13 octobre 1307 : arrestation des Templiers dans le royaume de France.
À l’aube du vendredi 13 octobre 1307, les officiers du roi Philippe IV le Bel arrêtent simultanément les frères de l’ordre du Temple dans tout le royaume. L’opération, préparée dans le secret depuis un mois, ouvre un procès de sept ans qui s’achève par la suppression de l’ordre et le bûcher de son dernier maître, Jacques de Molay.
Né à Jérusalem vers 1120 autour de Hugues de Payns et de quelques chevaliers chargés de protéger les pèlerins, l’ordre du Temple a reçu sa règle au concile de Troyes en 1129. En deux siècles, il est devenu la première force militaire permanente des États latins d’Orient et un réseau de commanderies couvrant l’Occident, dont les revenus financent la guerre outre-mer. Le Temple de Paris sert aussi de caisse au trésor royal.
La chute d’Acre, en 1291, prive l’ordre de sa raison d’être la plus visible. Son quartier général se replie à Chypre. Dans les années suivantes, des projets de fusion avec l’Hôpital circulent en cour pontificale ; Jacques de Molay, maître depuis 1292 environ, les combat. Au même moment, des rumeurs sur les rites d’entrée dans l’ordre sont recueillies par l’entourage du roi, notamment auprès d’un ancien templier, Esquieu de Floyran.
Molay rentre en Occident en 1306-1307 et rencontre le pape Clément V à Poitiers. Informé des accusations, il réclame lui-même une enquête pontificale, que le pape annonce le 24 août 1307. Philippe le Bel n’attend pas ses résultats. Le 14 septembre, depuis l’abbaye de Maubuisson, la chancellerie expédie aux baillis et sénéchaux des lettres closes leur ordonnant de préparer l’arrestation, à ne décacheter qu’au dernier moment. Le 22 septembre, Guillaume de Nogaret reçoit les sceaux du royaume. L’inquisiteur de France, le dominicain Guillaume de Paris, confesseur du roi, couvre l’opération de son autorité.
Le 13 octobre au matin, l’exécution est conduite partout le même jour, pour empêcher les frères de se prévenir ou de se regrouper. À Paris, Nogaret et des hommes d’armes entrent dans l’enclos du Temple et s’emparent de Molay et de 138 frères. Dans les provinces, la plupart des templiers sont pris dans leurs commanderies, sans résistance armée : il s’agit en majorité de sergents et de frères de métier, souvent âgés, les chevaliers étant peu nombreux en Occident. Quelques-uns s’enfuient. Les biens de l’ordre sont placés sous séquestre royal.
Les interrogatoires, menés sous la torture dès le 19 octobre, produisent les aveux attendus : reniement du Christ, crachat sur la croix lors de la réception, baisers obscènes, encouragement à la sodomie. Le 24 octobre, Jacques de Molay reconnaît devant l’inquisiteur le reniement et le crachat, en niant le reste ; il le répète le lendemain devant les maîtres de l’Université. Ces aveux pèsent lourd sur toute la suite.
Clément V, mis devant le fait accompli, reprend la main en ordonnant, par la bulle Pastoralis praeeminentiae du 22 novembre 1307, l’arrestation des templiers dans toute la chrétienté. En 1309-1310, devant la commission pontificale, plusieurs centaines de frères se déclarent prêts à défendre l’ordre. Le concile provincial de Sens, présidé par l’archevêque Philippe de Marigny, frère du conseiller du roi, brise ce mouvement : en mai 1310, cinquante-quatre templiers qui avaient rétracté leurs aveux sont brûlés comme relaps aux portes de Paris.
Le concile de Vienne tranche sans jugement sur le fond. Par la bulle Vox in excelso du 22 mars 1312, le pape supprime l’ordre par voie administrative ; la bulle Ad providam, du 2 mai suivant, transfère ses biens aux Hospitaliers, sauf dans la péninsule Ibérique où ils vont à des ordres militaires locaux. Le 18 mars 1314, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, condamnés à la prison perpétuelle, proclament l’innocence de l’ordre devant le parvis de Notre-Dame. Ils sont brûlés le soir même sur l’île aux Juifs, à la pointe de l’île de la Cité.
L’idée selon laquelle le vendredi 13 porterait malheur à cause de cet épisode est une construction tardive, sans fondement dans les sources médiévales.

13 octobre 1694 : prise de Fort Neslon par les Français (actuel Canada – Manitoba).
Le 13 octobre 1694, Pierre Le Moyne d’Iberville somme la garnison de York Fort de se rendre ; la capitulation est signée le lendemain. Le poste de la Compagnie de la baie d’Hudson, situé sur la rivière Hayes à côté de l’embouchure du fleuve Nelson, devient le fort Bourbon. Il change cinq fois de mains entre 1682 et 1782.
L’estuaire commun du fleuve Nelson, que les Français nomment rivière Bourbon, et de la rivière Hayes, appelée Sainte-Thérèse, est la meilleure porte d’entrée vers l’intérieur du continent pour le commerce des fourrures. En 1682, Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseilliers, alors au service de la Compagnie du Nord, de Québec, y établissent un poste sur la Hayes, tandis que la Compagnie de la baie d’Hudson (HBC) et un groupe de Nouvelle-Angleterre s’installent à proximité. Radisson s’empare de ses deux concurrents l’année suivante. En 1684, il repasse au service des Anglais ; la HBC fonde alors York Fort sur la Hayes, qui devient son principal comptoir.
En 1686, une expédition partie de Montréal sous le chevalier Pierre de Troyes, avec Iberville et ses frères, s’empare par voie de terre des trois postes anglais de la baie James : Moose, Rupert et Albany. York Fort, trop éloigné et accessible seulement par mer, reste anglais. Iberville tente de l’enlever en 1690, mais renonce devant un navire de guerre anglais mouillé au large.
En 1694, le gouverneur Frontenac lui confie deux navires, le Poli et la Salamandre, avec des Canadiens recrutés pour l’occasion ; son frère Joseph Le Moyne de Sérigny commande l’un des bâtiments. L’escadre entre dans l’estuaire à la fin de septembre. Le Poli mouille dans le Nelson, la Salamandre dans la Hayes, où elle manque de se perdre. Les Français débarquent de l’artillerie et investissent le fort. Au cours des escarmouches, Louis Le Moyne de Châteauguay, un des frères d’Iberville, est tué.
Le 13 octobre, les batteries sont prêtes et Iberville somme les assiégés. La garnison, composée de traitants et d’employés de la Compagnie sans véritable instruction militaire, n’a pas fait de réserve de bois suffisante pour soutenir un siège d’hiver. Le 14 au matin, le gouverneur Thomas Walsh envoie ses conditions, rédigées en latin par le pasteur Thomas Anderson ; le jésuite Gabriel Marest, aumônier de l’expédition, les traduit. Les 53 hommes de la garnison, parmi lesquels l’explorateur Henry Kelsey, se rendent. Le poste est rebaptisé fort Bourbon.
La saison étant trop avancée pour repartir, vainqueurs et prisonniers hivernent ensemble ; le scorbut tue dans les deux camps. Les Anglais accuseront plus tard Iberville d’avoir violé la capitulation en chassant une partie de la garnison dans les bois, ce qu’il contestera. Au début de septembre 1695, faute d’avoir vu paraître les navires de ravitaillement anglais qu’il espérait capturer, Iberville appareille pour La Rochelle avec une riche cargaison de fourrures, laissant Gabriel Testard de La Forest au fort avec environ 70 hommes.
Le succès est de courte durée. Les Anglais ont repris Albany en 1693, et en août 1696, une escadre de la Royal Navy et de la Compagnie, sous le capitaine William Allen, se présente devant le fort Bourbon. Après trois jours de bombardement, Testard de La Forest capitule le 1er septembre 1696 ; il est emmené en Angleterre avec ses hommes.
Iberville revient en 1697 avec une escadre dont seul son vaisseau, le Pélican, atteint l’estuaire à temps, les autres étant retardés par les glaces du détroit. Le 5 septembre, il affronte seul trois bâtiments anglais : le vaisseau Hampshire coule avec son capitaine John Fletcher et tout son équipage, le Hudson’s Bay se rend, le Dering s’enfuit. Le Pélican, très endommagé, s’échoue peu après. Quelques jours plus tard, le gouverneur Henry Baley rend le fort. Iberville en confie le commandement à son frère Sérigny, secondé probablement par Pierre Dugué de Boisbriand.
Le traité de Ryswick, signé en septembre 1697, prévoit des restitutions dans la baie qui ne sont jamais appliquées : la France conserve le fort Bourbon pendant 16 ans. Il n’est remis à la Compagnie qu’en 1714, en exécution du traité d’Utrecht de 1713, par son dernier commandant, Nicolas Jérémie.
La marine française y revient une dernière fois pendant la guerre d’Indépendance américaine. Le 31 mai 1782, Jean-François de La Pérouse quitte le Cap-Français, à Saint-Domingue, avec le vaisseau le Sceptre et les frégates l’Astrée et l’Engageante, transportant un détachement de troupes. Le 9 août, Samuel Hearne lui rend sans combattre le fort Prince of Wales, à l’embouchure de la Churchill ; le 24 août, York Factory capitule à son tour. Les Français embarquent les fourrures et détruisent une grande partie des installations, mais La Pérouse laisse aux employés anglais de quoi passer l’hiver.
Reconstruit peu après, York Factory devient au XIXe siècle le principal dépôt de la Compagnie de la baie d’Hudson et le point de départ de l’York Factory Express, liaison annuelle vers le bassin du Columbia. Le poste, fermé en 1957, est aujourd’hui un lieu historique national du Canada.

13 octobre 1775 : naissance de l’United States Navy.
Le 13 octobre 1775, le Congrès continental décide d’armer deux navires pour intercepter des transports britanniques. Cette résolution, qui donne naissance à la Continental Navy, est retenue depuis 1972 comme date de fondation de la marine des États-Unis.


Au printemps 1775, les combats de Lexington et de Concord ouvrent la guerre entre les Treize colonies et la Grande-Bretagne. Plusieurs colonies arment leurs propres bâtiments : le Rhode Island crée une petite marine en juin, et George Washington affrète à l’automne, sur la côte du Massachusetts, des goélettes chargées de s’emparer des navires de ravitaillement anglais.
Le 5 octobre 1775, le Congrès apprend que deux navires chargés d’armes et de poudre font route vers Québec. Il désigne un comité de trois membres pour étudier leur interception. Le 13 octobre, après un débat animé, il décide d’armer un navire rapide de dix canons pour une croisière de trois mois, puis un second, et charge Silas Deane, John Langdon et Christopher Gadsden d’en estimer le coût. Le 30 octobre, le Congrès autorise deux bâtiments supplémentaires et porte le comité à sept membres, avec John Adams, Stephen Hopkins, Joseph Hewes et Richard Henry Lee : ce « Naval Committee » est le premier organe exécutif chargé des affaires navales.
Le 10 novembre, le Congrès crée deux bataillons de Continental Marines, destinés à servir à bord et à débarquer : c’est l’acte de naissance du co derps des Marines. Le 22 décembre, Esek Hopkins, frère de Stephen, est nommé commandant en chef de la flotte, avec quatre capitaines : Dudley Saltonstall, Abraham Whipple, Nicholas Biddle et John Burroughs Hopkins. Leurs navires sont des bâtiments de commerce rachetés et armés : les Alfred et Columbus, de 24 canons, et les bricks Andrew Doria et Cabot. Parmi les lieutenants figure un ancien capitaine de la marine marchande d’origine écossaise, John Paul Jones. Le 13 décembre, le Congrès a par ailleurs voté la construction de treize frégates.
