vendredi 17 mai 2024

1921-2021 : Petite histoire de l’armée jordanienne

Les racines de l’armée jordanienne plongent dans la grande révolte arabe de juin 1916 contre la domination ottomane. Le Chérif de La Mecque Hussein ben Ali, de la dynastie des Hachémites, est choisi par Londres pour mener la rébellion contre l’Empire ottoman. Il est le chef de la dynastie des Beni-Hachem (Hachémite) à qui la garde des lieux saints de l’Islam a été confiée depuis plusieurs siècles.

En 1920, les Britanniques obtiennent à la conférence de San Remo le mandat sur l’Irak où Fayçal est promu roi en 1921 pendant que son frère Abdallah devient émir de Transjordanie. Cet émirat, rattaché au mandat britannique, qui se veut temporaire se constitue en un État durable dans la région. L’administration hachémite de Transjordanie en la personne de Rashid Bey Tali débuta des discussions avec Wyndham Deedes, secrétaire en chef du haut-commissariat britannique du gouvernement de Palestine, concernant la formation d’une force de protection pour ses frontières. L’émir Abdallah était d’avis de créer une division comprenant des bataillons d’infanterie, d’artillerie et de cavalerie de 800 hommes chacun, armés de canons de montagne et de canons de campagne et de mitrailleuses. La Brigade de cavalerie, quant à elle, devait être composée de 1 500 hommes. Les Britanniques répondirent diplomatiquement qu’il n’était pas possible de soutenir financièrement une telle force. Cependant, un accord fut trouvé pour absorber la katiba chérifienne dans une force mobile avec des missions de gendarmerie.

Frederick Peake (1866-1970).

Une « Légion arabe » (al-Jaysh al’Arabi) est ainsi mise sur pied en Transjordanie dès 1921 et commandée par un Britannique, le colonel Frederick Gerard Peake. Elle est composée de prisonniers de guerre de l’armée ottomane. Pour le diplomate Sir Mark Sykes(1), spécialiste des affaires orientales auprès du gouvernement britannique, « cette Légion arabe sera le signe visible de l’unité et du nationalisme arabe. Ses membres s’engagent pour combattre pour la cause des Arabes, sur le sol des Arabes, contre le Turc. »(2) Peack conservera son commandement jusqu’à sa retraite en 1939 où il sera remplacé par le général John Glubb.

Cette unité arabe embryonnaire démarre avec 5 officiers, 75 cavaliers et 25 mitrailleurs montés. L’unité subit un grand revers dans le cadre d’une opération dans la région d’Al-Karak où elle tombe dans une embuscade tendue Kulaib al-Shuraidi qui avait refusé de verser son impôt (18 tués et de nombreux blessés). Elle est ensuite reconstituée à la fin de l’année 1921 avec sept cent cinquante hommes s’organisant en deux compagnies d’infanterie, deux escadrons de cavalerie, d’un groupe d’artilleurs et d’une section de transmetteurs. Les effectifs vont encore grossir avec l’arrivée de policiers qui vont fusionner avec les militaires pour former une troupe de 1 300 hommes. La mission de cette Légion était de maintenir l’ordre public et de freiner les soulèvements tribaux qui ne tardèrent pas à se déclencher…

Les premiers troubles intérieurs

En plus de repousser des raids wahabites de l’autre coté de la frontière et d’intercepter des trafiquants d’armes, la Légion se trouve en 1923 confrontée à résorber des velléités intérieures.

Des dissidences tribales persistent, notamment entre les bédouins de Bani Sakher, dirigés par Mithqal Al Fayez, favorisé par l’émir Abdallah(3) et les bédouins d’Adwan de Balqa, dirigés par le prince Majed Adwan qui se rebelle en 1923 contre le jeune gouvernement transjordanien dirigé par Mezhar Ruslan. La rébellion touche une nouvelle génération d’intellectuels urbanisés réclamant un régime démocratique.

Arrivé à Amman en août 1923, au cours d’une manifestation armée, le sultan Adwan réclame l’établissement d’un gouvernement constitutionnel. Après des négociations avec l’émir, un nouveau gouvernement est formé mais trois opposants sont arrêtés, dont l’écrivain et poète Mustafa Wahbi Tal, pour complot contre l’État puis exilés. Avançant à nouveau sur Amman, les forces d’Adwan s’emparent de deux postes de gendarmerie. La légion, bien préparée, intervient et met en fuite les insurgés après une bataille féroce. Les prisonniers sont bannis dans le Hadjza tandis que le sultan Adwan et ses fils s’enfuient en Syrie. Une grâce générale, en mars 1924, permit aux exilés de rentrer dans leurs foyers.

Cet épisode insurrectionnel fait comprendre à l’émir Abdallah la nécessité d’entretenir une force armée efficace, même si pour le moment cette force est toujours sous commandement britannique. Progressivement la Légion arabe va participer à la consolidation de l’État-nation au sein de populations bédouines réticentes à un État central en employant l’usage de la force étatique de façon disciplinée.

L’épisode Transjordan Frontier Force

Cependant, la mission de sécurité intérieure de cette Légion se verra temporairement contrecarrée par la création, le 1er avril 1926 à Sarafand (Palestine), de la Transjordan Frontier Force destinée, qui, comme son nom l’indique, à défendre les frontières nord et sud de la Transjordanie, dont l’émir Abdullah était Honorary Colonel. Composée en grande majorité de Palestiniens, cette troupe est constituée au départ de trois escadrons de cavalerie de 120 hommes chacun et d’une unité d’infanterie dont le premier commandant est le lieutenant-colonel Frederick William Bewsher. Un escadron de chameaux et des unités mécanisés s’ajouteront ensuite.

Les escadrons et les compagnies étaient commandés par des majors britanniques secondés chacun par un autre officier britannique. Les escadrons de cavalerie étaient composés de trois groupes de fusiliers, soit 36 hommes et d’un groupe de mitrailleurs (36 fusils et 4 mitrailleuses). Le groupe de reconnaissance tactique était normalement constitué en demi-escadron ou demi-compagnie commandés par des cadres locaux. Au fil des années, le nombre de cadres britanniques se réduit : il passera de 39 officiers en 1927 à 24 en 1935.

