Wagram, 5 et 6 juillet 1809 : anatomie d’une bataille pré-industrielle.

Les 5 et 6 juillet 1809, sur la plaine du Marchfeld, au nord-est de Vienne, quelque 300 000 hommes s’affrontent pendant deux jours dans ce qui reste l’un des plus grands chocs frontaux des guerres napoléoniennes. La bataille de Wagram met un terme à la campagne d’Autriche de 1809 et à la cinquième coalition. Elle donne à Napoléon une victoire nette, mais coûteuse et incomplète : l’armée autrichienne se retire en ordre, et il faudra encore trois mois de négociations pour arracher la paix. Wagram est surtout remarquable par ce qui l’a rendue possible : 6 semaines d’un travail d’ingénierie, d’accumulation de matériel et d’organisation des arrières qui ont, autant que la manœuvre du 6 juillet, décidé de l’issue. C’est une bataille où la logistique, l’artillerie de masse et le génie occupent une place inédite, et où se dessine une forme de guerre qui annonce le siècle industriel.

La revanche d’un échec

Wagram ne se comprend pas sans Aspern-Essling, la bataille livrée 6 semaines plus tôt, les 21 et 22 mai 1809, à quelques kilomètres du même endroit. Après être entré dans Vienne le 13 mai, Napoléon cherchait à franchir le Danube pour aller détruire l’armée de l’archiduc Charles, massée sur la rive nord. Il avait fait jeter des ponts depuis l’île de Lobau, au milieu du fleuve, et engagé ses troupes sur la rive opposée, autour des villages d’Aspern et d’Essling.

L’opération tourna au désastre partiel. Le Danube, gonflé par la fonte des neiges, charriait un courant violent ; les Autrichiens lâchèrent dans le fil de l’eau des bateaux chargés de pierres, des troncs, des moulins flottants et des brûlots qui vinrent percuter les ponts et les rompre à répétition. Chaque rupture coupait l’armée française en deux, interrompait l’arrivée des renforts et, plus grave encore, tarissait le ravitaillement en munitions au plus fort du combat. Privée de cartouches et de gargousses, l’infanterie française dut parfois cesser le feu. Napoléon, incapable d’exploiter ses succès locaux, ordonna le repli sur Lobau. La bataille avait fait des dizaines de milliers de victimes des deux côtés et coûté la vie au maréchal Lannes, l’un des lieutenants les plus proches de l’Empereur, emporté par un boulet. C’était le premier échec personnel de Napoléon sur un champ de bataille.

L’enseignement fut tiré sans détour. La prochaine tentative de franchissement ne dépendrait pas de l’improvisation ni du beau temps : elle reposerait sur des ponts capables de résister à la fois au fleuve et à l’ennemi, et sur des stocks de munitions suffisants pour ne jamais retomber dans la pénurie de mai. La victoire de juillet allait se préparer dans les arrières.

Six semaines de préparation

Entre la fin mai et le début juillet, l’île de Lobau se transforma en une gigantesque base militaire. Longtemps considérée comme un simple point d’appui, elle devint le pivot de toute l’opération : place d’armes, dépôt, arsenal et tremplin d’assaut.

Napoléon y fit accumuler des vivres, des munitions, du matériel de pontage et des pièces d’artillerie lourde. Des batteries furent installées sur les berges de l’île, orientées vers la rive nord, pour couvrir le futur débouché des troupes. On aménagea des cheminements, des dépôts, des emplacements de tir. Dans le même temps, l’Empereur rassemblait ses forces. L’armée d’Italie, commandée par son beau-fils le prince Eugène de Beauharnais, remonta du sud après ses opérations contre l’archiduc Jean ; le corps du général Marmont arriva de Dalmatie ; les dépôts de France envoyèrent des renforts. À la veille de la bataille, Napoléon alignait une armée franco-alliée nettement plus nombreuse qu’en mai, de l’ordre de cent cinquante à cent soixante-dix mille hommes, appuyée par plusieurs centaines de canons. En face, l’archiduc Charles disposait de forces comparables, autour de cent trente à cent quarante mille hommes, retranchés sur les hauteurs qui dominent le Marchfeld.

