Les contacts diplomatiques entre la France et l’Écosse sont antérieurs à l’alliance proprement dite. En 1165, le roi d’Écosse Guillaume le Lion envoie une ambassade à Louis VII. Au XIIIe siècle, les échanges se multiplient : mariages princiers, présence de clercs écossais dans les écoles parisiennes, commerce de laine et de peaux. Les chroniqueurs écossais de la fin du Moyen Âge ont cherché à faire remonter l’entente beaucoup plus loin. Vers 1360, Jean de Fordun attribue sa fondation à un roi légendaire, Achaius, qui aurait échangé une ambassade avec Charlemagne à la fin du VIIIe siècle. Cette généalogie n’a aucun fondement documentaire, mais elle a longtemps été reprise et a contribué à donner à l’alliance une profondeur quasi mythique.
L’acte fondateur naît d’une crise de succession. En mars 1286, le roi Alexandre III meurt d’une chute de cheval sans héritier mâle. Sa petite-fille Marguerite, dite la Pucelle de Norvège, est reconnue reine, mais elle meurt en 1290 aux Orcades, à 7 ans, pendant son voyage vers l’Écosse. 13 prétendants revendiquent alors la couronne. Les Écossais sollicitent l’arbitrage du roi d’Angleterre Édouard Ier, qui exige au préalable d’être reconnu comme suzerain du royaume. En novembre 1292, il désigne Jean Balliol, qui lui prête hommage.
Édouard Ier traite rapidement l’Écosse comme une dépendance féodale. Il reçoit en appel des causes jugées par les tribunaux écossais et convoque le roi Jean devant sa cour. En 1294, la guerre éclate entre l’Angleterre et la France à propos de la Gascogne, que Philippe IV déclare confisquée. Édouard Ier exige alors que les barons écossais le servent militairement contre le roi de France. En juillet 1295, un conseil de 12 membres prend en main le gouvernement écossais, écartant de fait un roi jugé trop soumis. Le 5 juillet 1295, Jean Balliol nomme quatre ambassadeurs chargés de négocier avec Philippe IV : William Fraser, évêque de Saint Andrews, Matthew Crambeth, évêque de Dunkeld, et deux chevaliers, John de Soules et Ingram de Umfraville.
Le traité est conclu à Paris le 23 octobre 1295. Il repose sur un principe simple : si l’Angleterre attaque l’un des deux royaumes, l’autre doit l’aider en ouvrant un second front. Sur le papier, l’engagement est réciproque. Dans les faits, il favorise nettement la France. Les Écossais s’engagent à faire la guerre à l’Angleterre de toutes leurs forces tant que le conflit franco-anglais durera, et à n’en pas conclure de paix séparée. La France, de son côté, n’est tenue qu’à poursuivre la lutte qu’elle mène déjà en Gascogne. Le coût d’une guerre anglo-écossaise reste entièrement à la charge de l’Écosse.
Le traité comporte aussi un volet dynastique. Édouard, fils aîné et héritier de Jean Balliol, doit épouser Jeanne de Valois, fille de Charles de Valois et nièce de Philippe IV. Le roi d’Écosse promet en douaire des rentes assises sur ses terres familiales de Picardie, à Bailleul, Dompierre, Hélicourt et Hornoy, et sur des domaines écossais, notamment à Lanark, Cadzow, Haddington et dans le château de Dundee. Le traité est ratifié par Jean Balliol à Dunfermline le 23 février 1296. Le mariage n’aura jamais lieu.
La même année 1295, Philippe IV conclut également un accord avec le roi Éric II de Norvège, traditionnellement proche de l’Angleterre. Les deux textes sont distincts, mais ils relèvent d’une même stratégie : entourer Édouard Ier d’adversaires sur ses flancs nord et maritime.
Pour l’Écosse, le traité de 1295 constitue une rupture. Un royaume éloigné, peu peuplé et pauvre se trouve lié à la principale puissance du continent. L’historienne Elizabeth Bonner a souligné que les avantages tirés par l’Écosse ont souvent été plus symboliques que matériels, mais que la reconnaissance diplomatique qu’ils impliquaient comptait beaucoup pour un royaume dont l’indépendance était contestée.
L’épreuve des guerres d’indépendance (1296-1371)
L’alliance ne protège pas l’Écosse à court terme. Informé du traité, Édouard Ier lève une armée. Le 30 mars 1296, il prend et met à sac Berwick, alors principal port écossais. Le 27 avril, l’armée écossaise est battue à Dunbar. Jean Balliol abdique en juillet ; il est dépouillé publiquement de ses insignes royaux, puis emprisonné à la Tour de Londres. La pierre du couronnement de Scone est transportée à Westminster. La France n’intervient pas : en 1297, Philippe IV et Édouard Ier concluent une trêve, suivie en 1299 du traité de Montreuil, puis en 1303 d’une paix définitive. Les Écossais ne sont pas inclus dans ces accords de façon contraignante, et Édouard Ier peut concentrer ses forces contre eux.
La résistance écossaise se poursuit sans aide française décisive, d’abord avec William Wallace, vainqueur à Stirling Bridge en 1297, puis avec Robert Bruce, couronné en 1306. La victoire de Bannockburn, en juin 1314, et la déclaration d’Arbroath, adressée au pape en 1320, assoient l’indépendance du royaume. Jean Balliol, libéré en 1299 et confié au pape, finit ses jours sur ses terres de Picardie, à Hélicourt, en 1314.