La Légion arabe transfert une partie de son armement : artillerie, mitrailleuses, radios. Cette formation sera dissoute en 1948 et ses effectifs (3 000 hommes) seront intégrés à la Légion arabe.

Transjordan Frontier Force. Photo prise entre 1934 et 1939. Crédit : DR.

Création de la Desert Mobile Force

John Gabot Glubb (1897-1986).

En décembre 1930, le major John Bagot Glubb(4), qui possède de solides connaissances sur les coutumes bédouines, est versé au sein de la Légion arabe comme commandant en second. L’année suivante, il crée la Patrouille du désert, exclusivement composée de bédouins, afin de lutter contre les raids entre tribus qui cesseront en 1932. Il persuade la TJSF de se retirer du désert au profit de cette patrouille d’une vingtaine d’hommes équipée de quatre camions et armée de mitrailleuses Lewis et Vickers. Les hommes portent le keffieh à damier rouge et blanc, qui sert aux bédouins à se protéger du vent, du soleil et du sable, et qui devient ainsi un élément identitaire de leur uniforme.

D’autres hommes étaient positionnés dans de petits forts disséminés dans la région et se déplaçaient en chameaux. Cette stratégie permit ainsi à Glubb, au fil des années, de pacifier les différentes tribus.

Avec les menaces grandissantes de la révolte arabe en Palestine et les troubles en Syrie, Glubb augment les effectifs pour disposer d’une force de combat de réserve correspondant à deux escadrons de cavalerie ainsi que d’une force mécanisée du désert comprenant 350 bédouins circulant dans des camions et organisés en deux compagnies.

Peake, parti à la retraite en mars 1939, Glubb lui succède à la tête de la Légion, qu’il va transformer en force militaire la mieux entraînée du monde arabe. L’année suivante, il prend livraison de six voitures blindées fabriquées « localement » par l’entreprise allemande Wagner installée à Jaffa (Palestine).

La Légion arabe dans la Seconde Guerre mondiale

Durant le conflit la Légion participe à l’effort de guerre britannique contre les forces de l’Axe, notamment en protégeant l’aérodrome d’Aqir(5) avec une compagnie de 200 hommes.

La Légion arabe est également mise à contribution contre les forces françaises vichystes de Syrie et du Liban. En 1941, à la suite du coup d’état en Irak(6) de l’ancien premier ministre Rachid Ali al Gaylani favorable aux forces de l’Axe. Le 29 avril 1941, les forces britanniques de l’aérodrome de Habbaniya sont alors assiégées par des unités de l’armée royale irakienne (estimée à 9 000 homme appuyée par une cinquantaine de canons), déclenchant le début de la guerre anglo-irakienne. Le 12 mai 1941, les Britanniques, sous le commandement du Major-General J.G.W. Clark, rassemblent rapidement à Mafraq (Transjordanie) une troupe de 6 000 hommes pour secourir Habbaniya. Nommée la « Habforce », elle comprend une colonne volante de 2 000 hommes intégrant 350 hommes de la Légion arabe. Ce renfort obligera les rebelles putschistes à se replier sur Bagdad.

Après avoir été bombardé par des Bristol Bleinheim Mark IV de la RAF du 203rd Squadron, le fort d’Ar-Rutbah (Irak) est repris le 13 mai par les hommes de la Légion arabe avec le soutien de la N°2 Armoured Car Company de la RAF équipée de huit voitures blindées Fordson(7).

Après Ar-Rutbah, deux pelotons de la Légion se dirigent vers la ligne ferroviaire Mossoul-Bagdad à 400 km à l’Est. Le raid réussit, un train est intercepté. Le gouverneur de Mossoul est tué dans l’attaque et le chef de la police est capturé. Les hommes de la Légion démontrent leur savoir-faire opérationnel et leur qualité au combat qui sont le résultat de deux facteurs essentiels : un bon entraînement et un solide commandement.

Le 1er juillet 1941, à 80 km au Nord-Est de Palmyre, la Légion arabe, commandée par le lieutenant-colonel Norman Lash et le capitaine Imrie, est engagée contre une colonne vichyste (2e Compagnie légère du désert) qui est mise en déroute. Pour un mort et un blessé dans ses rangs, la Légion arabe tue 11 soldats ennemis et en capture 80, dont 5 officiers, ainsi que 6 automitrailleuses, 4 camions et 12 mitrailleuses. Cette déroute porte un sérieux coup au moral des troupes vichystes à Deir ez Zor et à Palmyre. Deux mois plus tard, de retour à Amman, la Légion reçoit la visite officielle de l’émir Abdallah qui personnellement félicité Glubb « Pasha » pour les exceptionnelles performances d’ont a fait preuve la Légion durant la campagne en Syrie.

Habforce. Crédit : Stuart Brown (https://skipperpress.com/).

 

D’un conflit à l’autre : le premier conflit israélo-arabe (1947-1948)

Le mandat britannique sur la Transjordanie se termine le 22 mars 1946. Le 25 mai, l’émir Abdallah devient Roi et déclare son pays indépendant. Le 14 mai 1948, à minuit, le mandat britannique sur la Palestine prend fin. L’État d’Israël est proclamé le 14 mai dans la galerie principale du musée de Tel-Aviv par Ben Gourion, président de l’Agence juive, qui devint le Premier ministre du nouvel État juif. L’immigration transocéanique juive en Palestine s’était accentuée durant les années 1932-1939 qui en absorba 46%. En 1929 de graves incidents avaient éclaté entre Arabes et Juifs. Entre 1940 et 1948 l’immigration continua grâce aux quelques 111 000 entrées clandestines. Cette immigration devient encore plus massive à partir de 1948(8).