La préparation ne fut pas seulement matérielle. Napoléon multiplia les reconnaissances, fit sonder les bras du fleuve, étudia les points de passage. Surtout, il chercha à tromper l’adversaire sur l’endroit du franchissement. Charles, se souvenant de mai, s’attendait à voir les Français déboucher au même endroit, face à Aspern et Essling, et y avait concentré ses défenses. L’Empereur décida au contraire de faire passer le gros de son armée par le bras sud-est de Lobau, plus en aval, là où l’ennemi ne l’attendait pas.

L’ouvrage des ponts

Le franchissement du Danube constitue la pièce maîtresse de toute l’affaire, et l’un des grands succès du génie militaire de l’époque. Les ingénieurs et les pontonniers ne se contentèrent pas de reconstruire ce qui avait été emporté en mai ; ils conçurent un système entièrement pensé pour la redondance et la protection.

Plusieurs ponts furent établis en parallèle, de manière à ce que la rupture de l’un n’interrompe pas la circulation. Un grand pont sur pilotis, planté dans le lit du fleuve et calculé pour résister au courant, fut doublé de ponts de bateaux plus rapides à mettre en place. En amont, on disposa des estacades et des barrages flottants : des rangées de pieux et de chaînes destinées à intercepter les brûlots, les troncs et tout ce que les Autrichiens pourraient lancer dans le courant avant que ces objets n’atteignent les ponts. C’était la réponse directe et méthodique à la cause de l’échec de mai. Une petite flottille de bâtiments armés fut chargée de patrouiller le fleuve et de protéger les ouvrages.

L’élément le plus astucieux fut la préparation de ponts démontables et préfabriqués, assemblés à l’avance et tenus prêts à être lancés d’un seul mouvement. Dans la nuit du 4 au 5 juillet, à la faveur d’un violent orage qui couvrit le bruit et masqua les mouvements, ces ponts furent jetés en quelques heures sur le bras sud-est de l’île. L’orage, la nuit et le choix d’un point de passage inattendu se combinèrent pour prendre les Autrichiens à contre-pied. Faire franchir le fleuve à une armée de plus de 150 000 hommes avec son artillerie, de nuit et en quelques heures, sans que l’adversaire puisse s’y opposer efficacement, fut la réussite décisive de la campagne. Elle donna aux Français l’espace et le temps de se déployer sur le Marchfeld avant que Charles ait pu réagir.

Le terrain

Le Marchfeld est une vaste plaine alluviale, plate et largement dégagée, comprise entre le Danube au sud et une ligne de hauteurs et de villages au nord. C’est un terrain fait pour les grandes masses de cavalerie et pour l’artillerie, dont les boulets peuvent y ricocher sur des centaines de mètres. Peu d’obstacles naturels y viennent gêner les mouvements, sinon un ruisseau, le Russbach, qui coule d’ouest en est en avant des positions autrichiennes et dont la berge nord, légèrement surélevée, offre un appui défensif.

Charles avait organisé sa ligne en arc de cercle, appuyée sur une série de villages (Wagram, Aderklaa, Markgrafneusiedl) et sur les hauteurs qui dominent le Russbach. Cette disposition présentait un avantage et un défaut symétriques : elle couvrait un large front et permettait de recevoir l’attaque française sur des positions préparées, mais elle étirait les forces autrichiennes et rendait difficile le déplacement rapide de réserves d’un bout à l’autre du dispositif.

Le 5 juillet : une première journée indécise

Une fois le fleuve franchi, les corps français se déployèrent sur la plaine dans la journée du 5 juillet. Le mouvement fut impressionnant par son ampleur, mais l’après-midi ne donna pas les résultats espérés.

En fin de journée, Napoléon lança une série d’attaques contre le centre autrichien, dans le secteur de Wagram et d’Aderklaa, pour tenter d’enfoncer la ligne avant la nuit. Ces assauts furent mal coordonnés. Les colonnes s’engagèrent à des heures différentes, sans liaison suffisante, et se heurtèrent à une défense solide. Un épisode illustre la confusion de cette première soirée : les troupes saxonnes, alliées des Français et vêtues d’uniformes blancs comme les Autrichiens, furent prises pour l’ennemi dans la pénombre et essuyèrent des tirs français. Les attaques refluèrent sans résultat décisif. À la tombée de la nuit, la situation restait ouverte : les Français avaient réussi leur passage et leur déploiement, mais n’avaient pas entamé le dispositif adverse.

Bivouac de Napoléon – Wagram – Nuit du 5 au 6 juillet 1809.

