22 mai 2016 : Dernière apparition du Super Étendard Modernisé à Biscarrosse.

Le dimanche 22 mai 2016, deux Super Étendard Modernisés (SEM) de la flottille 17F se présentent une ultime fois en démonstration aérienne au meeting de Biscarrosse, ville marraine de la 17F, dernière formation de l’aéronautique navale encore équipée du chasseur-bombardier embarqué conçu par Dassault Aviation. La cérémonie clôt 37 années d’opérations à travers le monde, depuis la première mise en service de l’appareil au sein de la flottille 11F en 1978.

Cette présentation publique intervient moins de deux mois après le dernier catapultage opérationnel de l’aéronef. Le 16 mars 2016, le commandant de la flottille 17F décolle pour la dernière fois d’un SEM depuis le pont d’envol du porte-avions Charles de Gaulle, signant la fin du déploiement embarqué de l’avion. L’appareil n’est plus catapulté depuis le « Charles » à compter de cette date. L’« Adieu aux armes » se tient le 12 juillet 2016 sur la base d’aéronautique navale (BAN) de Landivisiau, dans le Finistère, en présence d’environ 1 500 invités, civils et militaires. La chasse embarquée française passe alors au « tout Rafale Marine ».

Un Étendard IV profondément remanié

À la fin des années 1960, la Marine nationale lance des études pour remplacer ses Étendard IV M et ses Vought F-8 Crusader, qui équipent l’aéronautique navale embarquée à bord des porte-avions Clemenceau et Foch. Plusieurs pistes sont explorées. En 1969, la Marine retient le projet du Jaguar M, version navalisée du Jaguar franco-britannique, mais l’appareil est jugé sous-motorisé pour la mise en œuvre depuis les porte-avions français — sensiblement plus courts que leurs équivalents américains — et son adoption supposait des aménagements importants des bâtiments. Le programme est abandonné en 1973.

L’achat d’avions américains, notamment le Douglas A-4 Skyhawk ou le Vought A-7 Corsair II, est également examiné. Le gouvernement français retient finalement la proposition de Dassault d’une modernisation profonde de l’Étendard IV. La décision est officialisée le 19 janvier 1973 ; une commande de 100 exemplaires est passée le 4 septembre 1973 par le ministre de la Défense de l’époque, Michel Debré. Ce volume sera ramené à 71 appareils livrés à la Marine nationale entre 1977 et 1983.

De l’Étendard au Super Étendard

Malgré son nom, le Super Étendard n’est pas une simple évolution de l’Étendard IV : il s’agit d’un appareil largement repris, avec une cellule reprise et profondément modifiée. Les principales modifications portent sur trois éléments :

  • un nouveau réacteur SNECMA Atar 8K50, dérivé de l’Atar 9K50 du Mirage F1, mais dépourvu de post-combustion (premiers essais au banc en mai 1973) ;
  • un radar Agave, conçu par Thomson-CSF en collaboration avec Électronique Marcel Dassault, dérivé du Cyrano IV du Mirage F1, donnant à l’appareil ses capacités air-air limitées mais optimisées air-mer, lui permettant notamment de détecter une frégate à plus de 100 km ;
  • une voilure nouvelle, à dispositifs hypersustentateurs améliorés, indispensable pour les contraintes du catapultage et de l’appontage sur les porte-avions Clemenceau et Foch.

Deux prototypes sont réalisés à partir d’Étendard IVM modifiés, et un troisième Étendard IVM sert exclusivement aux essais de la nouvelle voilure. Le premier prototype effectue son vol inaugural le 28 octobre 1974, dérivé de l’Étendard IVM n° 68 modifié. Le second prototype, dédié à la validation du système d’armes, vole pour la première fois le 28 mars 1975.

Le premier appareil de série, équipé de l’Atar 8K50, prend l’air le 24 novembre 1977. Il s’agit, à cette époque, du premier avion militaire opérationnel français doté d’un système inertiel de navigation et d’attaque. La flottille 11F, basée à Landivisiau, est déclarée opérationnelle à compter de cette mise en service ; suivront la flottille 14F en 1979, la 17F en 1980 et l’escadrille de soutien 59S en 1991. Le dernier appareil de la commande est livré en 1983.

