Antoine Mattéï naît à Scolca, en Corse, le 23 mars 1917. Il entre à Saint-Cyr le 1er octobre 1938 et est nommé sous-lieutenant au moment où commence la Seconde Guerre mondiale. Cité une première fois, il est fait prisonnier à Montereau le 18 juin 1940. Il tente plusieurs fois de s’évader de l’Oflag X-C, ce qui lui vaut d’être finalement enfermé dans la forteresse de Colditz, dont il n’est libéré par les Alliés que le 5 mai 1945.
Très éprouvé par sa captivité, il rejoint néanmoins la compagnie de garnison d’Ajaccio dès le mois d’août, puis est affecté à la 4e compagnie du 1er bataillon du 3e REI. Débarqué à Saïgon le 25 avril 1946 à la tête d’une section, il est promu capitaine le 1er octobre 1947. Au cours des durs combats de Cochinchine et du Tonkin, il est cité 5 fois à l’ordre du corps d’armée et une fois à l’ordre de l’Armée ; à son retour, il est fait chevalier de la Légion d’honneur.
Rapatrié en 1949, il passe quelques mois à Sidi-Bel-Abbès et à Nouvion, avant de repartir pour l’Indochine, où il sert deux ans comme commandant de la 2e compagnie du 1er bataillon du 3e REI.
La RC4 et le poste de Bo-Cung (octobre 1950)
Mattéï a marqué de son empreinte la bataille de la RC4 et l’évacuation catastrophique de Cao Bang. Commandant la 2e compagnie du I/3e REI, il tient Na Cham et le petit poste de Bo-Cung, établi au sud de la cuvette de Lung-Vaï, à environ 5 kilomètres de Na Cham. Ce poste, confié au lieutenant Pierre Jaluzot, contrôle un point de passage essentiel sur la route que devront emprunter les rescapés de Cao Bang et la garnison de That Khê.
Pour appuyer ce verrou, Mattéï avait fait hisser à dos d’homme, dans les calcaires dominant Na Cham, ses pièces d’artillerie : deux canons de 105 (une pièce HM2 et une vieille pièce De Bange) ainsi que deux pièces de 75. À 5 km, distance de tir remarquable pour l’époque, les tirs d’arrêt avaient été soigneusement préréglés dès le 1er octobre, au plus près de l’enceinte du poste.
Dans la nuit du 6 au 7 octobre 1950, le poste de Jaluzot, tenu par 17 légionnaires et sous-officiers et 16 supplétifs thôs, est assailli et submergé par le Viêt-minh. Informé de la situation par l’observatoire du col des Ananas, qui a vue directe sur Bo-Cung, Mattéï monte seul de nuit jusqu’au col pour régler personnellement les tirs sur la position de son subordonné et ami.
Au matin, le poste a tenu. Il est à moitié détruit et indéfendable, la garnison hors de combat à 50 % (Jaluzot lui-même est blessé au bras, à la joue et au front) mais elle ne compte qu’un seul mort. Côté adverse, les villageois thôs estiment à environ trois cents le nombre de brancards emportés par le Viêt-minh lors de son repli. En tenant cette nuit-là, Bo-Cung a maintenu ouvert le passage vers Lang Son et permis à de nombreux rescapés du désastre de la RC4 d’échapper au piège. Le poste sera évacué sur ordre dans les jours suivants, lors du repli de Na Cham.
L’après-guerre d’Indochine
Après ses congés de fin de campagne, Mattéï rejoint pour un an le bureau d’information de la Légion étrangère à Vincennes, puis sert deux ans au CSPLE. Le 31 décembre 1955, il prend, comme chef de bataillon, le commandement du groupement des compagnies portées à Fort-Trinquet, en Mauritanie. Cité à l’ordre de la division en janvier 1958, il voit son groupement devenir le GCP 2 du 4e REI, qui rejoint l’Algérie en avril 1958.
Il sera successivement adjoint au chef de corps puis chef de corps du 3e REI. Il fait valoir ses droits à la retraite le 15 février 1965 et se retire à Aix-en-Provence.
Il est le héros de Paul Bonnecarrère dans Par le sang versé ; récit que le lieutenant Jaluzot jugeait lui-même « quelque peu romancé ». Mattéï a laissé son propre témoignage dans Tu survivras longtemps (Olivier Orban, 1976). Il s’éteint le 31 mai 1987 et repose dans son village natal de Scolca.