En 1326, Robert Bruce renouvelle l’alliance. Son neveu Thomas Randolph, comte de Moray, négocie avec Charles IV le traité de Corbeil, conclu en avril. Le texte reprend l’engagement d’assistance mutuelle contre l’Angleterre. Il n’est pas dicté par une urgence militaire : la trêve anglo-écossaise de 1323 tient encore. Il s’agit d’une assurance. En 1328, le traité d’Édimbourg-Northampton, conclu avec l’Angleterre, reconnaît l’indépendance de l’Écosse.
La situation change après la mort de Robert Bruce en 1329. Son fils David II n’a que cinq ans. Édouard Balliol, fils de l’ancien roi Jean, débarque en 1332 avec le soutien d’Édouard III d’Angleterre, bat les partisans des Bruce à Dupplin Moor et se fait couronner. La victoire anglaise de Halidon Hill, en juillet 1333, livre Berwick et une grande partie du sud de l’Écosse au parti anglais.
Philippe VI de Valois applique alors l’alliance. À l’hiver 1332, une flottille de 10 navires chargés d’aide est dispersée par une tempête. Au printemps 1334, une somme de 1 000 livres parvient aux défenseurs écossais. En mai 1334, le roi David II, son épouse Jeanne d’Angleterre et une partie de la cour se réfugient en France. Philippe VI les installe à Château-Gaillard, en Normandie, et leur verse une pension annuelle de 2 000 livres. La même année, lorsque des négociations de paix franco-anglaises s’ouvrent, Philippe VI exige que l’Écosse y soit incluse ; Édouard III rompt les pourparlers. L’historiographie voit dans ce refus de dissocier le sort écossais de celui de la France l’un des facteurs qui conduisent à la guerre de Cent Ans, déclenchée en 1337.
En juin 1339, William Douglas, seigneur de Liddesdale, rentre en Écosse avec quelque 200 soldats français commandés par Arnoul d’Audrehem, qui participent à la reprise de Perth. David II regagne son royaume en 1341. En juin et juillet 1346, alors qu’Édouard III ravage la Normandie, Philippe VI écrit à David II pour lui demander d’attaquer l’Angleterre et de détourner une partie des forces anglaises. Le roi d’Écosse lance son offensive en octobre, après la défaite française de Crécy (26 août). Le 17 octobre, son armée est battue à Neville’s Cross, près de Durham. David II, blessé, est capturé et reste 11 ans prisonnier en Angleterre.
L’alliance continue de fonctionner par intermittence. En mars 1355, Jean II envoie en Écosse une soixantaine de chevaliers, soit environ 200 hommes, sous les ordres d’Eugène de Garancières, avec la promesse d’un subside de 40 000 moutons d’or. Les Écossais attendent le versement avant d’agir, puis tendent une embuscade près du château de Norham et s’emparent de la ville de Berwick, sans prendre le château. En 1356, des chevaliers écossais conduits par William Douglas combattent à Poitiers aux côtés de Jean II, qui y est capturé comme plusieurs d’entre eux. Dans les années 1360, des Écossais servent dans l’armée de Bertrand du Guesclin.
L’avènement de Robert II, premier roi de la dynastie Stewart, en 1371, entraîne un renouvellement immédiat. Le traité est signé par Charles V à Vincennes le 30 juin 1371 et par Robert II au château d’Édimbourg le 28 octobre. À partir de cette date, l’alliance est renouvelée à chaque avènement, que les deux royaumes soient ou non en guerre avec l’Angleterre. Seul Louis XI, parmi les rois de France de la période, ne la renouvelle pas.
L’épisode le plus ambitieux de la fin du siècle tourne court. En mai 1385, l’amiral Jean de Vienne débarque à Leith avec une flotte d’environ 180 navires, plusieurs centaines de chevaliers et écuyers et un millier d’hommes d’armes, pour une invasion conjointe du nord de l’Angleterre. Les Écossais, réticents à risquer une bataille rangée, préfèrent les raids ; les Français se plaignent du manque de vivres et du coût de leur séjour. Une armée anglaise conduite par Richard II ravage les Lowlands et incendie Édimbourg. Le corps expéditionnaire rentre en France à l’automne sans résultat. Le chroniqueur Jean Froissart rapporte l’exaspération des chevaliers français, dont certains souhaitaient, selon lui, une trêve avec l’Angleterre pour pouvoir s’en prendre à l’Écosse elle-même. Trois ans plus tard, en août 1388, les Écossais battent pourtant les Anglais à Otterburn.
Les Écossais au service du roi de France (1419-1453)
Au début du XVe siècle, le rapport de forces s’inverse : c’est la France qui a besoin de l’Écosse. Le royaume est déchiré par la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Henri V d’Angleterre écrase la chevalerie française à Azincourt en 1415, puis conquiert la Normandie. En 1419, l’assassinat du duc de Bourgogne Jean sans Peur sur le pont de Montereau, en présence du dauphin Charles, jette les Bourguignons dans le camp anglais. Le traité de Troyes, en mai 1420, déshérite le dauphin au profit d’Henri V.
Le futur Charles VII se tourne vers l’Écosse et la Castille. En 1418-1419, le régent d’Écosse, Robert Stewart, duc d’Albany, confie à son fils John Stewart, comte de Buchan, le commandement du corps expéditionnaire le plus important que l’Écosse médiévale ait jamais envoyé à l’étranger. Entre 6 000 et 8 000 hommes débarquent à La Rochelle en octobre 1419 et gagnent Tours. D’autres contingents suivent en 1420. Les estimations retiennent qu’environ 15 000 Écossais ont été envoyés en France entre 1419 et 1424. Cette « armée d’Écosse » devient dès l’été 1420 une force distincte au service du dauphin.