La création d’Israël va bouleverser la configuration géopolitique de la Jordanie. Le roi Abdallah, opposé à une nouvelle partition de la Palestine proposée par la résolution 181 de l’ONU(9), envoie la Légion arabe pour protéger les Palestiniens. Désormais cette force militaire du royaume jordanien compte jusqu’à 25 000 hommes. La coalition arabe (Égypte, Liban, Syrie, Irak et Transjordanie) déclare la guerre à Israël. Les troupes arabes, commandées par le roi Abdallah, comprennent 24 000 soldats dont 4 500 hommes de la Légion arabe. Des 65 000 hommes en état de porter les armes dont disposait Israël, seuls 5 000 appartenaient à la Palmach, une formation relativement bien armée. Le reste relevait d’une milice, la Haganah.

Mai 1948 : La Légion s’illustre avec bravoure à Jérusalem

Crédit : DR.

En 1948, la Légion arabe, en lutte contre Israël, va encore prouver son courage intrépide et sa remarquable discipline lors de la bataille de la vieille ville de Jérusalem.

Le 15 mai, la Légion traverse le Jourdain et pénètre en Palestine. Les hommes, toujours commandés par Glubb « Pasha », ont un moral d’acier et sont acclamés par la population dans les rues de Amman lorsqu’ils y ont défilé quelques jours auparavant. Leur mission est d’occuper cette partie de la Palestine octroyée par les Nations unies, ce qui entraînera un conflit direct avec l’État hébreu.

Pour atteindre Jericho, la Légion est obligée d’emprunter un défilé propice aux embuscades. Glubb décide de n’envoyer que les 1ère et 8e compagnies de l’unité qui doivent progresser vers le mont des Oliviers. La piste est rendue carrossable grâce à Glubb qui a utilisé une main d’œuvre locale payée par la caisse de sa cantine, soit 4 000 livres sterling. Comme les Britanniques avaient insisté pour qu’il n’y ait aucune unité de la Légion arabe en Palestine pour la fin du mandat, cela procure un avantage tactique certain à l’organisation israélienne Palmach qui pénétra dans Jérusalem par la porte de Damas. À l’intérieur, les Arabes font appel au Abdallah pour protéger les lieux saints de l’Islam.

Le 18 mai à 8 h 00, Glubb envoie la 1ère compagnie dans la vieille ville. Ce mouvement de troupes permet aux hommes de la Légion de repousser les Israéliens mais cela sera de courte durée car les Israéliens disposent de deux atouts majeurs : celui de l’armement et celui du nombre.

Le commandant Bob Slade, commandant en second du 2e régiment, reçoit ses ordres : « Entrer dans Jérusalem avec pour objectif de défendre la vieille ville tout en la laissant intact. Nettoyer tout le quartier arabe depuis Cheik Jarrah jusqu’à la porte de Damas ». Sa colonne se compose d’un escadron d’automitrailleuses, de pelotons de canons de 57 mm (portée efficace 900 m) dont les points forts sont leur petite taille et leur manœuvrabilité, et de mortiers de 81 mm (portée 2 500m) ainsi que de deux compagnies du 5e régiment et de la 8e compagnie du 6e régiment. Ses effectifs s’élèvent à quelques 500 hommes devant investir une ville abritant 100 000 Israéliens sans compter les autres communautés ethnico-religieuses.

Vue la configuration, cette mission relève proprement du suicide, et pourtant, finalement, cela a marché même si au début cela semblait perdu.

Les Israéliens ont dressé de gros blocs de bétons qu’il faut détruire à coups de canons antichars de 87,6 mm (25 livres) à bout portant… sous le feu de l’ennemi. Le major Slade est blessé en inspectant un de ces blocs de béton. Les ordres sont d’économiser au maximum les obus.

Formés aux raids dans les grands espaces, les combats de rues sont difficiles pour les soldats de la Légion qui progressent lentement subissant pas des pertes importantes. Ils reçoivent des renforts dans l’après-midi provenant de deux compagnies du 1er régiment. Eb début d’après-midi les automitrailleuses arrivent à la porte de Damas puis pénètrent dans la vieille ville et commencent à pilonner le grand monastère de Notre-Dames-de-France à l’aide de petits mortiers de 51 mm dont la portée et la puissance de feu sont supérieures à celles des grenades à fusil(10).

Les pelotons et les sections sont répartis dans toute la ville, souvent sans pouvoir communiquer entre eux. Configuration classique du combat en zone urbaine, ils évoluent dans un environnement dense au milieu d’une population terrorisée. En soirée du 20 mai, le lieutenant-colonel australien Gordon Newman, basé à Naplouse à une distance de 65 km, reçoit l’ordre de faire mouvement vers Jérusalem pour apporter des renforts. Ses éléments seront fixés à Notre-Dame-de-France par des feux nourris de mitrailleuses israéliennes durant plusieurs jours. Ils surnommeront la journée du 24 mai « Jour du massacre ».

Dans la vieille ville, une colonne de la Légion (moins de 500 hommes) poursuit ses deux objectifs : défendre les murs de la ville et nettoyer les ruelles et les bâtiments délabrés du vieux quartier juif.

Par manque de communication, il est extrêmement difficile pour les chefs d’influer sur les opérations en cours. Le 25 mai, la Légion a subi de grosses pertes même si l’attaque israélienne a été stoppée. Elle contrôle néanmoins la vieille ville mais le besoin de réorganiser le dispositif devient une nécessité. A une cinquantaine de kilomètres de Jérusalem, au Nord-Ouest, Lash a envoyé le 4e régiment à Latroun(11) afin de pouvoir contrôler la route reliant Tel-Aviv à Jérusalem.

Le 26 mai, une compagnie du 1er régiment est envoyée sur une position clé qui est une ancienne station radar dans laquelle sont positionnés une soixantaine d’Israéliens, enterrés dans des tranchées couvertes d’un réseau de barbelés. Mortiers et canons de 87,6 mm fournissent l’appui-feu qui ne peuvent endommager les barbelés qui devront être sectionnés à la main. L’assaut est sanglant pour les « légionnaires » qui compteront 3 tués et 13 blessés mais enlèveront la position au pris de 13 morts chez les Israéliens, qui lanceront plusieurs attaques sur Latroun dans laquelle 1 200 Jordaniens sont opposés à 6 500 Israéliens. Le 25 mai, ils envoient l’équivalent d’une brigade soutenue par un intense bombardement aux mortiers. Ils devront pourtant se retirer en laissant de nombreux morts sur le terrain. Jusqu’au 11 juin, les attaques se poursuivront sans succès. Le 4e régiment de la Légion, qui n’est pas composés de bédouins, s’est admirablement battu alors qu’il avait été formé seulement trois mois avant cet engagement. Son chef recevra la médaille de la bravoure sur le champ de bataille.