La fabrication du Super Étendard est répartie entre plusieurs sites industriels français. L’usine Dassault de Biarritz fabrique le fuselage avant, le cockpit et l’empennage vertical. L’usine de Colomiers s’occupe du fuselage arrière et d’une partie du fuselage central. L’usine de Boulogne produit les demi-voilures. L’usine d’Argenteuil livre le caisson central de voilure. L’empennage horizontal est fabriqué à Istres. Le tronçon central du fuselage est produit par l’usine Hurel-Dubois de Vélizy. Tous ces éléments sont assemblés à Mérignac. La totalité de la production se déroule entre 1978 et 1983 ; 85 exemplaires sortent des chaînes (71 pour la France, 14 pour l’Argentine), selon les chiffres officiels Dassault rappelés par les sources consultées.

Description technique

Le Super Étendard se présente comme un avion monomoteur, monoplace, à aile médiane en flèche d’environ 45 degrés, équipée d’extrémités repliables pour les manœuvres sur le pont d’envol. La structure est entièrement métallique. L’appareil est conçu dès l’origine pour la mise en œuvre depuis catapulte et l’appontage avec crosse d’arrêt sur câbles. L’entrée d’air est latérale, sous l’aile à la racine, et la dérive est verticale, fixe.

Les caractéristiques générales relevées dans les fiches techniques publiées (notamment celle de la collection Ailes Anciennes Toulouse et celles communiquées par la Marine nationale) sont les suivantes :

  • Équipage : 1 pilote
  • Envergure : 9,60 m
  • Longueur : 14,30 m
  • Hauteur : 3,85 m
  • Masse à vide : environ 6 250 kg
  • Masse maximale au décollage : environ 11 900 kg
  • Charge offensive maximale : environ 2 100 kg sur quatre points externes plus un ventral
  • Motorisation : un turboréacteur SNECMA Atar 8K50 d’environ 5 000 kgp (49 kN)
  • Vitesse maximale : environ 1 200 km/h (Mach 1,3 selon certaines sources)
  • Autonomie : environ 1 820 km en configuration de combat, et plus de 2 heures de vol avec réservoirs supplémentaires.

Le réacteur Atar 8K50

L’Atar 8K50 est un turboréacteur à compresseur axial, sans post-combustion, dérivé direct de l’Atar 9K50 (lequel équipe le Mirage F1). La lignée Atar remonte aux travaux d’ingénieurs allemands du BMW 003 récupérés à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le 8K50 développe une poussée d’environ 5 tonnes. Son absence de post-combustion, qui interdit le vol supersonique à haute altitude, a souvent été présentée comme une limitation de l’appareil, compensée par sa parfaite adaptation aux missions d’assaut antinavire et d’attaque au sol pour lesquelles il a été conçu.

Avionique d’origine et système d’armes

Le radar Agave est l’élément central du système d’armes initial. Optimisé pour la détection de cibles maritimes (mode air-mer), il alimente directement le système inertiel de navigation et d’attaque (SNA), inédit sur un avion militaire français. L’appareil dispose d’un viseur tête haute (HUD) Thomson-CSF VE-120 et d’une centrale inertielle SAGEM ULISS.

L’armement standard comprend :

  • deux canons DEFA 552 de 30 mm, intégrés sous le fuselage avant, à raison de 150 obus par tube ;
  • jusqu’à 2 100 kg d’armement sur quatre points d’emport sous voilure plus un point ventral, comprenant :
    • le missile antinavire AM-39 Exocet, en point d’emport unique sous la voilure droite ;
    • la bombe nucléaire à chute libre AN-52 (jusqu’à son retrait), puis le missile air-sol moyenne portée (ASMP) à charge nucléaire ;
    • des bombes lisses ou freinées de 250 et 400 kg ;
    • des paniers à roquettes Matra ;
    • des missiles air-sol classiques (AS-30L à partir du Standard 3) ;
    • le missile air-air d’autodéfense Matra Magic 2.