En mars 1776, Hopkins mène l’essentiel de cette flotte contre New Providence, aux Bahamas, et en rapporte canons et munitions. Mais la Continental Navy ne peut jamais affronter la Royal Navy en ligne. Un seul vaisseau de ligne, l’America, de 74 canons, est construit pendant la guerre ; le Congrès l’offre à la France en 1782 pour remplacer le Magnifique, perdu dans le port de Boston, et il est lancé en novembre de la même année sous pavillon français.
La guerre navale américaine est d’abord une guerre de course. Des centaines de corsaires munis de lettres de marque, aux côtés des bâtiments du Congrès, s’attaquent au commerce britannique. Les croisières de John Paul Jones sur les côtes des îles Britanniques, et son combat du 23 septembre 1779, où le Bonhomme Richard, armé en France, prend le Serapis au large du Yorkshire, en sont les épisodes les plus célèbres. On attribue à Jones la formule : « Without a respectable Navy, alas America! ».
La décision vient de la marine française. Après l’entrée en guerre de la France en 1778, ses escadres disputent la maîtrise de la mer à la Royal Navy. Le 5 septembre 1781, la victoire du comte de Grasse à l’entrée de la baie de Chesapeake empêche la flotte britannique de secourir Cornwallis, qui capitule à Yorktown le 19 octobre.
La paix revenue, le Congrès, sans ressources, désarme sa marine. Le dernier bâtiment, la frégate Alliance, est vendu le 1er août 1785. Il faut les prises de navires américains par les corsaires d’Alger, et la réduction en esclavage de leurs équipages, pour que le Congrès vote le Naval Act du 27 mars 1794. Il autorise la construction de six frégates, dont l’USS Constitution, toujours en service comme navire-musée à Boston. Le département de la Marine est créé le 30 avril 1798, en pleine quasi-guerre avec la France.
La date du 13 octobre n’a été adoptée officiellement qu’en 1972, à l’initiative du chef des opérations navales, l’amiral Elmo Zumwalt.
13 octobre 1812 : bataille de Queenston Heights (Haut-Canada).
Quatre mois après la déclaration de guerre des États-Unis à la Grande-Bretagne, une armée américaine franchit la rivière Niagara et s’empare des hauteurs de Queenston. La contre-attaque britannique coûte la vie au major-général Isaac Brock, mais se termine par la reddition de près d’un millier d’Américains. La première invasion du Canada par le Niagara a échoué.
Les États-Unis déclarent la guerre le 18 juin 1812 et comptent s’emparer rapidement du Haut-Canada, peu peuplé et faiblement défendu. L’été tourne au désastre : le 16 août, Brock, administrateur et commandant militaire de la province, obtient la reddition de l’armée du général Hull à Détroit. Sur la frontière du Niagara, le major-général Stephen Van Rensselaer, officier de la milice de l’État de New York sans expérience militaire, rassemble près de 6 000 hommes, réguliers et miliciens. Le général de brigade Alexander Smyth, qui commande les réguliers en amont, refuse de coordonner ses mouvements avec lui.
Van Rensselaer choisit de franchir la rivière à Queenston, à la sortie des gorges du Niagara, depuis Lewiston. Une première tentative, dans la nuit du 10 au 11 octobre, avorte faute de rames. Dans la nuit du 12 au 13 octobre, treize barques transportent les premiers éléments, environ 600 hommes, sous le feu des Britanniques. Le colonel Solomon Van Rensselaer, cousin du général, est grièvement blessé dès le débarquement. Un jeune capitaine de l’armée régulière, John E. Wool, découvre un sentier qui mène au sommet de l’escarpement et s’empare de la batterie du redan, à mi-pente, qui battait le passage.
Brock, accouru de Fort George à l’aube, juge indispensable de reprendre la batterie avant l’arrivée des renforts américains. Il mène lui-même une charge du 49e régiment d’infanterie et de miliciens et tombe, touché en pleine poitrine. Son aide de camp, le lieutenant-colonel John Macdonell, reprend l’attaque avec les volontaires de York ; il est mortellement blessé et meurt le lendemain. Les Américains tiennent les hauteurs, où le lieutenant-colonel Winfield Scott prend le commandement.
L’après-midi, la situation se retourne. Une grande partie de la milice new-yorkaise restée à Lewiston refuse de franchir la rivière, en invoquant le fait que la milice n’est pas tenue de servir hors du territoire des États-Unis. Sur les hauteurs, les guerriers haudenosaunee de John Norton et John Brant harcèlent les positions américaines. Le major-général Roger Hale Sheaffe, successeur de Brock, arrive de Fort George avec des réguliers, des miliciens et des renforts de Chippawa. Au lieu d’attaquer de front, il contourne l’escarpement par l’ouest et aborde le plateau par le flanc. Acculés au bord de la falaise, sans bateaux pour repasser la rivière, les Américains se rendent.
Le bilan américain s’établit à environ 300 tués et blessés et à 925 à 958 prisonniers selon les décomptes, dont Winfield Scott et John Wool. Les pertes britanniques et autochtones sont inférieures à la centaine, dont une vingtaine de tués. Van Rensselaer démissionne ; Sheaffe est fait baronnet.
Brock et Macdonell sont inhumés le 16 octobre dans un bastion de Fort George. Leurs restes sont transférés en 1824 sous un monument érigé sur les hauteurs. Endommagé par un attentat à l’explosif en 1840, celui-ci est remplacé par la colonne actuelle, inaugurée en 1859. Brock, qui avait remporté en deux mois les deux victoires décisives de 1812 sur la frontière canadienne, devient une figure fondatrice de la mémoire militaire canadienne.
13 octobre 1815 : Joachim Murat est fusillé à Pizzo (Calabre).
Cinq jours après avoir débarqué en Calabre avec une poignée d’hommes pour reconquérir son royaume, l’ancien maréchal d’Empire et roi de Naples est jugé par une commission militaire et exécuté dans la cour du château de Pizzo.
Né le 25 mars 1767 à Labastide-Fortunière, dans le Quercy, fils d’aubergiste destiné d’abord à la prêtrise, Joachim Murat s’engage dans les chasseurs à cheval. Sa carrière se joue en octobre 1795, lorsqu’il ramène du camp des Sablons les canons qui permettent à Bonaparte d’écraser l’insurrection royaliste du 13 vendémiaire. Aide de camp en Italie, général en Égypte, il fait évacuer l’Orangerie de Saint-Cloud le 19 brumaire, épouse Caroline Bonaparte en 1800 et commande la cavalerie à Marengo. Maréchal en 1804, il mène les grandes charges d’Austerlitz, de Iéna et d’Eylau. Grand-duc de Berg en 1806, il devient roi de Naples en 1808 sous le nom de Joachim-Napoléon.
Après la campagne de Russie, où il commande la cavalerie de réserve, Murat cherche à sauver son trône. Il signe en janvier 1814 un traité avec l’Autriche et combat aux côtés des coalisés. Le congrès de Vienne menace pourtant de rendre Naples aux Bourbons. Au retour de Napoléon de l’île d’Elbe, il change une nouvelle fois de camp, appelle les Italiens à l’unité depuis Rimini et marche vers le nord. Battu par les Autrichiens à Tolentino les 2 et 3 mai 1815, il s’enfuit en France. Napoléon refuse ses services pendant les Cent-Jours.
Après Waterloo, proscrit, Murat se cache en Provence, puis gagne la Corse, où il réunit quelques centaines de partisans. Il refuse l’asile que lui offre l’Autriche sous condition de renoncer à toute ambition. Le 28 septembre 1815, il appareille d’Ajaccio avec six petits bâtiments et environ 250 hommes, dans l’espoir de soulever le royaume. Une tempête disperse la flottille. Le 8 octobre, avec une trentaine d’hommes seulement, il débarque à Pizzo, sur la côte calabraise.
L’accueil est hostile. La population ne se rallie pas, les gendarmes et des habitants armés le poursuivent jusqu’à la plage, où il tente en vain de remettre à flot une barque. Malmené, il est enfermé dans le château. Le roi Ferdinand, rétabli à Naples, ordonne qu’il soit jugé par une commission militaire. Le 13 octobre, celle-ci le condamne à mort pour avoir tenté de soulever le royaume, en application d’une loi qu’il avait lui-même promulguée contre les fauteurs de troubles.
L’exécution a lieu le jour même dans la cour du château. Murat refuse le bandeau et demande aux soldats de viser au cœur et d’épargner le visage. Il est inhumé dans l’église San Giorgio de Pizzo, où ses restes n’ont jamais été formellement identifiés. Ses compagnons, d’abord menacés du même sort, sont finalement graciés.

13 octobre 1837 : prise de Constantine (actuelle Algérie)
Un an après l’échec d’une première expédition, l’armée française prend d’assaut Constantine, capitale du beylik de l’Est et dernière grande ville algérienne à lui résister. Le gouverneur général, le comte de Damrémont, a été tué la veille ; c’est le général Valée qui mène le siège à son terme.
Constantine se dresse sur un rocher entouré sur trois côtés par les gorges du Rhumel. Seul l’isthme de Coudiat-Aty, au sud-ouest, permet une approche par terre. Le bey Ahmed, dernier représentant de l’autorité ottomane en Algérie, y a repoussé en novembre 1836 l’expédition du maréchal Clauzel, partie trop tard dans la saison avec trop peu de moyens et contrainte à une retraite meurtrière sous la pluie et la neige.
L’expédition de 1837 est décidée à l’été par Louis-Philippe et le chef de son gouvernement, le comte Molé. Il s’agit de laver l’affront de 1836 avant des élections législatives que le roi envisage de provoquer. Le traité de la Tafna, signé le 30 mai 1837 avec l’émir Abd el-Kader, a dégagé l’ouest et permet de concentrer les moyens à l’est. Les deux fils aînés du roi, le duc d’Orléans et le duc de Nemours, se disputent l’honneur de participer ; Nemours, qui avait fait la campagne de 1836, l’emporte.
L’armée se concentre au camp de Medjez-Amar, sur la Seybouse, à mi-chemin entre Bône et Constantine. Elle est placée sous les ordres du lieutenant-général de Damrémont, gouverneur général, avec le maréchal de camp Perrégaux comme chef d’état-major. Elle compte quatre brigades, commandées par le duc de Nemours, le général Trézel, le général Rullière et le colonel Combes. Le lieutenant-général Valée, vieux soldat de l’Empire, commande l’artillerie, qui aligne des pièces de siège de 24 et des mortiers ; le général Rohault de Fleury commande le génie.
La colonne quitte Medjez-Amar le 1er octobre, alourdie par un convoi de plusieurs kilomètres, et arrive devant la ville le 6. Les pluies d’automne transforment le terrain en bourbier et rendent très difficile la mise en place des batteries, établies sur le plateau du Mansourah et sur la hauteur de Coudiat-Aty. Le feu de brèche s’ouvre le 9 octobre contre le rempart situé entre les portes Bab el-Oued et Bab el-Djedid. Les cavaliers du bey harcèlent les assiégeants depuis l’extérieur.
Le 12 octobre au matin, la brèche est praticable. Un parlementaire est envoyé pour sommer la ville, sans résultat. Alors qu’il observe la brèche depuis Coudiat-Aty, Damrémont est tué par un boulet. Perrégaux, à ses côtés, est blessé à la tête ; il mourra le 6 novembre en mer, sur le chemin du retour. Valée, le plus ancien lieutenant-général, prend le commandement et fait redoubler le feu.
