Une opération audacieuse menée dans les eaux glaciales de l’Atlantique Nord ce 7 janvier 2026 illustre l’intensification des tensions maritimes liées au blocus américain du Venezuela. Le pétrolier BELLA 1, rebaptisé MARINERA et passé sous pavillon russe, a finalement été arraisonné par les forces américaines au large de l’Islande, malgré la présence d’un sous-marin et de navires de guerre russes dans la zone.
L’opération qui s’est achevée ce mercredi marque l’aboutissement d’une poursuite maritime spectaculaire débutée le 21 décembre 2025 dans les Caraïbes. Le pétrolier BELLA 1, sanctionné par Washington depuis 2024 pour ses liens présumés avec l’Iran et le Hezbollah libanais, tentait alors de rejoindre les eaux vénézuéliennes lorsqu’il fut repéré par les garde-côtes américains dans le cadre du blocus naval mis en place contre les pétroliers transportant du pétrole sanctionné.
Face à la première tentative d’interception, l’équipage du navire refusa l’arraisonnement et prit la décision audacieuse de traverser l’Atlantique vers la Russie. En pleine mer, le bâtiment changea de nom pour devenir le MARINERA, fit peindre un drapeau russe sur sa coque et obtint le 24 décembre une autorisation provisoire de navigation sous pavillon de la Fédération de Russie. Le navire coupa également ses balises GPS, naviguant « en mode furtif » à travers l’océan.
Forces américaines déployées
L’arraisonnement du pétrolier a mobilisé des moyens navals et aériens considérables du côté américain, coordonnés entre plusieurs agences gouvernementales :
Moyens navals :
- USCGC MUNRO : Ce patrouilleur hauturier de la classe Legend des garde-côtes américains (USCG) a assuré le suivi continu du pétrolier pendant plus de deux semaines à travers l’Atlantique. Long de 127 mètres et déplaçant 4 500 tonnes, le MUNRO dispose d’un armement conséquent et d’un hélicoptère embarqué.
Forces spéciales :
- Des images diffusées par la chaîne russe RT montrent la présence d’hélicoptères MH-6 Little Bird, typiquement utilisés par le 160th Special Operations Aviation Regiment (SOAR) de l’US Army. La présence de ces appareils, dont le rayon d’action est d’environ 200 kilomètres, implique nécessairement une plateforme maritime de lancement à proximité, probablement un navire amphibie.
- Des équipes d’abordage composées de gardes-côtes et possiblement de forces spéciales ont mené l’assaut final.
L’opération a été menée conjointement par le Département de la Justice, le Département de la Sécurité intérieure (dont dépendent les garde-côtes) et le Département de la Défense (anciennement Département de la Guerre sous l’administration Trump), comme l’a confirmé l’US European Command (EUCOM).
Le ministère de la Défense britannique a révélé avoir fourni un « soutien opérationnel planifié » aux forces américaines, confirmant l’implication de l’OTAN dans cette opération sensible menée dans le détroit entre le Royaume-Uni, l’Islande et le Groenland (zone dite du « GIUK Gap », traditionnellement stratégique pour surveiller les mouvements navals russes).
Le dispositif naval russe
La Russie a déployé des moyens navals inhabituels pour protéger le pétrolier, dans ce qui constitue une escalade rare dans la protection d’un navire commercial :
Selon plusieurs sources américaines citées par Reuters, le Wall Street Journal et NBC News, au moins un sous-marin de la marine russe escortait le MARINERA lors de son arraisonnement. Bien que le type exact n’ait pas été révélé, la marine russe dispose dans sa flotte du Nord de sous-marins nucléaires d’attaque de classe Akula et Severodvinsk, ainsi que de sous-marins lance-missiles de croisière de classe Oscar-II, capables d’opérations prolongées en Atlantique.
