Bonne-Espérance sont portugaises. Or les îles aux épices, les Moluques, valent alors des fortunes : le clou de girofle et la muscade s’y achètent pour presque rien et se revendent en Europe à des prix considérables.
L’idée de Magellan (Portugais passé au service de Charles Quint, ce qui le fait considérer comme un traître à Lisbonne) est qu’il doit exister un passage vers l’ouest, par le sud du continent américain, permettant d’atteindre les Moluques sans jamais entrer dans les eaux portugaises. Et que, le méridien de Tordesillas se prolongeant de l’autre côté du globe, les Moluques pourraient bien tomber dans la part espagnole.
Le voyage sera une suite d’épreuves qui relèvent autant du commandement que de la navigation.
Le premier hiver austral, au Puerto San Julián, une mutinerie éclate. Trois capitaines espagnols se soulèvent contre l’étranger portugais qui les commande. Magellan la réprime avec une dureté sans appel : Gaspar de Quesada est décapité, les corps des meneurs sont écartelés et exposés, et Juan de Cartagena est abandonné sur une côte déserte avec un prêtre ; une peine dont on ne revient pas.
Le détroit est atteint le 21 octobre 1520 et franchi le 28 novembre, après plus d’un mois dans un labyrinthe de chenaux. Il porte aujourd’hui le nom de Magellan. Pendant cette traversée, le San Antonio déserte et rentre en Espagne.
Puis vient le Pacifique. 98 jours sans toucher terre. Les hommes mangent le cuir des vergues, la sciure et les rats. Le scorbut fait des ravages.
Magellan atteint les Philippines, et il y meurt le 27 avril 1521, sur l’île de Mactan, tué dans un engagement contre le chef Lapu-Lapu ; un combat qu’il avait déclenché lui-même, pour appuyer un allié local, avec une poignée d’hommes contre plusieurs centaines.
C’est Juan Sebastián Elcano qui ramène la Victoria en Espagne, le 6 septembre 1522, avec 18 survivants à bord. D’autres, capturés par les Portugais aux îles du Cap-Vert, rentreront plus tard.
La Victoria rapporte 26 tonnes de clous de girofle et de cannelle ; une cargaison dont on dit traditionnellement qu’elle a suffi, à elle seule, à couvrir le coût des 5 navires et des 3 années de voyage.
Le bilan stratégique est considérable : le circumnavigation n’a pas seulement prouvé la rotondité de la Terre, que personne d’instruit ne contestait. Il a mesuré sa circonférence réelle et révélé l’immensité du Pacifique,
20 septembre 1697 : traité de Ryswick.
Le 20 septembre 1697, dans le village hollandais de Ryswick, Louis XIV signe la paix. Il rend presque tout ce qu’il avait pris depuis 15 ans. Et il reconnaît comme roi d’Angleterre l’homme qu’il avait juré de ne jamais reconnaître.
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La guerre de la Ligue d’Augsbourg durait depuis 9 ans. Elle avait opposé la France à une coalition réunissant l’Angleterre, les Provinces-Unies, l’Espagne, l’Empire, la Savoie et la Suède. Militairement, la France ne l’avait pas perdue : ses armées tenaient le terrain, Luxembourg avait gagné Fleurus, Steinkerque et Neerwinden, et la marine avait connu Béveziers avant de connaître La Hougue.
Mais la France était seule contre l’Europe, et elle était épuisée. La grande famine de 1693 et 1694 avait tué plusieurs centaines de milliers de personnes. Le trésor était à bout. Et surtout, Louis XIV voyait venir l’échéance qui commandait tout le reste : le roi d’Espagne, Charles II, était sans enfant et mourant, et sa succession allait être le véritable enjeu du siècle.
Il fallait donc liquider cette guerre-là pour se préparer à la suivante.
La paix se conclut en deux temps. Le 20 septembre 1697, la France signe avec l’Angleterre, les Provinces-Unies et l’Espagne. Le 30 octobre, elle signe avec l’Empire.
