Le dimanche 22 mai 2016, deux Super Étendard Modernisés (SEM) de la flottille 17F se présentent une ultime fois en démonstration aérienne au meeting de Biscarrosse, ville marraine de la 17F, dernière formation de l’aéronautique navale encore équipée du chasseur-bombardier embarqué conçu par Dassault Aviation. La cérémonie clôt 37 années d’opérations à travers le monde, depuis la première mise en service de l’appareil au sein de la flottille 11F en 1978.
Cette présentation publique intervient moins de deux mois après le dernier catapultage opérationnel de l’aéronef. Le 16 mars 2016, le commandant de la flottille 17F décolle pour la dernière fois d’un SEM depuis le pont d’envol du porte-avions Charles de Gaulle, signant la fin du déploiement embarqué de l’avion. L’appareil n’est plus catapulté depuis le « Charles » à compter de cette date. L’« Adieu aux armes » se tient le 12 juillet 2016 sur la base d’aéronautique navale (BAN) de Landivisiau, dans le Finistère, en présence d’environ 1 500 invités, civils et militaires. La chasse embarquée française passe alors au « tout Rafale Marine ».
Un Étendard IV profondément remanié
À la fin des années 1960, la Marine nationale lance des études pour remplacer ses Étendard IV M et ses Vought F-8 Crusader, qui équipent l’aéronautique navale embarquée à bord des porte-avions Clemenceau et Foch. Plusieurs pistes sont explorées. En 1969, la Marine retient le projet du Jaguar M, version navalisée du Jaguar franco-britannique, mais l’appareil est jugé sous-motorisé pour la mise en œuvre depuis les porte-avions français — sensiblement plus courts que leurs équivalents américains — et son adoption supposait des aménagements importants des bâtiments. Le programme est abandonné en 1973.
L’achat d’avions américains, notamment le Douglas A-4 Skyhawk ou le Vought A-7 Corsair II, est également examiné. Le gouvernement français retient finalement la proposition de Dassault d’une modernisation profonde de l’Étendard IV. La décision est officialisée le 19 janvier 1973 ; une commande de 100 exemplaires est passée le 4 septembre 1973 par le ministre de la Défense de l’époque, Michel Debré. Ce volume sera ramené à 71 appareils livrés à la Marine nationale entre 1977 et 1983.
De l’Étendard au Super Étendard
Malgré son nom, le Super Étendard n’est pas une simple évolution de l’Étendard IV : il s’agit d’un appareil largement repris, avec une cellule reprise et profondément modifiée. Les principales modifications portent sur trois éléments :
- un nouveau réacteur SNECMA Atar 8K50, dérivé de l’Atar 9K50 du Mirage F1, mais dépourvu de post-combustion (premiers essais au banc en mai 1973) ;
- un radar Agave, conçu par Thomson-CSF en collaboration avec Électronique Marcel Dassault, dérivé du Cyrano IV du Mirage F1, donnant à l’appareil ses capacités air-air limitées mais optimisées air-mer, lui permettant notamment de détecter une frégate à plus de 100 km ;
- une voilure nouvelle, à dispositifs hypersustentateurs améliorés, indispensable pour les contraintes du catapultage et de l’appontage sur les porte-avions Clemenceau et Foch.
Deux prototypes sont réalisés à partir d’Étendard IVM modifiés, et un troisième Étendard IVM sert exclusivement aux essais de la nouvelle voilure. Le premier prototype effectue son vol inaugural le 28 octobre 1974, dérivé de l’Étendard IVM n° 68 modifié. Le second prototype, dédié à la validation du système d’armes, vole pour la première fois le 28 mars 1975.
Le premier appareil de série, équipé de l’Atar 8K50, prend l’air le 24 novembre 1977. Il s’agit, à cette époque, du premier avion militaire opérationnel français doté d’un système inertiel de navigation et d’attaque. La flottille 11F, basée à Landivisiau, est déclarée opérationnelle à compter de cette mise en service ; suivront la flottille 14F en 1979, la 17F en 1980 et l’escadrille de soutien 59S en 1991. Le dernier appareil de la commande est livré en 1983.
