Theatrum Belli a le plaisir de vous présenter une nouvelle rubrique mensuelle de veille sur les drones navals en partenariat avec le magazine Marine & Océans. Elle est réalisée par le capitaine de frégate (R) Marc Grozel à partir des principales informations disponibles en sources ouvertes sur le sujet.
OTAN
Quatre pays de l’OTAN renforcent leurs moyens de surveillance maritime avec des MQ-4C Triton.
Le 7 juillet, lors du forum de l’industrie de défense organisé en marge du sommet de l’OTAN à Ankara, le Danemark, la Finlande, l’Allemagne et la Norvège ont annoncé, par la signature d’une lettre d’intention, l’acquisition d’un maximum de 5 UAV Northrop Grumman MQ-4C Triton pour renforcer la NISRF (NATO Intelligence, Surveillance and Reconnaissance Force). Les Tritoncompléteront la flotte de surveillance de l’OTAN composée de RQ-4D Phoenix basés à Sigonella, en Italie. Alors que Northrop Grumman construira les Triton, Airbus Defence and Space et d’autres entreprises européennes assureront le segment sol, les services de gestion des données, le commandement et le contrôle, l’infrastructure et le soutien.
Analyse : Le MQ-4C Triton est la version Surmar du RQ-4 Global Hawk. Bien que globalement semblable, le Triton est, en fait, un appareil très différent, avec un radar maritime AN/ZPY-3, une tourelle EO/IR, un système SIGINT et des liaisons de données adaptées à l’environnement maritime, mais aussi un moteur et une cellule légèrement différents. Le Triton est en service au sein de l’US Navy qui, après avoir visé une flotte de 70 appareils répartis sur 5 bases, a ramené son programme à 27 appareils et 3 bases de déploiement (Guam, Sigonella et une base au profit du CENTCOM). L’Australie en a commandé quatre. Bizarrement, le Royaume-Uni ne s’est pas associé à cette démarche. L’annonce ne précise ni quand ces systèmes seront mis en service ni à partir de quelle base, mais il est probable que leur base principale soit Sigonella, comme les RQ-4D Phoenix. Pour Northrop Grumman, cette annonce est majeure car elle augmente la production du MQ-4C Triton, mais lui ouvre aussi une nouvelle zone de clients pour contrer le Sea Guardian de General Atomics (retenu par le Japon).
Source : Naval News – 07/07/2026
ÉTATS-UNIS
Conflit en Iran : l’US Navy utilise pour la première fois des USV/OWA.
Dans la nuit du 12 juillet, les forces américaines dans le Golfe ont utilisé trois USV Saronic Corsair pour attaquer une installation de maintenance de navires et de sous-marins de la base navale de Bandar Abbas, en Iran, où se trouvait un sous-marin de poche de classe Ghadir hissé hors d’eau sous un portique. Annoncée le lendemain par le CENTCOM, il s’agit officiellement de la première frappe d’USV/OWA américains. Le Corsair, long de 7,3 mètres (24 pieds), est annoncé avec une portée de 1 000 nautiques et une charge utile de 450 kg. À la fin du mois de mai, Saronic aurait produit au moins 300 Corsair.
Analyse : L’opération a été conduite directement par le CENTCOM et non par la Task Force 59, ce qui pourrait indiquer que la capacité est passée en emploi opérationnel sous commandement interarmées. Cet emploi montre la capacité de réaction des forces américaines à prendre en compte de nouveaux concepts et systèmes, et à les essayer au combat. Il est probable que les forces américaines profitent de ces combats pour expérimenter de nouveaux systèmes et notamment des UAV/OWA (ex : LUCAS) ou des USV kamikazes. L’USV Corsair s’était déjà illustré dans la zone, le 8 juin, en portant secours à deux membres d’un équipage d’AH-64 Apache.
Source : Naval News – 13/07/2026
L’US Navy en quête d’UAV de combat pour ses porte-avions.
La marine américaine a lancé un RFI pour des UAV, utilisables à partir de ses porte-avions, capables de frapper des cibles à au moins 1 000 nautiques sans ravitaillement en vol. Ce RFI, intitulé « Unmanned Carrier-Based Aircraft Solutions », a été publié le 14 juillet 2026 par le Portfolio Acquisition Executive for Aviation du Naval Air Systems Command, dans le cadre de la stratégie Air Wing of the Future (AWOTF) ; les réponses des industriels sont attendues pour le 13 août. L’USN a identifié 8 missions : lutte anti-navire, frappe terrestre, ASM, lutte antiaérienne, GE, ISR, ravitaillement en vol et logistique. L’objectif n’est pas qu’un même UAV accomplisse les huit missions, mais d’identifier les plateformes offrant les capacités attendues tout en étant résilientes et abordables (au sens américain). L’US Navy se dit également intéressée par des concepts VTOL capables d’opérer depuis d’autres bâtiments que le porte-avions, tels que les destroyers ou les bases navales expéditionnaires.
