F-35 en Belgique – Le glas du SCAF ?


La Belgique, a décidé d’acquérir 34 F-35A au prix de 76 millions de dollars l’unité. Nous ne reviendrons pas sur les conditions d’attribution du contrat qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Ce tarif très compétitif risque fort de mettre à mal le projet SCAF. A peine plus cher qu’un Rafale et bien moins qu’un Eurofighter T3.

Ce prix est sans aucun doute de la part de Lockheed-Martin (L-M) et du gouvernement américain est un gros appel du pied pour le remplacement des Tornado allemands entre 2025 et 2035.
L’Allemagne se pose la question sur l’appareil qui remplacera ses 93 Tornado. Alors que l’état-major de la Luftwaffe serait enclin à vouloir prendre des F-35A, le gouvernement quant à lui regarderait vers le Typhoon T3 (raison de cohérence). Mais, le prix annoncé du F-35 en Belgique risque fort de faire pencher la balance en faveur du Lightning II.
De son côté, le gouvernement américain joue un petit chantage avec l’Allemagne en soulignant sa participation au plan nucléaire de l’OTAN. Même si l’appareil n’est pas encore qualifié pour emporter et délivrer la vieille bombe B-61. Courant novembre, un contrat de 83 millions de dollars a été notifié à L-M afin de pouvoir certifier la bombe nucléaire tactique B-61-12 sur le F-35A, le développement de cette bombe doit s’achever en février 2024, Les Tornado allemand et belge étant prévu pour 2025, la Belgique participant également au plan nucléaire de l’OTAN… Alors que l’adaptation au Typhoon de la B-61 mettrait 6-7 ans et 700 millions d’euros…
Le gouvernement allemand risque donc de se plonger dans ce dossier qui ne sera pas simple politiquement. Entre les pro F-35, les pro Typhoon et ceux voulant un plus grand retour industriel sur le projet SCAF. L’arbitrage risque d’être compliqué.
Certains députés du Bundestag n’hésiteront pas à utiliser le F-35 pour faire pression sur le projet SCAF afin que l’Allemagne récupère un maximum de retour industriel en dehors de toutes compétences légitimes. Les accords ne s’y sont pas trompé en nommant Dassault Aviation maître d’œuvre du programme, et Thales semble naturellement désigné pour la partie système de combat collaboratif mais Airbus ne l’entend pas de cette oreille et désire récupérer cette partie.
Dans ce contexte, il n’est pas impossible que le F-35 puisse l’emporter. Pour le coup, l’Allemagne n’aurait aucune retombée industrielle. Vaut-il mieux un rien du tout américain ou un petit peu français ?
Pour le remplacement de l’Eurofighter, L’Allemagne qui aurait besoin d’un avion de supériorité aérienne (et non d’un appareil polyvalent) pour accompagner le F-35 pourrait se tourner vers les Britanniques et leur projet « Tempest », mettant au tapis le projet SCAF et laissant la France seule sur son projet. La mésentente cordiale des années 1983-1985 autour du Rafale et de l’Eurofighter risque donc de se reproduire 35 ans après.
Les avantages pour l’Allemagne de commander le F-35 serait une intégration totale au sein des opérations aériennes de l’OTAN car la furtivité de l’appareil lui interdit de communiquer avec d’autres appareils qui ne sont pas des F-35, une possibilité de mutualiser la maintenance avec la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège. Jumeler les escadrons de ces pays et entamer la création d’une force aérienne « otano-européenne » sous contrôle des USA.
La décision belge qui est une décision souveraine risque d’engendrer des effets dominos dévastateurs sur l’industrie aéronautique militaire européenne.

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