15 août 778 : bataille de Roncevaux.
Au printemps 778, Charlemagne, roi des Francs depuis 768 (il ne sera empereur qu’en 800), franchit les Pyrénées. L’expédition répond à l’appel de gouverneurs musulmans révoltés contre l’émir de Cordoue Abd al-Rahman Ier, au premier rang desquels Sulayman al-Arabi, wali de Barcelone, qui a fait le voyage de Paderborn pour solliciter l’appui franc. Deux colonnes convergent vers Saragosse ; la ville refuse d’ouvrir ses portes et la campagne tourne court. Sur le chemin du retour, l’armée franque démantèle les murailles de Pampelune, cité vasconne, geste que les Vascons ne pardonneront pas.
Le 15 août 778, dans un défilé pyrénéen, l’arrière-garde franque est attaquée et détruite par des montagnards vascons ; l’hypothèse d’une participation de contingents musulmans locaux, notamment des Banu Qasi de la vallée de l’Èbre, est discutée par les historiens. L’embuscade tire parti du terrain et de l’étirement de la colonne, alourdie par ses bagages.
Éginhard, dans la Vita Karoli Magni rédigée vers 825-830 (chapitre IX), nomme trois des tués : Eggihard, sénéchal de la table royale, Anselme, comte du palais, et Hruodlandus, préfet de la marche de Bretagne — le Roland de la légende. La date du 15 août n’est pas donnée par Éginhard, qui ne date pas l’épisode : elle est établie par l’épitaphe d’Eggihard, qui situe sa mort au 18e jour des calendes de septembre. C’est l’un des rares points d’ancrage chronologique sûrs de l’affaire.
Trois siècles plus tard, vers 1080-1100, la Chanson de Roland transfigure ce revers de flanc-garde en affrontement contre les Sarrasins, fait de Roland le neveu de l’empereur Charlemagne et fonde l’un des grands récits fondateurs de la chevalerie occidentale. L’écart entre l’événement et sa mise en récit constitue en soi un cas d’école du rapport entre fait militaire et mémoire nationale.
Lire sur Theatrum Belli : La bataille de Roncevaux et la mort héroïque de Roland « le Preux », neveu de Charlemagne.

La chanson de Roland
15 août 1717 : traité d’alliance et de garantie réciproque entre la France, la Russie et la Prusse.
Pierre Ier est proclamé tsar dès 1682, conjointement avec son demi-frère Ivan V ; il prend le pouvoir effectif en 1689, après la chute de la régente Sophie, et règne seul à partir de 1696.
Cette même année, la prise d’Azov aux Ottomans lui donne son premier grand succès militaire. Conscient du retard technique et militaire de son pays, il entreprend en 1697-1698 le long périple européen dit de la Grande Ambassade, dont la France est absente : Louis XIV se refuse à tout rapprochement avec un souverain qui vient de battre l’Empire ottoman, allié traditionnel du royaume, et qui, au tournant du siècle, arrache à la Suède (autre alliée de la France) ses provinces baltes, où Pierre fonde Saint-Pétersbourg en 1703.
La mort de Louis XIV en 1715 rouvre le jeu. Préparées depuis la fin de 1716 par l’entremise de Berlin, les négociations aboutissent au voyage du tsar en France : Pierre est à Paris du 7 mai au 20 juin 1717. Le 15 août 1717 est signé à Amsterdam un traité d’alliance et de garantie réciproque entre la France, la Russie et la Prusse ; acte fondateur de la relation diplomatique franco-russe. Les trois souverains y proclament leur volonté d’« union étroite et amitié » ; la Russie et la Prusse se portent garantes des traités d’Utrecht et de Bade qui ont clos la guerre de Succession d’Espagne, tandis que la France offre sa médiation pour mettre fin à la guerre du Nord. Des clauses commerciales complètent l’ensemble, et des ambassades permanentes sont ouvertes de part et d’autre.
Ce traité, puis la paix de Nystad qui consacre en 1721 la victoire russe sur la Suède, actent l’entrée de la Russie dans le système politique européen. Les réticences françaises n’en demeurent pas moins vives, la priorité étant alors donnée à l’entente avec l’Angleterre. Elles se cristallisent sur la question du titre impérial : c’est au lendemain de la paix de Nystad, en octobre-novembre 1721, que le Sénat de Russie, en accord avec le Saint-Synode, décerne à Pierre le titre d’empereur ; et non au lendemain de Poltava, victoire remportée douze ans plus tôt, en 1709. La France ne le reconnaîtra qu’en 1745, et encore partiellement.
Aller au contenu PDF15 août 1769 : naissance de Napoléon Bonaparte.