Analyse : À ce stade, il s’agit uniquement d’un RFI, mais cela montre l’intérêt de l’USN pour ce type de plateformes. Ce RFI ressemble fortement à l’ancien programme UCLASS (Unmanned Carrier-Launched Airborne Surveillance and Strike), abandonné au profit du programme CBARS (Carrier-Based Aerial-Refueling System) qui a donné naissance au Boeing MQ-25 Stingray. Il est probable que Boeing, Northrop Grumman, Anduril, General Atomics et Lockheed Martin, au minimum, répondent à ce RFI. Il est probable qu’une capacité Loyal Wingman au profit des F/A-18 et des F-35 soit demandée.
Source : Army Recognition – 15/07/2026
Un USV américain Saildrone Surveyor doté de missiles JAGM.
Une version armée de missiles JAGM (Joint Air-to-Ground Missile) de l’USV Surveyor de Saildrone, long de 20 mètres, a rejoint la phase à la mer de l’exercice RIMPAC 2026 de l’US Navy : le Surveyor SD-3001 a appareillé de Pearl Harbor le 8 juillet. Le lanceur, le JAGM Quad Launcher développé par Lockheed Martin, peut mettre en œuvre 4 missiles AGM-179.
Analyse : Cette version armée offre de nouvelles possibilités pour des frappes à terre mais aussi, potentiellement, contre des navires voire des aéronefs, avec toutefois la nécessité de détecter, identifier et désigner la cible. Il s’agit à ce stade d’une démonstration, issue du partenariat noué en janvier 2026 entre Saildrone et Lockheed Martin et conduite sous l’égide du Program Executive Office Integrated Warfare Systems : elle doit se conclure par un tir réel contre une cible de surface rapide et manœuvrante, une première pour un bâtiment sans équipage. Toutefois, il ne fait aucun doute que l’US Navy armera rapidement ces USV.
Source : Naval News – 07/2026
ROYAUME-UNI
Première mondiale avec l’aérolargage réussi d’un USV.
Les firmes Kraken Technology Group et Capewell, soutenues par la Royal Navy dans le cadre du projet Beehive, ont réussi, le 8 juillet, le 1er aérolargage par extraction d’un USV Kraken K3 Scout depuis un avion Airbus A400M, au-dessus de la mer du Nord. Le largage a eu lieu à 1 300 pieds, dans un état de mer pouvant atteindre 4. Les essais combinaient le kit de largage optionnel du K3 Scout de Kraken avec la plateforme UMCADS reconfigurable, basée sur parachute, de Capewell. Quatre largages ont été réalisés en six jours de travail avec le même USV. La Royal Navy a acquis 20 K3 Scout au titre du projet Beehive.
Analyse : La Royal Navy confirme par cette démonstration la poursuite de ses recherches et essais pour la création d’une future flotte hybride. Celle-ci montre qu’il est possible d’insérer rapidement un USV sur un théâtre d’opérations, sans navire porteur ni infrastructure portuaire, ce qui ouvre la voie à de nombreux concepts.
Source : Naval News – 08/07/2026
ALLEMAGNE
Les firmes Gabler et Flanq testent un USV lancé depuis un tube lance-torpilles.
Gabler (Lübeck) et Flanq (Rostock) ont annoncé le 14 juillet avoir terminé, en juin, le volet de surface des essais d’acceptation en mer de l’USV Ranger, lancé depuis un tube lance-torpilles de 21 pouces (533 mm). Le Ranger est long de 4,5 mètres et destiné à des missions ISR. Une fois tiré depuis le tube, il gagne seul la surface, déploie une quille rétractable et un mât capteur et commence à fonctionner avec une propulsion électrique ; sa coque est qualifiée pour une immersion pouvant atteindre 300 mètres. La soute du Ranger est configurable en fonction de la mission. Gabler indique qu’une variante OWA, appelée Strike, sera également disponible à terme. Le Ranger est désigné sous le sigle TTL USV (Torpedo-Tube-Launched Uncrewed Surface Vessel).
