Les deux industriels français associent un aérostat captif à un navire autonome pour offrir aux marines et aux autorités portuaires une surveillance aérienne persistante, projetée loin au large et sans équipage embarqué.
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Elistair, concepteur de drones filaires, et Exail, fabricant de drones de surface, annoncent un partenariat destiné à intégrer la DroneBox filaire automatisée Khronos au navire de surface autonome (USV) DriX. L’objectif : doter le bâtiment sans équipage d’un « œil dans le ciel » permanent, déployé directement depuis son pont, capable de repousser la surveillance bien au-delà de la portée de ses seuls capteurs de surface.
Un mât aérien mobile posé sur un navire sans pilote
Le principe combine deux briques technologiques éprouvées séparément. Le DriX, mis à l’eau pour la première fois en 2017, est un drone de surface de plusieurs jours d’endurance, aujourd’hui exploité dans une vingtaine de pays pour des missions civiles d’hydrographie comme pour des applications de défense. Le Khronos, lui, est une station filaire automatisée : un drone relié à sa base par un câble qui l’alimente en énergie et transporte ses données, ce qui lui permet de rester en vol de façon quasi continue là où un drone classique serait limité par ses batteries.
En greffant le second sur le premier, les deux entreprises créent un mât d’observation aérien mobile. Déployé depuis le pont du DriX, le Khronos monte se stationner à la verticale du navire et y demeure grâce à une fonction de suivi automatique (un mode « follow-me ») qui le maintient au-dessus de la plateforme, y compris lorsque celle-ci fait route. Selon les données communiquées par les industriels, l’appareil peut voler jusqu’à vingt-quatre heures à une altitude de soixante mètres, en transmettant en direct un flux vidéo chiffré via une liaison de données sécurisée.
Point mis en avant par les concepteurs, l’ensemble reste opérant dans des environnements dits « contestés » et privés de GNSS, c’est-à-dire lorsque les signaux de géolocalisation par satellite sont brouillés ou indisponibles ; une contrainte devenue courante dans les zones de tension. Le navire comme le drone filaire peuvent par ailleurs être pilotés à distance depuis la terre ferme, ce qui écarte toute présence humaine en mer.

Voir au-delà de l’horizon
L’intérêt opérationnel tient à une limite physique bien connue des marins : les radars et les caméras installés au ras de l’eau butent sur l’horizon. En élevant un capteur à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de la surface, et en le maintenant en l’air pendant des heures, l’attelage DriX-Khronos élargit mécaniquement le champ de vision et permet une détection plus précoce des menaces ou des cibles.
Les deux partenaires citent plusieurs cas d’usage : surveillance côtière, protection des ports et des infrastructures critiques, lutte contre les trafics et missions de recherche et de sauvetage. Autant de scénarios où la capacité à couvrir de larges zones sans exposer d’équipage constitue un argument de poids.
« Intégrer un drone filaire à un drone de surface autonome constitue une avancée majeure pour la surveillance maritime », a déclaré Guilhem de Marliave, président d’Elistair. « Les capteurs de surface s’arrêtent à l’horizon. Déployé depuis le DriX, Khronos repousse cette limite en offrant une vue persistante et mobile, maintenue en vol pendant des heures. Pour les opérateurs, cela se traduit par une couverture plus large et une détection plus précoce, sans équipage en mer. »
Du côté d’Exail, on insiste sur la modularité du navire. « Le DriX a été conçu comme une plateforme ouverte, capable d’intégrer de nouvelles charges utiles à mesure que les besoins opérationnels évoluent », a souligné Stéphane Vannuffelen, directeur technique des solutions d’autonomie maritime chez Exail. « L’intégration du drone filaire Khronos ajoute une perspective aérienne persistante aux capacités de surveillance existantes du DriX, étendant considérablement la zone surveillée. »
Une convergence déjà amorcée dans le secteur
L’annonce s’inscrit dans un mouvement de fond. Le mariage entre drones de surface et drones filaires n’est pas inédit pour Elistair : l’entreprise lyonnaise participe depuis 2025 au projet européen SMAUG (Smart Maritime And Underwater Guardian), financé par l’Union européenne et coordonné par l’espagnol Indra, qui vise à renforcer la détection des menaces sous-marines dans les ports. Dans ce cadre, un drone filaire Elistair avait déjà été embarqué sur un navire autonome du norvégien Maritime Robotics, avec des essais réels concluants et des démonstrations à grande échelle menées notamment au port de Valence.
Exail, de son côté, pousse sa gamme DriX vers le champ militaire. Née dans l’hydrographie civile, la famille de drones – déclinée en versions H-8, H-9 et O-16 transocéanique – a enchaîné les contrats de défense, du renseignement et de la surveillance (ISR) jusqu’à des missions de lutte anti-drones. Le rapprochement avec Elistair prolonge cette montée en puissance en ajoutant une dimension aérienne persistante à des plateformes déjà tournées vers la sécurité maritime.
Aucun calendrier de commercialisation ni de premier client n’a été communiqué à ce stade. Reste que, dans un contexte de tensions maritimes croissantes et de multiplication des menaces asymétriques, la promesse d’une vigie volante autonome, projetable loin des côtes et opérée depuis la terre, répond à une demande clairement exprimée par les marines et les autorités portuaires.