Napoléon Bonaparte naît le 15 août 1769 à Ajaccio et meurt le 5 mai 1821 à Longwood, sur l’île de Sainte-Hélène. Il est empereur des Français du 18 mai 1804 au 6 avril 1814, puis du 20 mars au 22 juin 1815, sous le nom de Napoléon Ier.
Deuxième fils survivant de Charles Bonaparte et de Letizia Ramolino, il est « écolier du roi », c’est-à-dire boursier : Autun en 1779, où il apprend le français, Brienne de 1779 à 1784, puis l’École militaire de Paris, dont il sort en 1785 lieutenant en second au régiment d’artillerie de La Fère. Son action au siège de Toulon lui vaut d’être nommé général de brigade le 22 décembre 1793, à vingt-quatre ans. La répression du 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1795) lui ouvre le grade de général de division, puis le commandement en chef de l’armée d’Italie le 2 mars 1796. Suivent l’Italie, l’Égypte, et le coup d’État du 18 brumaire an VIII.
Premier consul, consul à vie à partir du 2 août 1802, il fait proclamer l’Empire le 18 mai 1804 par sénatus-consulte ratifié par plébiscite. Le sacre du 2 décembre 1804, à Notre-Dame de Paris, se déroule en présence de Pie VII, qui procède à l’onction et préside la cérémonie ; mais Napoléon se couronne lui-même, puis couronne Joséphine.
Chef de guerre, il brise les quatre premières coalitions financées par Londres : Arcole, Rivoli, les Pyramides, Marengo, Austerlitz, Iéna, Friedland. Les paix successives, jusqu’à Tilsit en 1807, lui donnent en Europe un degré de puissance rarement égalé. Chef d’État, il réorganise durablement la France : Conseil d’État (1799), préfets et Banque de France (1800), lycées (1802), franc germinal (1803), Code civil (1804).
Outre-mer, le bilan est sombre. L’esclavage est rétabli par la loi du 20 mai 1802 ; l’expédition Leclerc à Saint-Domingue (1802-1803) échoue et débouche sur la proclamation de l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804 ; la Louisiane, rétrocédée par l’Espagne en 1800, est vendue aux États-Unis en 1803.
L’Empire atteint son extension maximale avec 130 départements en 1811, portés à 134 en 1812 avec l’annexion de la Catalogne : Rome, Hambourg, Barcelone et Amsterdam sont alors chefs-lieux de départements français. Vitoria (21 juin 1813) et Leipzig (16-19 octobre 1813) marquent le renversement ; l’abdication du 6 avril 1814, les Cent-Jours et Waterloo closent l’épopée.
Le 15 août devient sous l’Empire la Saint-Napoléon, instituée en 1806 et adossée à la fête de l’Assomption, puis, par décret du 16 février 1852, la fête nationale du Second Empire. C’est ce qui explique que tant d’événements militaires français et européens du XIXe siècle se soient déroulés, ou aient été commémorés, ce jour-là.

15 août 1799 : bataille de Novi.
La bataille de Novi se déroule le 28 thermidor an VII, dans le cadre de la campagne d’Italie de la guerre de la Deuxième Coalition. Elle s’achève par la victoire de l’armée austro-russe d’Alexandre Souvorov sur l’armée française de Barthélemy Catherine Joubert, tué au combat.
La campagne.
Entrées en Italie en avril 1799, les forces alliées ont battu Schérer à Magnano (5 avril), Moreau à Cassano (27 avril) et Macdonald sur la Trebbia (17-19 juin). Novi est donc la quatrième défaite française en cinq mois, et non la troisième.
Les chefs.
Souvorov, porté à la tête des forces austro-russes sur l’insistance de Vienne auprès du tsar Paul Ier, jouit d’une réputation d’invincibilité forgée contre les confédérés de Bar en Pologne (1769-1772), puis contre les Ottomans, où il enlève Izmaïl en 1790 — la prise d’Otchakov en 1788 est en revanche l’œuvre de Potemkine, Souvorov y ayant seulement combattu, et été blessé. En 1794, il écrase l’insurrection polonaise à Krupczyce, à Brest et surtout lors de l’assaut de Praga, le 4 novembre — la victoire de Maciejowice, le 10 octobre 1794, revient au général Fersen, non à Souvorov.
Joubert, 30 ans, n’est pas un novice : il s’est illustré à Montenotte, Millesimo, Mondovi et Rivoli, a commandé en chef en Italie en octobre 1798, puis démissionné devant les empiétements des commissaires civils du Directoire. C’est Sieyès qui le rétablit après la Trebbia, avec les pleins pouvoirs et le renfort de conscrits.
