Moins de deux ans après le rachat du français Arquus par le belge John Cockerill, les deux constructeurs ont présenté lundi, au premier jour du salon Eurosatory, le véhicule censé incarner leur rapprochement industriel. Baptisé FENRIS, cet engin de combat de 26 tonnes armé d’un canon de 105 mm cherche à s’installer dans un créneau encore mal couvert du marché terrestre : celui de l’appui-feu mobile, à mi-chemin entre l’auto-mitrailleuse de reconnaissance et le char de bataille.
Pour la direction du groupe, le symbole compte autant que le matériel. Décrit par le CEO Jean-Luc Maurange comme « le premier bébé » de l’union scellée en 2024 entre John Cockerill Defense et Arquus, le FENRIS a été conçu de part et d’autre de la frontière. Le châssis relève de l’héritage français d’Arquus, tandis que la tourelle provient de la maison belge, spécialiste reconnu des systèmes d’armes de moyen et gros calibre. L’engin a été présenté sur le vaste stand du groupe, au cœur du salon bisannuel qui se tient à Villepinte, dans la banlieue nord de Paris.
Dans la presse spécialisée, le projet circulait depuis plusieurs mois sous l’appellation de travail « Jaguar 105 », en référence au châssis 6×6 issu du programme français Scorpion. Le nom commercial retenu pour la présentation officielle est donc FENRIS, emprunté à la mythologie nordique.
Un châssis 6×6 marié à la tourelle Cockerill 3105
Sur le plan technique, le FENRIS combine deux ensembles déjà éprouvés séparément. Le porteur est un châssis à six roues motrices d’environ 26 tonnes, animé par un moteur de 500 chevaux couplé à une transmission automatique, et servi par un équipage de trois personnes. Selon les éléments communiqués au salon, la plateforme peut être déclinée en configuration 6×6 ou 6×4.
L’armement principal repose sur la tourelle Cockerill 3105, dotée d’un canon rayé de 105 mm aux normes OTAN. Cette pièce maîtresse n’a rien d’inédit : elle équipe déjà plusieurs programmes internationaux, dont le char léger Kaplan / Harimau développé avec la Turquie et l’Indonésie, et a fait l’objet d’essais sur d’autres plateformes, comme le char léger indien Zorawar. Le canon est compatible avec une large gamme de munitions standardisées, y compris les obus-flèches de type APFSDS destinés à la lutte antichar.
Le FENRIS embarque 36 obus et, d’après le constructeur, est capable d’atteindre des objectifs jusqu’à dix à onze kilomètres en tir indirect. Le groupe met également en avant une capacité de lutte anti-drone, réponse directe à l’omniprésence de ces menaces sur les théâtres récents. Côté mobilité stratégique, l’engin est présenté comme aérotransportable par un Airbus A400M, argument de poids pour les armées attachées à la projection rapide.
Compléter le char, sans le remplacer
John Cockerill se garde de présenter le FENRIS comme un rival des chars de bataille modernes. Frank Jansens, responsable des systèmes d’armes chez John Cockerill Defense, situe l’engin dans un rôle d’appui-feu direct, destiné à combler l’espace entre les véhicules de reconnaissance légers et les blindés lourds. L’idée n’est pas de se substituer aux chars, mais de les épauler avec davantage de souplesse et un coût d’emploi inférieur, dans un contexte où de nombreuses armées disent éprouver un besoin persistant de puissance de feu mobile sur le champ de bataille.
Ce positionnement n’est pas neuf en soi : il rappelle celui d’engins comme le Centauro italien ou l’AMX-10RC français, des véhicules à roues armés d’un canon de gros calibre privilégiant la mobilité à la protection. Le pari du FENRIS consiste à proposer cette catégorie à partir de sous-ensembles déjà industrialisés, donc rapidement disponibles.
C’est précisément la rapidité de développement que le groupe a tenu à souligner. Le projet aurait été lancé à la mi-février 2025, et le prototype dévoilé à Eurosatory serait, selon Jean-Luc Maurange, productible en grande quantité dès à présent. Une réserve subsiste néanmoins : il faut compter un peu plus d’un an avant les premières livraisons effectives.
Cette logique de réutilisation de composants éprouvés, châssis Scorpion d’un côté et tourelle vendue à plusieurs centaines d’exemplaires de l’autre, vise autant à réduire les délais qu’à rassurer les clients export sur la maturité de l’ensemble.
Au-delà de ses caractéristiques, le FENRIS constitue une démonstration concrète de la stratégie défendue lors du rachat d’Arquus. L’opération, finalisée en 2024 avec un soutien capitalistique croisé des États français et belge, ambitionnait de faire émerger un acteur européen de premier plan dans le segment des blindés légers, fortement tourné vers l’exportation. La présentation d’un véhicule commun, moins de deux ans après, sert à matérialiser cette promesse de synergies.