Les concessions françaises sont lourdes. La France abandonne l’essentiel de ce que lui avait donné la politique dite des réunions, ces annexions opérées en temps de paix par des tribunaux complaisants. Elle rend le Luxembourg. Elle rend la Catalogne et Barcelone. Elle restitue la Lorraine et le Barrois à leur duc, après plus de 60 ans d’occupation.
Louis XIV reconnaît Guillaume III d’Orange comme roi d’Angleterre. C’est-à-dire qu’il abandonne la cause de Jacques II, le roi catholique détrôné qu’il hébergeait à Saint-Germain, et qu’il avait soutenu les armes à la main en Irlande.
La France conserve l’Alsace, et avec elle Strasbourg, annexée en 1681 ; ce qui verrouille définitivement la frontière du Rhin. Elle obtient la reconnaissance de sa souveraineté sur la partie occidentale de l’île de Saint-Domingue, c’est-à-dire l’actuelle Haïti.
Ryswick est donc une paix de recul, mais un recul calculé. Louis XIV solde une guerre continentale pour garder les mains libres. Trois ans plus tard, Charles II d’Espagne meurt en léguant sa couronne à un petit-fils de Louis XIV. La guerre de Succession d’Espagne éclate en 1701, et elle durera 13 ans.
20 septembre 1792 : bataille de Valmy.
Le 20 septembre 1792, sur un plateau de Champagne, deux armées échangent des coups de canon pendant plusieurs heures, se séparent sans presque se toucher, et changent le cours de l’histoire européenne.
Depuis avril, la France révolutionnaire est en guerre contre l’Autriche et la Prusse. Ses armées ont reculé partout. Longwy est tombée le 23 août, Verdun le 2 septembre. La route de Paris est ouverte. Le duc de Brunswick, qui commande l’armée prussienne, a publié en juillet un manifeste menaçant Paris d’une exécution militaire si la famille royale subissait le moindre outrage. À Paris, ce manifeste a produit l’effet exactement inverse de celui qu’il visait : il a précipité la chute de la monarchie le 10 août, puis les massacres de septembre.
Le 20 septembre au matin, deux armées françaises se sont rejointes en Argonne. Celle de Dumouriez, venue du nord, et celle de Kellermann, venue de Metz. Ensemble, elles représentent un peu plus de 50 000 hommes, dont Kellermann en engage quelque 36 000 sur la position de Valmy, avec une quarantaine de pièces d’artillerie. En face, Brunswick dispose de plus de 80 000 hommes au total, dont environ 34 000 seront engagés, avec 54 canons.
Les Prussiens attaquent vers 03 h 00 du matin. Un brouillard épais couvre le plateau. Il se lève vers 07 h00 et l’artillerie ouvre le feu.
Plus de la moitié de l’infanterie française présente à Valmy appartient aux régiments de ligne de l’ancienne armée royale. La quasi-totalité de la cavalerie aussi. Et surtout l’artillerie est entièrement servie par des professionnels, avec le matériel conçu 20 ans plus tôt par Gribeauval : des pièces plus légères, plus mobiles, normalisées, et servies plus vite que n’importe quelle artillerie européenne.
Valmy n’est donc pas la victoire de l’enthousiasme sur la technique. C’est la victoire de l’artillerie royale au service de la République.
Vers 10 h 00, le cheval de Kellermann est tué sous lui. Vers 11 h 00, Brunswick tente une attaque en colonnes d’infanterie. Kellermann, au lieu de la recevoir, fait avancer sa ligne, lève son chapeau à la pointe de son épée, et les troupes crient « Vive la Nation ! ». Le cri dure un quart d’heure et court tout le long du front.
Brunswick observe cela, et il renonce. Ses colonnes s’arrêtent avant le contact. Vers 16 h 00, il rompt le combat.
Les pertes sont dérisoires pour une journée de cette portée : environ 300 hommes du côté français, moins de 200 du côté prussien.