Analyse : Le Ranger pourrait ouvrir de nouvelles voies dans le combat naval. Le système progresse – les industriels considèrent que la phase de démonstration de concept est achevée – mais il lui faudra encore probablement quelques mois pour atteindre la maturité. Il sera intéressant de voir si la marine allemande en achète.
Source : Army Recognition – 15/07/2026
UKRAINE
Conflit Russie / Ukraine : l’Ukraine attaque les navires russes en mer d’Azov.
Depuis le 6 juillet, dans le cadre de l’opération « MoLoChKa », les USF (Unmanned Systems Forces) ukrainiennes cherchent à détruire tous les navires russes en mer d’Azov en se focalisant sur les pétroliers et les cargos. À la date du 14 juillet, les USF annonçaient avoir frappé 116 navires russes.
Analyse : L’Ukraine vise à bloquer l’exportation d’une partie du pétrole russe et à perturber les approvisionnements vers la Crimée, en s’attaquant en priorité aux petits pétroliers qui acheminent le brut par le canal Volga-Don avant transbordement en mer Noire. Les USF ne précisent pas les moyens employés, mais il s’agit à la fois d’UAV/OWA (FP-1 et FP-2 de Firepoint) et d’USV de différents types (Sea Baby, Sargan-3000, Mamai).
Source : Militarnyi – 07/2026
Des USV ukrainiens bientôt produits aux États-Unis.
La société UForce, d’origine ukrainienne et basée au Royaume-Uni, et la société américaine ReconCraft, installée dans l’Oregon, ont signé le 21 juillet, à l’ambassade d’Ukraine à Washington, un MoU pour la production de la famille d’USV Magura ukrainiens aux États-Unis. L’objectif serait de produire des centaines voire des milliers d’USV chaque année, dans les installations de l’Oregon et de Caroline du Sud. Le montant de l’accord n’a pas encore été divulgué.
Analyse : L’accord est officiel. Il est toutefois probable que les versions américaines du ou des Magura (l’accord ne précise pas la version) produits aux États-Unis seront différentes des systèmes ukrainiens, non seulement pour les adapter aux différents environnements dans lesquels opère l’US Navy, mais aussi en fonction des concepts et des technologies américaines. À noter qu’un concurrent existe déjà outre-Atlantique : l’USV Variant 7 de Blue Ops (groupe Red Cat), dérivé américain du Magura, entré en production à cadence pleine en mai 2026.
Source : Militarnyi – 23/07/2026
Les USF ukrainiennes attaquent les navires de la flotte fantôme russe sur toutes les mers.
Selon le commandant des USF (Unmanned Systems Forces), Robert « Magyar » Brovdi, au cours des 17 derniers jours, soit du 6 au 22 juillet, les USF ont frappé 196 navires transportant illégalement du pétrole, du carburant et d’autres cargaisons en violation des sanctions internationales contre la Russie. Au total, 126 navires ont été attaqués dans la mer d’Azov et 70 dans la mer Noire.
Analyse : La stratégie ukrainienne est claire. L’Ukraine veut contrôler, avec ses drones, la mer d’Azov et la mer Noire. Elle emploie pour cela des USV et des UAV.
Source : Militarnyi – 07/2026
CHINE
Le Type 076 est le 1er bâtiment amphibie au monde à pouvoir lancer des UAV avec une catapulte.
Le Type 076 Sichuan est le 1er navire d’assaut amphibie au monde à être doté d’une catapulte électromagnétique (EMALS) et de brins d’arrêt, devenant de fait le 1er navire amphibie de type CATOBAR (Catapult Assisted Take-Off But Arrested Recovery). À ce stade, la Chine ne précise pas le type d’UAV qui sera déployé sur ce bâtiment de plus de 40 000 tonnes – certaines estimations avancent 50 000 tonnes – qui dispose de 2 îlots, comme les porte-avions britanniques de la classe Queen Elizabeth. Mis à flot en décembre 2024 au chantier Hudong-Zhonghua de Shanghai, le Sichuan a effectué ses premiers essais à la mer en novembre 2025, puis a rallié la mer de Chine méridionale en avril 2026 pour des essais interrégionaux.
Analyse : Les UAV qui doteront les Type 076 ne sont pas précisés, mais le GJ-11 Sharp Sword, ou sa version navalisée parfois désignée GJ-21, semble probable. Avec le Type 076, la Chine innove et ouvre une nouvelle voie dans la composition des futurs groupes aéronavals (GAN). Il sera intéressant de voir à quel rythme la Chine produira des Type 076 et combien elle en produira, et si ce concept sera repris par d’autres marines. Les drones aériens ne seront, à n’en pas douter, des éléments majeurs des futurs groupes aériens embarqués.