La fabrication du Super Étendard est répartie entre plusieurs sites industriels français. L’usine Dassault de Biarritz fabrique le fuselage avant, le cockpit et l’empennage vertical. L’usine de Colomiers s’occupe du fuselage arrière et d’une partie du fuselage central. L’usine de Boulogne produit les demi-voilures. L’usine d’Argenteuil livre le caisson central de voilure. L’empennage horizontal est fabriqué à Istres. Le tronçon central du fuselage est produit par l’usine Hurel-Dubois de Vélizy. Tous ces éléments sont assemblés à Mérignac. La totalité de la production se déroule entre 1978 et 1983 ; 85 exemplaires sortent des chaînes (71 pour la France, 14 pour l’Argentine), selon les chiffres officiels Dassault rappelés par les sources consultées.
Description technique
Le Super Étendard se présente comme un avion monomoteur, monoplace, à aile médiane en flèche d’environ 45 degrés, équipée d’extrémités repliables pour les manœuvres sur le pont d’envol. La structure est entièrement métallique. L’appareil est conçu dès l’origine pour la mise en œuvre depuis catapulte et l’appontage avec crosse d’arrêt sur câbles. L’entrée d’air est latérale, sous l’aile à la racine, et la dérive est verticale, fixe.
Les caractéristiques générales relevées dans les fiches techniques publiées (notamment celle de la collection Ailes Anciennes Toulouse et celles communiquées par la Marine nationale) sont les suivantes :
- Équipage : 1 pilote
- Envergure : 9,60 m
- Longueur : 14,30 m
- Hauteur : 3,85 m
- Masse à vide : environ 6 250 kg
- Masse maximale au décollage : environ 11 900 kg
- Charge offensive maximale : environ 2 100 kg sur quatre points externes plus un ventral
- Motorisation : un turboréacteur SNECMA Atar 8K50 d’environ 5 000 kgp (49 kN)
- Vitesse maximale : environ 1 200 km/h (Mach 1,3 selon certaines sources)
- Autonomie : environ 1 820 km en configuration de combat, et plus de 2 heures de vol avec réservoirs supplémentaires.
Le réacteur Atar 8K50
L’Atar 8K50 est un turboréacteur à compresseur axial, sans post-combustion, dérivé direct de l’Atar 9K50 (lequel équipe le Mirage F1). La lignée Atar remonte aux travaux d’ingénieurs allemands du BMW 003 récupérés à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le 8K50 développe une poussée d’environ 5 tonnes. Son absence de post-combustion, qui interdit le vol supersonique à haute altitude, a souvent été présentée comme une limitation de l’appareil, compensée par sa parfaite adaptation aux missions d’assaut antinavire et d’attaque au sol pour lesquelles il a été conçu.
Avionique d’origine et système d’armes
Le radar Agave est l’élément central du système d’armes initial. Optimisé pour la détection de cibles maritimes (mode air-mer), il alimente directement le système inertiel de navigation et d’attaque (SNA), inédit sur un avion militaire français. L’appareil dispose d’un viseur tête haute (HUD) Thomson-CSF VE-120 et d’une centrale inertielle SAGEM ULISS.
L’armement standard comprend :
- deux canons DEFA 552 de 30 mm, intégrés sous le fuselage avant, à raison de 150 obus par tube ;
- jusqu’à 2 100 kg d’armement sur quatre points d’emport sous voilure plus un point ventral, comprenant :
- le missile antinavire AM-39 Exocet, en point d’emport unique sous la voilure droite ;
- la bombe nucléaire à chute libre AN-52 (jusqu’à son retrait), puis le missile air-sol moyenne portée (ASMP) à charge nucléaire ;
- des bombes lisses ou freinées de 250 et 400 kg ;
- des paniers à roquettes Matra ;
- des missiles air-sol classiques (AS-30L à partir du Standard 3) ;
- le missile air-air d’autodéfense Matra Magic 2.
Conçu dès l’origine pour pouvoir emporter la bombe nucléaire AN-52, le Super Étendard joue, pendant trois décennies, un rôle dans la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire française. La flottille 17F est qualifiée flottille nucléaire dans le cadre de la Force aéronavale nucléaire dès le début des années 1980 ; elle effectue le premier tir opérationnel d’un missile ASMP à charge nucléaire depuis le porte-avions Foch. La flottille 11F reçoit également la qualification ASMP, dotant la France d’une capacité de frappe préstratégique embarquée. La portée et la puissance de l’arme, estimée à 300 kt par missile (vingt fois la puissance de la bombe d’Hiroshima), font des SEM des plateformes lourdes pour la mission. L’appareil n’était toutefois pas capable d’apponter avec l’ASMP : la configuration dissymétrique imposait une compensation par réservoir externe. La mission nucléaire embarquée du SEM cesse en 2010, lorsqu’elle est transférée au Rafale M.