Pourquoi Brunswick s’est-il retiré ? Les historiens avancent plusieurs raisons cumulatives : la dysenterie ravageait son armée. Sa logistique était à bout dans un pays épuisé. Des négociations secrètes se poursuivaient en coulisse, où le nom de Danton apparaît. Et la Prusse avait une préoccupation plus urgente que la France : le second partage de la Pologne se négociait au même moment, et elle ne voulait pas y arriver les mains vides.

20 septembre 1854 : bataille de l’Alma (Crimée).
La bataille de l’Alma est le premier affrontement majeur de la guerre de Crimée. Elle oppose, le 20 septembre 1854, une armée alliée franco-britannique, soutenue par un contingent ottoman, aux forces russes commandées par le prince Alexandre Menchikov. La victoire alliée ouvre la route de Sébastopol, mais les hésitations du commandement empêchent son exploitation immédiate. L’affrontement montre également l’importance croissante des armes rayées, alors que les armées européennes sont encore en pleine transition entre l’armement à âme lisse et les fusils de précision.
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La guerre de Crimée commence en 1853 par l’affrontement entre la Russie et l’Empire ottoman. Saint-Pétersbourg cherche à accroître son influence sur les Balkans et à renforcer sa position à l’égard de l’Empire ottoman, dont le déclin paraît alors avancé. La France et le Royaume-Uni interviennent aux côtés des Ottomans afin de limiter l’expansion russe et de préserver l’équilibre européen.
Après plusieurs mois d’opérations autour de la mer Noire et du Danube, les Alliés décident de débarquer en Crimée pour s’emparer de Sébastopol, principale base navale russe dans la région. Le débarquement commence le 14 septembre 1854 dans la baie de Calamita, au nord-ouest de la péninsule. Les troupes franco-britanniques progressent ensuite vers le sud, en direction de Sébastopol.
Le 18 septembre, les forces alliées ont débarqué environ 30 000 Français commandés par le maréchal de Saint-Arnaud, 26 000 Britanniques sous les ordres de lord Raglan et plusieurs milliers de soldats ottomans. Les Russes disposent, dans la région, d’une force importante réunie sous le commandement du prince Menchikov. Celui-ci choisit de barrer la route aux Alliés sur les hauteurs dominant la rivière Alma.
Le National Army Museum évalue les forces alliées débarquées à environ 30 000 Français, 26 000 Britanniques et 4 500 Ottomans. Après leur progression vers le sud, les Alliés se heurtent à une position russe établie sur les hauteurs de l’Alma.
La rivière Alma coule d’est en ouest et se jette dans la mer Noire. Les hauteurs situées au sud de son cours offrent une position défensive favorable. Le terrain est constitué de pentes, de ravins et de plateaux qui compliquent la progression d’une armée attaquante.
Les Russes occupent principalement les hauteurs de la rive sud. Leur dispositif s’appuie sur plusieurs points dominants, dont la colline de Kourgane, située au centre de la position, et la hauteur de Telegraph Hill, plus à l’ouest. Le relief permet aux défenseurs d’observer les mouvements alliés et de battre les zones de franchissement de la rivière.
La position russe reste toutefois imparfaitement aménagée. Les travaux de fortification sont limités et ne forment pas un ensemble continu de retranchements. Les batteries d’artillerie sont installées sur les hauteurs, mais une partie de l’infanterie demeure exposée. Cette absence de fortifications suffisamment développées pèsera sur la capacité russe à résister à un assaut prolongé.
Les forces russes engagées à l’Alma sont généralement estimées à environ 33 000 fantassins, 3 400 cavaliers et 120 pièces d’artillerie. Les chiffres varient selon les sources et selon que l’on inclut ou non certaines unités restées en réserve ou engagées tardivement. Du côté allié, les estimations couramment retenues font état d’environ 28 000 fantassins français avec 72 canons et de 26 000 fantassins britanniques, environ 1 000 cavaliers et 60 canons.
Les différences en matière d’armement
L’un des aspects importants de la bataille réside dans l’écart entre les armes individuelles des Alliés et celles d’une partie de l’armée russe. Cet écart ne doit toutefois pas être présenté de manière trop absolue : les armées employaient des armes diverses et la modernisation était incomplète dans tous les camps.
