IN MEMORIAM – Marcel Lefèvre, compagnon de la Libération (mort le 5 juin 1944).

Marcel Lefèvre, né le 17 mars 1918 aux Andelys (Eure) et mort le 5 juin 1944 à Moscou, est un pilote de chasse français de la Seconde Guerre mondiale. Engagé au sein du régiment de chasse Normandie-Niémen sur le front de l’Est, il y totalise 14 victoires aériennes, dont 11 homologuées. Grièvement brûlé lors d’un accident en vol fin mai 1944, il succombe à ses blessures la veille du débarquement allié en Normandie. Il est décoré à titre posthume du titre de Héros de l’Union soviétique.

Marcel Lefèvre naît dans une famille ouvrière, sixième de sept enfants. Son enfance est marquée par deux drames : un grave accident du travail dont son père est victime en 1923, puis la mort de son frère aîné pendant son service militaire en 1926. À 16 ans, il obtient le brevet élémentaire mais ses parents ne peuvent financer la poursuite de ses études. Il devient employé de banque tout en continuant à se former par lui-même.

Attiré par l’aviation, il bénéficie du dispositif de l’Aviation populaire et obtient son brevet de pilote en 1937 à l’aéro-club d’Étrépagny. En avril 1938, il s’engage dans l’armée de l’Air. Détaché à l’école d’Angers, il décroche son brevet de pilote militaire le 1er août 1938 et est promu sergent au mois de décembre suivant. Élève moniteur à Istres puis à Salon-de-Provence en 1939, il se perfectionne au pilotage. Lorsque la guerre est déclarée, il est affecté comme moniteur de chasse à Bergerac, sur Curtiss H-75. À l’armistice de juin 1940, il totalise 785 heures de vol sans avoir pris part aux combats.

Affecté au groupe de chasse II/3 « Dauphiné », alors stationné en Syrie, Marcel Lefèvre refuse de combattre les forces britanniques. Il se fait démobiliser le 1er janvier 1941. Après un séjour auprès de ses parents, il franchit clandestinement la ligne de démarcation, fait annuler son congé et rejoint l’Afrique du Nord. En avril 1941, il est affecté au groupe de chasse I/3 « Corse », à Oran, où il se lie d’amitié avec deux pilotes appelés à devenir ses compagnons d’armes, Marcel Albert et Albert Durand.

Décidés à rallier la France libre, les trois hommes mettent à profit un exercice aérien pour s’évader. Le 14 octobre 1941, aux commandes de son Dewoitine 520, Lefèvre quitte sa formation et met le cap sur Gibraltar. Après s’être posé par erreur en territoire espagnol, il parvient à redécoller et à atteindre le rocher. De Gibraltar, les trois aviateurs embarquent sur une corvette pour la Grande-Bretagne ; la traversée, marquée par la perte de plusieurs navires du convoi, les amène finalement à Londres. Marcel Lefèvre signe son engagement dans les Forces aériennes françaises libres (FAFL) le 19 décembre 1941.

Passé par le centre d’instruction de Camberley puis par l’unité d’entraînement opérationnel de Chester (OTU 57) début 1942, Lefèvre est promu aspirant. Le 30 avril 1942, il est affecté au 81 Squadron de la Royal Air Force, chargé de la défense de Londres. Il effectue de nombreuses missions au-dessus de la Manche et de la France occupée.

À l’été 1942, sur l’initiative du général Valin, la décision est prise de constituer une escadrille de chasse française destinée au front soviétique. Marcel Lefèvre se porte volontaire, comme ses deux camarades. Au terme d’un long acheminement passant notamment par Lagos, Rayak et Téhéran, il arrive en Union soviétique le 29 novembre 1942 et rejoint le groupe de chasse Normandie.

Après trois mois d’entraînement sur chasseurs Yak, sous les ordres du commandant Jean Tulasne, Lefèvre participe à ses premiers combats en mars 1943. Le 5 mai 1943, il remporte sa première victoire en abattant un Henschel 126. Il prend part aux offensives d’Elnia, de Smolensk et d’Orcha et s’impose comme l’un des chasseurs les plus efficaces de l’unité.

