10 octobre 732 : bataille de Poitiers (ou Tours).
La date est l’une des deux que la tradition propose. Les auteurs de langue anglaise retiennent en général le 10 octobre 732, l’historiographie française plutôt le samedi 25 octobre, et quelques chercheurs repoussent l’affaire à 733. Le lieu n’est pas mieux assuré : on le situe d’ordinaire à Moussais, sur la voie romaine de Poitiers à Tours, près de Vouneuil-sur-Vienne.
Abd al-Rahman al-Ghafiqi, gouverneur d’al-Andalus pour le calife omeyyade, a passé les Pyrénées par l’ouest au printemps 732 avec une armée où dominent les Berbères. Il écrase le duc Eudes d’Aquitaine près de Bordeaux, pille la ville, puis remonte vers le nord. La basilique Saint-Hilaire, aux portes de Poitiers, est incendiée. L’objectif suivant est Saint-Martin de Tours, le sanctuaire le plus riche de Gaule.
Eudes s’était jusque-là gardé des Francs autant que des Sarrasins. Il n’a plus d’autre recours que Charles, maire du palais d’Austrasie et maître de fait du royaume franc, qui saisit l’occasion de prendre pied au sud de la Loire. Charles rassemble ses fidèles et vient barrer la route de Tours.
Les deux armées s’observent pendant sept jours. Puis les cavaliers d’Abd al-Rahman chargent les Francs, qui combattent à pied en rangs serrés. Un chroniqueur chrétien de Cordoue, écrivant 20 ans plus tard, les montre immobiles « comme un mur », tels une ceinture de glace, frappant de l’épée. Abd al-Rahman est tué dans la mêlée. À la nuit, les combats cessent. Au matin, les Francs trouvent les tentes en place et le camp vide : l’ennemi s’est retiré vers le sud en abandonnant une partie de son butin. Charles ne le poursuit pas.
Les effectifs sont inconnus et les chiffres avancés depuis relèvent de la conjecture. La portée de la journée a été discutée dès le XVIIIe siècle. La bataille n’arrête pas les expéditions venues d’Espagne, qui reprennent par la vallée du Rhône dans les années suivantes, et Narbonne reste musulmane jusqu’en 759. Elle fait en revanche de Charles l’arbitre de l’Aquitaine et le protecteur des églises de Gaule, ce dont ses descendants tireront la couronne. Le surnom de Martel, « le marteau », ne lui est donné qu’au siècle suivant.

10 octobre 1575 : bataille de Dormans (Champagne).
La cinquième guerre de Religion oppose à Henri III une coalition inédite : les huguenots et les « Malcontents », catholiques modérés groupés autour du duc d’Alençon, frère cadet du roi, qui s’est enfui de la cour le 15 septembre 1575. Leurs alliés lèvent en Allemagne une armée de mercenaires que doit conduire Jean-Casimir, fils de l’électeur palatin.
Guillaume de Montmorency, seigneur de Thoré, n’attend pas le gros de cette armée. Il entre en Champagne début octobre avec une avant-garde d’environ 2 000 reîtres, cavaliers allemands armés de pistolets, et quelques milliers d’hommes de pied. Il veut gagner la Loire pour rejoindre Alençon. Henri de Lorraine, duc de Guise, gouverneur de Champagne, n’a reçu du roi presque aucun argent ; il a monté sa défense sur ses propres deniers et réunit près de 10 000 hommes.
Les habitants de Dormans ont rompu leur pont de bois pour interdire la Marne aux envahisseurs. Guise les rejoint le 10 octobre entre Tréloup et Verneuil, sur la rive droite, et les met en déroute. Une partie des reîtres se rend contre la promesse d’être payée et reconduite à la frontière. Philippe Duplessis-Mornay, futur conseiller d’Henri de Navarre, est au nombre des prisonniers. Dans la poursuite, Guise reçoit d’un fuyard un coup de feu au visage. La cicatrice lui vaut le surnom de « Balafré », que son père avait porté avant lui pour une blessure reçue devant Boulogne.