Conçu dès l’origine pour pouvoir emporter la bombe nucléaire AN-52, le Super Étendard joue, pendant trois décennies, un rôle dans la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire française. La flottille 17F est qualifiée flottille nucléaire dans le cadre de la Force aéronavale nucléaire dès le début des années 1980 ; elle effectue le premier tir opérationnel d’un missile ASMP à charge nucléaire depuis le porte-avions Foch. La flottille 11F reçoit également la qualification ASMP, dotant la France d’une capacité de frappe préstratégique embarquée. La portée et la puissance de l’arme, estimée à 300 kt par missile (vingt fois la puissance de la bombe d’Hiroshima), font des SEM des plateformes lourdes pour la mission. L’appareil n’était toutefois pas capable d’apponter avec l’ASMP : la configuration dissymétrique imposait une compensation par réservoir externe. La mission nucléaire embarquée du SEM cesse en 2010, lorsqu’elle est transférée au Rafale M.

Crédit : Marine nationale.

Les cinq standards de modernisation

Pour prolonger la durée d’utilisation des appareils, un programme dit « Super Étendard Modernisé » (SEM) est lancé à la fin des années 1980. Il se traduit par cinq « standards » successifs, qui transforment profondément l’avionique et l’armement de l’appareil sans toucher fondamentalement à sa cellule.

Standard 1 (à partir de 1986)

Le premier standard marque le passage administratif du « Super Étendard » au « Super Étendard Modernisé ». Il introduit l’intégration des nacelles de désignation laser ATLIS II ; il modernise l’avionique de bord et le poste de pilotage, et permet l’emport de l’AS-30L. À partir de cette étape, les appareils modifiés sont officiellement désignés SEM.

Standard 2 (1992)

Le deuxième standard remplace le radar Agave par le radar Anémone (Appareil Numérisé pour l’Exploitation des Mouvements d’Objectifs Navals Éloignés). Ce radar à antenne à balayage électronique passive, conçu par Thomson-CSF (futur Thales), offre des performances très supérieures, notamment en mode air-sol. Un boîtier d’adaptation et d’interface radar (BAIR) lui est associé.

Standard 3 (1997)

Le troisième standard, livré à partir de 1997, focalise les améliorations sur les capacités offensives et défensives. Il intègre :

  • la nacelle de désignation laser diurne ATLIS II ;
  • le missile air-sol AS-30L à guidage laser ;
  • la bombe guidée laser GBU-12 Paveway II de 500 livres (227 kg) ;
  • le lance-leurres PHIMAT ;
  • le brouilleur BARRACUDA.

C’est à partir du Standard 3 que l’aéronavale française dispose d’une véritable capacité de frappe de précision air-sol embarquée.

Standard 4 (à partir de 2000)

Quarante-sept appareils bénéficient de la modernisation au Standard 4. Celle-ci comprend l’implantation du châssis de reconnaissance CRM 280, qui permet aux SEM de remplir les missions auparavant dévolues aux Étendard IVP de reconnaissance, retirés du service. Le système d’auto-protection est sensiblement renforcé : ajout de lance-leurres électromagnétiques et infrarouges Alkan 5081 en gondole extérieure (point 0), et installation du détecteur de menace Sherloc. Les capacités offensives sont accrues par l’emport de la nacelle de désignation laser Damoclès, de Thales.

Standard 5 (à partir de 2006)

Le Standard 5, dernière évolution majeure, concerne 35 avions, dont certains passent directement du Standard 3 au Standard 5. Il étend les capacités de l’appareil aux missions nocturnes et aux opérations interarmées modernes :

  • jumelles de vision nocturne (JVN) pour le pilote ;
  • utilisation nocturne de la nacelle Damoclès ;
  • poste de radio crypté Saturn Have Quick ;
  • liaison de données par modem IDM ;
  • planchette électronique de navigation Fightacs ;
  • transmetteur de flux vidéo Rover (transmission temps réel aux troupes au sol) ;
  • radio VHF/FM pour la communication directe avec les forces terrestres ;
  • pylônes bi-bombes permettant le doublement de l’emport ;
  • intégration des bombes guidées laser GBU-49 de 250 kg et GBU-58 de 125 kg, à guidage hybride laser/GPS.

C’est sous le Standard 5 que les SEM accomplissent leurs derniers déploiements en Afghanistan, en Libye, en Irak et en Syrie. Les ultimes appareils volent ainsi jusqu’en 2016 dans une configuration radicalement différente de l’avion mis en service en 1978.

Les opérations militaires.

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