Le 28 mai, David Ben Gourion publie sa Quatrième Ordonnance officialisant la création de l’armée d’Israël « Tsahal » qui absorbe la Haganah. Les milices terroristes Lehi et Irgoun la rejoindront les 29 mai et 1er juin.

Le 29 mai surviendra une nouvelle qui sera une véritable douche froide pour la Légion. Le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution britannique demandant une trêve des combats durant quatre semaines et aux officiers réguliers britanniques de se retirer à l’Est du Jourdain. Sont concernés les deux commandants de brigade, trois comandants de bataillon, tous les officiers d’artillerie et tous les officiers d’état-major divisionnaire. Durant le cessez-le-feu, et malgré l’embargo décrété par l’ONU, Israël reçoit de nouveaux armements en via la Tchécoslovaquie(12) alors que les Britanniques stoppent toutes leurs livraisons.

À la fin de la trêve la coalition arabe se réunit au Caire et, à la surprise du roi de Jordanie et de Glubb « Pasha », décide de poursuivre les combats alors que la Légion manque cruellement de munitions.

Durant la période de cessez-le-feu, la Légion envoie une compagnie de garnison occuper les deux villes arabes de Lydda et Ramla même si pouvoir tenir ces deux villes relève du miracle en cas d’attaque israélienne d’envergure. Le 11 juillet, la population terrorisée fuit l’attaque israélienne. Les combats qui s’ensuivent sont durs et désespérés, particulièrement lorsque le 2e régiment parvient à reprendre le village d’Al Burj après avoir avancé à découvert sous un déluge de feu sur deux kilomètres. L’attaque est conduite par un peloton d’automitrailleuses commandé par un bédouin intrépide, Hamdan el Biluwi qui est l’une des dix premières recrues de Glubb en 1930. Il sera grièvement blessé, lorsque son véhicule sera atteint par la munition à charge creuse d’un lance-roquette PIAT tirée par un Israélien déterminé. Son chauffeur est tué sur le coup. Hamdan el Biluwi survivra ; à l’hôpital les chirurgiens retireront de son corps une centaine de morceaux de métal.

Par l’attaque de ces villages les Israéliens espèrent reprendre la ville stratégique de Latroun. Le 18 juillet, la Palmach lance une nouvelle attaque est lancée avec l’appui de cinq chars, d’automitrailleuses Bren et de plusieurs semi-chenillés. Le 2e régiment de la Légion arabe qui défend Latroun a hissé sur le toit du commissariat un canon antichar de 57 mm qui donnera du fil à retordre aux Israéliens. Touché plusieurs fois, avec des servants tués qui sont automatiquement remplacés, le canon résiste fièrement et parvient à détruire ou à endommager tous les chars ennemis. Les Israéliens sont stupéfaits par ce fait d’armes. Enfin, une nouvelle trêve intervient à 17 heures.

Cette guerre entre Arabes et Israéliens se poursuivra avec des combats sporadiques jusqu’au 24 février 1949, date où les Égyptiens acceptent un armistice avec Israël qui sera ensuite conclu avec la Jordanie le 11 mars. Entretemps, après avoir proposé un nouveau plan de paix, le comte Folke Bernadotte, médiateur des Nations unies en Palestine depuis le 20 mai, est assassiné à Jérusalem (ainsi que le colonel français André Sérot) par trois terroristes sionistes du Lehi.

La modernisation de l’armée jordanienne

Les accords d’armistice de Rhodes de 1949 mettent fin à la première guerre israélo-arabe. Les lignes de démarcations vont se transformer de facto en frontières que des conflits ultérieurs vont encore modifier.

Le roi Abdallah pouvait se sentir fier de sa Légion car des différentes unités arabes déployées dans le conflit, elle a été la seule force militaire à afficher une attitude véritablement agressive doublée d’un esprit de corps qui lui soit propre. Le soldat arabe, de souche bédouine, est robuste, résistant, a besoin d’une formation appropriée et d’un commandement efficace ; ce qui fut le cas pour la Légion arabe. Ses qualités et ses performances furent saluées par le comte Bernadotte qui déclara : « Il y a plein de gens qui se battent en Palestine, mais une seule armée, la Légion arabe ».

Le 20 juillet, le roi Abdallah est assassiné, sur les marches d’une mosquée de Jérusalem, par un Palestinien, partisan du mufti Haj Amin el-Hussein opposé au contrôle jordanien sur la partie arabe de la Palestine. Son fils, l’émir Talal, lui succède pour une courte période. Il abdiquera en août 1952 pour des raisons de santé est remplacé par son jeune fils Hussein, âgé de seize ans.       

Après les accords de Rhodes, la Légion arabe qui atteint un effectif de 12 000 hommes, va monter en puissance et se moderniser sur la base organisationnelle d’une division d’infanterie britannique. De nouveaux recrutements permettent de former neuf bataillons regroupés en trois brigades. Par la suite un dixième bataillon viendra s’ajouter permettant une meilleure flexibilité dans les déploiements opérationnels.

Les régiments demeurent homogènes dans leur composition ethnico-sociale : on ne mélange pas bédouins (de culture nomade) avec les recrues de culture sédentaire. Le bédouin est prompt à l’attaque mais réticent à tenir une position défensive. Le soldat sédentaire est un fantassin solide et, général, plus instruit que le bédouin mais comme le fait remarquer Glubb « Pasha » qu’être diplômé n’est pas suffisant en soi pour faire un bon officier.

En 1950 est inauguré un centre d’entraînement et une école de Cadets voit le jour l’année suivante accueillant des jeunes élèves à partir de 10 ans suivant le parcours classique de formation à la fois scolaire et militaire. Les femmes jordaniennes ont commencé à s’enrôler dans l’armée dès 1950 comme enseignantes dans les écoles militaires. Cependant, le nombre de femmes fut extrêmement réduit jusqu’en 1962, année de la création du Collège d’Infirmières Princesse Muna(13) (mère du roi Abdallah II).

