Multiplier les capteurs, étendre les zones d’écoute, mieux coordonner les plateformes habitées et autonomes… Thales fait évoluer la lutte anti-sous-marine avec de nouveaux sonars et des outils de gestion de mission, pour renforcer le rôle des drones dans la détection et le suivi des sous-marins.
La détection des sous-marins ne repose plus uniquement sur les sonars embarqués à bord des frégates, des hélicoptères ou des avions de patrouille maritime : face à des menaces toujours plus discrètes, les marines cherchent en effet à diversifier leurs moyens de surveillance et à déployer des capteurs sur plusieurs plateformes, y compris autonomes. Cette évolution ouvre la voie à des dispositifs de détection plus distribués, capables de couvrir de vastes zones et de maintenir une écoute sur la durée.
Thales accompagne cette transformation en s’appuyant sur son expertise acoustique. Le groupe dispose par exemple déjà de systèmes largement déployés à l’image du sonar aéroporté FLASH, utilisé depuis des hélicoptères, et la famille CAPTAS, destinée aux bâtiments de surface. Le groupe cherche désormais à adapter ses technologies aux contraintes des plateformes autonomes, notamment en matière d’encombrement, de consommation énergétique et d’endurance.
Présenté à Euronaval, « Blue Sentry » illustre cette orientation. Il s’agit d’un sonar passif à antenne linéaire remorquée de faible diamètre destiné notamment aux drones de surface et aux véhicules sous-marins autonomes qui doit leur permettre d’assurer une écoute acoustique discrète et prolongée, sans émettre de signal susceptible de révéler leur présence.
Le sonar passif présente une limite : s’il permet de détecter et d’analyser les signatures acoustiques, il ne fournit pas immédiatement la distance d’un contact. À l’inverse, le sonar actif émet des ondes acoustiques dont il analyse les échos pour localiser un objet et en déterminer la distance, mais son émission peut révéler la présence du dispositif. C’est pourquoi Thales envisage d’intégrer Blue Sentry dans des architectures multistatiques, c’est-à-dire associant plusieurs récepteurs à un émetteur de sonar actif. Ce dernier peut être embarqué sur une frégate, un bâtiment de soutien ou une autre plateforme. La multiplication des points d’écoute permet alors d’élargir la couverture acoustique en combinant les technologies.
Au-delà de Blue Sentry, Thales développe également le Light Dipping Sonar (LDS), un sonar trempé léger destiné notamment aux drones aériens à voilure tournante, et travaille parallèlement à rendre ses systèmes CAPTAS plus modulaires, afin de faciliter leur intégration sur des bâtiments à équipage réduit ou des plateformes autonomes de grande taille.
Des capteurs autonomes au combat collaboratif
La multiplication des capteurs ne constitue qu’une partie du défi car, pour être pleinement exploitées, les informations recueillies doivent pouvoir être partagées et analysées au sein d’un dispositif associant frégates, hélicoptères, drones de surface et véhicules sous-marins autonomes. C’est justement le rôle d’une autre solution présentée à Euronaval : le M-Cube, un système de management de mission. Initialement développé pour la guerre des mines et désormais adapté à la lutte anti-sous-marine (ASM), il permet de planifier les opérations, de coordonner les différents vecteurs et de réorienter leurs missions en fonction des détections.
Cette coopération se heurte encore aux limites des communications sous-marines : les drones doivent donc traiter une partie des informations à bord et ne transmettre que les données essentielles aux unités de surface. L’objectif est de les rendre plus autonomes dans la détection, la classification et le suivi des contacts pour qu’ils puissent adapter leurs missions. L’IA, développée avec le soutien de CortAIx (l’accélérateur de Thales) doit contribuer à l’analyse des données acoustiques et à la génération de pistes pour intégrer ces vecteurs dans un dispositif de surveillance ASM plus distribué, complémentaires aux plateformes habitées.