Le 6 juillet : la crise, puis la décision

La seconde journée fut la vraie bataille, et elle commença mal pour les Français. Au petit matin, ce fut l’archiduc Charles qui prit l’initiative. Son plan visait l’aile gauche française, à l’ouest, du côté d’Aspern et d’Essling : en l’enfonçant, il espérait rabattre l’armée de Napoléon contre le Danube et la couper de ses ponts, c’est-à-dire de sa seule ligne de retraite et de ravitaillement. 

L’attaque autrichienne porta. Les corps français de la gauche, sous Masséna et Bernadotte, reculèrent. Bernadotte, qui avait déjà évacué Aderklaa dans des conditions discutées, fut violemment pris à partie ; son attitude durant la bataille lui vaudra d’être relevé de son commandement par Napoléon. Pendant plusieurs heures, l’aile gauche française menaça de céder, et avec elle l’accès aux ponts. 

Pour parer le danger, Napoléon prit une décision risquée : il ordonna à Masséna de se porter vers le sud, en une marche de flanc le long du front, pour rétablir la situation à la gauche. Déplacer un corps entier latéralement, à découvert et sous le feu, en pleine bataille, était une manœuvre périlleuse ; elle réussit, mais elle dégarnit provisoirement le centre français. C’est ce vide au centre qui allait justifier l’emploi massif de l’artillerie.

Pendant que la gauche française luttait pour tenir, l’affaire se décidait à l’autre bout du champ de bataille. Sur l’aile droite, à l’est, le maréchal Davout menait une progression méthodique contre le village et le plateau de Markgrafneusiedl, point d’appui de la gauche autrichienne. Après un combat acharné, Davout enleva la position et se mit à tourner le flanc de Charles. Cette poussée, moins spectaculaire que la crise de la gauche, fut militairement décisive : elle rendait la ligne autrichienne intenable.

Au milieu de l’après-midi, la conjonction de plusieurs facteurs contraignit Charles à renoncer. Sa gauche était tournée par Davout ; le centre subissait un martèlement d’artillerie sans précédent ; et les renforts qu’il attendait de son frère, l’archiduc Jean, arrivant du sud-est, ne parurent pas à temps sur le champ de bataille. Jugeant la partie perdue mais son armée encore intacte, Charles ordonna une retraite générale vers le nord et la Moravie. Le repli s’effectua en ordre, sans déroute ni panique. Les Français, épuisés et éprouvés, ne purent lancer de poursuite immédiate et vigoureuse, ce qui explique en partie le caractère incomplet de la victoire.

Général Antoine Charles Louis de Lasalle. Mort au combat le 6 juillet 1809.

Wagram est restée dans l’histoire militaire comme la « bataille des canons ». Les deux armées réunies alignaient environ un millier de bouches à feu, dont plusieurs centaines du côté français. Napoléon, ancien officier d’artillerie de formation, y concentra une puissance de feu jamais vue jusque-là, et l’employa d’une manière qui marque une évolution de la doctrine militaire.

L’artillerie française reposait sur le système Gribeauval, mis au point dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, qui avait standardisé les calibres, allégé les affûts et rationalisé les attelages. Ses pièces de 12 livres, les plus lourdes de l’artillerie de campagne, étaient surnommées « les belles filles de l’Empereur » ; leur portée et leur puissance en faisaient l’ossature du feu français.

L’épisode emblématique survint au plus fort de la crise du 6 juillet, lorsque le départ de Masséna vers le sud eut dégarni le centre. Pour combler ce vide et interdire à Charles d’y percer, Napoléon fit réunir une batterie géante – de l’ordre d’une centaine de pièces, un chiffre souvent avancé étant celui de cent deux canons – tirée de l’artillerie de la Garde et des réserves. Le commandement en fut confié au général Lauriston, secondé par Drouot. Cette « grande batterie » se mit à écraser le centre autrichien, non pour le détruire directement, mais pour gagner du temps, tenir la ligne et préparer un assaut.

Sous la protection de ce feu, le maréchal Macdonald lança son corps contre le centre ennemi dans une formation massive, une immense colonne en forme de rectangle creux rassemblant plusieurs milliers d’hommes. L’attaque avança à découvert sous un feu d’artillerie effroyable, qui décima la colonne à mesure qu’elle progressait : partie avec environ 8 000 hommes, elle n’en comptait plus qu’un peu plus d’un millier à l’arrivée, ayant perdu la grande majorité de son effectif. Elle ne perça pas à proprement parler, mais elle fixa les Autrichiens, absorba leurs réserves et contribua, avec la manœuvre de Davout, à faire craquer le dispositif adverse. Macdonald reçut le bâton de maréchal sur le champ de bataille pour cette action.

