Patrice Le Nepvou de Carfort est né le 10 octobre 1925 à Bonen, dans les Côtes-du-Nord — aujourd’hui Côtes-d’Armor —, au cœur de la Bretagne. Issu d’une famille portant l’une des plus anciennes noblesses de robe bretonne, il grandit avec le sens du devoir et de l’engagement qui marquera toute son existence.
Patrice Le Nepvou de Carfort entre à l’École du Service de santé des armées de Lyon en octobre 1945, avant d’être nommé docteur en médecine en 1951, puis de rejoindre l’École d’application du Service de Santé des Troupes coloniales à Marseille. Sa vocation est alors clairement tracée : être médecin militaire, au plus près des combattants.
C’est en Indochine que Patrice Le Nepvou de Carfort forge sa légende. Dès juin 1952, il rallie le 8e bataillon de parachutistes coloniaux. Son comportement, tant comme médecin que comme officier, force l’admiration de tous. Médecin chef de bataillon, il assure, avec un remarquable sang-froid et un total mépris du danger, les soins et l’évacuation des blessés dans les conditions les plus difficiles, sous le feu adverse dans les zones de combat les plus meurtrières. Il n’hésite pas non plus à se dépenser sans compter pour la population civile.
À Diên Biên Phu, il donne toute son âme et toute son énergie pour lutter contre la mort. Il est de toutes les reconnaissances du bataillon avec sa sacoche à Croix-Rouge, marchant toujours au milieu de ceux qui vont se battre. Il va au plus près, soigne sous les balles et s’évacue souvent in extremis avec les blessés. Quand la bataille atteint son intensité maximale, il arpente les trous boueux, les boyaux inondés, les abris obscurs pour soulager la misère.
Une photographie devenue célèbre le montre agenouillé auprès d’un parachutiste autochtone grièvement blessé, le regard chargé d’une douleur que les mots ne sauraient traduire. Geneviève de Galard, « l’ange de Diên Biên Phu », témoigne : « Patrice mettait de l’âme dans sa vocation et j’ai toujours à l’esprit cette photo déjà célèbre où on le voit, au cours d’une opération, auprès d’un blessé grave ; il y a dans son regard toute la souffrance ressentie devant son impuissance à le sauver, mais j’y vois aussi un regard vers l’ailleurs, une prière peut-être. »
Il participe aux combats de Diên Biên Phu, où il se comporte en officier d’élite, avant d’être fait prisonnier. En deux années de séjour en Extrême-Orient, cinq citations — dont trois à l’ordre de l’armée et deux à l’ordre de la division — couronnent sa brillante conduite au feu.
Son commandant, le capitaine Tourret, le décrit en ces termes : « Médecin chef du corps, figure marquante de l’unité, d’un dévouement et d’un courage exceptionnels, très aimé de ses camarades, littéralement adoré par la troupe, qui s’incline devant son abnégation et son dévouement. »
Après sa libération de captivité, Patrice Le Nepvou de Carfort poursuit une carrière militaire riche et diverse. De janvier 1956 à septembre 1959, il est affecté aux Îles Marquises, où son dévouement est de nouveau mis en exergue. En octobre 1959, il rejoint le 8e régiment d’infanterie de marine dans le sud de l’Algérie comme médecin-chef. Sa carrière se poursuit ensuite aux Nouvelles-Hébrides et à Djibouti, alternant avec des retours en métropole où il perfectionne ses qualifications.
C’est au poste d’inspecteur de la médecine du travail dans les armées qu’il quitte le service actif en 1985. Il est alors admis dans la 2e section des officiers généraux le 1er novembre 1985, avec le rang de médecin chef des services hors classe, au terme de près de quarante années de services durant lesquelles ses connaissances médicales, son sens de l’opérationnel, ses exceptionnelles qualités humaines et son dévouement ont toujours été soulignés.
Grand officier de la Légion d’honneur et grand officier de l’Ordre national du mérite, le médecin général Patrice Le Nepvou de Carfort demeure l’un des plus brillants exemples d’accomplissement professionnel et militaire pour un médecin des armées.
Le médecin général (2 étoiles) Patrice Le Nepvou de Carfort meurt le 21 mars 2010. Le 25 mars, une cérémonie funèbre a lieu en son honneur aux Invalides à Paris. Il est inhumé au cimetière Saint-Louis à Versailles.
Sa mémoire est perpétuée avec éclat au sein des armées. En 2010, les élèves de l’École de santé des armées de Lyon choisissent Patrice Le Nepvou de Carfort comme parrain de leur promotion, en tant que figure emblématique du service de santé des armées. La « Promotion Médecin Général Patrice Le Nepvou de Carfort » est à la fois la 65e promotion de la Vieille École, la 30e promotion de l’École de Bron et la 1re promotion de l’École Unique. Ce choix porte un message fort : l’aptitude et l’acceptation des jeunes gens sortant de la condition d’élèves à être projetés en situation de guerre et à s’y conduire immédiatement avec efficacité et détermination.
Il laisse le souvenir d’un homme dont l’intelligence, la culture et le rayonnement exceptionnels, alliés à une grande modestie, ont su gagner l’estime de tous et contribuent à la gloire du service de santé des armées.
Chant de la promo « Patrice de Carfort »
Fils de Bretagne, marqué par la guerre,
Désireux de servir la Nation,
Suivant vos pairs à la Libération,
Vous vous engagez à Santé Militaire.
Sorti de l’Ecole, choisissant la coloniale
Vous rejoignez le palais du Pharo.
De la métropole à la jungle asiatique,
Des confins sahariens aux îles des tropiques,
Vaillant parachutiste, au courage exemplaire
Incarnant à jamais le médecin militaire.
En ce jour devant vous nous jurons
De porter fièrement votre nom.
Soyez pour toujours notre guide dans l’effort,
Oh Général, le Nepvou de Carfort
Pour l’Indochine, Lieutenant volontaire,
Sur tous terrains, dépensant sans compter,
Votre énergie aux côtés des blessés,
Sans cesse dévoué, sur cette terre étrangère.
À Diên Biên Phu, sous le feu Viet Minh,
Combattant d’élite, fier soldat de marine.
Revenu des combats, embarqué pour les îles,
En Polynésie, par votre abnégation,
Vous marquez le cœur des populations.
L’appel de la France vous mène en terre hostile.
Pendant une année, arpentant le Djébel,
Soignant les civils, combattant les rebelles.
Infatigable, se succèdent vos missions,
Vous vous consacrez au progrès scientifique,
Ces années de recherche biologique,
Montant les échelons, forçant l’admiration.
Après quarante ans de service exemplaire,
Vous vous retirez de la vie militaire.
La postérité retiendra votre nom
Vos pas glorieux guidant notre promotion.