Les forces.
Les estimations varient : environ 35 000 hommes côté français, 45 000 à 50 000 côté allié à Novi, Souvorov ayant laissé de nombreuses garnisons dans le nord de l’Italie.
Le combat s’engage vers cinq heures du matin. Le général autrichien Kray attaque l’aile gauche française sur les hauteurs de Pasturana pour la déborder ; Bagration et Miloradovitch assaillent Novi au centre ; Souvorov commande l’ensemble. Dès les premières heures, Joubert, qui s’est porté à la tête d’une colonne de grenadiers, est frappé d’une balle et meurt avant la fin de la journée. Moreau prend le commandement, envoie Pérignon soutenir l’aile gauche et contient les assauts sur Novi ; à droite, Saint-Cyr, avec la division Watrin, repousse les tentatives adverses.
En début d’après-midi, le plan allié semble en échec. C’est la manœuvre du général autrichien Melas, qui s’infiltre entre Novi et l’aile droite française et la prend de revers vers dix-sept heures, qui emporte la décision. Moreau donne le signal de la retraite ; celle-ci se transforme en débandade quand Kray refoule enfin l’aile gauche. Pérignon et Grouchy, blessés, sont faits prisonniers à Pasturana. Souvorov entre dans Novi le soir.
Les pertes.
Les décomptes divergent fortement : de 6 500 à 11 000 hommes côté français, tués, blessés et prisonniers confondus, avec une quarantaine de bouches à feu perdues ; environ 8 000 hommes côté austro-russe. Les chiffres arrondis parfois cités (1 500 tués, 5 000 blessés, 3 000 prisonniers d’un côté ; 1 800, 5 200 et 1 200 de l’autre) doivent être maniés avec prudence.
L’armée française évacue l’essentiel de l’Italie, ne conservant que Gênes, qui tiendra jusqu’en juin 1800 ; Bonaparte rétablira la situation à Marengo. Mais la conséquence majeure de Novi est politique : en perdant Joubert, Sieyès perd le général sur lequel il comptait pour son coup d’État. La place laissée vacante sera occupée, trois mois plus tard, par Bonaparte rentré d’Égypte.

15 août 1917 : naissance du général Jacques Andrieux.
Jacques Andrieux naît le 15 août 1917 à Lorient. Il est le fils du médecin-commandant Jacques Andrieux, déporté pour faits de résistance en Allemagne, dont il ne reviendra pas.
Bachelier après des études secondaires au collège des jésuites de Vannes, il s’engage dans l’armée de l’Air en 1937 et se trouve, en 1939, sous-officier pilote militaire en attente de transformation. Refusant la défaite, il cherche plusieurs mois le moyen de quitter la Bretagne : se faisant passer pour armateur, il achète un langoustier, L’Émigrant, avec lequel il s’évade de Camaret-sur-Mer le 16 décembre 1940 et gagne Penzance.
Engagé dans les Forces aériennes françaises libres, formé dans la RAF, il opère avec le 130 Squadron à Perranporth, en Cornouailles : protection de bombardiers, attaques de navires et de terrains d’aviation, destruction de radar, combats aériens. Promu lieutenant en 1943, il rejoint le 91 Squadron à Hawkinge puis Tangmere, aux côtés de Jean Maridor et d’Henri de Bordas. Le 26 août 1944, le capitaine Andrieux prend le commandement du groupe de chasse 341 « Alsace », après la mort en combat aérien du commandant Schloesing, et le conduit à toutes les actions offensives jusqu’à la fin des hostilités.
Il totalise 12 victoires aériennes homologuées, 2 appareils ennemis endommagés, deux navires détruits, 1 000 heures de vol de guerre — et son avion aura été gravement endommagé par la DCA allemande à dix-huit reprises. Il termine la guerre à l’Operational Training Unit n° 80 de Ouston, avec le grade de Wing Commander. Il est fait Compagnon de la Libération par décret du 8 novembre 1944.
Après-guerre, il commande le Centre d’instruction à la chasse de Meknès jusqu’en 1950, forme la totalité des jeunes pilotes de chasse de l’armée de l’Air, puis sert comme commandant en second de la 2e escadre de chasse à Dijon et de la 4e brigade aérienne à Bremgarten, avant de prendre la 12e escadre de chasse à Cambrai. Lieutenant-colonel en 1954, il dirige le poste de commandement Air de Batna et des Nementcha, en Algérie, de janvier 1956 à fin 1957. Il commande ensuite la 12e brigade aérienne, est affecté à l’état-major comme attaché auprès du chef d’état-major de l’Air, suit l’IHEDN (cycle court, promotion 1959) puis le Collège de défense de l’OTAN (promotion 1961).