Le 13 octobre au matin, trois colonnes s’élancent successivement. La première, sous le lieutenant-colonel de Lamoricière, comprend un bataillon de zouaves, des compagnies du 2e léger et des sapeurs du génie. La deuxième, sous le colonel Combes, réunit des compagnies d’élite du 47e de ligne et du 17e léger, des tirailleurs et des légionnaires. La troisième est commandée par le colonel Corbin. Derrière la brèche, une explosion fauche les premières vagues ; Lamoricière est grièvement brûlé. Les assaillants doivent ensuite progresser maison par maison face aux défenseurs, parmi lesquels de nombreux Kabyles.
Combes, atteint d’une balle à la poitrine en entraînant ses hommes contre une barricade, va rendre compte du succès avant de s’effondrer ; il meurt le 15 octobre. En milieu de matinée, le drapeau tricolore flotte sur la ville. Une partie des habitants tente de fuir en se laissant glisser par des cordes dans les ravins du Rhumel, où beaucoup périssent. Le bey Ahmed, resté hors des murs, se retire vers le sud et poursuit la résistance dans les Aurès jusqu’à sa reddition en 1848.
Le choléra frappe l’armée dans les semaines qui suivent. Valée laisse une garnison à Constantine et regagne Bône avec le duc de Nemours. Il est élevé à la dignité de maréchal de France le 11 novembre 1837 et nommé gouverneur général de l’Algérie le 1er décembre. Le siège de Constantine fait la réputation des zouaves et de Lamoricière. Horace Vernet en tire une série de grandes toiles destinées à la galerie des Batailles de Versailles.
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Un témoin oculaire allemand qui servait l’armée en volontaire donne le récit de cette expédition :
« Ce fut le 1er que l’armée française sortit du camp de Merdjez-Hammar pour marcher sur Constantine. Elle se composait de quatre brigades, dont chacune avait à peine la force d’un régiment ; le tout ne comprenait pas plus de 7 000 hommes. Les deux premières brigades, commandées par le duc de Nemours et le général Trézel, bivouaquèrent, le 1er octobre, sur les hauteurs de Rez-el-Akba. Le bivouac des Français était sur la même place où Achmet-Bey avait eu le sien. Le 2 octobre, l’armée campa auprès du marabout de Sidi-Tamtam. Les troisième et quatrième brigades, commandées par le général Rulhières et le colonel Combes, se tenaient toujours une demi-journée en arrière pour protéger le grand convoi qui, avec sa multitude de voitures et de mulets, occupait deux lieues de route. Le 3, l’armée campa auprès d’Ouad-el-Aria. Depuis Rez-el-Akba, l’armée française marche dans un pays très élevé, dont les vallées mêmes étaient au moins à 1 500 pieds au-dessus du niveau de la mer. La marche des soldats français jusqu’à Constantine dura près de six jours, quoique cette ville fût éloignée seulement de 19 lieues de Merdjez-el-Hammar et de 41 lieues de Bône. Dès qu’il faisait assez jour pour distinguer la route, l’avant-garde française se mettait en marche ; tous les corps suivaient dans l’ordre prescrit. L’artillerie et l’immense convoi se traînaient ensuite, puis venaient la troisième et la quatrième brigade qui avaient rejoint l’armée le 1er octobre. Dans la situation terrible où se trouvait l’armée française, il n’y avait pas un seul instant à perdre pour établir les batteries de brèche.
Le 10, toutes les pièces de 24 étaient placées sur la colline, et le 11 les forces françaises commencèrent à lancer leurs boulets contre les murs, entre les portes Bal-el-Oued et Bab-el-Decheddid. Le gouverneur, le duc de Nemours, le général Perrégaux, chef d’état-major, se rendirent de Mansourah à Coudiat-Aty pour observer les effets produits par les batteries de brèche. La communication entre ces deux positions n’a jamais été interrompue, mais le passage du Rummel était toujours dangereux. 300 Arabes environ campaient sur les hauteurs auprès de l’aqueduc colossal des Romains ; leur quartier général était à une petite demi-lieue au sud de Coudiat-Aty. Ces derniers s’approchèrent quelquefois des tirailleurs français jusqu’à une demi-portée de fusil.
Dans la matinée du 12, la brèche était devenue large. Vers huit heures, le gouverneur fit cesser le feu parce qu’il attendait le retour d’un parlementaire envoyé dans la ville pour sommer les habitants de se rendre. Après la mort du général Damrémont, un conseil de guerre fut convoqué et le commandement de l’armée fut confié au général d’artillerie Valée, vétéran de l’Empire. Le général Valée, homme opposé au système de négociations et de traités que les Français avaient adopté depuis quelque temps, donna sur-le-champ l’ordre de doubler le nombre et la célérité des coups.
Le 13, la première colonne d’attaque française fut formée par un bataillon de Zouaves, deux compagnies du 2e léger, la compagnie franche et une partie du génie sous le commandement du colonel Lamoricière. La seconde colonne d’assaut se composait des compagnies d’élite du 17e léger et du 47e de ligne, des tirailleurs d’Afrique et de la Légion étrangère. Le colonel Combe, qui la commandait, arriva devant la brèche au moment où les Zouaves demandaient des échelles. La ville de Constantine avait encore au moment de l’assaut 6 000 défenseurs. Les habitants continuèrent quelque temps encore leur résistance dans les rues, pour s’assurer la retraite vers la Kasbah et une issue hors la ville. Vers 9 heures, le drapeau tricolore avait remplacé sur le rocher le drapeau rouge.
L’armée française resta à Constantine jusque vers la fin du mois de novembre. À cette époque, le général Valée y laissant une garnison sous les ordres du général Bernelle, revint à Bône avec le duc de Nemours. Il y reçut la nouvelle de sa promotion à la dignité de maréchal de France. »

13 octobre 1893 : l’escadre russe de l’amiral Avellan arrive à Toulon.
Deux ans après la visite d’une escadre française à Cronstadt, l’escadre russe de Méditerranée, commandée par le contre-amiral Fédor Avellan, entre en rade de Toulon. Deux semaines de fêtes, à Toulon puis à Paris, rendent public le rapprochement entre la République et l’Empire des tsars, que scelle quelques semaines plus tard la ratification d’une convention militaire secrète.
Depuis la défaite de 1871, la France est tenue à l’écart par le système d’alliances de Bismarck. L’Allemagne est liée à l’Autriche-Hongrie et à l’Italie dans la Triple-Alliance, et s’est assuré en 1887 la neutralité russe par le traité de Réassurance. Après le renvoi de Bismarck, Guillaume II laisse ce traité expirer en 1890 sans le renouveler. Saint-Pétersbourg, qui a déjà trouvé à Paris les capitaux que Berlin lui refuse avec les premiers emprunts russes de 1888, se tourne vers la France.
En juillet 1891, l’escadre du Nord de l’amiral Gervais est reçue à Cronstadt. Le tsar Alexandre III, autocrate peu suspect de sympathies républicaines, écoute la Marseillaise tête nue à bord d’un navire français. Un accord politique est conclu en août 1891. Le 17 août 1892, les chefs d’état-major, le général de Boisdeffre et le général Obroutchev, signent un projet de convention militaire, mais le tsar tarde à le ratifier, en particulier pendant le scandale de Panama qui ébranle la République.
La visite de Toulon répond à celle de Cronstadt. Avellan réunit des bâtiments venus de plusieurs horizons : le cuirassé Imperator Nikolaï I, venu de la Baltique, qui porte sa marque ; les croiseurs Pamiat Azova, venu de Cadix, Admiral Nakhimov et Rynda, arrivés des États-Unis ; et la canonnière Terets, de la flotte de la mer Noire. L’importance de cette force est perçue comme un signe de l’enjeu politique de la visite.
Le vendredi 13 octobre 1893, vers midi, l’escadre russe, accueillie au large par une division légère française, entre en rade sous les saluts d’artillerie de l’escadre de la Méditerranée et des forts. Les autorités civiles et militaires, ainsi que le ministre de la Marine, accueillent l’amiral et son état-major. Plus de 300 000 personnes affluent à Toulon ; beaucoup dorment dans les jardins publics, et des centaines d’embarcations tournent autour des navires russes.
Les jours suivants se succèdent banquets, bals, réceptions à bord et fêtes de nuit. Trois cuirassés français parrainent chacun un bâtiment russe. Avellan et ses officiers gagnent ensuite Paris, où ils arrivent le 17 octobre au milieu d’une foule considérable, en particulier place de l’Opéra. Reçus par le président Sadi Carnot et par le conseil municipal, ils enchaînent réceptions et visites, dont celle de Versailles le 24 octobre. Les cadeaux affluent : un livre d’or réalisé par des artisans lorrains, une table marquetée d’Émile Gallé, aujourd’hui conservés à l’Ermitage, des médailles commémoratives et quelque 2 300 bracelets gravés « Cronstadt et Toulon » destinés aux épouses et aux filles des officiers. Le peintre Alexeï Bogolioubov, installé en France, est désigné par le tsar comme peintre officiel des cérémonies. Toulouse-Lautrec tire de l’événement une lithographie, Au Moulin Rouge, l’alliance franco-russe.
Derrière la fête, les Russes sondent sans succès les Français sur la possibilité de disposer d’une base navale sur leurs côtes de Méditerranée. L’escadre quitte Toulon à la fin d’octobre.
Le 27 décembre 1893, Alexandre III approuve la convention militaire, ratifiée du côté français le 4 janvier 1894. Strictement défensive, elle prévoit que si la France est attaquée par l’Allemagne, ou par l’Italie soutenue par l’Allemagne, la Russie emploiera toutes ses forces disponibles contre l’Allemagne, et réciproquement si la Russie est attaquée par l’Allemagne, ou par l’Autriche-Hongrie soutenue par l’Allemagne. La mobilisation de l’un des membres de la Triple-Alliance doit entraîner celle des deux alliés. La France s’engage à aligner 1 300 000 hommes contre l’Allemagne, la Russie de 700 000 à 800 000.
L’alliance reste secrète jusqu’en 1897, lorsque Nicolas II et le président Félix Faure évoquent publiquement les « nations amies et alliées ». Elle structure la diplomatie française jusqu’à la révolution russe de 1917 et place l’Allemagne face au risque d’une guerre sur deux fronts, que le plan Schlieffen tente de résoudre. Le cuirassé Imperator Nikolaï I, vaisseau amiral de la visite, connaît un autre destin : navire amiral de l’amiral Nebogatov à Tsushima, il se rend aux Japonais en mai 1905, sert sous le nom d’Iki et est coulé comme cible en 1915.

13 octobre 1899 : début du siège de Mafeking (Afrique du Sud).
Deux jours après l’ouverture de la seconde guerre des Boers, les commandos du Transvaal encerclent Mafeking, petite ville ferroviaire de la colonie du Cap tenue par le colonel Robert Baden-Powell. Le siège dure 217 jours. Sa levée, en mai 1900, déclenche en Grande-Bretagne des réjouissances sans précédent et fait du futur fondateur du scoutisme un héros national.
Le 9 octobre 1899, le président du Transvaal, Paul Kruger, adresse un ultimatum au gouvernement britannique, qui renforce ses troupes en Afrique australe. L’ultimatum expire le 11 à 17 heures ; la guerre commence. Le Transvaal et l’État libre d’Orange lancent aussitôt leurs commandos contre les places britanniques proches de leurs frontières : Kimberley, Ladysmith et Mafeking. Le 12 octobre, à Kraaipan, au sud de Mafeking, les Boers font dérailler un train blindé britannique : ce sont les premiers coups de feu de la guerre.