Les fusils rayés alliés
Les troupes françaises disposent déjà d’une proportion importante de fusils rayés à percussion. Les chasseurs à pied, les zouaves et plusieurs unités d’infanterie légère utilisent notamment des armes dérivées de la carabine à tige ou des fusils rayés tirant une balle cylindro-conique. Le principe du canon rayé améliore la stabilité du projectile et donc la précision à moyenne et longue distance.
Le projectile Minié, adopté sous différentes formes par les armées française et britannique, est une balle cylindro-conique munie d’une base creuse. Lors du départ du coup, la pression des gaz déforme la base de la balle et la plaque contre les rayures du canon. L’arme reste chargée par la bouche, mais elle combine une relative facilité de chargement avec une précision nettement supérieure à celle des anciens mousquets à âme lisse.
Dans l’armée britannique, le fusil Minié équipe une grande partie des unités engagées en Crimée. Le nouveau fusil Enfield, adopté en 1853, commence à remplacer ces armes, mais il n’est pas encore disponible en quantité suffisante au moment de l’Alma. Certaines unités britanniques conservent donc des armes plus anciennes, tandis que les bataillons de première ligne disposent principalement de fusils rayés à percussion.
Les caractéristiques de ces armes donnent aux fantassins alliés une capacité de tir efficace à une distance supérieure à celle des mousquets russes les plus courants. Cependant les chiffres de portée publiés dans les récits de l’époque doivent être interprétés avec prudence : la portée maximale théorique ne correspond pas à la distance à laquelle un soldat peut atteindre régulièrement une cible. La différence essentielle tient surtout à la précision et à la conservation de l’efficacité du tir à moyenne distance.
Les mousquets russes
L’armée russe utilise encore largement des fusils à âme lisse à percussion. Ces armes sont robustes, relativement simples à produire et adaptées au tir en salves à courte distance. Elles restent efficaces dans un combat rapproché, notamment lorsque l’infanterie avance en formations compactes et utilise la baïonnette.
En revanche, leur précision diminue rapidement au-delà de quelques centaines de mètres. Les troupes russes disposent également de soldats armés d’armes rayées, en particulier dans certaines unités de tirailleurs, mais ces armes ne sont pas distribuées de manière aussi générale que dans les unités alliées les mieux équipées.
La différence ne porte donc pas sur l’existence d’armes modernes dans un camp et leur absence totale dans l’autre. Elle concerne surtout leur proportion, leur distribution et leur intégration dans les tactiques d’infanterie. Les Alliés peuvent engager plus tôt les positions russes avec leurs tireurs, tandis que les Russes doivent souvent attendre que l’ennemi soit plus proche pour obtenir un feu efficace.
L’artillerie
L’artillerie constitue un autre élément de comparaison. Les Russes disposent d’un nombre important de pièces, mais les Alliés bénéficient de plusieurs avantages liés au calibre, à la portée et à l’emploi de batteries plus homogènes.
- L’artillerie française a été réorganisée avant la guerre autour d’un système utilisant principalement des pièces de 12 livres capables de tirer des boulets pleins et des obus. Cette standardisation facilite l’approvisionnement et permet d’utiliser les mêmes pièces pour différents types de munitions avec une portée et une puissance supérieures dans certains secteurs de l’Alma.
- Les Britanniques emploient principalement des canons de campagne de 6 et 9 livres ainsi que des obusiers. Leur artillerie intervient notamment pour soutenir l’attaque de l’infanterie et répondre aux batteries russes installées sur les hauteurs.
- Les Russes possèdent davantage de pièces dans le secteur, mais le nombre ne suffit pas à garantir la supériorité. La position, la visibilité, les angles de tir et la possibilité de déplacer les batteries jouent un rôle déterminant. Certaines batteries russes sont installées sur des hauteurs qui les rendent vulnérables aux tirs alliés lorsque l’infanterie ne parvient plus à les protéger efficacement.