Le commandement britannique est remplacé par un commandement purement jordanien par le jeune Hussein le 1er mars 1956, date où Glubb et ses 65 officiers britanniques restant sont renvoyés par le roi à la suite d’une trop lente « arabisation » de la Légion. Cette dernière change alors de nom pour devenir l’« Armée arabe jordanienne ».

En 1956, les effectifs de l’armée jordanienne s’élèvent à 27 000 hommes. L’arme de base du fantassin est le fusil Lee Enfield Mark III puis son successeur le Lee Enfield N°4, couplés avec le fusil-mitrailleur Bren(14) et au pistolet-mitrailleur STEN. Le mortier de 51 mm complète cet équipement. Les armes de soutien se composent du mortier de 81 mm, de la mitrailleuse Vickers et du canon antichar de 57 mm qui sera remplacé en 1954 par un canon plus lourd (3 tonnes) de 76,2 mm. Des camions Ford canadiens de trois tonnes furent modifiés pour pouvoir le tracter.

Le Corps royal blindé de la Légion arabe est organisé sur le modèle britannique d’un régiment d’automitrailleuses. Les unités de reconnaissance sont équipées de Land Rover modifiés, sans auvent ni pare-brise, pour transporter deux hommes avec la radio et ses batteries de rechange, un fusil-mitrailleur BREN, ainsi que le kit d’équipage sans oublier le carburant supplémentaire. Elles étaient entraînées à effectuer des raids sur de longues distances derrière les lignes ennemies.

Les voitures blindées n’ont pas de tourelles et servent de plateformes aux mortiers. Un deuxième régiment est progressivement ajouté au premier mais il est moins fourni en équipement que le premier par manque de moyens financiers. En 1945, la Légion arabe avait reçu quelques véhicules blindés Marmon-Herrington équipés d’une tourelle disposant d’un canon de 40 mm. Grâce au savoir-faire technique du colonel Broadhurst, les tourelles sont transformées à partir de 1953 pour pouvoir être équipés d’un canon antichar plus puissant de 57 mm.

En 1952, la Légion reçut 36 canon automoteurs « chasseurs de chars » britanniques Archer de 76,2 mm qui, avec sa silhouette basse, s’avérait être un excellent armement d’embuscade. Il surclassait les systèmes d’armes montés les Israéliens avaient à l’époque en dotation.

En 1954, La Légion équipa deux escadrons du 3e régiment de char avec 24 Charioteer, construit par les Britanniques dans les années 1950 sur la base du char Cromwell, équipés d’une tourelle entièrement fermée abritant un canon de 84 mm. L’arrivée de véhicules blindés à chenille posa un nouveau problème de maintenance et un atelier fut créé pour fournir un appui technique au régiment qui réussit à être opérationnel à la mi-1955.

Pour soutenir l’infanterie, la division d’artillerie comprend deux régiments puis un troisième en 1954 équipées de canons de campagne de 87,6 mm tractés par des camions de trois tonnes. Le 4e régiment de défense anti-aérienne est, quant à lui, armé de canons Bofors 40 mm. Cependant, l’engagement de ce régiment est limité car il n’est pas équipé de radars et d’équipement de conduites de tirs pouvant intercepter des aéronefs volant à basse altitude.

Embryonnaire au début, le génie est progressivement monté en puissance avec la création d’un véritable d’entraînement basé à Zerka à partir de 1952. La Légion excellait dans l’utilisation des transmissions sur de longues distances avec Les émetteurs-récepteurs radio britanniques n°19 et 62. Elle maîtrisait à merveille la technique du mors même si ce langage ne pouvait pas être retranscrit en arabe.

La force aérienne voit le jour timidement dans les années 1950 avec l’arrivée de deux avions Havilland Doves et d’un Viking. Des avions d’observation Auster ont permis également à la l’armée jordanienne d’effectuer des missions de reconnaissance à travers le pays.

La nécessité se fit sentir de déployer sur le mer Morte une flottille de surveillance armée à partir de 1955 avec des embarcations spécialement conçues malgré les difficultés à naviguer avec une concentration en sel de plus de 27% contre 2à 4% dans l’eau de mer normale.

Le 11 septembre 1956, une brigade d’infanterie motorisée israélienne, appuyée par de l’artillerie et par une dizaine d’avions de combat attaque les villes arabes de Hubla, Al-Nabi Illias et Azroun mais, face à la forte résistance des forces jordaniennes, elles furent contraintes de se retirer sur les collines de Qalqilia.

Juin 1967 – La guerre des Six-Jours

À la veille de la guerre des Six-Jours, les effectifs de l’armée royale jordanienne s’élèvent à 55 000 hommes(15). Sa structure est plus sophistiquée et s’apparente à désormais une armée moderne. Les troupes de campagne sont divisées en 9 brigades d’infanterie, deux brigades blindées et deux régiments de chars indépendants ainsi qu’une jeune armée de l’air disposant de 21 avions de chasse à réaction Hawker Hunter, très manœuvrables et robustes et une dizaine de Vampire « Abu Tiki » dont deux furent détruits.

Durant le conflit, l’armée israélienne détruit l’aviation jordanienne et dans une offensive terrestre s’empare de la Cisjordanie de Jérusalem Est. Les populations arabes sont expulsées des territoires conquis et un flot de réfugiés arrive dans les pays limitrophes comme la Jordanie qui a perdu environ 6 000 hommes dans le conflit.

Avec la bataille de la colline des munitions, dans la partie nord de Jérusalem-Est, l’armée royale jordanienne s’est retrouvée dans l’une des batailles les plus féroces de cette guerre. Commencée le 6 juin à 02h30 du matin, la bataille se termine après quatre heures de combats acharnés, avec 37 parachutistes israéliens et 71 soldats jordaniens tués. Au total, durant la campagne jordanienne (6-7 juin 1967), 700 soldats jordaniens ont perdu la vie et 2 500 ont été blessés contre 550 tués et 2 400 blessé côté israélien.

