Thales, Airbus Defence and Space, Destinus, MBDA Deutschland et Safran Electronics & Defense ont signé une lettre d’intention visant à créer le consortium Bliksem EXO, un partenariat industriel destiné à développer, qualifier, produire et soutenir un intercepteur exo-atmosphérique européen.
La signature a eu lieu au ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, lors de la réunion inaugurale de la coalition anti-balistique, en présence du Premier ministre néerlandais Rob Jetten.
Un intercepteur pour la « couche haute » de la défense antimissile
Bliksem EXO est présenté par les industriels comme un système d’interception exo-atmosphérique souverain, conçu pour contrer les missiles balistiques de portée moyenne et intermédiaire (MRBM et IRBM). Le communiqué cite notamment les systèmes de classe Oreshnik, dotés de véhicules de rentrée séparables et manœuvrants.
Le système est destiné à la couche supérieure de la défense antimissile. Il vise à détecter, suivre puis détruire les menaces en phase médiane de leur trajectoire, au-dessus de l’atmosphère, par impact cinétique direct ; une interception dite « hit-to-kill », sans charge explosive.
Selon les entreprises, cette mission complète les capacités européennes existantes de couche basse plutôt qu’elle ne les concurrence. L’ensemble formerait une défense antimissile en couches : systèmes terminaux et de théâtre pour les altitudes inférieures, Bliksem EXO au-dessus de l’atmosphère. Le programme est conçu pour être interopérable avec la défense aérienne et antimissile intégrée de l’OTAN (NATO IAMD) et pour renforcer l’initiative European Sky Shield (ESSI), à laquelle les industriels estiment qu’il manque aujourd’hui cette couche haute.
Répartition des rôles au sein du consortium
- Destinus assure le rôle de chef de file et de maître d’œuvre (Consortium Lead and Prime), responsable de l’intégration système et du véhicule tueur exo-atmosphérique (Exo-atmospheric Kill Vehicle, EKV) ;
- MBDA Deutschland est chargé du propulseur de l’intercepteur, du lanceur et du conteneur ;
- Safran Electronics & Defense doit fournir l’autodirecteur de l’EKV ainsi que le guidage, la navigation et le contrôle ;
- Airbus Defence and Space apporte le commandement-contrôle et la gestion de bataille (BMC4I) ;
- Thales est responsable du radar et de la chaîne de capteurs, de l’alerte avancée à la conduite de tir.
Les industriels indiquent que le programme s’appuiera sur l’expérience opérationnelle ukrainienne en matière de lutte contre des attaques aériennes et balistiques massives, lors des phases de conception, d’essai et d’évaluation, sous réserve des règles applicables en matière de contrôle des exportations, de sécurité et d’exigences gouvernementales.
Un calendrier resserré
D’après la lettre d’intention, les parties prévoient de conclure un accord de consortium contraignant dans les trois mois suivant la signature. Les travaux d’ingénierie conjoints doivent débuter en août 2026, et le consortium indique viser un essai de l’EKV dans l’espace en 2027.
Le document reste toutefois un engagement de principe. La lettre d’intention consigne les intentions de bonne foi des signataires mais ne crée, selon eux, aucune obligation d’acquérir, de fournir ou de financer le système. Toutes les activités resteront soumises aux législations nationales et européennes de contrôle des exportations, aux exigences de sécurité, aux arrangements relatifs à la propriété intellectuelle et aux procédures gouvernementales applicables.
La signature s’inscrit dans le lancement d’une coalition anti-balistique réunissant, selon Rob Jetten, l’Ukraine et neuf pays européens ainsi que plusieurs entreprises de défense. Le Premier ministre néerlandais a décrit Bliksem EXO comme l’un des piliers industriels de cette initiative, pilotée depuis les Pays-Bas par Destinus.
Du côté des industriels, Mikhail Kokorich, directeur général de Destinus, a affirmé que l’Europe dispose de défenses solides en couche basse mais reste dépourvue d’une couche haute souveraine contre les missiles de portée moyenne et intermédiaire, lacune que le programme entend combler. Hervé Dammann, vice-président exécutif Land and Air Systems de Thales, a mis en avant le rôle de la chaîne de capteurs dans la détection et la discrimination des cibles à longue distance. Michael Schoellhorn, PDG d’Airbus Defence and Space, a insisté sur l’interopérabilité avec les dispositifs de l’OTAN et de l’ESSI. Thomas Gottschild, directeur de MBDA Deutschland, et Alexandre Ziegler, responsable de la Global Business Unit Défense de Safran Electronics & Defense, ont respectivement souligné l’apport de leur expérience industrielle et de leur savoir-faire en matière d’autodirecteur et de guidage.
Les cinq entreprises précisent que le programme se veut pleinement interopérable avec le dispositif de défense de l’OTAN et l’initiative European Sky Shield.