Charles distribue terres et titres. Buchan reçoit Châtillon-sur-Indre, le comte de Wigtown Dun-le-Roi, Thomas Seton le château de Langeais, et Sir John Stewart de Darnley, nommé connétable de l’armée d’Écosse, les seigneuries de Concressault et d’Aubigny-sur-Nère, en Berry. Cette dernière donation fondera une lignée franco-écossaise durable.
Le 22 mars 1421, à Baugé, en Anjou, l’armée franco-écossaise surprend une partie de l’armée anglaise commandée par Thomas, duc de Clarence, frère d’Henri V. Clarence est tué, ainsi que plusieurs centaines d’Anglais ; d’autres seigneurs sont faits prisonniers. C’est la première défaite sérieuse infligée aux Anglais depuis Azincourt. Le dauphin fait de Buchan le connétable de France, la plus haute dignité militaire du royaume. La part revenant à chaque nation dans la mort de Clarence a donné lieu à des récits concurrents ; la tradition écossaise l’attribue à Sir Alexander Buchanan.
Les revers suivent. En juillet 1423, à Cravant, en Bourgogne, l’armée écossaise subit de lourdes pertes face aux Anglo-Bourguignons ; John Stewart de Darnley y perd un œil et est fait prisonnier. Au début de 1424, Buchan revient d’Écosse avec environ 6 500 hommes, accompagné d’Archibald Douglas, 4e comte de Douglas, l’un des plus puissants seigneurs du royaume. Le 24 avril, l’armée, forte d’environ 2 500 hommes d’armes et 4 000 archers, entre à Bourges, où réside Charles VII. Douglas reçoit le duché de Touraine, titre rarement accordé à un étranger.
Le 17 août 1424, près de Verneuil, en Normandie, l’armée franco-écossaise, renforcée de 2 000 cavaliers lombards loués au duc de Milan, affronte l’armée anglaise du duc de Bedford, régent pour le jeune Henri VI. Avant la bataille, Douglas aurait fait savoir que les Écossais ne feraient ni ne demanderaient quartier. Après la fuite de l’aile française, les Écossais restent seuls face aux Anglais, qui les encerclent en criant le nom de Clarence. Le bilan est très lourd : les estimations font état de 6 000 à 8 000 tués dans le camp franco-écossais, dont Buchan, Douglas et une grande partie de l’armée d’Écosse ; Bedford écrit deux jours plus tard que 7 262 ennemis ont été tués. Les Anglais qualifient la bataille de « second Azincourt ». Le chroniqueur normand Thomas Basin écrit que le désastre avait au moins l’avantage de débarrasser le royaume d’alliés dont il jugeait l’arrogance insupportable.
Verneuil met fin à l’armée d’Écosse en tant que force constituée, mais non à la présence écossaise. Des compagnies restent au service du roi, et de nombreux Écossais s’établissent en France. Le 12 février 1429, à la journée des Harengs, devant Orléans, John Stewart de Darnley est tué en attaquant un convoi de ravitaillement anglais. Quelques semaines plus tard, des Écossais accompagnent Jeanne d’Arc lors de la levée du siège d’Orléans, en mai 1429. Des hommes d’armes et des archers écossais forment encore une part notable de l’armée royale pendant la campagne de la Loire qui suit. Un moine de Dunfermline, qui continua la chronique de Fordun, affirme avoir accompagné la Pucelle jusqu’à sa mort.
Le lien institutionnel le plus durable de cette période est la garde écossaise. Dès 1418-1419, le dauphin choisit une centaine des meilleurs combattants écossais pour sa protection personnelle. La garde l’aurait accompagné lors de l’entrevue de Montereau en 1419 et l’aurait tiré d’un incendie en Gascogne en 1442. Elle est ensuite intégrée à la maison militaire du roi. En 1450, Jacques II d’Écosse envoie une compagnie de 24 nobles écossais commandée par Patrick de Spens, qui prend le nom d’archers du corps, ou gardes de la manche, parce qu’ils se tenaient assez près du roi pour être frôlés par sa manche. Le 31 août 1490, plusieurs compagnies sont réunies pour former la première compagnie des archers de la garde du roi. Des gardes écossais meurent à Montlhéry en 1465 en protégeant Louis XI.
La garde se francise progressivement au XVIe siècle, mais conserve son rang de première compagnie des gardes du corps, ainsi que des commandements prononcés en scots. Sous Louis XV, la compagnie écossaise compte 21 officiers et 330 hommes ; elle escorte le roi à la bataille de Lauffeld, en juillet 1747. Dissoute en 1791, rétablie par une ordonnance du 25 mai 1814, elle disparaît définitivement en 1830 avec l’abdication de Charles X. L’un de ses capitaines, Gabriel de Montgomery, est resté célèbre pour avoir blessé mortellement Henri II lors d’un tournoi en juin 1559. Au XIXe siècle, Walter Scott fait d’un archer de la garde écossaise de Louis XI le héros de son roman Quentin Durward (1823).

Des Stuart d’Aubigny à Marie Stuart (1450-1558)
Après la guerre de Cent Ans, l’alliance change de nature. La menace anglaise sur le continent disparaît avec la perte de la Normandie et de la Guyenne en 1450-1453 ; il ne reste à l’Angleterre que Calais. L’Écosse cherche à profiter de la guerre des Deux-Roses. En 1460, Jacques II assiège Roxburgh, dernière place anglaise de la frontière ; il est tué par l’éclatement d’un de ses canons, mais la forteresse est prise. Les Écossais soutiennent ensuite le parti Lancastre, qui leur cède Berwick en 1461. Les Yorkistes reprennent la ville en 1482.