Les cinq standards de modernisation
Pour prolonger la durée d’utilisation des appareils, un programme dit « Super Étendard Modernisé » (SEM) est lancé à la fin des années 1980. Il se traduit par cinq « standards » successifs, qui transforment profondément l’avionique et l’armement de l’appareil sans toucher fondamentalement à sa cellule.
Standard 1 (à partir de 1986)
Le premier standard marque le passage administratif du « Super Étendard » au « Super Étendard Modernisé ». Il introduit l’intégration des nacelles de désignation laser ATLIS II ; il modernise l’avionique de bord et le poste de pilotage, et permet l’emport de l’AS-30L. À partir de cette étape, les appareils modifiés sont officiellement désignés SEM.
Standard 2 (1992)
Le deuxième standard remplace le radar Agave par le radar Anémone (Appareil Numérisé pour l’Exploitation des Mouvements d’Objectifs Navals Éloignés). Ce radar à antenne à balayage électronique passive, conçu par Thomson-CSF (futur Thales), offre des performances très supérieures, notamment en mode air-sol. Un boîtier d’adaptation et d’interface radar (BAIR) lui est associé.
Standard 3 (1997)
Le troisième standard, livré à partir de 1997, focalise les améliorations sur les capacités offensives et défensives. Il intègre :
- la nacelle de désignation laser diurne ATLIS II ;
- le missile air-sol AS-30L à guidage laser ;
- la bombe guidée laser GBU-12 Paveway II de 500 livres (227 kg) ;
- le lance-leurres PHIMAT ;
- le brouilleur BARRACUDA.
C’est à partir du Standard 3 que l’aéronavale française dispose d’une véritable capacité de frappe de précision air-sol embarquée.
Standard 4 (à partir de 2000)
Quarante-sept appareils bénéficient de la modernisation au Standard 4. Celle-ci comprend l’implantation du châssis de reconnaissance CRM 280, qui permet aux SEM de remplir les missions auparavant dévolues aux Étendard IVP de reconnaissance, retirés du service. Le système d’auto-protection est sensiblement renforcé : ajout de lance-leurres électromagnétiques et infrarouges Alkan 5081 en gondole extérieure (point 0), et installation du détecteur de menace Sherloc. Les capacités offensives sont accrues par l’emport de la nacelle de désignation laser Damoclès, de Thales.
Standard 5 (à partir de 2006)
Le Standard 5, dernière évolution majeure, concerne 35 avions, dont certains passent directement du Standard 3 au Standard 5. Il étend les capacités de l’appareil aux missions nocturnes et aux opérations interarmées modernes :
- jumelles de vision nocturne (JVN) pour le pilote ;
- utilisation nocturne de la nacelle Damoclès ;
- poste de radio crypté Saturn Have Quick ;
- liaison de données par modem IDM ;
- planchette électronique de navigation Fightacs ;
- transmetteur de flux vidéo Rover (transmission temps réel aux troupes au sol) ;
- radio VHF/FM pour la communication directe avec les forces terrestres ;
- pylônes bi-bombes permettant le doublement de l’emport ;
- intégration des bombes guidées laser GBU-49 de 250 kg et GBU-58 de 125 kg, à guidage hybride laser/GPS.
C’est sous le Standard 5 que les SEM accomplissent leurs derniers déploiements en Afghanistan, en Libye, en Irak et en Syrie. Les ultimes appareils volent ainsi jusqu’en 2016 dans une configuration radicalement différente de l’avion mis en service en 1978.
Les opérations militaires.
Opération Olifant (Liban, 1983-1984)
Nom donné à la participation française à la Force multinationale de sécurité à Beyrouth (FMSB), déployée à partir de 1982 à la suite de la guerre civile libanaise et de l’invasion israélienne du sud du pays. Pour la Marine nationale, Olifant désigne plus spécifiquement la composante navale, articulée autour des porte-avions Foch et Clemenceau qui se relaient en Méditerranée orientale.
