Officier sous-marinier passé aux services spéciaux, parachuté en Vendée en août 1943 pour surveiller les ports de Saint-Nazaire et de Nantes, Jean Lavallée est exécuté au camp de Buchenwald avec d’autres officiers de renseignement alliés. Il allait avoir 31 ans six jours plus tard.
Il naît à Saint-Nazaire le 11 octobre 1913, dans une famille de marins. Un de ses grands-pères, capitaine au long cours, est mort en mer ; l’autre dirigeait l’école de Méan-Penhoët. Son père, employé de mairie que sa santé avait écarté de la navigation, est le premier Nazairien tué à la guerre en 1914. Pupille de la nation, élevé par sa mère, Lucienne Lemoine, il fait ses études au collège Aristide-Briand de Saint-Nazaire puis au lycée Dupuy-de-Lôme de Lorient.
Reçu à l’École navale en 1932, il effectue la campagne 1934-1935 du croiseur-école Jeanne d’Arc. Il embarque ensuite sur l’aviso Ville d’Ys, chargé de la surveillance des pêches sur les bancs de Terre-Neuve, puis demande les sous-marins. Il sert comme officier de manœuvre sur l’Agosta, passe sur le croiseur auxiliaire Amiénois, où sa conduite au feu lui vaut une citation à l’ordre de la division, puis sur le sous-marin Henri Poincaré, en Afrique occidentale, et enfin sur l’Antiope, dont il est le second. Il est promu lieutenant de vaisseau en mars 1942.
Affecté à Alger en mai 1943, il demande à servir en mission spéciale. Le contre-espionnage militaire clandestin, connu sous le nom de Travaux ruraux, cherche alors des marins pour ouvrir en métropole trois postes consacrés aux côtes et aux liaisons maritimes : l’un à Marseille, l’autre en Bretagne, le troisième dans la région de Nantes. Ce dernier lui revient. Acheminé en Angleterre le 17 juillet, il reçoit à Londres un complément d’instruction technique et une fausse identité, celle d’Henri Delattre, agent des ports et pêches.
Dans la nuit du 16 au 17 août 1943, il est parachuté en Vendée avec ses équipiers et leur matériel radio. En quatre mois, il met en place un réseau de correspondants chargés d’observer les ports de Saint-Nazaire et de Nantes, d’identifier les unités allemandes et de repérer les services ennemis et leurs auxiliaires français. Saint-Nazaire, sa ville natale, abrite l’une des principales bases de sous-marins allemands de l’Atlantique.
L’Abwehr parvient à introduire un agent double dans le réseau. Le 11 décembre 1943, Lavallée est arrêté à Paris en même temps que son opérateur radio. Les Allemands se servent du poste pour reprendre à leur compte la liaison avec Londres ; les services français, avertis en avril 1944 par un officier détenu à Fresnes, retournent la manœuvre et utilisent à leur tour ce canal pour intoxiquer l’adversaire. Interrogé au siège de la Gestapo, avenue Foch, Lavallée ne livre rien malgré les sévices. Il est incarcéré à Fresnes, puis transféré au camp de Royallieu, à Compiègne.
Il arrive à Buchenwald le 17 août 1944, dans un groupe de trente-six officiers français, britanniques, canadiens et belges appartenant aux services secrets alliés. Son radio, Chaigneau, et plusieurs chefs de poste du contre-espionnage sont du nombre, de même que des agents du BCRA et du SOE. Presque tous sont exécutés en septembre et en octobre, par pendaison ou par balle. Trois seulement en réchappent, dont Stéphane Hessel. Jean Lavallée est fusillé le 5 octobre.
Déclaré mort pour la France, il est fait chevalier de la Légion d’honneur et reçoit la croix de guerre avec palme et la médaille de la Résistance. La Marine donne son nom à un aviso de la classe d’Estienne d’Orves, le Lieutenant de vaisseau Lavallée (F790), construit à Lorient, lancé en 1979 et parrainé par la ville de Saint-Nazaire ; le bâtiment est désarmé en 2018.







