Opération EPIC FURY – Premières réflexions sur le volet naval.

L’infographie propose une représentation géographique des principaux engagements navals survenus entre le 28 février et le 6 mars 2026. Cette représentation permet de saisir d’un coup d’œil l’étendue du théâtre des opérations, qui ne se limite pas aux abords immédiats du territoire iranien. Les premiers jours de l’opération révèlent plusieurs dynamiques, au premier rang desquelles figurent l’impact des conflits sur la circulation maritime et le contrôle des détroits stratégiques.

Dès le déclenchement de l’opération, le 28 février, les frappes américaines contre les bases navales iraniennes ont un effet immédiat sur la navigation dans le détroit d’Ormuz. En quelques heures, les données de suivi maritime font état d’une chute du trafic d’environ 70 % : des dizaines de pétroliers et de navires marchands jettent l’ancre dans le golfe Persique, attendant une clarification de la situation sécuritaire. Plusieurs grands armateurs suspendent rapidement leurs transits, et certains navires sont redirigés vers des routes alternatives pouvant aller jusqu’au cap de Bonne-Espérance, allongeant considérablement les délais d’acheminement.

La situation bascule ensuite vers une quasi-paralysie du détroit. Dans les jours qui suivent, les messages radio diffusés par les forces iraniennes, la menace des mines et les frappes contre des navires dans la région conduisent la plupart des opérateurs commerciaux à fuir la zone. Au plus fort de la crise, seules quelques traversées isolées sont enregistrées, signe que la navigation internationale s’est massivement retirée du corridor. Cette interruption de facto frappe un passage par lequel transite ordinairement près de 20 % du pétrole mondial, ce qui explique l’augmentation du prix du baril.

Concernant plus particulièrement les navires de combat, La majorité des pertes iraniennes recensées lors de cette première semaine survient dans les ports ou à proximité immédiate des installations navales, conséquence de frappes de précision combinant missiles de croisière, aviation et renseignement. Les Américains revendiquent ainsi plus qu’une quarantaine de destruction. Des combats ont aussi lieu en mer. La frégate IRIS Dena est torpillée par un sous-marin américain au large du Sri Lanka. Plusieurs bâtiments iraniens présents dans l’océan Indien cherchent alors refuge dans des ports étrangers. Des navires tels que l’IRIS Lavan, en Inde, ou l’IRIS Bushehr, au Sri Lanka, obtiennent ainsi l’autorisation d’accoster temporairement dans des ports neutres.

La paralysie du trafic maritime et la menace sur les flux énergétiques internationaux conduisent rapidement plusieurs puissances à envisager des mesures destinées à sécuriser la navigation. Le 9 mars, monsieur Emmanuel Macron annonce ainsi travailler avec plusieurs partenaires à la préparation d’une mission navale « purement défensive » destinée à rouvrir le détroit d’Ormuz. Présentée comme strictement défensive et multinationale, cette initiative pourrait associer des partenaires européens et asiatiques fortement dépendants de ces routes maritimes. Elle s’inscrirait dans un dispositif naval plus large, la France annonçant par ailleurs renforcer sa présence en Méditerranée orientale, en mer Rouge et dans la région d’Ormuz, notamment grâce au groupe aéronaval.

Crédit : Alexandre Lamour / Theatrum Belli.
Alexandre LAMOUR
Alexandre LAMOUR
Alexandre Lamour est conseiller en droit des conflits armés au ministère des Armées et chargé de mission à l’état-major de la Marine. Dans ce cadre, il a exercé des fonctions juridiques en France, outre-mer et au sein de l’Union européenne, et a participé à un exercice de l’OTAN en contexte opérationnel. Avant son engagement militaire, il a travaillé dans des structures publiques responsables des réseaux locaux d’énergie et de communication électronique, ce qui lui a donné une approche concrète des infrastructures essentielles et de leurs contraintes. Il s’intéresse au droit des conflits armés en milieu maritime et, plus largement, aux évolutions de la conflictualité contemporaine. Ses travaux portent notamment sur la guerre navale, l’hybridité en mer et les formes de "lawfare", en s’appuyant sur des apports issus du droit, de l’histoire et de la stratégie pour mieux comprendre les enjeux de souveraineté et les vulnérabilités des infrastructures critiques. Il publie sur la guerre en mer, les cadres juridiques des opérations et les tensions liées à la puissance en mer, avec le souci de rendre accessibles des dynamiques souvent difficiles à percevoir dans les conflits modernes. Il a rejoint THEATRUM BELLI en novembre 2025.
ARTICLES CONNEXES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Abonnez-vous à notre lettre d'information hebdomadaire

M&O 289 de décembre 2025

Dernières notes

COMMENTAIRES RÉCENTS

ARCHIVES TB