La victoire fait du duc le héros du Paris catholique. Elle ne règle rien : Thoré échappe et rejoint Alençon, et l’armée de Jean-Casimir, forte de 20 000 hommes, entre en France au début de 1576. Henri III, sans moyens, cède tout par l’édit de Beaulieu en mai. Les catholiques intransigeants répondent par la première Ligue, dont Guise prend la tête. Le roi le fera assassiner à Blois le 23 décembre 1588.
10 octobre 1725 : mort du marquis de Vaudreuil, gouverneur de la Nouvelle-France (Québec).
Philippe de Rigaud de Vaudreuil naît vers 1643 près de Revel, en Languedoc, cadet d’une famille de vieille noblesse sans fortune. Entré aux mousquetaires en 1672, il sert dans les campagnes de Flandre de la guerre de Hollande et s’y fait remarquer. Sans appui à la cour ni moyen d’acheter un régiment, il accepte en 1687 de passer au Canada pour y commander les troupes de la Marine, ces compagnies franches qui forment la garnison de la colonie.
Il arrive au plus fort de la guerre contre la Ligue iroquoise. Il prend part dès 1687 à l’expédition du gouverneur Denonville contre les Tsonnontouans, puis aux opérations qui suivent le massacre de Lachine en 1689. Il est à Québec en 1690 quand Frontenac repousse la flotte de William Phips, et commande une partie de l’armée que le vieux gouverneur mène en 1696 contre les Onontagués. Il y apprend la guerre de partis, menée par de petits détachements de Canadiens et d’alliés autochtones. En 1690, il épouse Louise-Élisabeth de Joybert, née en Acadie, dont l’entregent à Versailles servira toute sa carrière.
Nommé gouverneur de Montréal à la mort de Frontenac, il seconde Callière dans les négociations qui aboutissent à la Grande Paix de 1701, conclue à Montréal avec les Cinq Nations iroquoises et une trentaine de nations des Grands Lacs. Callière meurt en mai 1703 et Vaudreuil lui succède comme gouverneur général. Il le restera 22 ans.
La guerre de Succession d’Espagne vient de commencer. La colonie compte à peine 16 000 habitants face aux colonies anglaises, 20 fois plus peuplées. Vaudreuil s’attache à préserver la neutralité des Iroquois et s’abstient pour cela d’attaquer New York. Il porte ses coups sur la Nouvelle-Angleterre, par des raids de Canadiens et d’Abénaquis dont le plus connu frappe Deerfield en février 1704. En 1711, la grande expédition de l’amiral Walker contre Québec se brise sur les récifs du Saint-Laurent sans avoir tiré un coup de canon.
Le traité d’Utrecht, en 1713, enlève à la France l’Acadie, Terre-Neuve et la baie d’Hudson. Vaudreuil consacre la paix à refermer la brèche : appui à la fondation de Louisbourg, rétablissement des postes de l’Ouest, comptoir de Niagara établi en pays iroquois, soutien discret aux Abénaquis contre l’avance anglaise, début de l’enceinte de pierre de Montréal. Sa politique repose sur un réseau d’officiers et d’interprètes vivant auprès des nations alliées, à qui il sait parler et faire les présents attendus.
Il meurt au château Saint-Louis de Québec le 10 octobre 1725, à plus de quatre-vingts ans. Son fils Pierre, né à Québec, sera en 1755 le premier gouverneur général d’origine canadienne, et le dernier : c’est lui qui signera la capitulation de Montréal en 1760.
10 octobre 1806 : combat de Saalfeld (Thuringe).
La Prusse a déclaré la guerre le 9 octobre. La Grande Armée débouche déjà de la forêt de Franconie en trois colonnes pour tourner l’armée prussienne par sa gauche. Murat et Bernadotte ont bousculé un premier détachement à Schleiz le 9. La colonne de gauche, que mène le 5e corps du maréchal Lannes, descend la vallée de la Saale.