Wagram illustre ainsi un basculement dans l’art militaire napoléonien. À mesure que les armées grossissaient et que la qualité moyenne de l’infanterie déclinait – l’usure des campagnes successives ayant consommé les meilleurs soldats –, l’artillerie massée tendait à se substituer à la manœuvre. On cherchait de moins en moins à emporter la décision par la seule habileté tactique, et de plus en plus à ouvrir la brèche par la concentration brutale du feu. Cette logique de la masse, qui trouve à Wagram l’une de ses premières grandes expressions, annonce les batailles d’attrition du siècle suivant.

La logistique, arme décisive

Si Wagram fut gagnée, c’est d’abord dans les arrières. À cette échelle, une bataille se joue autant dans l’ingénierie, la gestion des stocks et l’organisation des flux que dans la manœuvre des troupes. Chaque dimension logistique mérite d’être examinée.

Les ponts et le génie

On l’a vu, le système de pontage fut le fondement de tout. Mais son rôle ne s’arrêta pas au franchissement du 5 juillet. Pendant les deux jours de bataille, les ponts durent rester praticables en permanence, car ils constituaient l’unique cordon reliant l’armée engagée sur la rive nord à sa base de Lobau et, au-delà, à Vienne. Par ces ponts transitaient, en flux continu et en sens inverse, les munitions montant vers le front et les blessés refluant vers l’arrière. Leur maintien sous la pression du fleuve et la menace de l’ennemi fut un travail de tous les instants pour le génie et les pontonniers. C’est précisément ce maintien qui avait fait défaut en mai ; sa réussite en juillet changea le cours de la bataille.

Les munitions

Wagram fut l’une des batailles les plus consommatrices de munitions de toute l’époque napoléonienne. L’artillerie française tira sur les deux journées de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de coups de canon – les estimations situent le volume autour de 90 à 100 000 coups –, auxquels s’ajoutèrent des millions de cartouches d’infanterie. Une telle dépense de feu n’était soutenable qu’à deux conditions : avoir constitué des stocks suffisants en amont, sur Lobau, pendant les 6 semaines de préparation ; et pouvoir les acheminer sans interruption jusqu’aux batteries pendant le combat. Les deux conditions furent remplies, là où mai avait vu la chaîne se rompre. La domination de l’artillerie française, notamment celle de la grande batterie, n’aurait pas été possible sans cette logistique de la poudre et du projectile.

Les subsistances

Nourrir et abreuver plus de 150 000 hommes et plusieurs dizaines de milliers de chevaux, en plein été, sur une plaine restreinte, posait un problème considérable. La campagne de 1809 obéit largement au principe napoléonien selon lequel la guerre doit se nourrir elle-même : l’armée vivait sur le pays occupé, par réquisitions, contributions et constitution de magasins locaux, plutôt que par de longs convois venus de France. L’occupation de Vienne et de la Basse-Autriche depuis le mois de mai donnait accès à une région agricole riche, ce qui allégeait la dépendance logistique. Mais la concentration des troupes sur le Marchfeld tendit les approvisionnements en eau, en fourrage et en pain, et seule la proximité de Vienne et l’organisation des dépôts permirent d’y faire face.

Les chevaux et le train

La puissance de l’armée reposait sur une logistique chevaline considérable, aujourd’hui souvent oubliée. Chaque pièce d’artillerie de campagne exigeait un attelage de plusieurs chevaux – jusqu’à 6 ou 8 pour les pièces lourdes de 12 –, auxquels s’ajoutaient les caissons de munitions, eux-mêmes attelés, la cavalerie, et le train des équipages chargé du transport général. Déplacer, mettre en batterie et réapprovisionner plusieurs centaines de canons supposait des milliers de chevaux, des quantités massives de fourrage, des maréchaux-ferrants et un service du train structuré. Les pertes en chevaux furent très lourdes à Wagram, tués au combat ou épuisés. Or le cheval de guerre était un animal coûteux, long à élever et à dresser ; la remonte, c’est-à-dire son remplacement, était lente et pesait durablement sur les capacités de la cavalerie et de l’artillerie. Cette hémorragie chevaline compte parmi les coûts logistiques les plus durables de la bataille.