Mafeking, située à quelques kilomètres de la frontière du Transvaal, est un nœud de la voie ferrée qui relie Le Cap à la Rhodésie et un dépôt de ravitaillement. Baden-Powell y a été envoyé pendant l’été pour lever des forces locales et retenir le plus grand nombre possible de Boers loin des fronts principaux. Il dispose d’environ un millier d’hommes : le Protectorate Regiment, levé sur place, des éléments de la police du Bechuanaland et du Cap, et une garde urbaine formée d’habitants. La ville européenne compte environ 1 500 habitants ; à côté se trouve le grand village tswana de Mafikeng, peuplé de quelque 5 000 Barolong sous l’autorité du chef Wessels Montshiwa.
Le général Piet Cronjé coupe la voie ferrée et le télégraphe le jour même de la déclaration de guerre. L’encerclement est effectif le 13 octobre ; les Boers disposent alors de 6 000 à 8 000 hommes. Le 16, Baden-Powell ignore la sommation de Cronjé et le premier bombardement s’abat sur la ville.
Baden-Powell, conscient de son infériorité numérique, multiplie les ruses : faux champs de mines annoncés à grand bruit, soldats mimés franchissant des barbelés inexistants, tranchées et abris creusés dans toute la ville, artillerie de fortune fabriquée dans les ateliers du chemin de fer. Les jeunes garçons de la ville sont organisés en corps de cadets pour porter les messages et assurer des services non combattants, expérience dont il s’inspirera pour le scoutisme. Les Barolong participent activement à la défense, et plusieurs centaines d’Africains sont armés pour tenir des secteurs du périmètre.
En novembre, Cronjé part vers le sud avec la majeure partie de ses forces, laissant le siège au général Snyman. Le siège s’installe dans la durée, ponctué de bombardements quotidiens, d’un échec sanglant de la garnison contre le fort de Game Tree en décembre et de privations croissantes. Le rationnement frappe d’abord et surtout la population africaine : Baden-Powell réduit ses rations et pousse plusieurs milliers d’Africains à quitter la ville, à travers les lignes boers. Cet aspect, longtemps occulté, a été mis en lumière par les historiens à partir des années 1970, notamment grâce au journal tenu pendant le siège par Sol Plaatje, interprète au tribunal de la ville et futur fondateur de l’ANC.
Le 12 mai 1900, un dernier assaut mené par Sarel Eloff, petit-fils de Kruger, pénètre dans le village barolong, mais ses hommes sont encerclés et capitulent. Le 17 mai, une colonne de secours d’environ 1 150 hommes sous le colonel Bryan Mahon, jointe à la colonne venue de Rhodésie du colonel Plumer, entre dans la ville. Le siège a duré 217 jours.
La nouvelle arrive à Londres le 18 mai au soir et provoque des scènes de liesse si désordonnées que la langue anglaise en tire un verbe, to maffick. Baden-Powell est promu major-général, le plus jeune de l’armée britannique. L’importance militaire du siège reste discutée : il a fixé des forces boers supérieures à la garnison pendant les premières semaines, mais la guerre s’est décidée ailleurs.
13 octobre 1912 : naissance de Roger Wygot, Compagnon de la Libération.
Officier d’artillerie entré en résistance dès l’été 1940, Roger Warin, devenu Roger Wybot à Londres, dirige le contre-espionnage de la France libre, combat ensuite avec la 1re DFL, puis crée en 1944 la Direction de la surveillance du territoire, qu’il dirige pendant toute la IVe République.

Roger Warin naît à Paris, dans le 18e arrondissement, fils d’un inspecteur divisionnaire de la SNCF. Après le lycée Chaptal, il prépare Polytechnique, où il est admissible. Officier de réserve, il passe par l’École d’application de l’artillerie de Fontainebleau et entre dans l’armée active en 1935.
En juin 1940, sous-lieutenant au 407e régiment d’artillerie, il est cité à l’ordre de la division : il s’est approché à moins de 200 ms de l’ennemi sous le feu de l’artillerie et des mitrailleuses pour rapporter des renseignements sur sa progression.
Au lendemain de l’armistice, il se fait placer en congé d’armistice et forme avec des officiers d’active, Stanislas Mangin, Maurice Andlauer et Edgar Thomé, et un camarade de son régiment, Gaston Tavian, un groupe hostile à l’armistice. À l’exception de Mangin, ils rejoignent vers octobre 1940 les Groupes de protection du colonel Groussard, organisation de type armée secrète tolérée à Vichy. Leur dissolution, en décembre 1940, pousse le groupe à chercher le contact avec la France libre.
Faute de trouver une filière vers Londres, Warin établit en mars 1941 une liaison directe avec l’état-major du général de Gaulle par l’intermédiaire de Pierre Fourcaud, envoyé en mission en France. Le 1er avril 1941, lui et ses quatre camarades deviennent les premiers engagés militaires secrets des Forces françaises libres. Fourcaud le fait affecter à Marseille au bureau des Menées antinationales, service de Vichy, où il recueille des renseignements pour Londres.
Il fonde le réseau Ronald, qui se démultiplie ensuite en plusieurs réseaux rattachés directement à Londres : Ali, Tir, Tom, Thermopyle, Rondeau, Sol, Dur et Ajax. Ils réunissent 52 agents et figurent parmi les premiers à établir des liaisons radio et aériennes entre la France occupée et l’Angleterre.
Arrêté à Marseille en août 1941 avec Fourcaud par la police de la surveillance du territoire, il est suspendu de ses fonctions et assigné à résidence. Une première tentative de passage en Espagne par Perpignan échoue ; il vit alors clandestinement à Toulouse. Appelé à l’état-major particulier du général de Gaulle, il franchit finalement les Pyrénées et arrive à Londres en novembre 1941, où il signe son engagement sous le nom de Roger Wybot.
En décembre 1941, il prend la tête de la section de contre-espionnage du service de renseignement de la France libre, le futur BCRA du colonel Passy. Un an plus tard, en décembre 1942, le capitaine Wybot rejoint la 1re division française libre comme commandant de batterie au 1er régiment d’artillerie coloniale. Il fait les campagnes de Tunisie et d’Italie. En mai 1944, à Pontecorvo, il brise une contre-attaque allemande grâce à la liaison étroite qu’il a établie entre sa batterie et l’infanterie. Il débarque ensuite en Provence avec sa division.
Après la libération de Paris, il devient en septembre 1944 chef de cabinet du général Cochet, délégué militaire du Gouvernement provisoire. Le ministre de l’Intérieur lui confie alors la création d’un service de contre-espionnage civil, la Direction de la surveillance du territoire, instituée en novembre 1944. Wybot la bâtit et la dirige pendant toute la IVe République, dans le contexte de la guerre froide, des guerres d’Indochine et d’Algérie et de plusieurs affaires retentissantes, dont l’affaire des fuites de 1954.
Nommé en 1958 inspecteur général des services de la Sûreté nationale, il devient en 1968 inspecteur général des services et écoles de la Police nationale, puis, l’année suivante, directeur du service d’inspection générale et de contrôle de la Police nationale, jusqu’à sa retraite en 1973. Il publie en 1975 Roger Wybot et la bataille pour la DST, avec Philippe Bernert, ainsi que des pièces de théâtre et un essai sur l’acupuncture.
Roger Wybot meurt à Paris le 26 septembre 1997. Il est inhumé à Livry-Gargan.
• Commandeur de la Légion d’Honneur
• Compagnon de la Libération – décret du 17 novembre 1945
• Croix de Guerre 39/45 (4 citations)
• Médaille Coloniale
• King’s Medal of Courage (GB)
• Officier de l’Ordre de la Couronne de Belgique
• Croix de Guerre belge avec palme
• Commandeur du Ouissam Alaouite (Maroc)
• Grand Officier du Nicham Iftikar (Tunisie)
• Commandeur de l’Ordre national de Yougoslavie
13 octobre 1920 : mort du général Nikolaï Babiev sur le Dniepr.
Deux jours après avoir pris Nikopol, le général-lieutenant Nikolaï Gavrilovitch Babiev, commandant de la cavalerie de l’armée russe de Wrangel et l’un des meilleurs cavaliers blancs du sud de la Russie, est tué par un obus pendant les combats sur la rive droite du Dniepr. Sa mort démoralise les Cosaques et précipite l’échec de la dernière offensive des Blancs.
Né en 1887, fils d’un officier cosaque, Nikolaï Babiev appartient à l’armée cosaque du Kouban. Sorti de l’école de cavalerie Nicolas à Saint-Pétersbourg en 1908, il sert au 1er régiment cosaque de la Laba et participe à l’expédition russe en Perse, où il est blessé. Pendant la Grande Guerre, il combat sur le front du Caucase contre les Ottomans, à la tête d’une sotnia du même régiment, et se distingue par une série d’actions audacieuses qui lui valent l’ordre de Saint-Vladimir et deux propositions pour l’ordre de Saint-Georges. En septembre 1917, il prend le commandement du 1er régiment cosaque de la mer Noire, l’un des rares régiments du Kouban à conserver sa discipline dans la décomposition révolutionnaire. Il le ramène au Kouban après la révolution d’Octobre.
Engagé dès janvier 1918 contre les bolcheviks, il est grièvement blessé et capturé en mars, puis libéré à l’été par l’Armée des volontaires. Colonel en septembre 1918, il commande à partir d’octobre le régiment de cavalerie Kornilov, puis la brigade de cavalerie du Kouban. Babiev charge en tête de ses escadrons et accumule les succès. Général-major en janvier 1919, il reçoit le commandement de la 3e division cosaque du Kouban au sein de l’armée du Caucase de Wrangel.
En mai 1919, lors des combats pour Tsaritsyne, que les bolcheviks surnomment leur « Verdun rouge », il est grièvement blessé et perd l’usage du bras droit. Il doit tout réapprendre de la main gauche et continue de mener ses charges, sa seule main valide occupée par les rênes. Promu général-lieutenant en juin 1919 pour faits de guerre, il commande la 2e division cosaque du Kouban pendant la retraite de l’hiver 1919-1920.
Après le repli des Blancs en Crimée, Wrangel, devenu commandant en chef au printemps 1920, reconstitue une « armée russe » et débouche en Tauride du Nord. Babiev commande la 1re division cosaque du Kouban lors du débarquement d’Oulagaï au Kouban en août 1920, puis reçoit le commandement d’un corps de cavalerie. Wrangel lui décerne l’ordre de Saint-Nicolas-le-Thaumaturge, créé par les Blancs en 1920.
Le 8 octobre 1920, Wrangel lance l’opération du Transdniepr : franchir le fleuve, détruire les forces rouges de la rive droite, éliminer la tête de pont de Kakhovka, qui menace la Crimée, et, si possible, tendre la main aux Polonais. Les cavaliers de Babiev passent le Dniepr à hauteur de Nikopol, enlèvent la ville le 11 octobre, puis Apostolovo le lendemain, et s’enfoncent d’environ 25 km vers l’ouest. Mais le 12 octobre, la Pologne et la Russie soviétique signent un armistice à Riga, qui libère les forces de l’Armée rouge.
Le 13 octobre, les Rouges contre-attaquent violemment. Babiev est tué par un éclat d’obus au cours des combats, alors que les unités blanches commencent à refluer vers les passages du fleuve. Sa mort ébranle les Cosaques ; le commandant de la 2e armée, le général Dratsenko, ordonne la retraite sur la rive gauche, qui se fait dans le désordre. Le 14 octobre, l’assaut lancé avec des chars contre la tête de pont de Kakhovka échoue à son tour. Wrangel, dans ses Mémoires, imputera l’échec de l’opération à Dratsenko et à la mort accidentelle de Babiev.
Un mois plus tard, l’Armée rouge force l’isthme de Pérekop. Du 13 au 16 novembre 1920, Wrangel fait évacuer de Crimée vers Constantinople environ 150 000 militaires et civils. Le 1er régiment de la Laba reçoit le nom du général Babiev. Dans l’émigration, des associations de Cosaques du Kouban, aux États-Unis et en France, portent son nom.