Le 21 mars 1968, les forces israéliennes attaquent la ville jordanienne de Karameh à la poursuite de combattants palestiniens (nom de code « Opération Inferno »). Les Jordaniens ripostent par des tirs d’artillerie lourde. Dans les combats urbains la résistance des Palestiniens est farouche et les militants déterminés du Fatah, ceinturés d’explosifs, expérimentent pour la première des attaques suicides contre les blindés ennemis.

Après 15 heures de combats, chaque camp revendique la victoire. Pour les Israéliens, l’opération a été tactiquement positive car le camp du Fatah a été détruit mais leurs pertes sont plutôt élevées et l’opération s’est révélée être en fin de compte un échec stratégique car l’OLP s’en est retrouvée médiatiquement renforcée, notamment avec l’arrivée de milliers de nouvelles recrues. Le médecin militaire israélien Asher Porat, grièvement blessé à Karameh, reconnaîtra en mars 2014, dans un article du site Israel Defense, que « c’était une erreur de combattre l’armée jordanienne(16) ». Les unités blindées et les artilleurs jordaniens ont fait preuve d’habileté de courage et de détermination face à des soldats israéliens trop confiants et mal préparés, se reposant sur les lauriers de la victoire toute fraiche de la guerre des Six-Jours.

En 1970-1971, l’armée intervient pour contrer les velléités insurrectionnelles des fedayins de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Les combats font fuir les combattants palestiniens vers le Liban. Cette migration massive sera indirectement à l’origine, quelques années plus tard, de la guerre du Liban.

En 1977, l’armée royale jordanienne se réorganise avec la création d’un commandement central (à partir de l’ancienne 4e division mécanisée qui a été dissoute), la création d’un commandement Nord (à partir des unités de la 12e division mécanisée qui a été également dissoute), le maintien d’un commandement oriental (à partir de la 5e division blindée). La 3e division blindée sert tout à la fois de réserve et de protection en cas de troubles intérieurs.

En 1996, à l’initiative du roi Abdallah II, un commandement des opérations spéciales est créé regroupant les 71e et 101e bataillons des forces spéciales, les 81e et 91e bataillons para-commandos auxquels s’ajoutent une capacité en guerre électronique et de soutien héliporté.

À partir des années 2000, l’armée royale jordanienne se transforme en force plus légère afin de pouvoir être plus réactive en cas d’urgence, en particulier le long des frontières. En 2014, est formée une brigade d’intervention rapide, rebaptisée en 2018 « Sheikh Mohammed bin Zayed Al Nayane Rapid Intervention / High Readiness Brigade », en l’honneur du prince héritier et ministre de la défense d’Abou Dhabi. En 2017.

Crédit : Peter Dennis.

L’armée royale jordanienne aujourd’hui

Le royaume hachémite consacre 4,7 % du PIB (qui s’élève en 2020 à 106,24 milliards de dollars). L’armée d’active comprend désormais plus de 100 000 hommes (dont 86 000 pour la seule armée de terre) et la réserve opérationnelle, en très grande majorité terrestre, 65 000 hommes). La Constitution de 1952 fait de lui le commandant suprême des armées

A 32 ans, en 1994, le prince Hussein(17), passé par l’école militaire britannique de Sandhurst est élevé au grade de commandant des forces spéciales jordaniennes. Un an avant son couronnement, il crée en 1998 le SOCOM (Special Operations Command)

Roi Abdallah II de Jordanie. Crédit : Jordan News Agency.

En 2009, le Centre de formation aux opérations spéciales du roi Abdallah II (« King Abdullah II Special Operations Training Center » – KASOTC) devient opérationnel. Construit par les États-Unis, le centre s’étend sur 25 kilomètres carrés et dispense des formations techniques et tactiques constamment actualisées en matière de lutte anti-terroriste, d’opérations spéciales, de guerres irrégulières. Chaque année, des forces spéciales étrangères sont invitées au « Warrior Competition » pour tester leurs compétences respectives et présenter les innovations technologiques.

En 2017 est ouvert à Amman un Centre d’alerte et de réaction aux attaques informatiques (Computer Emergency Response Team – CERT) en partenariat avec l’OTAN afin de renforcer la cyberdéfense du pays.

Avec un chômage proche de 24% en 2020, la Jordanie décide de rétablir un service national obligatoire de 12 mois pour les jeunes sans emploi qui ont entre 25 et 29 ans. Ressemblant au Service militaire volontaire (SMV) français, les jeunes appelés suivent une formation professionnelle après une instruction militaire de trois mois.

Le 7 juin 2021, le Centre d’entraînement pour le personnel féminin, opérationnel depuis novembre 2020, a été inauguré en présence de Mircea Geoană, secrétaire général délégué de l’OTAN(18). L’objectif de ce centre, qui accueille annuellement 550 personnes, est d’aider les forces armées jordaniennes à atteindre le chiffre de 3% de personnels féminins en proposant des formations de bases et des formations au commandement selon les normes otaniennes.

La coopération internationale

Le Royaume hachémite a adhéré à l’Organisation des Nations Unies le 14 décembre 1955. Il fournit des contingents (composés de militaires et de policiers) pour les missions de maintien de la paix des Nations unies. Sa première mission s’effectua en Croatie en 1992. Il contribua par la suite à des missions en Afrique, en Afghanistan, en Bosnie, à Haïti et au Timor oriental.

A partir des années 1950, la Jordanie a établi des relations militaires et de renseignement avec les États-Unis qui se sont renforcées en 2014 avec l’émergence du groupe État islamique et la lutte anti-terroriste(19).

La Jordanie est membre de la coalition internationale en guerre contre Daesh depuis sa création en 2014. Avec quatre avions de combat F-16 et un Hercules C-130, l’armée de l’Air jordanienne participe à des raids contre les infrastructures (camps d’entraînement, dépôts de munitions et de carburant, centres logistiques et résidentiels). Les raids se sont intensifiés à la suite de l’exécution barbare(20) le 3 janvier 2015 du premier lieutenant jordanien Maaz al-Kassasbeh, pilote de chasse sur F-16, dont l’avion s’était écrasé en Syrie le 24 décembre 2014 au cours d’une campagne de frappes. L’armée de l’air jordanienne qui ne frappait qu’en Syrie allongea son rayon d’action pour frapper en Irak.