L’évacuation des blessés

Avec des pertes françaises de l’ordre de trente à quarante mille hommes, l’arrière dut absorber un afflux massif de blessés. Le service de santé de la Grande Armée, marqué par l’œuvre du chirurgien Dominique Larrey et son principe d’évacuation rapide au moyen d’« ambulances volantes » – des voitures légères conçues pour ramasser les blessés au plus près du feu et les acheminer vers l’arrière –, organisa le repli des victimes vers Lobau, puis vers les hôpitaux de Vienne. Ce flux empruntait, en sens inverse des munitions, les mêmes ponts, ce qui ajoutait à la charge des ouvrages. La saturation des moyens médicaux, les infections et les amputations firent que la mortalité se prolongea bien après la fin des combats. Ce versant sanitaire, rarement mis en avant dans les récits de bataille, constitue pourtant une dimension logistique majeure.

Wagram fut une victoire chère. Les pertes des deux camps furent lourdes et relativement équilibrées : chaque armée perdit de l’ordre de 30 à 40 000 hommes, tués, blessés, prisonniers ou disparus, soit un total dépassant sans doute 70 000 victimes sur les deux journées. Ces chiffres, comme tous ceux de l’époque, sont approximatifs et varient selon les sources ; néanmoins Wagram figure parmi les batailles les plus sanglantes de la période.

Les suites politiques et militaires

La victoire, pour nette qu’elle fût, n’avait pas anéanti l’armée de Charles. C’est ce qui explique qu’elle n’ait pas immédiatement mis fin à la guerre. Dans les jours qui suivirent, les Français poursuivirent les Autrichiens en retraite vers la Moravie ; un dernier accrochage important eut lieu à Znaïm, à l’issue duquel les deux camps, épuisés, conclurent un armistice le 12 juillet 1809.

S’ouvrit alors une longue période de négociations, qui aboutit au traité signé au palais de Schönbrunn, près de Vienne, le 14 octobre 1809. Ses conditions furent sévères pour l’Autriche. Outre l’indemnité financière et la réduction de son armée, elle dut céder de vastes territoires : Salzbourg et une partie du Tyrol à la Bavière, alliée de la France ; la Galicie occidentale au grand-duché de Varsovie ; Trieste, la Carniole et une partie de la côte adriatique à la France, qui en forma les Provinces illyriennes. L’Autriche reconnut les conquêtes napoléoniennes, dont l’installation de Joseph Bonaparte sur le trône d’Espagne, et rejoignit le blocus continental dirigé contre le Royaume-Uni. L’empire des Habsbourg sortait de la guerre diminué, appauvri et durablement affaibli.

Le traité eut un prolongement dynastique inattendu. Quelques mois plus tard, en 1810, l’empereur François Ier donna sa fille, l’archiduchesse Marie-Louise, en mariage à Napoléon. Cette union scellait, au moins en apparence, un rapprochement entre les deux empires et donnait à Napoléon l’héritier qu’il attendait, le futur roi de Rome, né en 1811.

Sur le plan militaire, Wagram valut plusieurs récompenses aux lieutenants de l’Empereur. Macdonald, Oudinot et Marmont reçurent le bâton de maréchal. À l’inverse, la conduite de Bernadotte durant la bataille lui coûta son commandement. Le titre de « prince de Wagram » fut conféré au major général de l’armée, Berthier, en mémoire de la victoire.

Au-delà de son résultat immédiat, Wagram marque un tournant dans la manière de faire la guerre. Par ses effectifs — près de trois cent mille combattants réunis sur un même champ —, par sa consommation de munitions, par le rôle de l’artillerie de masse et par l’importance de la logistique et du génie, elle appartient déjà à un autre âge que les batailles de manœuvre de la décennie précédente.

La victoire y fut préparée par l’ingénierie autant que par la stratégie : c’est la maîtrise du fleuve, l’accumulation méthodique des ressources et l’organisation des flux qui rendirent possible le succès du 6 juillet. La décision, sur le champ de bataille, tint moins à une manœuvre subtile qu’à la combinaison d’un feu d’artillerie écrasant et d’une pression continue sur le flanc adverse. Et le prix payé – des dizaines de milliers de morts et de blessés pour une victoire qui n’empêcha pas l’ennemi de se retirer en ordre – annonce les batailles d’usure du siècle industriel, où la masse et le matériel l’emportent sur la finesse tactique.

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