C’est dans ce cadre qu’a lieu, le 22 septembre 1983, la première mission de guerre d’un Super Étendard depuis l’entrée en service de l’appareil 5 ans plus tôt – et la première mission aérienne lancée d’un porte-avions français depuis la crise de Suez en 1956. Deux patrouilles décollent du Foch pour bombarder des pièces d’artillerie de l’armée syrienne ou druzes qui avaient pris à partie la « Résidence des Pins », ambassade de France à Beyrouth, et les positions du contingent français à terre. L’attaque est considérée comme un succès tactique.
Opération Brochet (Liban, 17 novembre 1983)
L’opération Brochet est la riposte militaire française à l’attentat du Drakkar, perpétré le 23 octobre 1983 à Beyrouth contre l’immeuble abritant les parachutistes français du 1er RCP. L’attentat fait 58 tués parmi les militaires français. Une attaque jumelle, le même jour, vise les Marines américains et fait 241 morts.
Sur ordre du président François Mitterrand, 8 Super Étendard catapultés du porte-avions Clemenceau attaquent le 17 novembre 1983 la caserne Cheikh Abdallah, dans la plaine de la Bekaa, près de Baalbek. Cette caserne est identifiée comme une position des Gardiens de la Révolution islamique et du Hezbollah naissant, soupçonnés d’avoir armé les auteurs des attentats du 23 octobre. Les appareils larguent une trentaine de bombes de 400 kg. Le bilan humain est limité (une dizaine de miliciens chiites et une douzaine de soldats iraniens, selon les sources ouvertes), l’objectif ayant été en grande partie évacué quelques minutes avant le raid. La fuite est attribuée par plusieurs sources à un diplomate français hostile à toute riposte militaire. L’opération conserve néanmoins une valeur symbolique forte. Une bombe non largable, ramenée à bord du Clemenceau, aurait tué un berger lors d’une manœuvre de dégrappage du pilote.
Opération Sugar (Irak, 1983-1985)
L’opération Sugar n’est pas, à proprement parler, un engagement opérationnel des SEM de la Marine nationale, mais elle constitue un épisode notable de la carrière de l’appareil. Le 7 octobre 1983, le gouvernement français décide de prêter cinq Super Étendard à la force aérienne irakienne, alors en guerre contre l’Iran depuis 1980. L’Irak avait acheté des missiles antinavires AM-39 Exocet à la France, mais ne disposait pas encore des Mirage F1 capables de les emporter ; le Super Étendard, lui, en avait la pleine capacité. Les pilotes et mécaniciens irakiens sont entraînés en 1983 sur la base d’aéronautique navale de Landivisiau.
Les cinq avions sont livrés en octobre 1983 et utilisés dans le cadre de la « guerre des pétroliers » pour attaquer la navigation iranienne dans le golfe Persique. Le 27 mars 1984, ils coulent le bâtiment-ravitailleur sud-coréen Heyang Ilho et endommagent le pétrolier grec Filikon L au moyen de missiles Exocet. En 1984, le 81e squadron irakien aurait endommagé 58 navires au total. Un Super Étendard est perdu en 1984, abattu par un F-4E Phantom II iranien selon les autorités iraniennes, le pilote irakien étant tué. Les quatre appareils restants sont rendus à la France à l’été 1985. L’épisode est mis en avant comme l’une des causes possibles des attentats du 23 octobre 1983 contre les contingents français et américain au Liban, l’Iran ayant pu considérer la France comme cobelligérante.
Opération Prométhée (golfe Persique / mer d’Oman, 1987-1988)
L’opération Prométhée est la réponse navale française à la « guerre des pétroliers » qui menace la liberté de navigation dans le golfe Persique dans les dernières années de la guerre Iran-Irak. Elle est déclenchée le 30 juillet 1987, à la suite de l’attaque du porte-conteneurs Ville d’Anvers par des vedettes Pasdaran iraniennes, et de la rupture des relations diplomatiques franco-iraniennes du 17 juillet 1987.
Le porte-avions Clemenceau appareille de Toulon le 30 juillet 1987. Il franchit le canal de Suez le 5 août, entre dans le golfe d’Aden le 10 août, et déploie son groupe aérien à compter du 13 août. Le porte-avions ne franchit pas le détroit d’Ormuz et se tient en mer d’Oman, hors de portée des missiles antinavires de fabrication chinoise (HY-2 Silkworm) en service côté iranien. Le groupe aérien embarqué comprend huit Crusader (12F), quatorze Super Étendard (11F et 17F), deux Étendard IV P de reconnaissance (16F), six Alizé (4F), des hélicoptères Super-Frelon, Lynx et Alouette III.