À Saalfeld l’attend l’avant-garde du prince de Hohenlohe : environ 8 300 Prussiens et Saxons et 44 canons sous le prince Louis-Ferdinand de Prusse. Neveu de Frédéric le Grand, âgé de 33 ans, pianiste et compositeur estimé de Beethoven, il est l’âme du parti de la guerre à Berlin. Il a reçu l’ordre de couvrir le passage de la rivière et les magasins de la ville. Il range ses troupes en plaine, la Saale dans le dos, sans occuper les villages qui couvrent ses flancs.
Lannes n’a sous la main que la division Suchet et sa cavalerie légère, 9e et 10e hussards et 21e chasseurs, soit près de 13 000 hommes. Napoléon lui avait prescrit d’attendre le corps d’Augereau. Du haut des collines boisées, il voit toute la position adverse et attaque vers 10 h 00. Ses tirailleurs fixent le centre pendant que Suchet déborde la droite par les hauteurs. Le prince dégarnit son centre pour parer la menace, puis lance les Saxons dans une contre-attaque qui échoue. La ligne se défait.
Pour couvrir la retraite, Louis-Ferdinand charge à la tête de cinq escadrons. Ils sont culbutés par les hussards. Le prince, dont le cheval s’est pris dans une haie, est rejoint par le maréchal des logis Jean-Baptiste Guindey, du 10e hussards. Sommé de se rendre, il répond d’un coup de sabre qui blesse le sous-officier au visage ; Guindey le tue d’un coup de pointe. L’avant-garde perd près du tiers de son effectif et la plupart de ses canons. Les pertes françaises sont légères.
La mort du prince frappe l’armée prussienne plus que la défaite elle-même. 4 jours plus tard, Napoléon à Iéna et Davout à Auerstaedt détruisent le gros de ses forces. Guindey, devenu lieutenant aux grenadiers à cheval de la Garde, sera tué à Hanau en 1813.
10 octobre 1868 : le « cri de Yara », début de la guerre de Dix Ans (Cuba).
Cuba est avec Porto Rico la dernière colonie espagnole d’Amérique. L’île vit du sucre et de quelque 370 000 esclaves. Les planteurs de l’Est, moins riches que ceux de La Havane et tenus à l’écart des affaires, conspirent depuis des mois. La révolution qui renverse Isabelle II à Madrid, en septembre 1868, leur paraît l’occasion.
Carlos Manuel de Céspedes, avocat et propriétaire de la sucrerie La Demajagua, près de Manzanillo, apprend le 8 octobre que des mandats d’arrêt sont lancés contre les conjurés. Il avance la date du soulèvement. Au matin du 10, il fait sonner la cloche de la plantation, déclare libres ses esclaves et les invite à combattre avec lui, puis lit un manifeste qui proclame l’indépendance.
La petite troupe marche le lendemain sur le bourg de Yara, où une colonne espagnole l’a devancée. Elle est dispersée ; Céspedes n’aurait gardé que douze hommes. Le soulèvement prend pourtant le nom de ce premier combat et gagne tout l’Oriente. Bayamo tombe dans le mois et les insurgés l’incendient en janvier 1869 plutôt que de la rendre. Une assemblée réunie à Guáimaro en avril vote une constitution et élit Céspedes président de la République en armes.
La guerre dure 10 ans. Les mambises, mal armés, mènent à cheval et à la machette une guérilla que dirigent le Dominicain Máximo Gómez et le mulâtre Antonio Maceo. Ils ne parviennent pas à porter la guerre dans l’Ouest sucrier, et leurs chefs se divisent. Céspedes, déposé par les siens en 1873, est tué par une patrouille espagnole en février 1874. Le général Martínez Campos obtient la paix du Zanjón le 10 février 1878 en promettant des réformes et la liberté des esclaves qui ont combattu. Maceo la refuse à Baraguá avant de s’exiler.
