Une violence insuffisamment réprimée au quotidien

La période écoulée voit peu les questions militaires se développer. Les questions sociétales et économiques dominent et me laissent cependant un sentiment diffus d’inquiétudes sur le fonctionnement de notre pays. Je pourrai aussi évoquer le recul devant la réforme constitutionnelle sur la déchéance de nationalité. De recul en recul, où allons-nous ? Qu’en sera-t-il du projet de loi El Khomry ? Celui-ci continue en effet de susciter débats et violences. Réformer notre pays est vraiment une tâche ardue qui peut en désespérer plus d’un. Les corporatismes restent forts mais sont pourtant bien loin de représenter le monde du travail et la société dans son ensemble.

Dans le domaine de la sécurité intérieure, lorsque j’entends cette semaine lors d’une manifestation des représentants syndicaux de la police réclamer de la reconnaissance … sous forme d’une meilleure rémunération, je peux m’inquiéter en tant que citoyen en période d’état d’urgence. Servir son pays simplement n’est-ce pas ce que nous attendons de ces fonctionnaires ? Cela me rappelle ces trois compagnies de CRS « épuisées » après trois mois de Vigipirate en avril 2015 et mises en arrêt « maladie ». Aujourd’hui, des armes de guerre sont remises aux forces de police pour lutter contre le terrorisme. Or, l’état d’esprit montré supra ne devrait pas militer pour une telle prise de risques. Leur confier des armes de guerre, est-ce bien raisonnable ? Je ne suis pas sûr que Renaud aurait toujours envie d’embrasser les flics dans ce contexte, chanson si bien médiatisée que cela en devient malsain.

D’un autre côté, les mises en cause par des associations et des individus des forces de sécurité, y compris dans des actions de contre-terrorisme, peuvent être tout autant inquiétantes. Je prendrai l’exemple de cette association de défense des droits de l’homme « Action des chrétiens pour l’abolition de la torture » (ACAT) qui publiait un rapport le 14 mars sur « le risque d’impunité de forces de l’ordre ». Elle s’appuyait sur 89 cas de blessures graves survenues entre 2005 et 2015 qu’elle a identifiées et qui auraient entraîné la mort pour 26 personnes.

Je peux comprendre que des enquêtes aient lieu sur ces 9 cas annuels, qui sont donc bien peu nombreux compte tenu de l’engagement des forces de sécurité. J’aurai voulu cependant que la dénonciation de la violence de plus en plus extrême par exemple des manifestants soit tout aussi dénoncée et condamnée. La violence ne vient pas des forces de sécurité mais d’une partie des manifestants.

Sans connaître le détail de ces cas, je n’ai pas l’impression que les policiers et les gendarmes aient agressé les citoyens alors qu’en revanche eux l’ont bien été. Le droit à manifester est à respecter mais dans le calme. Le respect de l’autorité de l’Etat par le biais de ses forces de l’ordre doit être obtenu. Aucune insulte, aucun jet de projectile sur nos forces de sécurité ne peuvent être autorisés sans conséquences pour les auteurs dans le contexte actuel. Je m’étonne encore ce soir du nombre si faible d’arrestations de ce week end.

Ce que je vois avec la contestation par exemple du projet de loi El Khomri comme pour d’autres manifestations est l’omniprésence de la violence. Elle semble même recherchée pour mettre en difficulté les forces de l’ordre. Dans le contexte actuel, il est grave sinon dangereux que ces manifestations puissent dégénérer dans la violence comme nous pouvons régulièrement le constater.

Général (2S) François CHAUVANCY
Général (2S) François CHAUVANCY
Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François CHAUVANCY a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Consultant géopolitique sur LCI depuis mars 2022 notamment sur l'Ukraine et sur la guerre à Gaza (octobre 2023), il est expert sur les questions de doctrine ayant trait à l’emploi des forces, les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, la contre-insurrection et les opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Depuis juillet 2023, il est rédacteur en chef de la revue trimestrielle Défense de l'Union des associations des auditeurs de l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN). Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence et de propagande dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d'influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde à compter d'août 2011, il a rejoint en mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.

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