Général de brigade aérienne en 1966, expert militaire Air auprès de la commission de la Défense nationale de l’Assemblée nationale, il est placé en congé du personnel navigant en août 1970. Dans le civil, il dirige la gare internationale de GARONOR (1966-1970), est secrétaire général de Vibrachoc (1970-1974), directeur général du holding Rellmitt Inter (1974-1978) et administrateur du journal L’Aurore (1978). Il meurt le 21 janvier 2005 à Saint-Georges-de-Didonne, où il est inhumé.
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Publications :
- Le ciel et l’enfer : France Libre 1940-1945 (Presses de la Cité, 1965) ;
- Une poignée d’as (Presses de la Cité, 1976).
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- Grand Croix de la Légion d’Honneur
- Compagnon de la Libération
- Grand Croix de l’Ordre national du Mérite
- Croix de Guerre 39/45 (13 palmes)
- Croix de la Valeur Militaire (2 palmes)
- Médaille de l’Aéronautique
- Chevalier du Mérite Agricole
- Silver Star (USA)
- Distinguished Flying Cross and Bar (UK)
15 août 1920 : victoire de la Pologne contre l’avancée des troupes soviétiques (guerre polono-soviétique).
La bataille de Varsovie est l’ensemble des combats livrés du 12 au 25 août 1920 devant la capitale polonaise, qui aboutissent à une victoire décisive de la Pologne et à la dislocation du front nord-ouest de l’Armée rouge. Le 15 août en marque le point de bascule.
Lire le texte complet sur Theatrum Belli

15 août 1940 : « Jeudi noir » pour la Luftwaffe.
Le 13 août 1940 (l’Adlertag), le haut commandement allemand change de tactique : après les convois, il s’agit désormais de détruire la Royal Air Force sur ses bases et dans les airs.
Le 15 août, persuadé que la RAF a perdu près de 300 appareils, soit la moitié de son effectif théorique, et que les unités du nord du Royaume-Uni ont été redéployées vers le sud, l’état-major engage pour la seule fois de la campagne les trois Luftflotten simultanément, avec plus de 2 000 sorties. La Luftflotte 5, basée en Norvège et au Danemark, attaque le nord-est de l’Angleterre et l’Écosse : les chasseurs britanniques sont toujours là et lui infligent près de 20 % de pertes. Retirée de la bataille, elle ne reparaîtra plus en attaque de jour, ses appareils venant renforcer les Luftflotten 2 et 3.
L’échec tient à une évaluation erronée des pertes adverses, mais surtout au fonctionnement à plein régime du système Dowding : chaîne radar, filtrage centralisé, engagement au bon moment. Accrochés une première fois à l’arrivée sur les côtes, les Allemands le sont de nouveau au retour ; les bombardiers d’autant plus que les Messerschmitt Bf 109, à bout d’autonomie, les abandonnent souvent ; déroutés, ils retombent sur des unités fraîches que le commandement britannique a pu garder en réserve grâce au renseignement radar.
Le 15 août 1940 tombant un jeudi, la Luftwaffe le retiendra sous le nom de « Jeudi noir ».
Les décomptes varient légèrement selon les auteurs, mais l’historiographie retient de 75 à 78 appareils allemands détruits (le chiffre le plus élevé de toute la bataille pour une seule journée) contre 30 à 35 chasseurs du Fighter Command, auxquels s’ajoutent une douzaine d’appareils endommagés et plusieurs bombardiers Whitley détruits au sol. Ce jour-là également, un Spitfire du 234 Squadron piloté par le sergent Richard Hardy, engagé trop loin au-dessus du continent, se pose à Cherbourg et livre à la Luftwaffe un appareil presque intact, qu’elle pourra étudier à loisir.
Le 18 août 1940 sera le jour le plus coûteux en appareils pour les deux camps (le Hardest Day), mais le choc psychologique du 15 août fut plus profond : c’est ce jour-là que s’effrite le mythe de l’invincibilité aérienne allemande. Göring réunit d’ailleurs ses grands subordonnés à Karinhall le 15 août même pour en tirer les leçons : arrêt des attaques contre les stations radar, jugées à tort sans effet, et restrictions d’emploi des Stuka. (La fameuse algarade d’Adolf Galland avec Göring, réclamant « une escadrille de Spitfire », se situe fin août-septembre 1940, et non le 15 août : elle ne peut être rattachée à cette journée.)
15 août 1944 : opération Dragoon – débarquement en Provence.
15 août 1945 : Gyokuon-hōsō (Japon).
