Tournoi et Pas d’arme

Le tournoi

Pratique apparue au XIe siècle, sans doute en Anjou ; diffusée dans l’ensemble de l’Occident mais plus particulièrement entre Loire et Meuse, et qui a constitué jusqu’à la fin du Moyen Âge un mode de représentation fondamental de l’aristocratie, dont il a accompagné et formalisé l’évolution. Initialement, organisé comme un affrontement en rase campagne de deux groupes de guerriers à cheval armés de lances, identifiés par des armoiries et qui s’efforcent de capturer hommes et chevaux adverse, pour les rançonner, le torneamentum (ou hastiludium en raison du caractère central de la lance) apparaît comme une mise en oeuvre du principe d’organisation sociale « dedans » / « dehors ».

En effet, outre la désignation ainsi de l’un et l’autre des deux groupes adverses, outre sans doute aussi le lieu de son déroulement (terres incultes, « désert »), le tournoi est à l’origine fréquenté essentiellement par les « jeunes » (juvenes), c’est-à-dire des chevaliers non mariés, non (ou non encore) pourvus de terres, souvent cadets de familles (comme le champion Guillaume le Maréchal) pour qui le tournoi, par les gains matériels et le prestige qu’il autorisait, s’avérait être un moyen exceptionnel de pénétrer dans une aristocratie féodale en cours de restructuration (fixation à la terre). Il ne s’agissait donc pas d’un simple divertissement mais d’une pratique correspondant de façon frappante à un « rite de marge » au sens d’Arnold Van Gennep, partie intégrante d’un rite de passage spécifique à cette aristocratie et par lequel on passait de la « jeunesse » à l’âge adulte (c’est-à-dire l’âge de l’exercice du pouvoir). Les critiques virulentes des clercs contre le tournoi dès le XIIe siècle doivent certainement être considérées comme une attaque contre un mode « laïc » d’organisation sociale et spatiale. De même que l’Église s’est attaquée à tous les rites de passage profanes, elle a condamné cette pratique tout en valorisant par ailleurs le modèle du mariage chrétien, qui apparaissait ainsi comme le bon rite de passage à l’âge adulte. La dénonciation cléricale des risques de mort au combat sans confession constitue un autre aspect de cet effort de lutte de l’Église contre le tournoi.

Les rencontres évoluent à partir du XIIIe siècle dans le sens d’une série de joutes entre deux adversaires dans un champ clos et séparés par des lices, le plus souvent à l’initiative d’un prince et organisée comme un spectacle, parfois de manière très théâtralisée (les « pas d’armes » du XVe siècle) et de plus en plus coûteuse du point de vue de l’équipement. Le caractère aristocratique marqué du tournoi explique son imitation (sous sa forme de joutes) par les élites urbaines (le « patriciat »), d’ailleurs souvent liées initialement par des liens de parenté à l’aristocratie féodale (la « noblesse « , tandis que la critique de l’ambition des non-nobles passe par le refus des participants urbains ou la présentation burlesque que de ridicules tournois paysans. D’une manière générale, le tournoi a été une pratique aristocratique identitaire : son apparition correspond à la restructuration de l’aristocratie au XIe siècle (enracinement terrien et discours lignager au détriment d’une partie des enfants) et en soutient symboliquement les clivages, les critiques virulentes des clercs trouvent leur logique dans la volonté ecclésiale de contrôler les identités sociales chrétiennes, son évolution ultérieure découle de la prise en main de l’aristocratie et de sa définition par les princes et monarques, tandis que les cas d’affirmation nobiliaire face au pouvoir princier (comme en Haute-Allemagne au XVe siècle), s’appuient toujours sur la pratique du tournoi (sous sa forme collective).

Le pas d’arme

Variante de la joute, le pas d’armes était un combat courtois et un divertissement chevaleresque prisé des cours royales et princières du XVe siècle. (Anjou, Bourgogne, Castille, Savoie). L’affrontement était l’occasion pour les nobles participants de jouer, clans une fiction inspirée de la littérature arthurienne, le rôle de défenseur d’un pont, d’un carrefour, d’un passage (c’est le sens du mot « pas ») contre tous ceux qui, comme dans les romans de chevalerie, désiraient relever le défi.

L’entreprise se déroulait en plusieurs temps : les règles – ou « chapitres » – du combat étaient d’abord mises par écrit et le défi était publié ; les participants attendaient ensuite, en un lieu choisi et pendant un temps donné qui pouvait durer plusieurs semaines, tous les chevaliers désireux de les affronter ; après les combats avait lieu un banquet au cours duquel étaient remis les prix aux meilleurs jouteurs.

Les pas d’armes se distinguaient des simples joutes par leur environnement allégorique et poétique ; ainsi, à la cour de Bourgogne, le Pas de la Fontaine des Pleurs (1449), le Pas du Chevalier au Cygne (1454), le Pas de la Dame inconnue (1463), etc

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