La présence écossaise en France prend alors une forme sociale et militaire plus diffuse. À Aubigny-sur-Nère, les descendants de John Stewart de Darnley conservent la seigneurie pendant plus de deux siècles. Bérault Stuart d’Aubigny, capitaine de la garde écossaise de 1492 à 1508, commande des troupes françaises lors des guerres d’Italie sous Charles VIII et Louis XII et devient l’un des généraux les plus en vue de son temps. Son cousin Robert Stuart d’Aubigny est fait maréchal de France en 1515 et combat à Marignan. La seigneurie d’Aubigny revient à la couronne en 1672, à l’extinction de la branche, puis Louis XIV l’attribue à Louise de Kéroualle, duchesse de Portsmouth, maîtresse de Charles II d’Angleterre, dont le fils, Charles Lennox, est un Stuart par son père. La ville cultive aujourd’hui ce passé et accueille un centre d’interprétation consacré à l’alliance.
Les années 1490-1510 voient un rapprochement anglo-écossais. En 1503, Jacques IV épouse Marguerite Tudor, fille d’Henri VII ; c’est de cette union que découlera en 1603 l’accession des Stuart au trône d’Angleterre. Mais l’avènement d’Henri VIII et sa participation à la Sainte Ligue contre Louis XII ravivent l’alliance française, formellement renouvelée en 1512. Lorsque Henri VIII débarque à Calais et envahit le nord de la France à l’été 1513, Louis XII presse Jacques IV d’intervenir. Le roi d’Écosse franchit la frontière avec une armée nombreuse et une puissante artillerie. Le 9 septembre 1513, à Flodden, dans le Northumberland, l’armée anglaise du comte de Surrey l’écrase. Jacques IV est tué, avec une grande partie de la noblesse écossaise, dont des évêques et une dizaine de comtes. Les pertes écossaises sont généralement estimées à plusieurs milliers d’hommes. C’est la plus lourde défaite de l’histoire militaire écossaise. Peu après, Louis XII accorde des lettres de naturalité aux archers écossais de sa garde.
L’alliance est encore renouvelée en 1517 par le traité de Rouen, qui prévoit un mariage entre le jeune Jacques V et une princesse française. Jacques V épouse en 1537 Madeleine de France, fille de François Ier, qui meurt quelques mois après son arrivée en Écosse, puis, en 1538, Marie de Guise, veuve du duc de Longueville. Ce second mariage installe durablement la maison de Guise, l’une des plus puissantes familles catholiques de France, au cœur de la politique écossaise.
Le 24 novembre 1542, l’armée écossaise est battue à Solway Moss. Jacques V meurt le 14 décembre, six jours après la naissance de sa fille Marie. Henri VIII tente d’obtenir par traité ce que les armes ne lui ont pas donné : les traités de Greenwich, conclus en juillet 1543, prévoient le mariage de la petite reine avec son fils Édouard. Le parti profrançais, mené par le cardinal David Beaton et par Marie de Guise, s’y oppose. Le 11 décembre 1543, le parlement d’Écosse dénonce les traités de Greenwich et l’alliance française est confirmée.
Henri VIII répond par la force. En mai 1544, une armée commandée par le comte d’Hertford débarque près de Leith et incendie Édimbourg, dont le palais et l’abbaye de Holyrood. Les campagnes qui suivent, dévastatrices pour le sud de l’Écosse, sont désignées depuis le XIXe siècle sous le nom de Rough Wooing, la « cour brutale », expression popularisée par Walter Scott et que plusieurs historiens jugent trompeuse tant elle minimise la violence du conflit. Les Écossais l’emportent à Ancrum Moor en février 1545, mais subissent le 10 septembre 1547, à Pinkie, près de Musselburgh, une défaite majeure face à l’armée du duc de Somerset. Les Anglais occupent ensuite une partie des Lowlands, dont la ville de Haddington, et y construisent des forts.
La France intervient massivement sous Henri II. Le 16 juin 1548, environ 10 000 soldats français débarquent à Leith et mettent le siège devant Haddington. Le 7 juillet 1548, au couvent de Haddington, le parlement écossais approuve le traité qui fixe le mariage de la reine Marie, âgée de cinq ans, avec le dauphin François, fils d’Henri II, et place le royaume sous la protection de la France. Le régent, le comte d’Arran, reçoit le duché de Châtellerault. Au début du mois d’août, Marie embarque à Dumbarton sur une galère française ; elle débarque à Roscoff, en Bretagne, le 13 août 1548, et grandit ensuite à la cour de France.
Les forces franco-écossaises, renforcées par des contingents conduits par André de Montalembert, sieur d’Essé, puis par Paul de Thermes, reprennent l’île d’Inchkeith en juin 1549. Les Anglais abandonnent Haddington le 19 septembre 1549. L’Écosse est comprise dans le traité de Boulogne de mars 1550, conclu entre la France et l’Angleterre, et le traité de Norham, en juin 1551, met fin à la guerre anglo-écossaise. Le 1er octobre 1550, lors de son entrée solennelle à Rouen, Henri II fait figurer sur des bannières les places reprises en Écosse, en présence de Marie de Guise et de la jeune reine.
En avril 1554, Marie de Guise remplace Arran comme régente. Des Français occupent alors des fonctions importantes dans l’administration et les forteresses du royaume, ce qui suscite des tensions. Le 24 avril 1558, Marie Stuart épouse le dauphin François à Notre-Dame de Paris. Le contrat comporte des clauses secrètes, signées par la reine quelques jours plus tôt, qui prévoient de transmettre l’Écosse au roi de France si elle meurt sans enfant. La même année, Henri II confirme et élargit la naturalité française des Écossais établis dans le royaume, tandis que la régente accorde la réciproque aux Français établis en Écosse, par des lettres datées de novembre 1558. Les deux royaumes n’ont jamais été aussi proches d’une union dynastique.