Pour la France, la Jordanie est un partenaire de premier ordre au Levant avec laquelle elle a bâtie une « relation bilatérale de défense dans la durée ». Elle a participé en 2017 à la création d’une brigade de réaction rapide jordanienne pour sécuriser les frontières à travers la mise en place d’un centre militaire d’instruction au combat en zone accidenté, situé dans le sud du pays, à Humaymah. Des actions de formation des troupes de montagne ont été organisées.

Le 21 novembre 2014, la France ouvre une Base aérienne projetée (BAP) en Jordanie. Elle accueille actuellement quelques 300 militaires français provenant en grande majorité de l’armée de l’Air et de l’Espace.

La position géographique de cette base est stratégique pour l’opération Chammal car, étant proche de la Syrie et de l’Irak, elle enlève beaucoup de profondeur pour les aéronefs (qui partiraient soit du porte-avions, soit de Chypre ou soit la base aérienne Al Dhafra aux Émirats arabes unis). Le 28 novembre, 3 Mirage 2000D sont mis en place et les missions débutent le 6 décembre avec une première frappe le 12. Mirage 2000N et 2000D vont se relever au fil du temps. Un Atlantique 2 arrive sur la BAP en février 2016. Mirage 2000D et 2000N vont se relayer au cours des mois puis seront remplacés par six Rafale le 28 août 2016. Les Mirage auront effectué 2 300 sorties cumulant près de 11 000 heures de vol ; ce qui correspond au décollage journalier de trois à quatre Mirage pendant 21 mois sans interruption. Comme le relève le rapport d’information du Sénat du 6 juillet 2021, grâce à cette base, les missions aériennes sont fortement écourtées, passant à 4h30 au lieu de 7h30 pour les avions partant de la base aérienne émirienne.

En août 2021, la France a déployé sur la BAP H5 jordanienne (première projection hors territoire français) le Système Air Sol Moyenne Portée – Terrestre (SAMP/T) « Mamba » utilisé en France pour la protection des bases aériennes ainsi qu’un Centre de Management de la Défense dans la 3e dimension (CMD 3D). Le missile intercepteur « Aster 30 » est capable d’engager tous types de menaces venant du ciel sur 360° à une distance de plus d’une centaine de kilomètres. Avec déploiement opérationnel il s’agit de pouvoir « s’exercer avec notre partenaire, éprouver la capacité du système d’armes à protéger une emprise où sont disposés des éléments français contre des attaques aériennes, tester la capacité de projection du MAMBA et confirmer son interopérabilité ».

Concernant d’autres équipements, l’armée de terre jordanienne a reçu fin 2020 ses premiers chars français Leclerc offerts par les Émirats arabes unis. Au total, 70-80 chars Leclerc équiperont deux des quatre bataillons de chars(21) de la 3e Division blindée aux cotés des Centuro modernisés espagnols et des Marder allemands provenant des stocks de la Bundeswehr.

Au sein d’un Moyen-Orient traversant de profondes crises depuis plusieurs décennies, la Jordanie apparaît comme une clé de voute de stabilité dans la région qu’il est vital de soutenir. Un partenariat stratégique plus étroit avec la France pourrait être envisagé permettant notamment de conserver la base aérienne projetée. La Base aérienne projetée « constitue en effet un point d’appui logistique important, un élément décision de l’appréciation autonome de situation et un balcon sur les crises environnantes (…) et donne un signal de confiance et d’amitié fort vis-à-vis de la France »(22).


NOTES :

