Juillet 1952 : deux hélicoptères H-19 traversent l’Atlantique pour la première fois.

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Le 15 juillet 1952, deux hélicoptères Sikorsky H-19A de l’US Air Force décollent de la base aérienne de Westover, dans le Massachusetts, pour tenter ce qu’aucun appareil à voilure tournante n’a encore accompli : la traversée de l’océan Atlantique. 16 jours plus tard, le 31 juillet, les deux machines se posent à Prestwick, en Écosse, achevant la première traversée transatlantique de l’histoire de l’hélicoptère.

Les deux hélicoptères, des Sikorsky H-19A Chickasaw (désignation militaire du S-55), portent des noms de baptême : « Hop-A-Long » et « Whirl-O-Way ». Le premier est piloté par le capitaine Vincent H. McGovern, secondé par le capitaine Harry C. Jeffers ; le second par le lieutenant Harold W. Moore, avec le capitaine George D. Hambrick comme copilote. À l’exception de Hambrick, tous sont des vétérans des opérations de sauvetage par hélicoptère menées pendant la guerre de Corée.

L’idée du projet revient à McGovern, alors âgé de 29 ans. L’objectif est d’ordre opérationnel : démontrer qu’il est possible de convoyer des hélicoptères vers l’Europe par leurs propres moyens, plutôt que de les démonter et de les expédier par bateau ou par avion-cargo. Il s’agit donc d’un essai de « self-deployment » (autodéploiement), et non d’une simple tentative de record.

Pour augmenter leur autonomie, les deux H-19A sont allégés de tout équipement non indispensable et reçoivent trois réservoirs auxiliaires de carburant de 100 gallons (environ 380 litres) chacun, installés dans la cabine.

Igor Sikorsky, concepteur de l’appareil, assiste en personne au départ de Westover. Il déclare à cette occasion que ce vol pourrait ouvrir la voie à des avancées importantes en démontrant que les hélicoptères peuvent être acheminés vers des points jusque-là inaccessibles.

L’itinéraire : une route en arc de grand cercle par le Nord

Le H-19A ne disposant que d’une autonomie limitée, la traversée s’effectue par étapes, en suivant la route orthodromique du nord de l’Atlantique, classique pour les avions à court rayon d’action de l’époque :

  • Westover (Massachusetts) – Presque Isle (Maine), atteinte le jour même du départ, le 15 juillet ;
  • Presque Isle – Goose Bay (Labrador, Canada) ;
  • Goose Bay – Narsarsuaq (Groenland) ;
  • Narsarsuaq – Keflavik (Islande) ;
  • Keflavik – Prestwick (Écosse).

L’étape la plus longue et la plus exposée est la dernière : environ 850 miles (près de 1 370 km) entièrement au-dessus de l’eau, entre l’Islande et l’Écosse.

Les deux hélicoptères atteignent Prestwick le 31 juillet 1952, après un parcours de l’ordre de 3 400 à 3 500 miles selon les sources (soit environ 5 500 km), couvert en 16 jours pour un temps de vol effectif de 42 heures et 25 minutes. Les nombreuses journées d’immobilisation au sol s’expliquent par les escales de ravitaillement et l’attente de conditions météorologiques acceptables sur les segments maritimes.

La mission ne s’arrête pas en Écosse. Après les cérémonies d’accueil à Prestwick, les deux appareils poursuivent leur convoyage vers le continent, avec une escale à Schiphol (Pays-Bas), et atteignent leur destination finale, la base aérienne de Wiesbaden en Allemagne de l’Ouest, le 4 août 1952. Le trajet complet représente alors 4 220 miles (environ 6 790 km) et 51 heures et 55 minutes de vol, réparties sur 21 jours.

La démonstration est jugée concluante par l’US Air Force : un hélicoptère de série, moyennant des réservoirs supplémentaires, peut rallier l’Europe par ses propres moyens. L’exploit contribue à asseoir la réputation du S-55, premier hélicoptère Sikorsky produit en grande série, dont des versions seront construites sous licence en Grande-Bretagne (Westland Whirlwind), en France (par la SNCASE, où l’appareil est surnommé « Éléphant joyeux ») et au Japon (Mitsubishi).

La traversée de 1952 reste toutefois une opération par étapes. Il faudra attendre le 31 mai et le 1er juin 1967 pour qu’une traversée transatlantique sans escale soit réalisée en hélicoptère, par deux Sikorsky HH-3E de l’US Air Force ravitaillés en vol.

Stéphane GAUDIN
Stéphane GAUDINhttp://www.theatrum-belli.com/
Créateur et directeur du site THEATRUM BELLI depuis 2006. Officier de réserve citoyenne Terre depuis 2018, rattaché au 35e régiment d'artillerie parachutiste de Tarbes. Officier de réserve citoyenne Marine de 2012 à 2018, rattaché au CESM puis au SIRPA. Membre du conseil d'administration de l'Amicale du 35e RAP. Membre associé de l'AA-IHEDN AR7 (région Centre Val-de-Loire). Chevalier de l'Ordre National du Mérite.
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