L’esclavage est aboli dans l’île en 1886. La guerre reprend en 1895 avec José Martí, Gómez et Maceo, et s’achève en 1898 par l’intervention des États-Unis. Le 10 octobre est resté fête nationale à Cuba.
10 octobre 1870 : combat d’Artenay (Loiret).
Pendant que Paris est investi, le gouvernement de la Défense nationale rassemble au sud de la Loire un 15e corps fait de régiments de marche, de mobiles et de troupes ramenées d’Algérie. Moltke envoie contre lui le général von der Tann avec le Ier corps bavarois, la 22e division prussienne et deux divisions de cavalerie.
Les Allemands marchent sur Orléans par la route de Paris. Le 10 octobre, à une vingtaine de kilomètres au nord de la ville, ils rencontrent autour d’Artenay l’avant-garde française du général Reyau : quelques milliers de fantassins, des tirailleurs algériens, de la cavalerie et une poignée de canons. Les sources françaises parlent de 8 000 hommes et 16 pièces contre 14 000 hommes et une centaine de pièces.
Le combat se livre en Beauce, terrain nu où l’artillerie allemande, plus nombreuse et de plus longue portée, fait taire les batteries françaises. Les Bavarois abordent le village de front pendant que la cavalerie prussienne déborde largement les deux ailes. Menacés d’être coupés d’Orléans, les Français cèdent dans l’après-midi. Les jeunes mobiles se débandent et refluent à travers la forêt, laissant de nombreux prisonniers.
L’affaire ouvre la route d’Orléans, où les Bavarois entrent le lendemain après une journée de combats dans les faubourgs. Elle coûte son commandement au général de La Motte-Rouge, que Gambetta, arrivé à Tours la veille, remplace par d’Aurelle de Paladines.

10 octobre 1881 : les troupes françaises occupent Tunis.
Le traité du Bardo, imposé au bey Mohammed es-Sadok le 12 mai 1881 par le général Bréart, a placé la régence sous protectorat français au terme d’une campagne de trois semaines. Paris a aussitôt rapatrié le gros du corps expéditionnaire. Tunis même n’a pas été occupée, pour ménager le bey et les puissances.
Le pays se soulève dès juin. Les tribus du centre et du sud, entraînées par le caïd Ali Ben Khalifa, refusent un traité signé sans elles ; une partie des troupes beylicales déserte. Sfax, passée aux insurgés, est bombardée par l’escadre puis enlevée d’assaut le 16 juillet. Gabès et Djerba suivent. Il faut renvoyer une armée, qui dépassera 30 000 hommes sous le général Saussier.
Kairouan, ville sainte et foyer de la révolte, est l’objectif de l’automne. Avant d’y marcher, le commandement veut assurer ses arrières. Le ministre résident Théodore Roustan obtient l’assentiment du bey, et le 10 octobre le général Logerot, venu de la Manouba, fait entrer ses troupes dans la capitale. Elles occupent la kasbah et les forts sans rencontrer de résistance.
Trois colonnes parties de Tunis, de Sousse et de Tébessa convergent ensuite sur Kairouan, qui ouvre ses portes le 26 octobre. Les derniers insurgés passent en Tripolitaine ottomane, d’où beaucoup ne reviendront qu’après plusieurs années.
L’expédition a coûté cher, surtout en morts de maladie, et le Parlement, tenu dans l’ignorance, se retourne contre Jules Ferry, qui démissionne en novembre. La convention de La Marsa, en 1883, organise le protectorat, qui dure jusqu’en 1956. L’Italie, qui regardait la Tunisie comme son domaine, en garde un ressentiment qui la pousse dès 1882 vers l’Allemagne et l’Autriche.
10 octobre 1911 : soulèvement de Wuchang (Chine).