1560 : la Réforme et la fin de l’alliance politique
Le rapprochement de 1558 précède de peu la rupture. Plusieurs évolutions convergent. Le protestantisme progresse en Écosse depuis les années 1540, porté notamment par le prédicateur John Knox, ancien galérien des Français après la prise du château de Saint Andrews en 1547. La présence française, militaire et administrative, est de plus en plus mal acceptée par une partie de la noblesse. En Angleterre, l’avènement d’Élisabeth Ire en novembre 1558 installe une reine protestante, que les catholiques jugent illégitime. Henri II fait alors porter à Marie Stuart et au dauphin les armes d’Angleterre à côté de celles de France et d’Écosse, affirmant ainsi les droits de Marie, arrière-petite-fille d’Henri VII, au trône anglais.
Le 10 juillet 1559, Henri II meurt des suites de la blessure reçue lors d’un tournoi, le 30 juin, de la lance de Gabriel de Montgomery, capitaine de la garde écossaise. François II devient roi de France ; Marie Stuart est reine de France et d’Écosse. Le gouvernement passe aux mains des Guise, oncles de la reine.
En Écosse, la crise éclate en 1559. Les seigneurs protestants, dits Lords of the Congregation, prennent les armes contre la régente Marie de Guise. Celle-ci reçoit des renforts français et fait fortifier le port de Leith, qui devient la base des troupes françaises. Les Lords se tournent vers l’Angleterre. Par le traité de Berwick, conclu le 27 février 1560, Élisabeth Ire s’engage à les soutenir. Une flotte anglaise bloque le Forth, et une armée anglaise vient, avec les Écossais protestants, assiéger Leith à partir d’avril 1560. La garnison française résiste à plusieurs assauts, mais le blocus la prive de ravitaillement. Marie de Guise, malade, meurt au château d’Édimbourg le 11 juin 1560.
Des négociations s’ouvrent à Édimbourg. La France est représentée par Jean de Monluc, évêque de Valence, et Charles de La Rochefoucauld, sieur de Randan ; l’Angleterre par William Cecil, secrétaire d’État d’Élisabeth, et Nicholas Wotton. Le traité d’Édimbourg, également appelé traité de Leith, est conclu le 6 juillet 1560. La France et l’Angleterre s’engagent à retirer toutes leurs forces terrestres et navales d’Écosse. Les fortifications de Leith, d’Inchkeith et de Dunbar doivent être démantelées. François II et Marie Stuart doivent cesser de porter les armes d’Angleterre. Les garnisons françaises quittent le pays dans les semaines suivantes.
En août 1560, le parlement de la Réforme abolit l’autorité du pape et interdit la messe en Écosse. Le royaume devient officiellement protestant et se rapproche de l’Angleterre. Le 5 décembre 1560, François II meurt à Orléans, à 16 ans. Marie Stuart, veuve à 18 ans, quitte la France et débarque à Leith le 19 août 1561. Elle ne ratifiera jamais le traité d’Édimbourg, qui reconnaissait implicitement Élisabeth comme reine légitime d’Angleterre.
Pour la plupart des historiens, 1560 marque la fin de l’Auld Alliance en tant qu’alliance militaire et politique. Le traité d’Édimbourg ne l’abroge pas formellement, mais il en supprime l’instrument, la présence militaire française, et en retourne le principe : l’Écosse protestante est désormais l’alliée de l’Angleterre protestante. En 1562, au début des guerres de religion françaises, quelque 200 soldats écossais sont même envoyés en Normandie pour soutenir les huguenots contre le pouvoir royal. Après l’abdication forcée de Marie Stuart en 1567, son fils Jacques VI, élevé dans le protestantisme et héritier présomptif d’Élisabeth, recherche l’entente avec l’Angleterre. En 1603, il succède à Élisabeth sous le nom de Jacques Ier : l’union des couronnes ôte à l’alliance son objet initial.
Après 1560 : naturalité, commerce, études et exil
Si le volet militaire disparaît, l’alliance laisse des dispositions et des habitudes qui lui survivent longtemps.
Le dispositif juridique le plus durable concerne la nationalité. Dans la France d’Ancien Régime, un étranger, ou aubain, ne pouvait transmettre ses biens par succession : à sa mort, ils revenaient au roi en vertu du droit d’aubaine. Les lettres de naturalité levaient cette incapacité. Après Flodden, en 1513, Louis XII accorde la naturalité aux archers écossais de sa garde. En 1558, Henri II étend ce privilège à l’ensemble des Écossais résidant dans le royaume, tandis que les autorités écossaises accordent la réciproque aux Français établis en Écosse. Les rois de France renouvellent ces lettres à leur avènement ; la dernière confirmation connue est celle de Louis XIV, en 1646. L’historienne Elizabeth Bonner a montré que ces naturalisations ont concerné aux XVe et XVIe siècles un nombre important d’Écossais installés en France, souvent d’anciens soldats ayant reçu terres et offices.
Les échanges commerciaux sont anciens. L’Écosse exporte vers la France de la laine, des peaux, du poisson et du charbon ; elle importe du sel, des étoffes de luxe, des objets manufacturés et surtout du vin. Le vin de Bordeaux, le clairet, occupe une place particulière dans la consommation des élites écossaises, au point que l’on a longtemps décrit le claret comme une boisson nationale avant le whisky. Des chiffres spectaculaires circulent sur les importations du port de Leith au XVIIe siècle, mais ils ne reposent pas sur des séries statistiques publiées et doivent être maniés avec prudence.
