6 août 1870, le premier sang (bataille de Froeschwiller-Woerth)


Alors que la France impériale est entrée en guerre dans un enthousiasme patriotique délirant, les premières batailles contre les Prussiens vont rapidement ramener les Français à de dures réalités sur l’état réel de leur armée mais aussi et surtout de leurs chefs.

Wissembourg

Le 31 juillet, Napoléon III prend la décision de passer à l’offensive et de pénétrer en territoire allemand, et il accepte la proposition du général Frossard de prendre Sarrebruck ou plutôt d’occuper les hauteurs dominant la ville. Le 2 août, les détachements d’avant-garde prussiens sont chassés facilement de la ville par l’engagement de six divisions françaises, sous les yeux du prince impérial. Dans la soirée, Frossard se retire sans ordonner la destruction des ponts sur la Sarre, ni le télégraphe, ni la voie ferrée. Pourtant, la presse française cède à un enthousiasme totalement irréel, parlant de « décharges formidables de mitrailleuses », de « victoire de Sarrebruck », alors qu’il ne s’agissait que d’une simple reconnaissance appuyée pour tenter d’obtenir des informations sur les axes d’approche de l’ennemi.

Mais cette initiative va ouvrir de nouvelles opportunités à von Moltke. Cette avance française creuse quelque peu la distance entre l’Armée du Rhin et l’Armée d’Alsace de Mac-Mahon. Von Moltke décide alors d’accélérer l’avance de sa IIIe Armée, afin qu’elle attaque le nord de l’Alsace au plus vite. Malgré les réticences du Kronprinz dues au manque de renseignements sur les mouvements français, son armée se met en route le 3 août.

Pendant ce temps, Mac-Mahon, décide de se porter au nord pour d’établir la jonction avec le 5e corps de Failly (Armée du Rhin). Les places de Strasbourg et Belfort ne sont plus couvertes que par une division chacune.

Le 4 août, Mac-Mahon ordonne à la division Douay de marcher sur Wissembourg. Sans le savoir Mac-Mahon marche à la rencontre de la IIIe Armée allemande. La division Douay n’a d’ailleurs pas le temps de reconnaître sa nouvelle position, car elle est immédiatement attaquée par les avant-gardes bavaroise et prussienne au débouché de la forêt de Bienwald. Il est 9 heures. Après d’âpres combats, la division doit se replier, elle a tenu plus de cinq heures à 1 contre 4. La victoire coûte cher aux Allemands, 1 500 morts ou blessés. L’attaque en ordre serré des Allemands a rencontré l’efficacité du Chassepot. Pourtant, le général Douay a été mortellement blessé, et Mac-Mahon qui a assisté à la fin de la bataille comprend que sa situation est dangereuse. Il ne dispose que de 45 000 hommes pour engager une bataille qu’il pense décisive face à la IIIe Armée allemande. 

Immédiatement, il sollicite l’aide de Failly. Celui-ci passe sous sa direction, mais le manque de coordination entre les différents corps ne permettra pas à Mac-Mahon de recevoir des renforts au moment voulu. Il fait tout de même marcher le reste du 1er corps vers Haguenau ainsi qu’une division du 7e, afin de garder un œil sur la route de Strasbourg et une voie de repli par les Vosges.

Le Kronprinz, toujours prudent, passe la journée du 5 à attendre sa cavalerie, il ne veut pas poursuivre les Français sans être correctement éclairé.

Au même moment, Mac-Mahon déploie ses divisions autour du village de Froeschwiller. La présence des troupes est bien ressentie par la population, mais les habitants sont frappés par le manque d’informations des généraux sur la géographie locale. Les cartes scolaires, les relevés du cadastre sont réquisitionnés. Les positions défensives organisées par Mac-Mahon sont solides, mais il manque cruellement de renseignements sur les mouvements ennemis, et ses demandes de renforts auprès de Failly restent lettre morte.

Pour achever d’inquiéter le maréchal, un violent orage éclate au cours de la nuit, les soldats fatigués ne peuvent se reposer, et le terrain est détrempé.

Combat de Wissembourg (4 août 1870). Charge à la baïnnette du 1er turcos contre l’infanterie bavaroise. Illustrateur : Joseph BEUZON, 1892.

Froeschwiller-Woerth  

Alors que Mac-Mahon s’est entendu avec son état-major pour effectuer un repli rapide sur les Vosges, la bataille s’engage le 6 au matin, sans que les deux commandants ne prennent la moindre initiative. Sur le flanc gauche, les turcos de la division Ducrot sont attaqués à partir de 6 h par les Bavarois, mais l’avantage du terrain permet aux Français de tenir. Le combat pourrait en rester là, car le Kronprinz qui n’a pas encore achevé la concentration de son armée ne souhaitait pas engager la bataille avant le 7.

Il faut le refus énergique du général von Kirchbach qui commande le Ve corps prussien pour que la bataille se poursuive et s’intensifie. Au centre, le Vcorps se déploie, appuyé par un puissant tir d’artillerie (100 pièces d’artillerie environ), il enlève le village de Woerth au prix de lourdes pertes. A 13 h, la situation reste favorable aux Français, jusqu’alors en situation de parité numérique. Mais l’arrivée du XIe corps sur l’aile droite française va modifier l’équilibre en faveur des Allemands. 

Le Ve corps reprend sa marche en avant vers Elsasshaussen, alors que le XIe corps atteint Eberbach, malgré la charge désespérée de la brigade de cuirassiers du général Michel. Sur le flanc gauche, les assauts bavarois n’arrivent pas à chasser les turcos qui se battent avec acharnement.

A 15 h, l’envoi de toutes les réserves de son armée par le Kronprinz, enfin convaincu de l’importance de la bataille, va définitivement faire basculer la victoire dans le camp allemand. Côté français, Mac-Mahon, qui sait désormais que Failly ne lui viendra pas en aide, décide de se replier pour éviter l’anéantissement complet de son armée. Pour couvrir sa retraite, il fait donner la division de cavalerie de réserve du général Bonnemain. Cette charge héroïque qui deviendra le symbole de la guerre, est, comme celle de la brigade Michel, vouée à l’échec. Mais elle permet tout de même à Mac-Mahon de replier le reste de l’armée sans être trop inquiété (seule la division Ducrot, très exposée sur le flanc gauche, sera capturée).

Le bilan de la bataille est très lourd pour les Français : environ 9 000 morts (dont quatre généraux), 9 000 soldats capturés, l’ensemble des bagages et 28 pièces d’artillerie. Du côté allemand, plus de 10 000 morts ou blessés sont à déplorer, une fois encore le Chassepot a fait merveille face aux masses de fantassins des colonnes d’attaque prussiennes et bavaroises. La victoire allemande est à la fois due à l’écrasante supériorité en nombre de leur artillerie (environ 200 pièces en batterie au début de l’après-midi) ainsi qu’à son utilisation en grande batterie pour ouvrir des brèches dans les rangs d’une infanterie française qui a fait preuve d’une admirable bravoure.

Alors que Mac-Mahon se replie sur Châlons, le Kronprinz savoure une victoire dont seuls les officiers généraux de son armée sont responsables. L’esprit d’initiative et le caractère offensif de ces derniers ont permis à l’armée allemande de remporter une importante victoire qui leur ouvre les portes de l’Alsace.

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1 Comment

  1. WALTHER Hubert
    5 septembre 2020
    Répondre

    Pour une fois que l’on parle aussi de la bravoure des fantassins lors de cette bataille, il faut le souligner.

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