Réflexions sur la géométrie du champ de bataille ukrainien (CCF).

Cette note de recherche du Centre d’études stratégiques Terre (CBA Deplanque, juin 2026) analyse la transformation la plus profonde révélée par la guerre en Ukraine : non pas les technologies elles-mêmes (drones, IA), mais la mutation de la structure spatiale du combat et de l’organisation logistique qui en découle.

La doctrine française organise traditionnellement l’espace de bataille en trois zones : l’arrière (ZOAR, abritant commandement et logistique), la zone des opérations rapprochées (ZOR, cœur du combat interarmes) et la profondeur (ZOP, dans le dispositif ennemi). Le soutien logistique s’articule en trains de combat échelonnés (TC1, TC2, TC3), du contact jusqu’à la zone arrière. Cette représentation jominienne, fondée sur des manœuvres linéaires et une ligne de front identifiable, est bouleversée par le conflit ukrainien.

L’emploi quotidien de 10 000 à 15 000 drones par belligérant, combiné à une multitude de capteurs (satellites, systèmes acoustiques, thermiques, électroniques) fusionnés en réseaux, crée un « kill web » réduisant le délai détection-frappe à quelques minutes. Toute concentration de forces devient détectable et vulnérable ; la surprise devient quasi impossible. La ligne de front se mue en une kill zone de 20 à 30 km de profondeur où toute présence détectée est frappée. Les manœuvres de niveau GTIA deviennent obsolètes, le combat se décentralise en micro-unités, et la stratégie redevient attritionnelle. Surtout, les sanctuaires disparaissent : l’arrière, notamment la chaîne logistique, devient une cible systématique, comme l’illustrent les frappes ukrainiennes contre la logistique russe jusqu’à 160 km de profondeur.

Une nouvelle géométrie

Le champ de bataille se fragmente en trois zones horizontales : la zone contestée (kill zone, où les troupes « dé-mécanisées » opèrent à pied en micro-unités), l’espace médian (zone des appuis feux et de la guerre électronique) et la zone profonde (réserves et hubs logistiques, néanmoins vulnérables). S’y ajoutent un découpage vertical de l’espace aérien par couches de drones et une dimension souterraine croissante.

Les tactiques divergent : l’Ukraine pratique une saisie méthodique en sept phases (reconnaissance, cloisonnement, dégradation, fixation, suppression, assaut, consolidation), privilégiant l’asymétrie technologique et la préservation des forces. La Russie combine unités « jetables », bombes planantes et drones dans un « triangle offensif » acceptant des pertes massives pour des gains limités mais réguliers.

Maintenir les flux vers la « ligne zéro » devient le pivot de la survie opérationnelle. Face au ciblage systématique, les Ukrainiens ont abandonné les hubs centralisés au profit de micro-caches dispersées, banalisé leurs convois, déployé des filets anti-drones (1 100 km de routes sécurisées) et des brouilleurs comme le système ATLAS. Le « dernier kilomètre » repose désormais sur des drones, des robots terrestres (60 % des missions robotisées sont logistiques), des véhicules légers, voire des animaux de trait.

Un wargame et une étude de cas en annexe confirment qu’une section de 22 hommes nécessite environ 380 kg de ravitaillement quotidien, acheminé par rotations de robots et de drones. La note conclut à la nécessité pour la France de développer défense anti-drones multicouches, logistique dronisée et capacités de frappe longue portée.

Aller au contenu PDF

THEATRUM BELLI

Il y aura toujours un "théâtre de guerre" : militaire, économique, techno-industriel, informationnel, culturel...

L’actualité nous rappelle chaque jour que les questions de défense ne sont plus réservées aux spécialistes. Elles nous concernent tous.

Je m’engage ! Je m’abonne !

Estafette

Je reçois régulièrement la lettre d'information exclusive

+ consultation de 3 articles chaque mois.

Recevoir l'Estafette
Réservé aux 300 premiers abonnés

Pionnier

29 €/an

Puis 39 €/an à partir du 301ᵉ abonné

270 places restantes sur 300

Accès illimité aux articles (+10 000 notes) et à la bibliothèque numérique (+900 documents téléchargeables).

Offert : un document PDF exclusif, pour tout abonnement.

Devenir Pionnier

Le tarif de 29 € (soit moins de 2,50 €/mois) est réservé aux 300 premiers abonnés. Dès le 301ᵉ abonné, l’abonnement passe à 39 €/an (3,25 €/mois).

Une grande bibliothèque pour le prix d’un seul livre !

ARTICLES CONNEXES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Abonnez-vous à notre lettre d'information hebdomadaire

Dans le cadre de notre opération de promotion estivale, ce numéro de Marine & Océans est exceptionnellement accessible gratuitement et en intégralité.
 
Marine & Océans remercie chaleureusement ses fidèles abonnés pour leur compréhension et leur confiance renouvelée.
 
À tous ceux qui nous découvrent aujourd’hui et souhaitent mieux comprendre les grands enjeux maritimes :
 
 
Rejoignez la communauté Marine & Océans et accompagnez-nous tout au long de l’année.

Dernières notes

COMMENTAIRES RÉCENTS

ARCHIVES TB