Les travaux de Siobhan Talbott, alors à l’université de St Andrews puis de Manchester, ont renouvelé la question. Dans une thèse soutenue en 2011 sur les relations commerciales franco-écossaises entre 1560 et 1713, elle montre que les échanges ne s’interrompent ni avec la Réforme, ni avec l’union des couronnes de 1603, ni pendant les guerres franco-anglaises du XVIIe siècle. Les marchands écossais continuent de commercer avec la France, y compris en temps de guerre, en s’appuyant sur des réseaux familiaux et sur les privilèges hérités de l’alliance. Cette continuité est l’un des arguments qu’elle avance pour soutenir que l’alliance ne s’est pas éteinte en 1560.
Dès le Moyen Âge, de nombreux étudiants écossais fréquentent les universités françaises, en particulier Paris et Orléans, réputée pour l’enseignement du droit. En 1325, l’évêque de Moray, David de Moravia, crée à Paris une fondation pour les étudiants de son diocèse, confirmée en 1333, à l’origine du collège des Écossais, qui accueillera jusqu’à la Révolution des étudiants catholiques écossais. Parmi les Écossais formés ou ayant enseigné en France figurent le poète John Barbour, l’humaniste George Buchanan, l’historien Hector Boece, Henry Wardlaw, fondateur de l’université de St Andrews, William Elphinstone, fondateur de celle d’Aberdeen, et, au XVIIe siècle, Sir Thomas Urquhart, traducteur de Rabelais. Le droit écossais, qui relève de la tradition romano-civiliste plutôt que de la common law anglaise, porte la trace de cette formation continentale, même si les juristes écossais ont aussi beaucoup fréquenté les universités néerlandaises à partir du XVIIe siècle.
La langue en conserve également des traces. Plusieurs mots du scots sont empruntés au français, comme ashet (de « assiette »), pour un plat de service, ou fash (de « fâcher »), pour s’inquiéter. L’architecture de certaines résidences royales écossaises, comme le palais de Falkland ou des parties de Holyrood et de Stirling, porte l’influence de modèles français de la Renaissance, liée notamment aux mariages de Jacques V et à la présence d’artisans français.
Au XVIIe siècle, l’alliance change encore de sens. Avec l’union des couronnes, l’Écosse partage son roi avec l’Angleterre et l’opposition franco-écossaise à l’Angleterre perd sa logique. Elle réapparaît sous une autre forme après la révolution de 1688. Le roi catholique Jacques II d’Angleterre, VII d’Écosse, renversé au profit de Guillaume d’Orange, se réfugie en France. Louis XIV l’installe au château de Saint-Germain-en-Laye, où sa cour en exil réside jusqu’en 1718 ; Jacques II y meurt en 1701.
Les partisans des Stuart, les jacobites, sont nombreux en Écosse, en particulier dans les Highlands et parmi les catholiques et les épiscopaliens. L’acte d’Union de 1707, qui fusionne les parlements d’Angleterre et d’Écosse pour former le royaume de Grande-Bretagne, renforce l’hostilité d’une partie des Écossais. La France soutient à plusieurs reprises les tentatives jacobites. En mars 1708, une flotte française portant Jacques François Stuart, le « Vieux Prétendant », atteint le Firth of Forth mais ne parvient pas à débarquer. Le soulèvement de 1715 échoue.
En juillet 1745, Charles Édouard Stuart, le « Jeune Prétendant », débarque dans les Hébrides avec une poignée de compagnons, rallie des clans des Highlands, prend Édimbourg et s’avance jusqu’à Derby avant de faire demi-tour. La France envoie des subsides et des troupes, dont le régiment Royal-Écossais, levé en 1744 par Lord John Drummond pour le service du roi de France, et des piquets de la brigade irlandaise. L’armée jacobite est écrasée à Culloden le 16 avril 1746. Charles Édouard, après plusieurs mois de fuite dans les Highlands, regagne la France en septembre 1746 à bord d’un navire français. Des centaines de jacobites écossais trouvent refuge en France, servent dans les régiments écossais de l’armée royale ou s’établissent dans le négoce. Donald Cameron de Lochiel, l’un des principaux chefs du soulèvement, reçoit un régiment au service de la France et meurt à Bergues en 1748.
1942 : de Gaulle, David Stirling et les parachutistes de la France libre
L’alliance réapparaît dans le discours politique pendant la Seconde Guerre mondiale, à travers deux épisodes liés : l’intégration des premiers parachutistes de la France libre au Special Air Service fondé par l’Écossais David Stirling, et le discours prononcé par le général de Gaulle à Édimbourg en juin 1942.
Le capitaine Georges Bergé, né en 1909 dans le Gers, officier d’infanterie grièvement blessé en mai 1940, refuse l’armistice. Le 19 juin 1940, il embarque à Saint-Jean-de-Luz sur un transport polonais et gagne l’Angleterre. Reçu par le général de Gaulle, il propose de créer une unité parachutiste. Il obtient, avec l’accord de ce dernier, la création de la 1re compagnie d’infanterie de l’air (CIA), dont il prend le commandement le 15 septembre 1940. Les premiers volontaires sont brevetés à l’école britannique de Ringway, près de Manchester.