13 octobre 1930 : premier vol du Junkers Ju 52, ancêtre de la « Tante Ju ».
À Dessau, le prototype du Junkers Ju 52, numéro de série 4001, immatriculé D-1974, effectue son premier vol. Conçu comme un avion de fret monomoteur, il ne connaît qu’une diffusion confidentielle. Sa version trimoteur, le Ju 52/3m, volée en 1932, devient l’avion de transport le plus construit et le plus employé de l’Allemagne jusqu’en 1945, et sert ensuite dans l’armée française.
Au tournant des années 1930, la société fondée par Hugo Junkers à Dessau domine l’aviation de transport civil grâce à ses monoplans entièrement métalliques, le F 13 puis les W 33 et W 34. L’équipe de l’ingénieur Ernst Zindel conçoit un appareil plus grand, destiné à transporter environ deux tonnes de fret sur des régions mal équipées, avec une maintenance réduite. Le Ju 52 reprend les principes de la maison : voilure basse cantilever, revêtement en duralumin ondulé qui raidit la structure, et « double aile » Junkers, des volets et ailerons occupant tout le bord de fuite et formant une seconde petite aile. La soute dispose d’une large porte et d’une trappe dans le toit pour charger des pièces volumineuses.
Le prototype vole à Dessau le 13 octobre 1930 aux mains du pilote d’essai Wilhelm Zimmermann, avec un moteur à refroidissement liquide. L’appareil est désigné d’abord Ju 52, puis Ju 52/1m, « un moteur », lorsque apparaît la version trimoteur. Au fil des essais, il reçoit différentes motorisations, BMW et Junkers.
La demande pour un avion de fret aussi gros a été surestimée. Seuls six Ju 52/1m sont achevés. Le plus connu, le numéro 4006, est livré en 1932 à Canadian Airways sous l’immatriculation CF-ARM ; il transporte sur roues, skis ou flotteurs du matériel minier dans le nord du Canada, où il est surnommé le « wagon volant ». Une réplique est exposée au musée de l’aviation de Winnipeg.

Poussé par la Deutsche Luft Hansa, qui veut un avion de ligne plus sûr, Junkers transforme une cellule en trimoteur. Le Ju 52/3m, équipé d’abord de moteurs en étoile Pratt & Whitney Hornet, puis des BMW 132 qui en dérivent, vole le 7 mars 1932. Le Ju 52/1m n’est donc pas, à proprement parler, le prototype de la série Ju 52/3m, mais la cellule dont celle-ci est dérivée. Avec 17 passagers, le trimoteur dessert bientôt toutes les capitales européennes et s’exporte en Amérique du Sud, en Afrique du Sud et en Chine. Ses premiers emplois militaires ont lieu en Amérique latine, pendant le conflit entre la Colombie et le Pérou et la guerre du Chaco.
Après 1945, la production continue en Espagne, chez CASA, sous le nom de CASA 352, et en France, où les Ateliers aéronautiques de Colombes livrent l’AAC.1 Toucan. Au total, près de 5 000 exemplaires sont construits en Allemagne, auxquels s’ajoutent quelques centaines en Espagne et en France. Quelques appareils volent encore pour des vols historiques, mais l’accident d’un Ju 52 de la compagnie suisse Ju-Air, en août 2018, qui a fait 20 morts, a mis fin aux vols commerciaux de cette compagnie.
Les missions militaires du Ju 52
Conçu pour le fret et les lignes aériennes, le Ju 52 fait la guerre pendant près de trente ans, sur quatre continents. Il est successivement bombardier d’appoint, transport de troupes, largueur de parachutistes, remorqueur de planeurs, avion sanitaire et démineur. Il est surtout l’outil des premiers ponts aériens stratégiques de l’histoire, et le témoin de leurs limites.
Amérique du Sud, 1932-1935 : le baptême du feu. Le 1er septembre 1932, des civils et des militaires péruviens s’emparent de Leticia, port colombien de l’Amazone. La Colombie, qui n’a aucune route vers cette région, mise sur l’aviation et sur le réseau fluvial. Elle achète en Allemagne trois Ju 52/3m de, équipés de flotteurs et aménagés en bombardiers, qui opèrent depuis les rivières du Putumayo et de l’Amazone pour le transport et l’attaque jusqu’au cessez-le-feu de 1933. Ce sont les premiers Ju 52 engagés dans un conflit. Après la guerre, l’aviation colombienne acquiert trois autres exemplaires de transport, en service jusqu’après 1945. Dans le même temps, pendant la guerre du Chaco qui l’oppose au Paraguay de 1932 à 1935, la Bolivie emploie quatre Ju 52, en partie issus de la compagnie Lloyd Aéreo Boliviano, pour ravitailler ses troupes et évacuer ses blessés à travers une région dépourvue de routes.
Allemagne, 1934-1936 : un bombardier d’attente. La Luftwaffe, encore clandestine, a besoin d’un bombardier immédiatement disponible. Le Ju 52/3m g3e reçoit une soute à bombes, une tourelle dorsale et une nacelle de tir escamotable sous le fuselage. Environ 450 exemplaires sont livrés en 1934 et 1935 ; ils équipent notamment la première escadre de bombardement, la KG 152 « Hindenburg ». Lent et vulnérable, il est remplacé dans ce rôle dès 1937 par les Dornier Do 17, Heinkel He 111 et Junkers Ju 86, et devient l’avion de transport standard de l’armée de l’air allemande.
Espagne, 1936-1939 : le premier pont aérien stratégique. Au début de la guerre civile, l’armée d’Afrique de Franco, l’élément le plus aguerri des forces nationalistes, est bloquée au Maroc espagnol par la flotte républicaine qui tient le détroit de Gibraltar. Saisi par Franco, Hitler envoie vingt Ju 52, servis par des équipages de la Lufthansa et escortés de chasseurs He 51 ; ils arrivent à Tétouan le 28 juillet 1936. Sur les quelque 210 km qui séparent Tétouan de Séville, les appareils embarquent jusqu’à une quarantaine de soldats, plus de deux fois la charge prévue, et effectuent plusieurs rotations par jour. Au 11 octobre, date officielle de la fin de l’opération, 13 500 hommes, 127 mitrailleuses et 36 pièces de campagne ont franchi le détroit par les airs. Les Ju 52 servent aussi de bombardiers dès août 1936, puis au sein de la Légion Condor, notamment lors du bombardement de Guernica, le 26 avril 1937. Déclassés comme bombardiers à partir de 1937, ils restent jusqu’à la fin de la guerre l’ossature du transport aérien nationaliste.
1939-1941 : l’avion des troupes aéroportées. En 1938, la 7e division aérienne, qui regroupe les parachutistes allemands, dispose de cinq groupes de transport et de 250 Ju 52. La Luftwaffe en aligne 552 en septembre 1939. Le 9 avril 1940, lors de l’invasion du Danemark et de la Norvège, environ 160 Ju 52 larguent des parachutistes sur les aérodromes d’Aalborg, de Stavanger-Sola et d’Oslo-Fornebu, tandis que plus de 300 autres acheminent renforts et ravitaillement. Le 10 mai 1940, aux Pays-Bas, quelque 430 à 475 Ju 52 déposent parachutistes et troupes aux abords de La Haye et de Rotterdam. La défense néerlandaise, l’artillerie antiaérienne et les aérodromes impraticables en détruisent ou endommagent un grand nombre : les estimations vont de 125 appareils détruits et 47 endommagés à plus de 220 perdus. Le même jour, des Ju 52 remorquent les planeurs qui déposent les sapeurs sur le fort belge d’Ében-Émael.
Le 20 mai 1941, l’opération Merkur lance contre la Crète la plus grande opération aéroportée allemande de la guerre : 493 Ju 52 et plus de 80 planeurs transportent la plus grande partie des 22 750 hommes engagés par les airs. Les Ju 52 se posent sous le feu à Malème, dès que l’aérodrome est pris, pour débarquer les chasseurs de montagne. L’île tombe le 1er juin, mais environ 170 Ju 52 ont été perdus. Hitler renonce ensuite à toute grande opération aéroportée.
1942-1945 : les ponts aériens des poches encerclées. Sur le front de l’Est, le Ju 52 devient l’instrument d’une doctrine nouvelle : ravitailler par air une grande unité encerclée. L’expérience réussit pendant l’hiver 1941-1942 dans la poche de Demiansk, au prix de lourdes pertes en appareils et en équipages d’instruction. Elle conduit Goering à promettre en novembre 1942 le ravitaillement de la 6e armée encerclée à Stalingrad. Les besoins quotidiens ne sont jamais couverts, malgré la réquisition de tous les Ju 52 disponibles, y compris ceux de la Lufthansa et des écoles ; 266 Ju 52 sont perdus dans cette opération. Les mêmes missions se répètent dans la tête de pont du Kouban en 1943, puis en 1945 à Budapest et à Breslau.
Méditerranée et Afrique du Nord, 1941-1943. Les Ju 52 assurent une part croissante du ravitaillement de l’Afrika Korps, puis, après le débarquement allié de novembre 1942, de la tête de pont de Tunisie depuis la Sicile et l’Italie du Sud. Lents, volant en grandes formations au ras de la mer, ils sont décimés par la chasse alliée au printemps 1943 : le 18 avril, au large du cap Bon, des chasseurs américains et sud-africains interceptent une formation de transport et abattent plusieurs dizaines d’appareils. En novembre 1943, des Ju 52 larguent encore des parachutistes sur l’île de Leros, en mer Égée.
Versions spécialisées. Le Ju 52 transporte 18 soldats équipés ou douze civières en version sanitaire. Monté sur flotteurs, il dessert la Norvège et les côtes. Le Ju 52 MS, équipé d’un grand anneau générant un champ magnétique, fait exploser en vol rasant les mines magnétiques mouillées par les Alliés. De 1939 à 1944, la Luftwaffe reçoit 2 804 Ju 52 neufs ; quelques centaines seulement survivent à la guerre.
Après 1945 : les guerres de décolonisation. L’armée de l’Air française, qui manque d’avions de transport, engage des Ju 52 récupérés et des AAC.1 Toucan construits à Colombes, environ 400 au total. Ils servent pendant l’insurrection de Madagascar, en 1947, puis en Indochine, au sein des groupes de transport, pour le transport de troupes, le ravitaillement des postes isolés, le largage de parachutistes et parfois le bombardement improvisé, avant l’arrivée des Dakota américains. En Algérie, de 1956 à 1960, ils équipent les groupes sahariens de reconnaissance et d’appui n° 76 et 78 pour le transport, la reconnaissance, les évacuations sanitaires et le sauvetage. L’Aéronavale en utilise aussi. Retirés du service français vers 1960, une partie des Toucan est cédée au Portugal, dont l’armée de l’air les emploie au début de la guerre coloniale en Angola, en Guinée et au Mozambique, notamment pour le largage des parachutistes. En Espagne, les CASA 352, désignés T.2, larguent des parachutistes pendant la guerre d’Ifni de 1957-1958 et restent en service jusqu’aux années 1970. L’armée de l’air suisse garde ses trois Ju 52 de 1939 au début des années 1980.


13 octobre 1943 : le royaume d’Italie déclare la guerre à l’Allemagne.
Cinq semaines après l’annonce de l’armistice, le gouvernement du maréchal Badoglio, réfugié à Brindisi, déclare la guerre à l’ancien allié allemand. Les Alliés reconnaissent le jour même à l’Italie le statut de « cobelligérant », sans en faire un allié à part entière.