La dynastie mandchoue des Qing a tenté depuis 1901 de se réformer. Elle a créé une « Nouvelle Armée » instruite à l’occidentale, dont les jeunes officiers et soldats lettrés sont largement acquis aux sociétés révolutionnaires. À l’été 1911, la nationalisation des chemins de fer au profit de banques étrangères soulève le Sichuan, et une partie des garnisons du Hubei y est envoyée.
À Wuhan, les conjurés préparent un coup de main. Le 9 octobre, une bombe explose par accident dans leur atelier de la concession russe de Hankou. La police saisit les listes d’affiliés. Trois hommes sont exécutés au matin du 10 et les soldats compromis savent qu’ils seront arrêtés.
Le soir même, à Wuchang, sur l’autre rive du Yangzi, le 8e bataillon du génie se mutine. Il s’empare du dépôt d’armes de Chuwangtai, où d’autres unités le rejoignent, et l’artillerie ouvre le feu sur la résidence du vice-roi Ruicheng, qui s’enfuit. La ville est aux mains des insurgés à l’aube du 11. Leurs chefs étant en fuite ou blessés, ils imposent la tête du gouvernement militaire à un général de brigade qui n’était pas des leurs, Li Yuanhong. Hanyang et son arsenal tombent le 11, Hankou le 12.
La cour rappelle Yuan Shikai, créateur de l’armée du Nord, qui reprend Hankou et Hanyang en novembre mais ménage l’adversaire et négocie pour son compte. En quelques semaines, une quinzaine de provinces proclament leur sécession. Sun Yat-sen apprend la nouvelle à Denver, dans la presse américaine. Rentré en décembre, il est élu président provisoire de la République à Nankin le 1er janvier 1912. Le dernier empereur, Puyi, âgé de 6 ans, abdique le 12 février, et Sun cède la présidence à Yuan Shikai.
Le « Double Dix » est resté fête nationale de la République de Chine, à Taïwan.
10 octobre 1918 : torpillage du Leinster (mer d’Irlande).
Le paquebot-poste Leinster, de la City of Dublin Steam Packet Company, assure depuis 1897 la traversée de Kingstown, aujourd’hui Dún Laoghaire, à Holyhead, au pays de Galles. Le 10 octobre 1918, il appareille vers 09 h 00 avec 771 personnes : 77 hommes d’équipage, 22 trieurs des postes et des passagers dont les deux tiers sont des militaires en permission ou rejoignant leurs unités, britanniques, irlandais, canadiens, australiens, néo-zélandais et américains.
Une heure plus tard, à hauteur du bateau-feu de Kish, le sous-marin allemand UB-123 de l’Oberleutnant Robert Ramm lance 3 torpilles. La première manque. La 2e frappe à bâbord, à l’avant, dans le local postal. Le commandant William Birch tente de revenir vers le port quand la 3e atteint les machines. Le navire coule en quelques minutes par mer forte.
Le bilan officiel est de 501 morts. Les recherches récentes le portent à plus de 560. C’est la plus lourde perte jamais enregistrée en mer d’Irlande. Un seul des trieurs survit ; le commandant est au nombre des victimes.
Le gouvernement allemand venait, le 4 octobre, de demander un armistice au président Wilson sur la base de ses Quatorze Points. Dans sa note du 14, Wilson relève qu’au moment où Berlin parle de paix, ses sous-marins coulent des navires à passagers. Le 20, l’Allemagne annonce qu’elle renonce à ces attaques, et l’amiral Scheer rappelle ses sous-marins le lendemain. L’UB-123 ne rentre pas : il saute vers le 18 octobre sur le barrage de mines de la mer du Nord, avec ses 35 hommes.

10 octobre 1954 : le Viêt-minh prend possession de Hanoï.
Les accords de Genève, conclus dans la nuit du 20 au 21 juillet 1954, partagent le Viêt Nam à hauteur du 17e parallèle et donnent aux forces de l’Union française des délais pour évacuer le Nord : 80 jours pour Hanoï, 300 pour Haïphong.