En mars 1941, Bergé et quatre de ses hommes sont parachutés en Bretagne dans le cadre de l’opération Savanna, montée avec le Special Operations Executive britannique pour attaquer des équipages de bombardiers allemands. L’objectif se dérobe, mais l’équipe recueille des renseignements et Bergé est récupéré par sous-marin début avril. Une partie de la compagnie est ensuite orientée vers les missions clandestines et formera l’un des noyaux du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA). L’autre groupe, deux officiers, un médecin auxiliaire et une cinquantaine de parachutistes, est mis à la disposition des Forces françaises libres du Moyen-Orient. Il quitte Glasgow le 21 juillet 1941 à bord du Cameronian et atteint Suez après 42 jours de mer. Stationnés à Damas, les parachutistes restent plusieurs mois sans mission définie.
David Stirling, né en 1915 dans une famille de l’aristocratie écossaise du Perthshire, officier des Scots Guards affecté aux commandos en Égypte, conçoit à l’été 1941 une petite unité destinée à frapper les aérodromes de l’Axe loin derrière les lignes. Il obtient l’accord du commandement britannique au Caire, et le « détachement L » du Special Air Service brigade est formé à Kabrit, sur le canal de Suez. Sa première opération parachutée, en novembre 1941, est un échec coûteux ; les raids suivants, menés avec l’appui des patrouilles motorisées du Long Range Desert Group, détruisent de nombreux avions au sol en Libye.
Stirling cherche à renforcer son unité. Les parachutistes français de Bergé, entraînés et inemployés, en sont une ressource évidente. Leur rattachement pose cependant une question politique : de Gaulle tient à ce que les Forces françaises libres conservent leur identité et ne soient pas fondues dans l’armée britannique. C’est à la suite d’une démarche de Stirling auprès du général de Gaulle que l’accord est donné. Le 2 janvier 1942, une trentaine de parachutistes de la 1re compagnie de chasseurs parachutistes, nouvelle désignation de l’unité, arrivent à Kabrit, où ils forment le French Squadron du SAS. Leurs effectifs augmentent dans les mois suivants. Stirling citera Bergé parmi les cofondateurs du SAS.
C’est à ce moment que se situe l’anecdote souvent rapportée. Le général de Gaulle aurait accepté de placer ces Français libres sous commandement britannique parce que l’unité était dirigée par un Écossais, invoquant à cette occasion la vieille alliance franco-écossaise. L’histoire est reprise par des articles de presse et par des notices encyclopédiques consacrées à l’Auld Alliance, qui la relient à la formule employée par de Gaulle en 1942 sur « la plus vieille alliance du monde ».
Son statut appelle une précision. Les sources consultées pour ce texte ne citent aucun document d’époque, lettre, télégramme ou compte rendu, dans lequel de Gaulle justifierait sa décision par la nationalité de Stirling. Les Mémoires de guerre du général n’en font pas mention. Les circonstances exactes du contact entre les deux hommes ne sont pas établies : en janvier 1942, de Gaulle se trouve à Londres et Stirling en Égypte, et la décision a pu transiter par la délégation de la France libre au Moyen-Orient. L’anecdote relève donc de la tradition plus que de l’histoire documentée. Elle reste plausible dans son esprit : de Gaulle était attentif aux symboles, il a invoqué l’alliance publiquement la même année, et l’intégration d’une unité française dans une formation britannique était pour lui une concession qu’il fallait pouvoir justifier.
Le fait documenté est le discours que de Gaulle prononce à Édimbourg le 23 juin 1942, lors d’une visite en Écosse. Il y qualifie l’alliance franco-écossaise de « plus vieille alliance du monde ». Il évoque les liens dynastiques entre les deux monarchies et les combats menés en commun, du siège d’Orléans levé par Jeanne d’Arc à Valmy, et affirme que dans chaque combat où, pendant 5 siècles, le destin de la France était en jeu, des Écossais se sont battus aux côtés des Français. Il prend soin d’inscrire cette mémoire dans l’alliance présente entre la France libre et la Grande-Bretagne. Le texte est reproduit dans le premier tome de ses Mémoires de guerre, L’Appel. Une plaque reprenant la formule a depuis été apposée à Édimbourg.
Le choix de cette formule n’est pas neutre. En juin 1942, les relations entre de Gaulle et le gouvernement britannique sont tendues, notamment depuis l’affaire de Syrie en 1941 et celle de Madagascar, que les Britanniques ont attaquée en mai 1942 sans associer la France libre. Invoquer en Écosse une alliance antérieure et extérieure au cadre anglo-français permettait au général de rappeler l’ancienneté des liens de la France avec les peuples de Grande-Bretagne sans dépendre du seul gouvernement de Londres. L’historienne Siobhan Talbott relève que l’expression « plus vieille alliance du monde » est discutable si l’on retient la date de 1906 comme fin juridique de l’alliance : celle-ci aurait alors duré 611 ans, contre 638 ans pour l’alliance anglo-portugaise de 1386, généralement considérée comme la plus ancienne encore en vigueur.
Les Français du SAS participent dès juin 1942 aux raids contre les aérodromes de l’Axe destinés à protéger les convois de Malte. Dans la nuit du 13 au 14 juin 1942, Bergé, deux caporaux et un sergent, accompagnés du capitaine britannique George Jellicoe et d’un officier grec, détruisent une vingtaine d’avions sur l’aérodrome d’Héraklion, en Crète. Trahis lors du repli, les Français sont encerclés : le caporal Pierre Léostic, 17 ans, est tué et Bergé est fait prisonnier ; il finira la guerre à Colditz, où Stirling, capturé en Tunisie en janvier 1943, le rejoindra. En Cyrénaïque, d’autres équipes françaises attaquent simultanément les aérodromes de Berka, Barce et Derna. Le 26 juillet 1942, trois jeeps françaises participent au raid de Sidi Haneish ; le lendemain, l’aspirant André Zirnheld, auteur de la « Prière du para », est tué par l’aviation allemande.