Le 25 juillet 1943, le Grand Conseil du fascisme met Mussolini en minorité ; le roi Victor-Emmanuel III le fait arrêter et nomme le maréchal Pietro Badoglio à la tête du gouvernement. Celui-ci proclame que la guerre continue aux côtés de l’Allemagne tout en négociant en secret avec les Anglo-Américains. L’armistice est signé à Cassibile, en Sicile, le 3 septembre, et rendu public le 8, la veille du débarquement allié à Salerne.
L’Allemagne, qui s’y était préparée, déclenche aussitôt l’opération Achse. Le roi et Badoglio quittent Rome dans la nuit du 9 septembre pour Pescara, puis Brindisi. Privée d’ordres, l’armée italienne se décompose : plus de 600 000 soldats sont désarmés et déportés en Allemagne comme « internés militaires italiens », statut qui les prive de la protection de la convention de Genève. Dans les Balkans et en mer Égée, des garnisons résistent ; à Céphalonie, la division Acqui est écrasée et plusieurs milliers de ses soldats sont massacrés après leur reddition. La flotte rejoint Malte, en perdant le cuirassé Roma, coulé par une bombe planante allemande le 9 septembre. Le 12, Mussolini est libéré par un commando allemand au Gran Sasso ; il fonde peu après, dans le Nord occupé, la République sociale italienne.
Le 29 septembre, Badoglio signe à Malte, à bord du cuirassé britannique Nelson, le « long armistice » qui précise les conditions de la capitulation. Les Alliés exigent une déclaration de guerre à l’Allemagne pour accorder au gouvernement royal un statut qui le distingue d’un vaincu. Le roi souhaite que Badoglio la proclame lui-même.
Le 13 octobre 1943, l’ambassadeur d’Italie à Madrid remet la déclaration à son homologue allemand, à 15 heures, heure de Greenwich. Badoglio l’annonce à la presse à Brindisi et en informe Eisenhower. Le même jour, Roosevelt, Churchill et Staline publient une déclaration commune qui reconnaît à l’Italie la qualité de cobelligérant, tout en rappelant que les conditions de l’armistice restent en vigueur et que le peuple italien décidera librement de son gouvernement après la guerre.
Sur le terrain, l’engagement italien reste longtemps limité par la méfiance alliée. Le Premier groupement motorisé reçoit le baptême du feu à Monte Lungo en décembre 1943 ; il devient ensuite le Corps italien de libération, puis les groupes de combat qui participent à l’offensive finale de 1945. La marine et l’aviation cobelligérantes opèrent aux côtés des Alliés, tandis que la Résistance se développe dans le Nord. Le 15 juillet 1945, l’Italie déclare également la guerre au Japon. Le traité de paix de Paris, signé le 10 février 1947, la traite néanmoins en puissance vaincue.
13 octobre 1944 : premier V2 sur Anvers.
Six semaines après la libération d’Anvers, une fusée V2 s’abat sur la ville, près du musée des Beaux-Arts. C’est le début d’une campagne de six mois au cours de laquelle le grand port belge devient la cible principale des armes de représailles allemandes, devant Londres.
Le 4 septembre 1944, la 11e division blindée britannique entre dans Anvers et s’empare des installations portuaires presque intactes. Pour les Alliés, dont la logistique dépend encore des plages de Normandie et de ports éloignés, Anvers doit devenir la grande base de ravitaillement du front de l’Ouest. Mais l’accès maritime par l’Escaut reste tenu par les Allemands ; il faut la bataille de l’Escaut, menée surtout par la 1re armée canadienne, pour ouvrir le port. Le premier convoi y entre le 28 novembre 1944.
Hitler fait de la ville une cible prioritaire. Le 13 octobre 1944, vers midi, une V2 explose dans la Schilderstraat, au sud de la ville, à proximité du musée royal des Beaux-Arts. L’engin, une fusée balistique lancée depuis les Pays-Bas, arrive à une vitesse supérieure à celle du son : on ne l’entend pas venir et aucune défense ne peut l’intercepter. Les premières V1, bombes volantes plus lentes, suivent à partir du 21 octobre ; les tirs massifs commencent le 24.
Pour contrer les V1, les Alliés créent un commandement antiaérien spécial, Antwerp X, placé sous les ordres du général américain Clare Armstrong. Il déploie autour de la ville des centaines de canons américains, britanniques et polonais, guidés par radar et tirant des obus à fusée de proximité, qui abattent une proportion croissante des engins. Contre les V2, il n’existe aucune parade.
Le 27 novembre, une V2 tombe sur la Teniersplaats, carrefour très fréquenté, et fait plus de 150 morts, dont des soldats alliés. Le 16 décembre 1944, jour du déclenchement de l’offensive des Ardennes, dont Anvers est l’objectif final, une V2 frappe en plein après-midi le cinéma Rex, sur la De Keyserlei, où un public nombreux, civil et militaire, assiste à une séance. On dénombre 567 morts, dont près de 300 militaires alliés : c’est le coup au but le plus meurtrier de toute l’histoire des armes V.
La campagne se poursuit jusqu’à la fin de mars 1945 ; la dernière V1 tombe sur la ville le 30 mars. Anvers et sa région reçoivent plus de 1 600 V2, soit davantage que Londres, et plusieurs milliers de V1. Les bilans varient selon les sources, mais les armes V tuent en Belgique plusieurs milliers de personnes, dont environ la moitié à Anvers. Le port continue pourtant de fonctionner et assure, jusqu’à la fin de la guerre, l’essentiel du ravitaillement des armées alliées.

13 octobre 1951 : le bataillon français de l’ONU s’empare de Crèvecœur (Corée).
À l’aube du 13 octobre 1951, les volontaires du bataillon français de l’ONU enlèvent le dernier piton tenu par les Nord-Coréens sur la crête que les Américains ont baptisée Heartbreak Ridge et les Français Crèvecœur. La bataille, engagée un mois plus tôt, a coûté au bataillon une soixantaine de tués et près de 260 blessés.
Le bataillon français de l’ONU est formé à l’automne 1950, à partir de volontaires, pour répondre à l’appel des Nations unies après l’invasion de la Corée du Sud. Il est officiellement créé le 1er octobre 1950 au camp d’Auvours, près du Mans. Le général de corps d’armée Raoul Magrin-Vernerey, dit Monclar, renonce à ses étoiles pour en prendre la tête avec le grade de lieutenant-colonel. Débarqué à Pusan le 29 novembre 1950, le bataillon est rattaché au 23e régiment d’infanterie de la 2e division d’infanterie américaine. Il s’illustre dès l’hiver à Wonju, aux Twin Tunnels et à Chipyong-ni, puis au printemps dans la contre-offensive des Nations unies.
Au cours de l’été 1951, alors que des négociations d’armistice se sont ouvertes, le front se fige dans les montagnes du centre de la péninsule, au nord du 38e parallèle. Le commandement des Nations unies décide d’enlever les crêtes qui dominent ses lignes. Après la bataille de Bloody Ridge, terminée le 5 septembre, la 2e division américaine attaque le 13 septembre une crête de plus de 900 m d’altitude, longue de plusieurs kilomètres et hérissée de bunkers, que défendent des unités nord-coréennes, puis chinoises. Elle comprend trois sommets principaux : la cote 894 au sud, la cote 931, la plus haute, et la cote 851 au nord.
Les premiers assauts, lancés sur des pentes ravagées par le napalm et l’artillerie, se brisent avec des pertes très lourdes. Les sommets changent plusieurs fois de mains. Le bataillon français est engagé à partir de la fin de septembre pour combler les pertes du 23e régiment. Au début d’octobre, la 2e division modifie sa méthode : l’opération Touchdown combine l’attaque simultanée de tous ses régiments sur un large front et une percée de chars dans la vallée de Mundung-ni, à l’ouest de la crête, qui menace les arrières adverses.
Les combats se livrent au corps à corps, de bunker en bunker, à la grenade et au lance-flammes. Dans la nuit du 12 au 13 octobre, après la conquête des abords par le 23e régiment, la 2e compagnie du bataillon français donne l’assaut final ; à l’aube du 13, le dernier piton tombe. La bataille de Heartbreak Ridge prend officiellement fin le 15 octobre. Monclar, vétéran de la Grande Guerre, comparera ces combats à ceux de Verdun.
Lorsque le bataillon est relevé, le 21 octobre, il a perdu 60 tués et près de 260 blessés. Il reçoit pour ces combats une citation présidentielle américaine. Le bataillon français combat jusqu’à l’armistice du 27 juillet 1953, notamment à Arrowhead en octobre 1952, avant de partir pour l’Indochine. Au total, il a perdu en Corée 269 Français et 18 Coréens intégrés dans ses rangs. Depuis le 12 octobre 2026, les noms de ses morts figurent sur le monument national aux morts en opérations extérieures, au parc André-Citroën à Paris.


13 octobre 1961 : assassinat du prince Louis Rwagasore, Premier ministre du Burundi.
Quinze jours après avoir été nommé Premier ministre, le prince Louis Rwagasore, fils aîné du mwami Mwambutsa IV et figure de l’indépendance burundaise, est abattu à Usumbura, l’actuelle Bujumbura. Le meurtre, commandité par des dirigeants du parti rival, intervient 9 mois avant l’indépendance. Le Burundi en fait chaque année un jour de mémoire nationale.
Après 1945, le Ruanda-Urundi, ancienne colonie allemande, est administré par la Belgique sous tutelle des Nations unies. Au Burundi, la monarchie et l’aristocratie des Ganwa conservent une forte autorité traditionnelle. Né en 1932, formé notamment à Astrida, puis en Belgique, Louis Rwagasore choisit de ne pas attendre la succession au trône. Il fonde en 1958 l’Union pour le progrès national (UPRONA), parti qui réclame l’indépendance rapide et cherche à rassembler Hutu et Tutsi ; lui-même, Ganwa, a épousé une femme hutu.
L’administration belge voit en lui un agitateur proche de Patrice Lumumba et favorise ses adversaires, en particulier le Parti démocrate chrétien (PDC), dirigé par Joseph Biroli et Jean-Baptiste Ntidendereza, deux fils du grand chef Pierre Baranyanka. Assigné à résidence pendant la campagne des élections communales de 1960, que le PDC remporte, Rwagasore prend sa revanche aux élections législatives du 18 septembre 1961, organisées sous contrôle des Nations unies : l’UPRONA, avec environ 80 % des voix, obtient 58 des 64 sièges. Rwagasore devient Premier ministre le 28 septembre 1961.
Le 13 octobre au soir, alors qu’il dîne avec des proches sur la terrasse de l’hôtel Tanganyika, à Usumbura, il est tué d’un coup de fusil tiré depuis l’obscurité. Il a 29 ans. En trois jours, la police arrête le tireur, un ressortissant grec, Jean Kageorgis, et trois complices burundais, Antoine Nahimana, Henri Ntakiyica et Jean-Baptiste Ntakiyica. Leurs aveux mettent en cause un homme d’affaires grec influent au sein du PDC, Michel Iatrou, ainsi que Biroli et Ntidendereza, désignés comme les commanditaires.
Kageorgis, condamné à mort par la justice de la tutelle, est fusillé le 30 juin 1962, à la veille de l’indépendance du 1er juillet. Les autres accusés sont rejugés par les juridictions du Burundi indépendant et condamnés à mort. Malgré les démarches de la Belgique pour obtenir leur grâce auprès du mwami, Biroli, Ntidendereza, Iatrou, Nahimana et Ntakiyica sont pendus publiquement le 15 janvier 1963 au stade de Gitega, devant des milliers de personnes.