Le transfert se fait par secteurs, sous le regard de la commission internationale de contrôle. Les couleurs françaises sont amenées, et le 9 octobre les derniers éléments quittent la ville par le pont Doumer en direction de Haïphong. Les avant-gardes viêt-minh occupent au fur et à mesure la gare, les bâtiments publics et le palais du gouvernement du Tonkin.
Le 10 au matin, les régiments de la division 308, qui s’est battue à Diên Biên Phu, entrent par les anciennes portes de la ville, à pied et en camions, entre deux haies d’habitants. Dans l’après-midi, les couleurs de la République démocratique sont hissées à la tour du Drapeau de la citadelle. Le général Vương Thừa Vũ, commandant la division et président du comité militaire de la ville, lit un message de Hô Chi Minh. Le président ne regagne la capitale que quelques jours plus tard, sans cérémonie.
Les Français tenaient Hanoï depuis 1882 et y avaient installé en 1902 la capitale de l’Indochine. La ville avait été le théâtre du soulèvement du 19 décembre 1946, qui avait ouvert la guerre. Elle se vide, pendant ces semaines, d’une partie de ses habitants : plusieurs centaines de milliers de Vietnamiens du Nord, catholiques en majorité, gagnent le Sud par Haïphong. Le dernier soldat français quitte ce port en mai 1955.
10 octobre 1954 : à Alger, naissance du mouvement terroriste FLN.
Le même dimanche, 6 hommes se réunissent dans une maison de la banlieue d’Alger. Mohamed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaïd, Larbi Ben M’hidi, Mourad Didouche, Rabah Bitat et Krim Belkacem sont pour la plupart d’anciens cadres de l’Organisation spéciale, branche armée clandestine du parti nationaliste MTLD, démantelée par la police en 1950. Ils ont fondé au printemps un Comité révolutionnaire d’unité et d’action pour sortir de la querelle qui déchire le parti entre partisans de Messali Hadj et « centralistes ». La chute de Diên Biên Phu, en mai, les a convaincus qu’une armée coloniale pouvait être battue.
Selon la chronologie la plus répandue, c’est ce jour-là qu’ils donnent un nom à leur organisation : Front de libération nationale pour le mouvement politique, Armée de libération nationale pour sa branche militaire. Le Front doit accueillir tous les militants à titre individuel, sans reprendre les anciennes étiquettes. Ils arrêtent aussi la date de l’insurrection. Le 15 octobre est d’abord envisagé, puis écarté. Ce sera la nuit du 31 octobre au 1er novembre, veille de la Toussaint, quand la vigilance sera moindre.
Le pays est divisé en zones confiées chacune à l’un d’eux : l’Aurès à Ben Boulaïd, le Nord-Constantinois à Didouche, la Kabylie à Krim, l’Algérois à Bitat, l’Oranie à Ben M’hidi. Boudiaf assure la liaison avec la délégation extérieure du Caire, où se trouvent Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed et Mohamed Khider. Les moyens sont dérisoires : quelques centaines d’hommes, des armes de chasse et de vieux fusils.
Une dernière réunion, le 24 octobre, adopte la proclamation et se conclut par une photographie de groupe chez un photographe de Bab el-Oued. Dans la nuit de la Toussaint, plusieurs dizaines d’attentats et d’attaques éclatent à travers l’Algérie. Des 6, 3 seulement verront l’indépendance. Didouche est tué en janvier 1955, Ben Boulaïd par un poste radio piégé en 1956, Ben M’hidi exécuté par les parachutistes pendant la bataille d’Alger.
10 octobre 1967 : entrée en vigueur du traité de l’espace.
10 ans après Spoutnik, les deux Grands redoutent de voir la course aux armements gagner l’orbite terrestre. Une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies leur a demandé dès octobre 1963 de n’y placer aucune arme de destruction massive. Le traité négocié ensuite à l’ONU est ouvert à la signature le 27 janvier 1967 à Washington, Londres et Moscou. Il entre en vigueur le 10 octobre, jour où les 3 dépositaires déposent leurs ratifications.