Rentrés en Grande-Bretagne en 1943, les parachutistes français forment deux bataillons d’infanterie de l’air, qui deviennent en 1944 les 3e et 4e régiments du SAS au sein de la brigade SAS britannique, puis les 3e et 2e régiments de chasseurs parachutistes. Une partie de leur entraînement se déroule en Écosse, où la brigade SAS est cantonnée au printemps 1944, dans l’Ayrshire. Ils sont parachutés en Bretagne à partir du 5 juin 1944, puis engagés dans le centre de la France, dans les Ardennes et aux Pays-Bas. Le 11 novembre 1944, le 2e régiment de chasseurs parachutistes reçoit la croix de la Libération. La devise du SAS, Who dares wins, traduite en « Qui ose gagne », a été conservée par le 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (1er RPIMa), héritier de ces unités commandos.
Une alliance jamais abrogée ? Droit, mémoire et débats contemporains
La question de la survie juridique de l’alliance s’est posée à propos de la double naturalité. En 1906, deux ans après la signature de l’Entente cordiale, le Parlement britannique adopte le Statute Law Revision (Scotland) Act, une loi de toilettage qui abroge de nombreux textes écossais anciens devenus sans objet, parmi lesquels la lettre de naturalité de novembre 1558 en faveur des Français résidant en Écosse. Pour certains auteurs, cette date marque la véritable fin de l’Auld Alliance.
Siobhan Talbott relève qu’aucun texte français n’a abrogé de manière explicite les dispositions symétriques accordées aux Écossais. Elle s’appuie notamment sur un article publié en 1967 dans la revue Scottish Field, selon lequel la France n’aurait pas pris acte de l’abrogation britannique. Elle en conclut que ces dispositions pourraient être restées théoriquement applicables aux Écossais nés avant 1906, et que l’alliance elle-même, faute d’abrogation formelle, n’a jamais été rompue. Elle reconnaît toutefois qu’il est difficile de démontrer de manière concluante qu’il s’agit de la plus longue alliance de l’histoire.
La question a été posée officiellement en France. En 2001, le député Jean-Louis Idiart adresse une question écrite au gouvernement sur la validité de la double nationalité franco-écossaise. La réponse ministérielle, publiée au Journal officiel et émanant du ministre chargé des Affaires européennes, écarte cette hypothèse. Elle avance trois arguments. L’union des royaumes d’Angleterre et d’Écosse a fait disparaître la nationalité écossaise au profit de la nationalité britannique, privant ces textes d’objet ; la loi britannique de 1906 n’a fait que constater cette situation. Les lettres de naturalité devaient être renouvelées à chaque changement de souverain en France, ce qui n’a plus été fait après Louis XIV. Enfin, à supposer qu’elles aient conservé une valeur sous l’Ancien Régime, l’entrée en vigueur du premier livre du Code civil, promulgué le 18 mars 1803, leur aurait de toute façon retiré force de loi.
Certaines publications affirment par ailleurs qu’un décret français de 1903 aurait supprimé le privilège de double nationalité des Écossais. Aucune source primaire n’a été trouvée pour étayer cette date, qui semble résulter d’une confusion avec la loi britannique de 1906.
Le débat oppose ainsi deux approches. Sur le plan du droit positif, les dispositions de l’Auld Alliance n’ont plus d’effet depuis longtemps. Sur le plan historique, l’absence d’acte formel de rupture et la continuité des relations commerciales et humaines permettent à des historiens de soutenir que l’alliance s’est transformée plutôt qu’éteinte.
En 1995, la France et l’Écosse célèbrent le 700e anniversaire du traité de 1295, avec des manifestations dans les deux pays. L’alliance est surtout présente aujourd’hui dans le registre culturel et sportif. Depuis 2018, le vainqueur du match France-Écosse du Tournoi des Six Nations reçoit le trophée Auld Alliance, créé en mémoire des joueurs internationaux des deux pays tombés pendant la Première Guerre mondiale ; il a été disputé pour la première fois le 11 février 2018 au stade de Murrayfield, à Édimbourg. Aubigny-sur-Nère organise chaque année des fêtes franco-écossaises et a ouvert en 2019 un centre d’interprétation consacré à l’alliance. Saint-Germain-en-Laye entretient la mémoire de la cour jacobite.
L’alliance a aussi été invoquée dans le débat politique. À l’approche du référendum sur l’indépendance de l’Écosse de septembre 2014, la presse britannique a relevé que l’attachement romantique à l’Auld Alliance ne se traduisait pas par un soutien des responsables politiques français à l’indépendance, Paris préférant un Royaume-Uni uni et ancré dans l’Union européenne. Le référendum de 2016 sur le Brexit, rejeté par une majorité d’électeurs écossais, a relancé dans les milieux indépendantistes écossais l’évocation des liens historiques avec la France et le continent.
Plus de sept siècles après le traité de Paris, l’Auld Alliance apparaît ainsi sous trois visages. Celui d’une alliance militaire inégale, souvent coûteuse pour l’Écosse, mais qui a pesé sur le cours de la guerre de Cent Ans. Celui d’un ensemble de liens juridiques, commerciaux, universitaires et familiaux qui ont survécu à la Réforme et à l’union des couronnes. Et celui d’une mémoire, entretenue en Écosse comme un élément de l’identité nationale distincte de l’Angleterre, et en France, plus discrètement, comme le souvenir d’une fidélité ancienne.