La mission consiste à protéger les bâtiments marchands battant pavillon français, à dissuader toute attaque iranienne contre les intérêts économiques et militaires français dans la région, et plus largement à signaler politiquement la fermeté de Paris vis-à-vis de Téhéran. Les SEM effectuent en routine des missions d’interception (notamment de bombardiers Tu-22 « Backfire » soviétiques et de patrouilleurs P-3 iraniens), de surveillance et de protection. Le 17 juillet 1988, un Super Étendard (n° 54) s’écrase à l’appontage de nuit sur le Clemenceau ; son pilote est tué.
L’opération s’achève en septembre 1988, à la faveur du cessez-le-feu Iran-Irak intervenu le 20 août et de la reprise des relations diplomatiques franco-iraniennes en juin 1988. Le Clemenceau rentre à Toulon après 14 mois d’opérations.
Opération Capselle (Liban, 1989)
Opération navale française liée à la deuxième crise libanaise et aux affrontements entre les forces du général Aoun et les troupes syriennes en 1989, Capselle voit le porte-avions Foch déployé en Méditerranée orientale avec un groupe aérien embarqué comprenant des Super Étendard, dans un rôle de dissuasion et de présence. Les Super Étendard n’ont pas délivré d’armement au cours de cette opération, dont l’objectif est avant tout politique : marquer le soutien de la France à l’évacuation éventuelle des ressortissants français du Liban.
Opération Alerte Irak / Salamandre (golfe Persique, 1990-1991)
À la suite de l’invasion du Koweït par l’Irak en août 1990, la France engage l’opération Daguet dans le cadre de la coalition internationale autorisée par les résolutions onusiennes. La participation aéronavale française à cette opération, parfois désignée « Alerte Irak » dans les rétrospectives consacrées au Super Étendard, voit le porte-avions Clemenceau dépêché en mer Rouge en septembre 1990 avec un groupe aérien embarqué, comprenant des Super Étendard. L’appareil n’a toutefois pas mené de frappe contre l’Irak pendant la guerre du Golfe de 1991 : la composante aérienne française des frappes est assurée par l’armée de l’Air (Jaguar, Mirage 2000, Mirage F1CR). La mission navale est essentiellement une mission de présence et de soutien logistique.
Opération Balbuzard (Adriatique / Bosnie-Herzégovine, 1993-1995)
L’opération Balbuzard est la contribution navale française à la phase initiale de l’intervention internationale en ex-Yougoslavie, dans le cadre de la guerre de Bosnie-Herzégovine. Elle débute le 26 janvier 1993 avec l’envoi du groupe aéronaval en Adriatique, et se poursuit jusqu’en décembre 1995 avec l’arrivée de l’IFOR. Ses objectifs sont d’aider à libérer les otages français retenus dans la périphérie de Sarajevo, d’assurer la sécurité des éléments français de la FORPRONU, et de faciliter l’éventuel désengagement des forces terrestres.
Le porte-avions Clemenceau appareille de Toulon le 28 janvier 1993, accompagné des frégates Jean Bart, Suffren, La Motte-Picquet, Georges Leygues, du TCD Foudre et des ravitailleurs Marne et Meuse. Le groupe aérien embarqué comprend, outre quatre Crusader, dix-huit Super Étendard (11F et 17F), trois Étendard IV PM de reconnaissance (16F), six Alizé (4F/6F), quatre Super Frelon (32F et 33F), des Dauphin et une Alouette III. Le Clemenceau et le Foch alternent ensuite les patrouilles, ravitaillés par le BCR Marne.
Les opérations Balbuzard sont numérotées de I à XII, suivies de « Balbuzard Noir » (prépositionnement pour l’extraction de personnel retenu en otage durant l’été 1995). Les missions typiques sont assurées en patrouille mixte : deux Étendard IV PM de reconnaissance et un Super Étendard équipé de la nacelle de ravitaillement en vol assurant le rôle de « nounou ». Les profils de vol sont en « haut-bas-haut » par les corridors aériens autorisés au-dessus de la côte croate. Selon plusieurs sources, et bien que les SEM aient été régulièrement engagés dans la mission d’appui des troupes au sol, aucun d’entre eux ne délivrera d’armement durant Balbuzard. Le 1er juin 1995, une patrouille de Super Étendard évite de justesse un missile sol-air tiré depuis le sol bosniaque.