L’article IV en contient les clauses militaires. Les États s’interdisent de mettre en orbite autour de la Terre des objets porteurs d’armes nucléaires ou d’autres armes de destruction massive, d’en installer sur les corps célestes ou d’en placer dans l’espace de toute autre manière. La Lune et les autres corps célestes ne peuvent servir qu’à des fins pacifiques : ni bases, ni fortifications, ni essais d’armes, ni manœuvres. Le personnel militaire reste admis pour la recherche.
Le reste du texte fixe des principes. L’espace est libre d’accès et ne peut faire l’objet d’aucune appropriation nationale. Les astronautes sont les envoyés de l’humanité et doivent être secourus. Chaque État répond des activités spatiales menées depuis son territoire, y compris par des entreprises privées, et des dommages causés par ses engins.
Le traité laisse de larges marges. Il ne dit rien des armes classiques en orbite, ni des satellites militaires d’observation, d’écoute ou de navigation, ni des missiles balistiques qui traversent l’espace sans s’y satelliser. Les armes antisatellites tirées du sol, essayées depuis par quatre puissances, n’y sont pas visées. Il ne prévoit aucun mécanisme de vérification. Plus de 110 États y sont aujourd’hui parties.
Le traité de Moscou interdisant les essais nucléaires dans l’atmosphère, dans l’espace et sous l’eau était entré en vigueur 4 ans plus tôt, jour pour jour, le 10 octobre 1963.
10 octobre 1985 : interception de l’avion des pirates de l’Achille Lauro (Méditerranée).
Le 7 octobre 1985, quatre hommes du Front de libération de la Palestine s’emparent au large de l’Égypte du paquebot italien Achille Lauro et exigent la libération de 50 prisonniers détenus en Israël. Le lendemain, devant le port syrien de Tartous, ils tuent un passager américain en fauteuil roulant, Leon Klinghoffer, et font jeter son corps à la mer. Le 9, ils se rendent aux autorités égyptiennes à Port-Saïd contre un sauf-conduit, négocié par le chef de leur organisation, Abou Abbas.
Le meurtre n’est connu qu’après la reddition. Le président Moubarak assure que les pirates ont déjà quitté le pays. Le renseignement américain sait qu’ils y sont encore et qu’un Boeing 737 d’Egyptair doit les conduire à Tunis, siège de l’OLP. Reagan approuve l’interception.
L’appareil décolle du Caire dans la soirée du 10 octobre. Des F-14 du porte-avions Saratoga, guidés par un avion-radar E-2C, le rejoignent de nuit au sud de la Crète et l’encadrent tous feux éteints. Tunis puis Athènes refusent l’atterrissage. Le pilote égyptien obéit à l’ordre de se poser sur la base de Sigonella, en Sicile, où il touche le sol peu après minuit. Deux C-141 portant des forces spéciales américaines se posent derrière lui.
Ces hommes entourent l’avion. Ils se retrouvent eux-mêmes cernés par les aviateurs italiens de la garde de la base et par des carabiniers accourus en renfort, armes approvisionnées de part et d’autre. Le président du Conseil, Bettino Craxi, joint par téléphone, refuse de céder : le crime a été commis sur un navire italien et la base est en territoire italien. Washington s’incline dans la nuit. Les quatre pirates sont remis à la justice italienne, qui les condamnera en 1986.
Abou Abbas, porteur d’un passeport diplomatique irakien, n’est pas retenu. Il gagne Rome dans l’avion égyptien, escorté par la chasse italienne, puis Belgrade. La querelle provoque à Rome une crise de gouvernement et à Washington une vive amertume. Condamné par contumace à la perpétuité, Abou Abbas sera capturé par l’armée américaine à Bagdad en 2003 et mourra en détention l’année suivante.