  1. Son nom est associé à l’accord Sykes-Picot de 1916, concernant le partage de l’Empire ottoman entre le Royaume-Uni, la France et la Russie.
  2. National Archives, Public Record Office, Kew Gardens (London). War Cabinet, The Arab Legion, By Sir Mark Sykes (Secret), Memorandum, p. 3. CAB 24/18/29.
  3. Il a été le premier à accueillir favorablement l’arrivée d’Abdallah sur le trône.
  4. John Bagot Glubb « Pacha » est devenu officier du génie en 1915. Il combattit à Ypres et sur la Somme où il eut la mâchoire inférieure fracassée par un éclat d’obus. En 1920, il se porta volontaire pour servir en Irak et devint officier de renseignement de la jeune Royal Air Force (RAF), créée 1er avril 1918 par le regroupement des Royal Flying Corps (RFC) et Royal Naval Air Service (RNAS). En 1926, il renonça à ses fonctions d’officier et signa un contrat avec le gouvernement irakien. En 1928, il organisa la Southern Desert Camel qui comptait une centaine d’hommes dont la mission était d’effectuer des patrouilles le long de la frontière avec l’Arabie saoudite. Il rejoint ensuite la Légion arabe en 1930 qu’il commandera en 1939. Cette force devint stratégique pour les Britanniques au moment où les Italiens marchaient sur l’Égypte en 1940. Glubb reçut alors l’ordre d’augmenter les effectifs à 700 hommes.
  5. RAF Aqir a servi de base principale à la Royal Air Force en Palestine. Après 1948, le site deviendra israélien sous le nom d’aérodrome d’Ekron. Elle abritera ensuite une école de pilotage de l’IAF juqu’en 1966. Aujourd’hui, elle est une des trois principales bases de l’armée de l’air israélienne sous le nom de TEL NOF.
  6. L’Irak est officiellement indépendant depuis le 3 octobre 1932 mais reste sous tutelle britannique. Le traité anglo-irakien de 1930 comprenait la présence de bases militaires britanniques ainsi que la liberté totale de circulation des troupes britanniques dans l’ensemble du pays. Le Royaume-Uni souhaitait conserver la mainmise sur le pétrole irakien.
  7. Les voitures blindées Fordson était des voitures Rolls Royce qui avaient reçu en Égypte un nouveau châssis d’un camion Fordson.
  8. Ce plan prévoit la partition de la Palestine mandataire en trois entités, avec la création d’un État juif et d’un État arabe, tandis que la ville de Jérusalem et sa proche banlieue sont placées sous contrôle international en tant que corpus separatum.
  9. Étienne de Vaumas, Les trois périodes de l’immigration juive en Palestine, Annales de géographie, 1954, pp 71-72.
  10. Mortier de deux pouces : Poids : 4,88 kg. Portée : 200 à 850 m. Cadence de tir : 8 à 12 coups par minute.
  11. En 1967, Latroun, village stratégique contrôlant la route de Jérusalem, sera conquis en une heure par les Israéliens qui en expulseront la population arabe puis raseront le village.
  12. Le 14 janvier 1948, Ehud Avriel, envoyé en mission par Ben Gourion pour armer la Haganah, signe un contrat avec une société d’armement tchèque de 12 millions de dollars incluant l’achat de 24 500 fusils, 5 000 mitrailleuses légères, 200 mitrailleuses lourdes, 54 millions de cartouches et 25 avions de chasse Messerschmitt BF-109 dont certains seront acheminés par le pilote de chasse de la Haganah Ezer Weizman qui deviendra Président de l’État d’Israël en 1993. En juin, la France livrera dix chars Hotchkiss H-39.
  13. https://jrms.jaf.mil.jo/contents/Princess_Muna_College_of_Nursing.aspx#.YTDNNI4zb-g
  14. Le BREN est un fusil-mitrailleur de fabrication britannique, dérivé du FM tchécoslovaque ZB-30, en service depuis 1937 dans l’armée de terre britannique, dans de nombreuses versions. Son nom combine les lettres des deux sites d’invention Br (Brno, en Tchécoslovaquie) et En (Enfield, un borough de Londres).
  15. Égypte : 210 000 ; Syrie : 63 000 ; Irak : 56 000.
  16. https://www.israeldefense.co.il/content/%D7%AA%D7%95%D7%A4%D7%AA
  17. Le prince Hussein passera son brevet de parachutiste, deviendra commandant de chars (40e puis 91e brigade blindée). Il sera également formé comme pilote d’hélicoptère de combat sur Cobra.
  18. La Jordanie a rejoint en 1995 le Dialogue méditerranéen de l’OTAN.
  19. Le 9 novembre 2005, la capitale Amman subit un triple attentat-suicide organisé par quatre terroristes tuant 59 personnes et en blessant 115. Une djihadiste irakienne d’al-Qaida, Sajida al-Rishawi, en réchappe, ne parvenant pas à actionner sa ceinture d’explosifs lors d’un mariage. Elle sera capturée puis exécutée le 4 février 2015. Le 7 juin 2006, le chef djihadiste d’origine jordanienne Abou Moussab al-Zarqaoui (de son vrai nom : Ahmad Fadil Nazzal al-Khalayleh), responsable d’al-Qaida en Irak, est tué près de Bakouba, au cours d’un raid aérien. Le succès de cette opération incombe en partie aux services de renseignement jordaniens.
  20. Enfermé dans une cage et revêtu d’une tenue orange, le premier lieutenant Maaz al-Kassasbeh avait été brûlé vif. En 2018, la police belge avait identifié Osama Krayem, un suédois d’origine syrienne, impliqué dans les attentats commis en 2015-2016 à Paris et Bruxelles, comme étant « l’un des auteurs actifs » de son exécution.
  21. https://blablachars.blogspot.com/2020/10/la-jordanie-recu-ses-leclerc.html
  22. Rapport d’information de la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale « sur la stabilité au Moyen-Orient dans la perspective de l’après Chammal », 6 juillet 2021, page 115.

BIBLIOGRAPHIE :

  • Brigadier (Retd) Syed Ali EL-EDROOS, The Hashemite Arab Army 1908-1979, The Publishing Committee, 1980.
  • Graham JEVON, Glubb Pasha and the Arab Legion, Cambridge University Press, 2017.
  • Samir A. MUTAWI, Jordan in the 1967 War, Cambridge University Presse, 1987.
  • Beverley MILTON-EDWARDS and Peter HINCHCLIFFE, Jordan, a Hashemite Legacy, Routledge, 2001.
  • The Military Balance 2021, The International Institute for Strategic Studies, Routledge, 2021.
  • Benny MORRIS, The Road to Jersusalem – Glubb Pasha, Palestinbe and the Jews, B. Tauris Publishing, 2002.
  • Julien MONANGE, La Légion arabe de 1917 – dans le Hedjaz en guerre, CNRS Éditions, 2019.
  • Chef de bataillon Christian DUBOIS, La Légion arabe (1920-1956) : un précurseur du Partenariat Militaire Opérationnel, in Le Risque, Revue de tactique général n°5, CDEC, mars 2021.
  • Général Édouard BRÉMOND, Le Hedjaz dans la guerre mondiale, Payot, 1931.
  • Pascal LE PAUTREMAT, La mission du Lieutenant-colonel BRÉMOND au Hedjaz, 1916-1917, in Guerres mondiales et conflits contemporains n°221, 2006 : https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2006-1-page-17.htm
  • Rapport d’information du Sénat n°656, La Jordanie, clé de voute de la stabilité d’un Moyen-Orient en crise, juillet 2019 : https://www.senat.fr/rap/r18-656/r18-656.html
  • Louis-Jean DUCLOS, La Jordanie, PUF, collection « Que sais-je ? », n°1823, 1999.
  • Jean DESTREMEAU, Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale, Éditions Perrin, 2011.

 

Stéphane GAUDIN
Stéphane GAUDINhttp://www.theatrum-belli.com/
Créateur et directeur du site THEATRUM BELLI depuis 2006. Chevalier de l'Ordre National du Mérite. Officier de réserve citoyenne Terre depuis 2018 (LCL), rattaché au 35e régiment d'artillerie parachutiste de Tarbes. Officier de réserve citoyenne Marine de 2012 à 2018 (CC). Membre du conseil d'administration de l'association AD AUGUSTA et de l'Amicale du 35e RAP.
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