Opérations Crécerelle, Salamandre et Allied Force (ex-Yougoslavie, 1995-1996, 1998-1999)
Crécerelle est l’opération de tentative de récupération de pilotes éjectés en territoire serbe. Salamandre, lancée en 1995 et prolongée jusqu’en 1998, est la contrepartie française du dispositif IFOR/SFOR de respect des accords de Dayton signés le 14 décembre 1995 ; les Super Étendard y assurent l’appui aérien rapproché potentiel et la reconnaissance.
L’engagement le plus intense de cette période se déroule durant la guerre du Kosovo. Le porte-avions Foch est engagé dans l’opération Trident à partir du 26 janvier 1999, période durant laquelle il opère depuis l’Adriatique. Les frappes de l’OTAN (opération Allied Force) débutent le 24 mars 1999 et durent 77 jours.
Pour cette opération, les Super Étendard, alors récents SEM des standards 2 et 3, effectuent 415 sorties de combat correspondant à 202 missions et 127 attaques sol, ainsi que 260 sorties de ravitaillement en vol. 85 objectifs sont traités au Kosovo et en Serbie. Avec seulement 9 % des moyens français engagés, la flottille 11F effectue 33 % des sorties françaises, délivre 39 % des munitions guidées, détruit 45 % des objectifs assignés à la France, avec un taux de coup au but de 73 % — le meilleur de l’alliance, selon les chiffres officiels rappelés sur le site du ministère des Armées. La flottille 11F reçoit à ce titre la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures.
Opération Héraclès (Afghanistan, 2001-2002)
À la suite des attentats du 11 septembre 2001 et du déclenchement de l’opération américaine Enduring Freedom contre les Taliban et Al-Qaïda en Afghanistan, la France décide le 21 novembre 2001 de déployer la Task Force 473 dans l’océan Indien. La participation française à Enduring Freedom prend le nom d’opération Héraclès.
La Task Force 473, sous le commandement du contre-amiral François Cluzel, appareille de Toulon le 1er décembre 2001. Elle est articulée autour du porte-avions Charles de Gaulle — récemment admis au service actif (18 mai 2001) — des frégates La Motte-Picquet, Jean de Vienne et Jean Bart, du SNA Rubis, du pétrolier-ravitailleur La Meuse et de l’aviso Commandant Ducuing. Le groupe aérien embarqué comprend 16 Super Étendard, un Hawkeye E-2C et deux Rafale Marine. À compter du 17 décembre 2001, la TF 473 est intégrée à un dispositif interallié dirigé depuis Bahreïn.
Les Super Étendard effectuent leurs premières missions sur l’Afghanistan le 19 décembre 2001 — le 20 décembre selon d’autres sources. Les missions, de reconnaissance et de bombardement, couvrent plus de 3 000 km et nécessitent trois ou quatre ravitaillements en vol pour aller et revenir. En patrouille type, un appareil désigne la cible au laser (nacelle ATLIS II) tandis qu’un second largue une bombe guidée laser GBU-12 de 250 kg.
Le 18 février 2002, le satellite d’observation Hélios 1B repère des activités inhabituelles près de Gardez, dans l’est du pays. Le lendemain, deux Super Étendard du Charles de Gaulle décollent pour confirmer les observations ; le 20 février 2002, les forces de la coalition entrent dans la vallée. L’opération Anaconda commence début mars : les Super Étendard et les Mirage 2000D français, déployés à compter du 27 février 2002 depuis le Tadjikistan, effectuent des frappes contre des positions identifiées comme appartenant à Al-Qaïda. Certaines cibles proposées par les forces américaines sont refusées par crainte de dommages civils.
Le contingent aérien français passe à 16 Super Étendard, 6 Mirage 2000D, 5 Rafale, 2 Hawkeye et 2 AWACS. Au total, les Super Étendard effectuent environ 140 missions sur l’Afghanistan en 2001-2002, soit en moyenne 12 missions par jour pendant la phase la plus intense. Le déploiement du Charles de Gaulle s’achève en juillet 2002, après sept mois de mer et l’équivalent de trois fois le tour du globe parcouru.