Le déroulement de la bataille
L’attaque commence le 20 septembre dans la matinée. Le plan allié prévoit une action combinée des Français sur la droite, près de la mer, et des Britanniques sur la gauche. Les Français doivent franchir l’Alma dans la partie occidentale du champ de bataille et menacer le flanc russe. Les Britanniques doivent s’emparer des hauteurs centrales et de la principale position russe.
La coopération entre les deux armées est cependant imparfaite. Les difficultés de reconnaissance, les ordres transmis avec retard et la configuration du terrain compliquent la coordination. Les Français avancent dans un secteur où les ravins et les pentes ralentissent le mouvement. Les Britanniques, de leur côté, doivent franchir la rivière et progresser à découvert vers les hauteurs occupées par les Russes.
L’action française
À l’ouest, les troupes françaises commandées notamment par le général Bosquet progressent vers le secteur côtier. Bosquet comprend que le terrain, plus difficile à surveiller pour les Russes, permet de contourner une partie de leur dispositif. Ses unités franchissent l’Alma et commencent à gravir les hauteurs.
Les zouaves et les tirailleurs français jouent un rôle important dans cette phase. Leurs armes rayées leur permettent d’ouvrir le feu avant que l’infanterie russe équipée de mousquets à âme lisse ne puisse riposter avec la même efficacité. Cette supériorité n’empêche pas les Français de subir des pertes, car les pentes, les ravins et les tirs d’artillerie ralentissent leur progression.
L’attaque française menace progressivement le flanc gauche russe. Les batteries françaises contribuent à maintenir les canons russes à distance dans certains secteurs. Les Français atteignent finalement le plateau et rendent la position russe plus difficile à défendre.
L’attaque britannique
Au centre et à gauche, les Britanniques franchissent l’Alma dans un dispositif qui devient rapidement désordonné. Le passage de la rivière s’effectue sous le feu russe et dans un terrain accidenté. Les unités britanniques doivent ensuite monter les pentes vers la redoute de Kourgane et les hauteurs voisines.
La Light Division et la Second Division sont engagées dans les principaux combats. Les formations britanniques progressent sous le feu de l’artillerie et de l’infanterie russes. Les difficultés de commandement provoquent des mouvements irréguliers, et plusieurs unités se retrouvent mêlées les unes aux autres.
Le tir des fusils rayés britanniques inflige des pertes importantes aux formations russes qui tentent de maintenir leur position. Des bataillons russes contre-attaquent à plusieurs reprises, parfois en colonnes compactes, mais ils sont soumis à des feux de plus en plus précis à mesure qu’ils avancent.
La redoute de Kourgane change plusieurs fois de situation au cours du combat. Les Britanniques parviennent finalement à s’en emparer, au prix de pertes sévères. Les combats se déroulent ensuite sur les hauteurs, où l’infanterie russe tente de reprendre l’initiative.
Le rôle des armes dans l’issue du combat
La supériorité des fusils rayés alliés ne suffit pas, à elle seule, à expliquer la défaite russe. La bataille se déroule sur un terrain favorable à la défense et les Russes disposent d’une artillerie nombreuse ainsi que de réserves importantes. L’issue du combat résulte d’un ensemble de facteurs.
- Le premier est la combinaison entre le tir à longue distance et la progression de l’infanterie. Les unités équipées de fusils rayés peuvent réduire l’efficacité des défenseurs avant le contact direct. Elles peuvent également perturber les servants des canons et les mouvements des réserves russes.
- Le deuxième facteur est la vulnérabilité des formations compactes. Les colonnes d’infanterie restent adaptées à certaines manœuvres et à l’assaut final, mais elles offrent une cible plus dense aux projectiles modernes. Le tir des balles Minié n’a pas toujours la régularité que lui attribueront certains récits ultérieurs, mais il augmente sensiblement les pertes infligées à des troupes exposées à moyenne distance.