À l’automne 1943, le groupe est durement éprouvé : il a perdu une vingtaine de pilotes. Lefèvre, qui compte alors 11 victoires sûres et trois probables, renonce au repos auquel il a droit pour participer à la formation des nouveaux pilotes venus d’Afrique du Nord. Le 25 décembre 1943, il est promu lieutenant et prend le commandement de la 3e escadrille « Cherbourg », dotée de matériel neuf. Pendant ses temps de repos, il apprend le russe et s’intéresse aux coutumes du pays. Ses camarades lui donnent plusieurs surnoms, dont « le Père Magloire », du nom du personnage du folklore normand peint sur son appareil, et « la Fièvre », en référence à l’attention avec laquelle il suit l’évolution du front.

En mai 1944, l’unité quitte Toula pour regagner le front, dans la région de Vitebsk. Le 28 mai 1944, Marcel Lefèvre conduit une mission de reconnaissance à la tête d’une formation de 11 Yak. Son appareil subit une avarie (une fuite de carburant) et il tente de le ramener au terrain. Au moment de l’atterrissage sur le terrain où stationne le Normandie, l’avion s’enflamme. Le pilote parvient à s’extraire de la carlingue mais sa combinaison, imbibée de carburant, prend feu. Il est grièvement brûlé au visage, aux mains et aux cuisses.

Évacué vers un hôpital de Moscou, Marcel Lefèvre meurt le 5 juin 1944, à la veille du débarquement de Normandie. Il totalisait alors environ 1 300 heures de vol et 128 missions de guerre. Il est inhumé à Moscou au cours d’une cérémonie réunissant ses camarades de combat et des autorités soviétiques et françaises. En 1953, sa dépouille est transférée dans sa ville natale des Andelys, où elle repose auprès de celle de ses parents.

Marcel Lefèvre est nommé Compagnon de la Libération par décret du 11 avril 1944 et chevalier de la Légion d’honneur. Il est titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 avec neuf citations. Du côté soviétique, il reçoit le titre de Héros de l’Union soviétique avec l’ordre de Lénine, par oukase du 4 juin 1945, ainsi que l’ordre du Drapeau rouge, l’ordre de la Guerre patriotique de deuxième classe et la médaille de la Victoire.

Par ordre du ministre de la Défense de l’URSS daté du 1er juillet 1966, son nom est inscrit à perpétuité sur l’état nominatif de la 1re escadrille du 18e régiment d’aviation de chasse de la Garde de Vitebsk. En 1980, l’armée de l’air française fait de lui le parrain d’une promotion d’officiers issus du rang. Sa mémoire est aujourd’hui entretenue par la ville des Andelys et par le Mémorial Normandie-Niémen, qui organisent chaque 5 juin une cérémonie d’hommage.

Lire l’intégralité de l’épopée du Normandie-Niémen

Jean-Baptiste TOMACHEVSKY
Jean-Baptiste TOMACHEVSKY
Mon grand-oncle paternel s'est engagé dans la Légion étrangère, parti combattre pendant la guerre d'Algérie. Il est mort pour la France en 1962. C'est lui qui m'a donné l'amour de la Patrie et l'envie de la servir. Appelé sous les drapeaux en février 95, j'ai servi dans 6 régiments et dans 5 armes différentes (le Train, le Génie travaux, l'artillerie sol-air, les Troupes de marine et l'infanterie). J'ai participé à 4 opérations extérieures et à une MCD (ex-Yougoslavie, Kosovo, Côte d'Ivoire, Guyane). Terminant ma carrière au grade de caporal-chef de 1ère classe, j'ai basculé dans la fonction publique hospitalière en 2013 en devenant Responsable des ressources humaines au centre hospitalier de Dieuze. J'ai décidé ensuite de servir la Patrie différemment en devenant Vice-président du Souvenir Français (Comité de Lorquin-57) où je suis amené à participer à une cinquantaine de cérémonies mémorielles par an. Je participe également à des actions mémorielles auprès de notre jeunesse. Je suis également porte-drapeau au sein de l'Union nationale des combattants (UNC) de Lorquin (57) et membre du conseil départemental de l'ONaCVG de la Moselle, collège 2 et 3. J'ai également créé sur un réseau social professionnel un compte qui regroupe près de 16 000 personnes dédié au Devoir de mémoire. Je transmets et partage les destinées de ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour la France. J'ai rejoint THEATRUM BELLI en novembre 2024 pour animer la rubrique "Mémoires combattantes".
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