Opérations Agapanthe (océan Indien / Afghanistan, 2004-2011)
Agapanthe est le nom générique donné aux déploiements successifs du Groupe aéronaval (GAN) français dans l’océan Indien, à partir du Charles de Gaulle, en soutien aux opérations en Afghanistan. Le GAN est déployé à cinq reprises hors d’Europe : 2001 (Héraclès), 2004, 2006, 2007 et 2010 (Agapanthe).
- Agapanthe 2004 : déploiement de plusieurs mois en océan Indien, avec un groupe aérien embarqué comprenant des Super Étendard de la flottille 17F et des Rafale Marine (alors en phase de qualification opérationnelle au sein de la 12F).
- Agapanthe 2006 : la flottille 11F reçoit ses premiers SEM Standard 5 et participe à compter de mai 2006 à l’opération Héraclès AIR INDIEN au-dessus de l’Afghanistan, depuis le porte-avions et depuis Kandahar. Pendant plus d’un mois, les SEM effectuent des missions d’appui au profit des forces de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF).
- Agapanthe 2007 : nouveau déploiement de quelques semaines en océan Indien.
- Agapanthe 2010-2011 : le Charles de Gaulle reprend la mer le 30 octobre 2010 ; le groupe aérien embarque dix Rafale F3 (12F), douze SEM (17F) et deux Hawkeye (4F). Le 25 novembre 2010, le porte-avions se positionne au nord de la mer d’Arabie pour soutenir les opérations aériennes au-dessus de l’Afghanistan. Du 25 novembre au 25 décembre 2010, le groupe aérien effectue 240 missions, dont 138 d’appui aérien rapproché et 10 de reconnaissance. Le déploiement se prolonge jusqu’à la fin février 2011. La mission Agapanthe 2010 est également la première à intégrer la nacelle de reconnaissance Reco NG sur Rafale Marine. Le 28 novembre 2010, un Rafale F3 (n° 18) s’abîme en mer au large des côtes pakistanaises, le pilote étant récupéré sain et sauf.
À titre complémentaire, les SEM de la flottille 17F sont déployés à terre, depuis l’aéroport international de Kandahar, du 6 juin au 5 octobre 2008. Ils totalisent à cette occasion 930 heures de vol et 244 sorties, dont 119 d’appui aérien rapproché (CAS). À cette occasion, les SEM tirent pour la première fois les bombes à guidage hybride laser/GPS GBU-49.
Au total, sur l’ensemble du théâtre afghan (opération Pamir au sol, Héraclès puis Agapanthe pour la composante aérienne), les avions de combat français ont effectué 50 000 heures de vol, 500 tirs et 1 800 « shows of force » selon le bilan officiel de fin 2014.
Opération Harmattan (Libye, 2011)
L’opération Harmattan est la contribution française à l’intervention militaire de 2011 en Libye, dans le cadre de l’application de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, et de la guerre civile libyenne. Elle débute le 19 mars 2011 et s’achève officiellement le 31 octobre 2011.
Le porte-avions Charles de Gaulle, qui vient juste de rentrer de son déploiement Agapanthe 2010 en océan Indien, est réactivé rapidement. Le groupe aérien embarqué appareille de Toulon le 20 mars 2011 et arrive sur zone le 22. Il se compose, à l’origine, de huit Rafale Marine (renforcés à dix par la suite), six Super Étendard Modernisés, deux Hawkeye E-2C et cinq hélicoptères (dont des Caracal de récupération de pilotes).
Les Super Étendard mènent, conjointement avec les Rafale, des missions d’interdiction de zone, de frappe au sol contre les forces du colonel Kadhafi, et de reconnaissance armée. Le 31 mars 2011, des Rafale, Mirage 2000D et Super Étendard effectuent quatre missions conjointes d’interdiction contre les forces terrestres libyennes.
Sur l’ensemble de l’opération, le porte-avions enregistre 1 350 sorties et 3 600 heures de vol en 120 jours d’activité aérienne, dont la moitié de nuit ; 2 380 catapultages et appontages sont réalisés. La répartition est la suivante : 840 sorties d’attaque (Rafale et SEM), 390 de reconnaissance (Rafale), 110 de détection et contrôle (E-2C), 240 de ravitaillement en vol (Rafale, SEM, ce dernier étant aussi utilisé en « nounou »). Les bâtiments du GAN tirent environ 3 000 obus en direction du sol libyen, soit 95 % des tirs canon de la coalition. Le Charles de Gaulle rentre à Toulon le 12 août 2011 après 148 jours, dont 138 jours de mer.