Source : Army Recognition – 17/07/2026
Lexique des acronymes
- UAV : Unmanned Aerial Vehicle / drone aérien.
- USV : Unmanned Surface Vehicle / drone de surface.
- UUV : Unmanned Underwater Vehicle / drone sous-marin.
- XLUUV : Extra Large UUV / drone sous-marin de très grande taille
- UCAV : Unmanned Combat Aerial Vehicle / drone aérien de combat.
- NUCAV : Naval Unmanned Combat Aerial Vehicle / drone aérien de combat naval.
- CCV : Common Combat Vessel / navire de combat « commun » (Royal Navy).
- ISR : Intelligence, Surveillance, Reconnaissance / renseignement, surveillance et reconnaissance.
- ASM : lutte anti-sous-marine.
- PatMar : patrouille maritime.
- Surmar : surveillance maritime.
- VTOL : Vertical Take-Off and Landing / décollage et atterrissage verticaux.
- MTOW : Maximum Take-Off Weight / masse maximale au décollage.
- CU : charge utile.
- GE : guerre électronique.
- ATOLS : Automatic Take-Off and Landing System / système automatique de décollage et d’atterrissage.
- MoU : Memorandum of Understanding / protocole d’accord.
- LOI : Letter of Intent / lettre d’intention.
- RFI : Request for Information / demande d’informations.
- CBARS : Carrier-Based Aerial-Refueling System / système de ravitaillement en vol embarqué.
- UCLASS : Unmanned Carrier-Launched Airborne Surveillance and Strike / système embarqué de surveillance et de frappe aérienne sans pilote.
- AWOTF : Air Wing of the Future / groupe aérien embarqué du futur (US Navy).
- NISRF : NATO Intelligence, Surveillance and Reconnaissance Force / force de renseignement, surveillance et reconnaissance de l’OTAN.
- HALE : High Altitude Long Endurance / haute altitude et longue endurance.
- OWA : One Way Attack / attaque à sens unique (drone « kamikaze »).
- USF : Unmanned Systems Forces / forces des systèmes sans pilote (Ukraine).
- TTL USV : Torpedo-Tube-Launched Uncrewed Surface Vessel / drone de surface lancé par tube lance-torpilles.
- JAGM : Joint Air-to-Ground Missile / missile air-sol interarmées (AGM-179).
- EMALS : Electromagnetic Aircraft Launch System / catapulte électromagnétique.
- CATOBAR : Catapult Assisted Take-Off But Arrested Recovery / décollage catapulté et appontage avec brins d’arrêt.
Le capitaine de frégate (R) Marc Grozel a servi pendant plus de 35 ans dans la Marine nationale, principalement dans l’aéronautique navale (1979 à 2009) où il a occupé différents postes dans les avions de patrouille maritime « Atlantic 1 » puis « Atlantique 2 », totalisant plus de 6 000 heures de vol.
À partir de 2000, il devient l’expert drones (UAV) de la Marine nationale, formé et qualifié pilote sur plusieurs types d’appareils à voilure fixe et tournante, avec plus de cent appontages de drones sur bâtiment à son actif.
De 2009 à 2015, il occupe successivement les fonctions d’officier de marque et d’officier de liaison auprès de la Section technique de l’armée de Terre, d’officier de programme drones à l’État-major de la Marine — suivant à ce titre l’ensemble des programmes UAV de la Marine et de nombreux programmes interarmées —, enfin de chef du détachement drones du CEPA/10S, où il conduit l’expérimentation des UAV à bord des bâtiments de la Marine.
De 2015 à 2022, il rejoint NAVAL GROUP comme expert drones et travaille sur différents programmes, notamment le SDAM, ainsi que sur la R&D et la veille technologique.
Depuis 2000, dans la Marine puis chez Naval Group, il assure une veille permanente sur les systèmes aériens (UAV), de surface (USV) et sous-marins (UUV) : onze notes mensuelles d’analyse par an, par pays et par industriel, des comptes rendus de salons (Le Bourget, Euronaval) et des études spécialisées (UAV VTOL de la gamme 200 kg, UAV convertibles, drones VTOL chinois, comparatif S-100 / Hero / Skeldar, programme CBARS, menace UAV en Méditerranée sud, etc.).
Il est l’auteur de l’un des premiers ouvrages en français consacrés aux drones, Drones, mystérieux objets volants, les yeux et le feu du XXIe siècle (Éditions Lavauzelle, 2008).








