A LIRE : D’Anvers à Dunkerque, itinéraire d’un soldat de 1940

Lucien Richard est caporal appelé à servir au 121e RI à la mobilisation. Son régiment appartient à la 25e DIM, de la 7e Armée sous le commandement du général Giraud.

Les quelques semaines de guerre de mai à juin 1940, menées à un rythme effréné n’ont pas laisser beaucoup le temps pour écrire des témoignages par rapport aux poilus de la guerre précédente, qui disposaient souvent de longues phases d’attente entre les combats. La plupart de ceux qui ont pris la plume sont des officiers, d’où l’intérêt particulier des notes du caporal Richard. Le rédacteur de ces carnets faisait partie d’une des plus moderne division française, la 25e division d’infanterie motorisée, une des sept de ce type existant en mai 1940. Elle est rattachée au fer de lance de l’armée française, la 7e Armée du général Giraud, qui avait pour mission de conduire une mission éclair jusque dans la région de Breda en Hollande, pour couvrir les bouches de l’Escaut et tendre la main aux Néerlandais. Mission stratégique de la plus haute importance qui devait garantir le maintien des « Low Countries » dans la guerre aux côtés de la France et des Britanniques. L’histoire le sait, l’armée du troisième Reich n’est pas passée par là où on l’attendait et le principal effort se porte sur les Ardennes. Les carnets apportent un point de vue honnête, même s’il semblerait que les notes ont été remaniées après-guerre. L’introduction, rédigée par le fils de Lucien Richard présente les carnets comme un témoignage mais comporte quelques inexactitudes notamment concernant le manque de matériel ou le plan Dyle-Breda. Cette même introduction est conclue par une citation de Lucien Richard ; « Avec des hommes pareils, si nous avions eu du matériel, les Allemands n’auraient jamais franchi nos frontières... ». Cette phrase prononcée en 1979 est partiellement fausse, nous savons aujourd’hui que les causes de la défaite ne sont pas matérielles, mais marque un certain sentiment d’amertume et de gâchis à propos de cette période douloureuse. Un point de vue compréhensible pour quelqu’un qui a vécu la défaite dans sa chair et partagé par de nombreux camarades de cette débâcle de 1940.

Les carnets débutent sur le départ du caporal et de son unité pour les positions avancées en Belgique et au Pays-Bas. Tenus de manière régulière, les carnets racontent l’installation, l’attente, les actions des corps francs… L’auteur raconte plusieurs épisodes à propos de la « cinquième colonne », véritable obsession du début de cette guerre. La méfiance envers les Flamands ainsi que les Néerlandais est justifiée par l’auteur par la proximité linguistique et culturelle avec les Allemands. Après la surprise, les ordres et le repli. L’incompréhension. N’est-ce pas ici que la guerre devaient se jouer ? Lucien Richard est cependant très optimiste sur la situation à Sedan ; « Les Boches auraient déjà perdu deux mille avions, dix mille chars et trois cent mille hommes hors de combat ». Des chiffres très exagérés qui montrent le flou dans lequel se trouvent les soldats. S’en suit de longs jours de marche et de voyage en train, jusqu’en France. La narration des événements de Dunkerque est particulièrement intéressante, nous avons l’habitude du point de vue britannique sur la bataille. Par la même occasion, il rappelle au souvenir les quelques milliers de français qui sont morts à Dunkerque…  Nous avons donc de quoi faire chez les Français un film propre de l’événement, qui n’a pas eu les mêmes résultats ou conséquences de chacun des deux côtés de la Manche ou « the Channel ». C’était la fin pour les Français, nos alliés partent et l’espoir de vaincre avec. Chez les Britanniques, c’est le début d’une nouvelle phase de la guerre, le « Dunkirk Spirit » qui marque durablement les esprits outre-Manche. En France, il reste peu de choses en souvenir des Français tombés à Dunkerque. Quelques documents épars conservés au SHD de Caen, à la section des victimes des conflits contemporains. Mon arrière-grand-père est de ceux-là, tombé le 30 mai 1940 sur la plage de Malo-les-Bains, près de Leffrinckouke. Soldat du 124e RI, son unité a été détruite pendant les combats de la poche de Lille. Un de ses camarades du 124e RI, 7e compagnie, témoigne dans un rapport de la Croix Rouge de son décès sous les bombes allemandes. Il aurait pu rencontrer le caporal Richard dans la cohorte des âmes perdues de Dunkerque.

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Lucien Richard, D’Anvers à Dunkerque 1940 – souvenirs de guerre, Éditions L’Artilleur, 2020

 

Camille HARLÉ VARGAS
Camille HARLÉ VARGAS
Auteur et spécialiste de l'histoire des conflits et de la mémoire du XXe siècle. Chargée de mission à l'ONaCVG de la Marne dans le cadre du Centenaire de la Grande Guerre (programme pédagogique, médiation et mise en place de projets). Engagée dans la vie associative visant à faire connaître au public l'histoire et les sites de la Première Guerre mondiale (Main de Massiges). En collaboration avec des historiens pour la rédaction d'articles et d'ouvrages sur les deux guerres mondiales.

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1 COMMENTAIRE

  1. Auteur de l’introduction du livre de souvenirs de mon père « D’Anvers à Dunkerque », je dois apporter quelques précisions par rapport à votre commentaire, que je découvre seulement aujourd’hui:
    – je ne parle pas d’un manque de matériel; j’écris que du fait des stratégies adoptées de part et d’autre, le soldat français constate vite et systématiquement qu’il ne se bat pas à armes égales, et a le sentiment amer de se battre seul;
    – pour la manoeuvre Dyle-Breda, je dis seulement que mon père la trouve tout de suite étrange et pourquoi;
    – la phrase « Avec des hommes pareils, si nous avions eu du matériel … » est la conclusion des carnets de mon père, pas la mienne. Il l’a écrite en 1940 (et non 1979). Le 30 mai, il a écrit plus précisément: « Tout le drame est là. Nous sommes seuls dans la bagarre. Nos armes sont bonnes, mai inutiles. Nous sommes en retard d’une guerre »;
    – il n’était pas du tout optimiste aux nouvelles des combats de Sedan. Ses camarades l’étaient. Lui, au contraire, a compris ce jour là, le 16 mai, que la guerre était déjà perdue; quelques autres l’avaient sans doute compris aussi, mais ne disaient rien; les chiffres extravagants de pertes allemandes étaient ceux donnés par le lieutenant;
    – il a fait l’essentiel du chemin de retour de Hollande à pied, sous les bombardements, dans les combats, très peu en train. Il faisait partie des « quinze divisions d’élite » dont Hitler a dit le 18 juin à Mussolini qu’il les avait « anéanties en Belgique ». C’est au retour de Dunkerque, puis d’Angleterre, qu’il a été renvoyé au front avec ses camarades dans des wagons à bestiaux.

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