vendredi 1 juillet 2022

L’insidieuse persistance de l’antimilitarisme « vert »

Le 14 juillet aurait pu annoncer la trêve estivale. Que nenni ! Cela commence par un tweet stupide mais significatif de Xavier Cantat. « Fier que la chaise à mon nom reste vide au défilé de bottes des Champs Elysées » (Cf. lire aussi le Point du 14 juillet, édifiant car le tweet de XC n’est pas unique et leur multiplicité confirme cette action politique).

J’imaginerai volontiers quelques questions « Mais au fait Xavier qui ? », « Ah vous savez le compagnon de…, le frère de …, un « Vert » ». « Ah, il avait besoin de montrer qu’il existait ? ». Comme le disait un de mes camarades, quand on est vert c’est qu’on n’est pas mûr. Certes mais un « rouge » trop prononcé pourrait être ennuyeux. Finalement rien de neuf, la continuité existe. Rappelons-nous !

  • Dominique Voynet après le défilé militaire du 14 juillet 1997 sur les Champs Elysées auquel elle venait d’assister : « Ministre ou pas ministre, les militaires, il faut les fréquenter pour ne pas oublier à quel point ils sont c… » (L’Express)..
  • Le 2 juillet 2010, Les élus Vert  de la mairie de Paris avaient demandé avaient demandé la suppression du défilé militaire du 14 juillet et « d’affecter une partie des économies réalisées à l’organisation de rassemblements populaires, à Paris et dans toute la France». Sylvain Garrel (Cf. ce compte rendu du 26 septembre 2011 du conseil de Paris), l’un des présidents des Verts parisiens, précisait que la France gagnerait à « quitter le sinistre peloton des pays organisant des démonstrations guerrières le jour de leur fête nationale, dont la plupart sont des dictatures ».
  • Eva Joly, désignée comme candidate à l’élection présidentielle, plaide pour que le 11 Novembre devienne une journée pour la paix (Cf. Le Monde du 11 novembre 2011 et mon billet du lundi 14 novembre 2011, 11 novembre, honneurs aux combattants et débats). Europe Ecologie-Les Verts (EE-LV) en présence d’Eva Joly dépose le 11 novembre une gerbe à Paris, au Mur de la paix (face à l’Ecole militaire), en mémoire des mutins fusillés en 1917 au Chemin des Dames (Aisne). Elle récidive en 2012 en proposant de substituer le défilé militaire du 14 juillet à un défilé citoyen.
  • Comme le rappelle Zone-militaire (nous nous rejoignons dans nos analyses), Le député Noël Mamère aurait « préféré ne pas voir de ministre écologiste » au défilé du 14 juillet.

Barbara Pompili, co-présidente du groupe EELV à l’Assemblée nationale, députée de la Somme (Amiens-Sud), intervient sur RTL le mardi 16 juillet 2013. En réponse au tweet de XC, elle rétorque que le compagnon de Cécile Duflot « n’est pas ministre », « Un conjoint de ministre n’a pas de rôle politique dans ce pays, jusqu’à preuve du contraire », avait-elle estimé. Ce qu’elle remarquait était surtout l’incongruité de réserver une place dans une tribune officielle à un conjoint/ conjointe. Certes, je ne voudrai pas faire de rapprochement avec d’autres situations gouvernementales mais ne serait-ce pas une attaque indirecte ?

Par ailleurs, cette députée a valorisé le défilé citoyen d’Amiens du 14 juillet 2013 où les militaires, hormis les gendarmes, ne défilent plus mais restent sous le commandement du délégué militaire départemental, le colonel Heyraud, survivant des réformes successives des armées et symbole de la désertification militaire. De fait, la militarité de l’événement disparaîtra à terme à moins que les armées contribuent partout en France au 14 juillet militaire et pas seulement avec une équipe de quelques personnes, même avec un colonel à sa tête. La préservation du lien Armée-Nation aura un prix.

Pour en revenir au tweet de XC, il est vrai que nous n’avons peut-être pas tous la même notion de la vie de couple, sans oublier une certaine notion de la solidarité quand son conjoint/conjointe assume des responsabilités publiques. Avoir des opinions personnelles ne peut être contesté mais contrecarrer la vie publique de son conjoint/conjointe me paraît bien plus grave.

Peut-être aussi que nous n’avons pas la même éducation. En effet, si XC était prévu à la tribune officielle et que l’individu ne voulait pas être présent, il aurait pu peut-être le signaler. C’est juste une question d’éducation sans doute conservatrice mais cela me semble se rapprocher d’une forme de respect que beaucoup revendiquent. L’éducation permet le « vivre ensemble » en société et exprime le respect que l’on porte aux autres.

Quant à la réaction politique, il est regrettable que le tweet de l’individu n’ait pas été condamné clairement par le Premier ministre lors de la séance de questions au gouvernement du 16 juillet 2013 à l’Assemblée nationale. Laisser insulter l’armée française semble être acceptable alors qu’il suffisait de dissocier le manque de discernement de XC. Il est vrai que la majorité présidentielle est soumise à bien des tensions internes. Cela peut-il conduire à un double langage ? A voir.

Pour conclure, le mouvement « vert » est antimilitariste. L’exercice du pouvoir a atténué l’expression publique de son antimilitarisme sans le supprimer, bien au contraire. La communauté militaire n’a rien à attendre de positif de ce parti d’autant que sa capillarité au sein du système actuel reste soumise à des interrogations. La communauté militaire doit être vigilante face à ces actions qui se perpétueront dans le temps. Le terrain ne doit pas lui être laissé.

Encore faut-il que nous ayons envie de nous battre dans la situation où les armées se trouvent aujourd’hui, confrontées à une réalité qui semble de plus en plus éloignée du discours officiel et les déstabilisent. Pour ma part, restons positifs et soyons offensifs. Au service de la Nation, les armées doivent se faire entendre et chacun d’entre nous doit se sentir concerné. Ne soyons pas des militaires tièdes.

François CHAUVANCY
François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.
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