La disparition de Rwagasore prive le pays de la seule personnalité capable de transcender les clivages. L’UPRONA se divise, les rivalités entre Hutu et Tutsi s’exacerbent, et le Burundi entre dans un cycle d’assassinats politiques et de massacres. La question du rôle des autorités belges reste ouverte : le gouvernement burundais a officiellement accusé la Belgique en 2018 d’avoir été le véritable commanditaire, et des historiens ont depuis étudié les archives coloniales, qui montrent l’hostilité de responsables de la tutelle envers le prince. Le 13 octobre est jour férié au Burundi, et le mausolée de Rwagasore domine Bujumbura.
13 octobre 1965 : Kasa-Vubu révoque Moïse Tshombe (Congo-Léopoldville).
Devant les deux chambres réunies, le président Joseph Kasa-Vubu annonce que le gouvernement de Moïse Tshombe a rempli sa mission et le remplace par Évariste Kimba. La crise politique qui s’ensuit ouvre la voie, six semaines plus tard, au coup d’État du général Mobutu.
Ancien chef de la sécession katangaise de 1960 à 1963, exilé en Espagne après la réintégration du Katanga, Moïse Tshombe est rappelé en juillet 1964 pour diriger le gouvernement central. Le pays est alors aux deux tiers aux mains des rébellions muléliste du Kwilu et Simba de l’Est. Tshombe fait appel à ses anciens gendarmes katangais et à des mercenaires européens, dont les commandos de Mike Hoare et le 1er choc de Bob Denard. Avec l’appui de l’aviation fournie par les États-Unis et l’opération aéroportée belgo-américaine Dragon rouge sur Stanleyville, en novembre 1964, la rébellion est brisée en quelques mois.
Aux élections de mars-avril 1965, la Convention nationale congolaise (CONACO) de Tshombe remporte une large majorité. Tshombe ne cache plus son ambition de briguer la présidence à l’échéance de 1966, face à Kasa-Vubu. Ce dernier, soucieux de se rapprocher des États africains qui tiennent Tshombe pour l’homme des Belges et le responsable de la mort de Lumumba, cherche à s’en débarrasser.
Le 13 octobre 1965, lors de la session du nouveau Parlement, Kasa-Vubu déclare que le gouvernement de transition a accompli sa tâche, la répression des rébellions, et charge Évariste Kimba, ancien ministre des Affaires étrangères du Katanga sécessionniste passé à l’opposition, de former un gouvernement d’union. Il annonce aussi son intention de renvoyer les mercenaires.
Le 14 novembre, le gouvernement Kimba est mis en minorité au Parlement, où les partisans de Tshombe sont majoritaires. Kasa-Vubu le reconduit néanmoins. Le blocage est total. Dans la nuit du 24 au 25 novembre 1965, le lieutenant-général Joseph-Désiré Mobutu, commandant en chef de l’Armée nationale congolaise, réunit le haut commandement, dépose Kasa-Vubu et Kimba et prend le pouvoir pour cinq ans, durée qu’il prolongera jusqu’en 1997.
Kimba, accusé de complot en mai 1966, est pendu publiquement à Kinshasa le 2 juin 1966 avec trois anciens ministres. Tshombe, de nouveau exilé en Espagne, est condamné à mort par contumace. En juin 1967, l’avion qui le transporte est détourné vers Alger ; il meurt en détention en Algérie le 29 juin 1969. Les mercenaires qu’il avait employés se révoltent en 1966 et 1967 avant d’être chassés du pays.
13 octobre 1977 : détournement du vol Lufthansa 181, le « Landshut ».
4 membres d’un commando du Front populaire de libération de la Palestine détournent un Boeing 737 de la Lufthansa qui rentre de Palma de Majorque vers Francfort. Le détournement, destiné à obtenir la libération des chefs de la Fraction armée rouge, s’achève 5 jours plus tard en Somalie, à Mogadiscio, par l’assaut victorieux de l’unité spéciale allemande GSG 9.
Depuis le 5 septembre 1977, la Fraction armée rouge (RAF) détient le président du patronat ouest-allemand, Hanns-Martin Schleyer, enlevé à Cologne après le meurtre de son chauffeur et de trois policiers. Elle exige la libération de onze détenus, dont Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Jan-Carl Raspe, incarcérés à Stuttgart-Stammheim. Le chancelier Helmut Schmidt refuse de céder et fait traîner les négociations. Pour accroître la pression, le FPLP, lié à la RAF, monte une seconde prise d’otages.
Le 13 octobre 1977, peu après le décollage de Palma, deux hommes et deux femmes armés de pistolets et de grenades prennent le contrôle du Landshut, avec 86 passagers, pour la plupart des vacanciers allemands, et 5 membres d’équipage. Leur chef se fait appeler « capitaine Mahmoud » ; il s’agit de Zohair Youssif Akache. L’avion se pose successivement à Rome, Larnaca, Bahreïn et Dubaï, où il reste plus de 2 jours. Les pirates exigent, en plus des détenus de la RAF, la libération de 2 Palestiniens détenus en Turquie et une rançon.
Le 16 octobre, à court de carburant, l’avion se pose à Aden, au Yémen du Sud, sur une bande sablonneuse à côté de la piste bloquée. Le commandant de bord, Jürgen Schumann, autorisé à descendre inspecter le train d’atterrissage, s’absente longtemps. À son retour, Mahmoud l’abat d’une balle dans la tête devant les passagers. Le copilote, Jürgen Vietor, conduit l’appareil jusqu’à Mogadiscio, où il atterrit le 17 octobre au matin. Le corps de Schumann est jeté sur le tarmac et un ultimatum est fixé.
Le ministre d’État Hans-Jürgen Wischnewski obtient du président somalien Siad Barre, qui cherche alors l’appui de l’Occident dans sa guerre contre l’Éthiopie en Ogaden, l’autorisation d’une intervention. Les négociateurs font croire aux pirates que les détenus vont être libérés, ce qui leur fait reporter l’échéance. Les hommes de la GSG 9, l’unité antiterroriste de la police fédérale des frontières créée après le massacre des J.O. de Munich de 1972, se posent de nuit à Mogadiscio sous le commandement d’Ulrich Wegener.
Peu après minuit, heure locale, le 18 octobre, l’opération Feuerzauber est déclenchée. Des soldats somaliens allument un feu en avant de l’appareil pour attirer l’attention des pirates vers le cockpit. Les commandos ouvrent simultanément les issues du fuselage, appuyés par 2 membres du SAS britannique et leurs grenades à effet de souffle. En quelques minutes, 3 des 4 pirates sont tués, dont Mahmoud ; la 4e, Souhaila Andrawes, est grièvement blessée. Tous les otages sont libérés ; quelques-uns sont légèrement blessés, ainsi qu’un commando.
Quelques heures plus tard, Baader, Ensslin et Raspe sont retrouvés morts dans leurs cellules de Stammheim ; Irmgard Möller survit à ses blessures. La justice conclut à des suicides. Le 19 octobre, le corps de Hanns-Martin Schleyer, assassiné par ses ravisseurs, est découvert à Mulhouse dans le coffre d’une voiture. Le « Landshut » est rapatrié en Allemagne en 2017 pour y être exposé.
13 octobre 1990 : chute du général Aoun et fin de la guerre civile libanaise.
Le 13 octobre 1990 au matin, l’armée syrienne et les unités libanaises fidèles au président Elias Hraoui attaquent le réduit du général Michel Aoun autour du palais de Baabda. En quelques heures, Aoun se réfugie à l’ambassade de France et ordonne à ses troupes de cesser le combat. Cette journée est retenue comme la fin de quinze ans de guerre civile.
La guerre du Liban commence le 13 avril 1975 par l’attaque d’un autobus de Palestiniens à Aïn el-Remmaneh, dans la banlieue chrétienne de Beyrouth. Elle oppose d’abord les milices chrétiennes aux organisations palestiniennes et à leurs alliés de la gauche libanaise, puis se fragmente en conflits successifs : affrontements entre communautés, entre factions d’une même communauté, et interventions étrangères. La Syrie entre au Liban en juin 1976 ; Israël l’envahit en 1978 puis en 1982, jusqu’à Beyrouth. La Force multinationale de sécurité, déployée en 1982 avec des contingents américain, français, italien et britannique, perd 241 militaires américains et 58 parachutistes français dans les attentats du 23 octobre 1983, avant de se retirer début 1984. La guerre fait au total plus de 150 000 morts et 17 000 disparus, et provoque le déplacement ou l’exil de centaines de milliers de Libanais.
Le 22 septembre 1988, à l’expiration de son mandat et faute de successeur élu, le président Amine Gemayel nomme le commandant en chef de l’armée, le général Michel Aoun, à la tête d’un gouvernement militaire de transition. Le pays a désormais deux gouvernements, l’un à Beyrouth-Est, l’autre, dirigé par Salim Hoss, à Beyrouth-Ouest. En mars 1989, Aoun lance une « guerre de libération » contre l’armée syrienne, dont les duels d’artillerie dévastent Beyrouth.
Le 22 octobre 1989, les députés libanais réunis à Taëf, en Arabie saoudite, adoptent un accord de réconciliation nationale qui rééquilibre les pouvoirs entre communautés mais ne fixe aucun calendrier précis au retrait syrien. Aoun le rejette. Le président élu en application de l’accord, René Moawad, est assassiné le 22 novembre 1989 ; Elias Hraoui lui succède deux jours plus tard. De janvier à mai 1990, Aoun affronte les Forces libanaises de Samir Geagea dans une guerre fratricide qui ravage le réduit chrétien.
L’invasion du Koweït par l’Irak, le 2 août 1990, prive Aoun de son principal soutien extérieur. La Syrie rejoint la coalition contre Saddam Hussein et obtient en échange les mains libres au Liban. Le gouvernement Hraoui impose un blocus au réduit d’Aoun, puis encercle ses positions.
Le samedi 13 octobre, l’offensive commence à l’aube. Pour la première fois, l’aviation syrienne bombarde le palais de Baabda et les positions de l’armée aouniste. Les blindés syriens progressent vers Baabda, Hadath et le Metn. Vers 9 heures, Aoun gagne l’ambassade de France, voisine, et annonce à la radio qu’il ordonne à ses soldats de se placer sous les ordres du nouveau commandant de l’armée, le général Émile Lahoud. Certaines unités continuent de se battre dans la journée. Les combats font plusieurs centaines de morts. Des soldats et des civils capturés par les troupes syriennes sont exécutés sommairement, en particulier à Dahr el-Wahch et à Bsous ; Amnesty International recense au moins une trentaine d’exécutions. D’autres prisonniers disparaissent dans les prisons syriennes.
Aoun reste dix mois à l’ambassade de France, dont les autorités libanaises réclament la remise. Fin août 1991, il est exfiltré de nuit vers un bâtiment français et conduit en France, où il vit en exil jusqu’au retrait syrien du Liban, en avril 2005. Il est élu président de la République libanaise en 2016.
Les milices sont dissoutes et désarmées en 1991, à l’exception du Hezbollah, qui conserve ses armes au nom de la résistance à l’occupation israélienne du Sud. Une loi d’amnistie couvre les crimes commis pendant la guerre. L’armée syrienne reste au Liban jusqu’en 2005, l’armée israélienne au Sud jusqu’en mai 2000.
13 octobre 2007 : mort à 78 ans du mercenaire français Bob Denard.
Le mercenaire le plus célèbre de l’Afrique postcoloniale meurt à Paris à 78 ans, atteint de la maladie d’Alzheimer, trois mois après sa dernière condamnation. De 1961 à 1995, il a pris part aux guerres et aux coups d’État du Katanga, du Yémen, du Bénin et surtout des Comores, dont il a été pendant plus de dix ans le maître de fait.