Des bâtiments de guerre russes non identifiés se trouvaient également « dans la zone générale de l’opération », selon les responsables américains, sans qu’une confrontation directe n’ait eu lieu entre les forces américaines et russes. Les sources précisent que ces navires se tenaient à distance du théâtre d’opération immédiat.
Au moment de l’opération américaine vers 7h00 GMT, le pétrolier se trouvait à environ 200 kilomètres au sud des côtes islandaises, dans la zone économique exclusive de l’Islande, après avoir ralenti brusquement sa vitesse à huit nœuds. La communication avec le navire fut perdue dès que les forces américaines montèrent à bord, selon le ministère russe des Transports.
L’arraisonnement a été effectué « en vertu d’un mandat délivré par un tribunal fédéral américain » pour violation des sanctions américaines. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a déclaré que « le blocus du pétrole vénézuélien illégal et sanctionné reste pleinement en vigueur, partout dans le monde. »
Le ministère des Affaires étrangères russe avait tenté d’empêcher l’opération en envoyant une note diplomatique à Washington. Après l’arraisonnement, Moscou a dénoncé « l’usage de la force par Washington contre un navire battant pavillon russe » et rappelé que « conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, en haute mer s’applique le régime de liberté de navigation, et aucun État n’a le droit d’employer la force à l’encontre de navires dûment immatriculés dans la juridiction d’autres États. »
Le ministère russe a qualifié l’attention portée au navire par les États-Unis et l’OTAN de « manifestement disproportionnée par rapport à son statut pacifique », tout en demandant « le traitement humain et le retour rapide des citoyens russes à bord. »
Cette saisie s’inscrit dans le cadre de la campagne de pression maritime américaine contre le Venezuela, intensifiée après la capture du président Nicolás Maduro par des forces spéciales américaines lors d’un raid à Caracas le 4 janvier 2026. Washington accuse le régime vénézuélien de « narcoterrorisme » et exige l’accès des compagnies pétrolières américaines aux vastes réserves du pays.
Le BELLA 1/MARINERA fait partie de ce que les États-Unis appellent la « flotte fantôme » – des pétroliers opérant sous différents pavillons de complaisance pour contourner les sanctions internationales et transporter du pétrole pour la Russie, l’Iran et le Venezuela. Depuis décembre 2025, au moins six autres pétroliers sanctionnés ont changé leur pavillon pour celui de la Russie, dont l’HYPERION (en route vers le port russe d’Oust-Louga) et le PREMIER (encore dans les Caraïbes).
Quelques heures après l’arraisonnement du MARINERA, les forces américaines ont également intercepté le pétrolier M/T SOPHIA dans la mer des Caraïbes, un navire « sans pavillon » également sous sanctions, qui sera escorté vers les États-Unis pour immobilisation.

Implications stratégiques
Cette opération marque un tournant dans la confrontation maritime entre les États-Unis et la Russie. C’est apparemment la première fois qu’un navire battant pavillon russe est saisi par les forces américaines dans le cadre de cette campagne, malgré la présence dissuasive d’un sous-marin nucléaire russe.
L’incident soulève des questions juridiques complexes sur l’application extraterritoriale des sanctions américaines et l’équilibre entre les principes de liberté de navigation et l’application des régimes de sanctions internationales. Il démontre également la détermination de Washington à faire respecter son blocus « partout dans le monde », selon les termes du secrétaire Hegseth, même au risque d’une confrontation directe avec la marine russe.
Le MARINERA naviguait vide au moment de sa capture, selon le site spécialisé TankerTrackers, ce qui suggère qu’il se dirigeait effectivement vers la Russie plutôt que vers le Venezuela pour y charger du pétrole. Son sort juridique et celui de son équipage russe demeurent incertains, alors que se profile une crise diplomatique majeure entre Moscou et Washington sur fond de tensions déjà exacerbées concernant l’Ukraine et le Venezuela.
Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure, a salué « deux opérations d’arraisonnement sûres et efficaces menées en quelques heures », louant « l’équipage héroïque de l’USCGC MUNRO ».