Opération Arromanches I / Chammal (Irak, 2015)
L’opération Chammal est la participation française à l’opération de coalition Inherent Resolve, lancée en septembre 2014 à la demande du gouvernement irakien pour contrer l’expansion territoriale de l’organisation État islamique (Daech) en Irak puis en Syrie. La France ouvre Chammal le 19 septembre 2014, dans un premier temps avec des seuls moyens à terre déployés en Jordanie et aux Émirats arabes unis.
Le 13 janvier 2015, le Charles de Gaulle quitte Toulon pour la mission Arromanches, planifiée de longue date. Le 23 février 2015, le GAN est officiellement engagé dans l’opération Chammal depuis le golfe Persique. C’est la première fois depuis 2002 que les SEM frappent au-dessus de l’Irak. Le groupe aérien embarqué comprend neuf Super Étendard Modernisés (17F), douze Rafale Marine (11F) et un Hawkeye E-2C. Selon les sources Mer et Marine et Theatrum Belli, le premier catapultage Chammal a lieu le 23 février 2015 ; douze avions sont mobilisés ce jour-là.
La première frappe d’un SEM dans le cadre d’Arromanches I est effectuée le 25 mars 2015 par l’appareil n° 46, qui largue une GBU-49. Pendant huit semaines, jusqu’au 18 avril 2015, les aéronefs du GAN effectuent dix à quinze sorties opérationnelles quotidiennes, articulées autour de plusieurs types de mission : surveillance, frappes d’opportunité (Close Air Support) en soutien des troupes irakiennes ou peshmergas, frappes planifiées (deliberate strikes) et reconnaissance. Le groupe aéronaval rentre en mer après la mi-mai 2015.
Opération Arromanches II / Chammal (Irak, Syrie, Méditerranée orientale, 2015-2016)
À la suite des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, le président de la République décide d’intensifier les frappes contre Daech. Le Charles de Gaulle, ravitaillé et reconditionné, appareille de Toulon le 18 novembre 2015 pour la Méditerranée orientale. Le 23 novembre 2015, le GAN est officiellement engagé dans Chammal. Il opère d’abord depuis la Méditerranée orientale, puis franchit le canal de Suez début décembre pour rejoindre le golfe arabo-persique, où il assure pendant plusieurs semaines le commandement de la Task Force 50 (composante navale de la coalition OIR).
Le groupe aérien embarqué pour cette deuxième campagne Arromanches comprend 18 Rafale Marine, 8 Super Étendard Modernisés, 2 Hawkeye E-2C, deux Dauphin et une Alouette III. Les 26 aéronefs du GAN multiplient par trois le potentiel aérien de la force Chammal.
Durant les dernières semaines de 2015, les équipages français mènent 71 missions au-dessus de l’Irak et de la Syrie, dont 57 de soutien aux forces terrestres irakiennes (reconnaissance et appui aérien armé) et six d’observation pour le renseignement. 43 cibles de Daech sont enregistrées comme détruites. Les SEM interviennent notamment dans les zones de Mossoul, Tal Afar, Sinjar, Falloujah et Ramadi.
Le 6 février 2016 à 13 h 27, le Super Étendard Modernisé n° 43 de la flottille 17F rate son appontage sur le Charles de Gaulle, dans le golfe Persique, au retour d’une mission de Close Air Support dans le cadre de Chammal. Le pilote est gravement blessé au dos ; un mécanicien est légèrement blessé en évitant la chute d’une roue. L’appareil est endommagé.
Le déploiement Arromanches II prend fin en mars 2016. Le dernier catapultage d’un Super Étendard depuis le Charles de Gaulle a lieu le 16 mars 2016, conduit par le commandant de la flottille 17F. À compter de cette date, le SEM n’est plus embarqué sur le porte-avions, mettant un point final à sa carrière opérationnelle.








Les amiraux voulaient un avion américain:
https://lefauteuildecolbert.blogspot.com/2015/02/la-non-commande-de-fa-18-hornet-pour.html
Aujourd’hui nous ne pouvons que nous féliciter du choix du Rafale.
https://theatrum-belli.com/lepopee-du-rafale-une-breve-histoire-industrielle-et-operationnelle/