Né Gilbert Bourgeaud le 7 avril 1929 à Grayan-et-l’Hôpital, dans le Médoc, fils d’un militaire des troupes coloniales, il s’engage dans la Marine à 16 ans, en 1945, et passe par l’école des apprentis mécaniciens de Saint-Mandrier. Il part pour l’Indochine, où il sert comme quartier-maître dans les fusiliers marins. Rendu à la vie civile au début des années 1950, il s’installe au Maroc, alors sous protectorat, où il entre dans la police. En 1954, il est impliqué dans un projet d’attentat contre le président du Conseil Pierre Mendès France et passe plus d’un an en prison.
En décembre 1961, il est recruté pour la gendarmerie de l’État du Katanga, dont Moïse Tshombe a proclamé la sécession le 11 juillet 1960. Il y combat les forces des Nations unies jusqu’à l’effondrement de la sécession, en janvier 1963, puis se replie en Angola portugaise avec ses hommes. D’août 1963 à la fin de 1964, il sert au Yémen du Nord dans les rangs royalistes, financés par l’Arabie saoudite et soutenus en sous-main par les services britanniques, contre les républicains appuyés par un corps expéditionnaire égyptien.
Il revient au Congo à la fin de 1964, lorsque Tshombe, devenu Premier ministre, recrute des mercenaires contre les rébellions. Il y forme et commande le 1er choc. En 1967, il prend part à la révolte des mercenaires et des Katangais contre Mobutu ; grièvement blessé à la tête à Kisangani, il est évacué vers la Rhodésie. Dans les années suivantes, il apparaît dans de nombreux conflits, souvent avec l’aval discret de Paris : Biafra, Gabon, Angola en 1975-1976 aux côtés des mouvements opposés au MPLA, Rhodésie en 1977-1978.
Le 16 janvier 1977, il dirige l’opération Crevette : une centaine de mercenaires débarquent par avion à Cotonou pour renverser le régime marxiste-léniniste de Mathieu Kérékou. L’attaque échoue en quelques heures et les mercenaires réembarquent, abandonnant des documents qui permettent de les identifier.
Les Comores deviennent son fief. L’archipel a proclamé unilatéralement son indépendance le 6 juillet 1975, sans Mayotte, sous la présidence d’Ahmed Abdallah, renversé dès le 3 août par Ali Soilih. Denard aide le nouveau régime à éliminer Abdallah, réfugié à Anjouan. Trois ans plus tard, il change de camp. Le 13 mai 1978, il débarque à Moroni avec 43 hommes, renverse Soilih, qui a imposé un régime révolutionnaire, et rétablit Abdallah. Soilih est abattu le 29 mai, officiellement lors d’une tentative d’évasion, version que peu de gens croient.
Denard organise alors une garde présidentielle d’environ 600 Comoriens encadrés par des officiers européens, financée à partir des années 1980 par l’Afrique du Sud, qui utilise l’archipel pour contourner l’embargo sur les armes. Converti à l’islam sous le nom de Saïd Mustapha Mhadjou, marié sur place, propriétaire d’entreprises et de terres, il est surnommé le « vice-roi des Comores ». Dans la nuit du 26 au 27 novembre 1989, Ahmed Abdallah est tué par balle dans son bureau, dans des circonstances jamais élucidées, alors que Denard est présent au palais. Sous la pression de Paris et de Pretoria, Denard quitte l’archipel pour l’Afrique du Sud le 15 décembre 1989.
Rentré en France en 1993, il est condamné à cinq ans d’emprisonnement avec sursis pour l’affaire du Bénin. Dans la nuit du 27 au 28 septembre 1995, à 66 ans, il débarque une dernière fois à Moroni avec une trentaine d’hommes en canots pneumatiques, s’empare du camp de Kandani et fait prisonnier le président Saïd Mohamed Djohar. Paris déclenche le 4 octobre l’opération Azalée : des forces spéciales et des unités venues de la Réunion, de Mayotte et de Djibouti, dont le GIGN et les commandos marine, reprennent l’aéroport et encerclent les mercenaires. Denard se rend le 5 octobre sans combat et il est ramené en France.
Acquitté en 1999 du meurtre d’Ahmed Abdallah, faute de preuves, il est jugé en 2006 pour le coup d’État de 1995 et condamné en appel, en juillet 2007, à quatre ans d’emprisonnement dont trois avec sursis. Son état de santé l’empêche d’assister aux audiences. Il meurt le 13 octobre 2007 à Paris.

À partir des années 1960, anticommuniste convaincu, il intervient dans les tumultueux conflits post-coloniaux. Il participe à des opérations militaires impliquant des mercenaires au royaume mutawakkilite du Yémen, en Iran, au Nigeria, au Dahomey, au Gabon (où il est instructeur de la garde présidentielle), en Angola en 1975, au Cabinda en 1976, au Zaïre et aux Comores.
De 1960 à 1963, il est l’un des chefs des « affreux » de l’État du Katanga, soutenant Moïse Tshombé qui vient de déclarer l’indépendance du Katanga, une ancienne province du Congo belge, le . Il se distingue notamment en faisant défiler tous ses officiers, qu’ils soient noirs ou blancs, dans une stricte égalité (jusque-là, les blancs passaient en premier). Le , lors de la chute de Kolwezi et de la défaite des mercenaires, ces derniers se réfugient en Angola avec l’accord du régime portugais. Ils sont rapatriés en France où ils sont accueillis par les gendarmes.
Puis il part d’août 1963 à la fin 1964 pour le Yémen pour le compte du MI6 avec 17 mercenaires, dont les célèbres Roger Faulques et Jacques Frezier, anciens officiers parachutistes de la Légion étrangère, dans la 1re armée royaliste, financée par l’Arabie saoudite, contre les républicains soutenus par 40 000 soldats égyptiens envoyés par Nasser pendant la guerre civile du Yémen du Nord (1962-1970).
L’ensemble des mercenaires est placé sous le contrôle du colonel britannique David Smiley, ancien officier du Special Operations Executive durant la Seconde Guerre mondiale. Dans son livre Arabian Assignment, David Smiley rapporte que les mercenaires français et belges alternaient entre les théâtres yéménites et congolais, car au Congo ils avaient femmes et alcool à volonté mais étaient rarement payés, tandis qu’au Yémen ils étaient rémunérés mais privés de femmes et d’alcool.
Bob Denard revient fin 1964 dans l’ex-Congo belge, à la tête du 1er choc qu’il met sur pied le 22 février 1965. En recrutant des mercenaires européens ainsi que des Katangais, il forme une petite troupe qui prend le surnom de « Katangais ». Elle contribue à la victoire sur les rebelles communistes menés par Gbenie, Soumialot et Mulele, largement due au colonel Schramme et à son Bataillon Léopard. Jean Schramme, instructeur et commandant du « Bataillon Léopard » où il atteint le grade de colonel, décrit Bob Denard comme un lâche et un irresponsable qui n’a jamais fait partie du Bataillon Léopard. Ses erreurs de commandement seraient à l’origine de lourdes pertes dans les rangs des mercenaires qu’il dirigeait.
Il est recruté en 1970 par le roi du Maroc, Hassan II, pour renverser le régime de Mouammar Kadhafi en Libye. Deux cents hommes acheminés de Sicile préparent un débarquement sur les côtes libyennes mais l’opération est soudainement annulée par Rabat.
Denard intervient de nouveau pour le MI6 et le SDECE en Angola en 1975 avec l’UNITA de Jonas Savimbi.
Denard intervient une première fois dans le tout nouveau État comorien qui, à la suite de la consultation du 22 décembre 1974 sur l’indépendance des Comores organisée par le président Giscard d’Estaing, proclame unilatéralement son indépendance le . Il intervient en septembre 1975 pour consolider le coup d’État d’Ali Soilih en arrêtant le président Ahmed Abdallah.
En janvier 1977, il échoue dans une tentative de coup d’État destinée à renverser le régime de la République populaire du Bénin. Il est ensuite pressenti en 1977 pour déstabiliser le régime de James Mancham aux Seychelles.
La même année, lors d’une rencontre avec Ahmed Abdallah, réfugié en Afrique du Sud, au renversement duquel il avait participé, Bob Denard propose de l’aider à retrouver son fauteuil de président, avec le feu vert des puissances concernées. Le plan initial prévoit d’utiliser un appareil sud-africain décollant de Rhodésie, mais doit être abandonné en raison du refus du Mozambique de laisser utiliser son espace aérien. Le 13 mai 1978, Bob Denard débarque aux Comores à bord d’un ancien navire océanographique avec 43 hommes pour renverser le régime marxiste révolutionnaire de Soilih et rétablit Ahmed Abdallah au pouvoir. Ali Soilih est tué d’une balle dans la tête le à l’issue de ce qui est présenté comme une tentative d’évasion.
Bob Denard s’occupe dès lors d’organiser une garde présidentielle forte de 600 Comoriens encadrés par une poignée d’officiers européens, comme Richard Rouget, alias colonel Sanders ou Max Vieillard alias Servadac. Cette unité entre en concurrence avec les forces armées comoriennes. Il se marie sur place, se convertit à l’islam sous le nom de Saïd Moustapha M’Hadjou (parfois orthographié Mahdjoub ou Mhadjou), s’occupe de développement (construction de routes, ferme de 600 ha à Sangali, etc.). Son autorité est alors incontestée. Il se tourne également résolument en direction de l’Afrique du Sud pour trouver le soutien, notamment financier, dont il a besoin. La république fédérale islamique des Comores devient le centre d’un réseau parallèle qui permet à l’Afrique du Sud, sous embargo international, de se fournir en armes. Elle sert également de base logistique à l’Afrique du Sud pour ses opérations militaires contre les pays africains qui lui sont hostiles : le Mozambique et l’Angola. De son côté, le régime de l’apartheid règle depuis 1989 les soldes des membres de la Garde présidentielle.
Jusqu’à la mort d’Abdallah, dont il est chargé de la sécurité, et même si ses apparitions publiques se font très rares après 1985, Denard joue en coulisses un rôle considérable dans la vie publique comorienne. Il est surnommé le « vice-roi des Comores » et règne de facto pendant 10 ans sur l’archipel.
Avec le soutien de l’Afrique du Sud, il forme un corps de mercenaires appelé à intervenir à la demande de Pretoria ou de Paris. Celui-ci est déployé seulement au Tchad, en 1981-1982, pour appuyer la rébellion de Hissène Habré contre le président pro-libyen Goukouni Oueddei.
En 1989, Ahmed Abdallah signe un décret donnant l’ordre à la Garde présidentielle, dirigée par Denard, de désarmer les forces armées pour cause de coup d’État probable. Quelques instants après la signature du décret, un officier des forces armées serait entré dans le bureau du président Abdallah et l’aurait abattu, blessant également Bob Denard. Blessé, impopulaire et accusé de meurtre, il négocie son départ pour l’Afrique du Sud par l’intermédiaire de l’homme d’affaires Jean-Yves Ollivier et de Saïd Hillali.
Dans la nuit du 27 au 28 septembre 1995, Denard renverse le nouveau président comorien Said Mohamed Djohar (élu en 1990) avec une trentaine d’hommes débarqués en Zodiac avec son protégé Sauveur Farina, tireur d’élite, ainsi que le lieutenant Blancher Christophe, son pilote privé arrivé quelques heures plus tôt. Bob Denard ouvre aux journalistes le vieil aéroport de Moroni et son camp retranché de Kangani pour éviter l’intervention de 600 hommes des forces françaises (GIGN, commandos Marine de Djibouti, 2e RPIMa). Cerné, il négocie une amnistie pour les insurgés avant sa reddition et la préparation de son procès.