- Le troisième facteur est l’absence de fortifications suffisamment développées. Une armée équipée de mousquets à âme lisse peut encore tenir une position si celle-ci est protégée par des ouvrages de campagne, des fossés et des parapets. À l’Alma, les défenses russes ne compensent pas entièrement l’infériorité relative de leur armement individuel dans plusieurs secteurs.
Enfin, les Russes doivent combattre contre une attaque menée sur plusieurs axes. La progression française vers le flanc gauche et la pression britannique au centre fragilisent progressivement la cohésion du dispositif de Menchikov.
Le retrait russe
Dans l’après-midi, la position russe devient difficile à maintenir. Les Français ont atteint les hauteurs à l’ouest et menacent les communications latérales. Les Britanniques ont pris la redoute centrale et progressent sur le plateau. Les batteries russes continuent de tirer, mais elles ne peuvent plus soutenir efficacement une ligne d’infanterie menacée de plusieurs côtés.
Menchikov ordonne finalement le retrait. Celui-ci ne se transforme pas en destruction complète de l’armée russe, car les unités conservent une partie de leur cohésion et la cavalerie contribue à couvrir le mouvement. Les Alliés ne disposent cependant pas d’une cavalerie suffisamment nombreuse et suffisamment bien positionnée pour transformer le recul russe en défaite décisive.
La bataille dure environ plusieurs heures. Les estimations des pertes varient selon les sources. Les pertes russes sont généralement évaluées à environ 5 000 à 5 700 hommes tués, blessés, capturés ou portés disparus. Les Britanniques perdent environ 2 000 hommes, tandis que les pertes françaises sont souvent situées entre 1 300 et 1 600 hommes.
Une victoire sans exploitation immédiate
La victoire alliée ouvre la route de Sébastopol. Les forces russes se retirent vers la place forte, dont les défenses ne sont pas encore achevées du côté sud. Les Alliés auraient pu tenter de poursuivre rapidement leur marche et de profiter de la désorganisation russe.
Lord Raglan et les commandants alliés choisissent toutefois de contourner Sébastopol par le sud et d’établir leurs bases à Balaklava et Kamiech. Cette décision donne aux Russes le temps de renforcer les fortifications de la ville et d’organiser sa défense. L’opération qui devait être une progression rapide se transforme en siège de longue durée.
Le National Army Museum souligne que les Alliés se dirigent ensuite vers Sébastopol, mais que la ville n’est pas immédiatement attaquée. Les Russes peuvent renforcer leurs défenses, ce qui prolonge la campagne jusqu’en 1855.
Bilan militaire
La bataille de l’Alma présente plusieurs caractéristiques de la guerre industrielle naissante. Les armées utilisent encore des tactiques héritées des guerres napoléoniennes, mais elles disposent d’armes dont la portée et la précision ont progressé. Le fusil rayé à percussion, en particulier, réduit la sécurité offerte par les formations compactes et rend plus dangereuse l’approche d’une position défensive.
Il serait toutefois excessif de considérer l’Alma comme une simple victoire de la technologie sur la tactique russe. Les Alliés commettent eux aussi des erreurs de coordination et subissent de lourdes pertes. Le franchissement de la rivière, l’ascension des hauteurs et la prise des redoutes sont obtenus par des attaques d’infanterie classiques, soutenues par l’artillerie et les armes rayées.
L’armée russe dispose de troupes nombreuses, d’une artillerie importante et de soldats capables de contre-attaquer avec détermination. Sa défaite s’explique par la combinaison de plusieurs handicaps : position imparfaitement fortifiée, coordination insuffisante, exposition des formations au tir allié et pression exercée simultanément par les Français et les Britanniques.
L’Alma ne met donc pas fin à la résistance russe, mais elle établit la supériorité opérationnelle des Alliés dans la première phase de la campagne. Elle montre également que les armées européennes doivent adapter leurs formations, leurs fortifications et leur emploi de l’artillerie à la diffusion des armes rayées. La guerre de Crimée annonce ainsi certaines transformations qui deviendront plus visibles lors de la guerre de Sécession et des conflits européens de la seconde moitié du XIXe siècle.