Le Gyokuon-hōsō (littéralement « émission radiophonique de la voix du Joyau ») est l’allocution par laquelle l’empereur Hirohito annonce à ses sujets, le 15 août 1945 à midi, heure de Tokyo, que le Japon accepte les termes de la déclaration de Potsdam. C’est la première fois que la population entend la voix du souverain.
Le message a été enregistré la veille au soir sur disques, au palais impérial. Dans la nuit du 14 au 15 août, un groupe d’officiers tente un coup de force (l’incident de Kyūjō) pour s’emparer des enregistrements et empêcher la diffusion ; la tentative échoue. Le texte, rédigé dans une langue de cour archaïsante, reste largement incompréhensible à nombre d’auditeurs, d’autant qu’il ne contient ni le mot de reddition ni celui de capitulation : l’empereur y évoque la nécessité d’« endurer ce qui ne saurait être enduré », mentionne l’emploi par l’ennemi d’une « bombe nouvelle » à la capacité de destruction incalculable, et présente la décision comme prise pour éviter l’anéantissement de la nation.
L’annonce ne met pas fin aux combats partout. Les opérations soviétiques se poursuivent en Mandchourie jusqu’au 20 août et dans les Kouriles jusqu’au début de septembre. L’acte de capitulation est signé le 2 septembre 1945 à bord de l’USS Missouri en baie de Tokyo ; le traité de paix ne viendra qu’à San Francisco, en 1951. En Corée, le 15 août reste célébré comme le Gwangbokjeol, jour de la libération.
15 août 1969 : discours du Président Pompidou à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Napoléon.
Le 15 août 1969, à Ajaccio, le président de la République prononce le discours du bicentenaire de la naissance de Napoléon. Ouvrant sur l’oraison funèbre du Grand Condé par Bossuet, Pompidou y déroule le passage d’un jeune Corse tenté par l’indépendance de son île à un homme dont le destin finit par se confondre avec celui de la France — « le mariage de Napoléon avec la France » se scellant, selon lui, au retour d’Égypte. Il y récuse le procès en esprit de conquête, tenant que la suprématie maritime britannique acquise à Trafalgar condamnait l’Empereur à vaincre sans cesse, et insiste, au-delà de l’épopée militaire, sur l’œuvre institutionnelle du Consulat et de l’Empire, dont la France de 1969 porte encore la marque.
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Abordant l’oraison funèbre du Grand Condé, Bossuet s’exprime ainsi : « Je me sens également confondu par la grandeur du sujet et, s’il m’est permis de l’avouer, par l’inutilité de son travail. Nous ne pouvons rien pour la gloire des âmes extraordinaires… leurs seuls actions les peuvent louer, toute autre louange languit auprès des grands noms. »
Combien ces paroles s’appliquent au prodigieux destin que nous évoquons aujourd’hui ! En ce jour où la Corse et avec elle la France entière célèbrent le deuxième centenaire de la naissance de Napoléon, remontons le cours de l’histoire, suivons ce jeune Corse sans fortune et sans ressources, voyons-le prendre conscience de ses immenses possibilités puis progressivement, les orienter vers la France jusqu’à s’identifier avec la Nation, la lier à son sort, la façonner à sa mesure, la marquer d’une empreinte aujourd’hui encore ineffacée.
15 août 1769 – Un an plus tôt, jour pour jour, Louis XV a proclamé la Corse partie intégrante de la couronne de France. Trois mois plus tôt, en Angleterre, est né le petit Arthur Wellesley, qui sera duc de Wellington. Ainsi le veut l’histoire.
Dans Ajaccio, petit bourg de 5 à 6 000 habitants, Laetitia Ramolino, épouse de Charles Bonaparte, met au monde un fils pour lequel on ressuscite un vieux prénom peu usité, Napoléon. « Ce nom mystérieux, dira plus tard l’Empereur, j’étais seul à le porter en France. Il était doué d’une vertu virile, poétique et redondante. »
Qui donc, en ce 15 août 1769, aurait imaginé non seulement le génie de l’enfant qui venait de naître, mais que son destin se confondrait avec celui de la France à laquelle la Corse ne se sentait encore guère attachée ? Charles Bonaparte avait participé passionnément à la lutte contre la domination génoise. Il se rallie, il est vrai, à l’autorité française, ce qui lui vaudra d’obtenir des bourses pour Joseph et pour Napoléon. Mais le patriotisme corse est puissant, la nation corse une réalité et il faudra de longues années pour que Napoléon, malgré et peut-être à cause de ses dissentiments avec Paoli, renonce à la tentation de jouer un rôle de premier plan dans une Corse indépendante. « Je naquis, écrit-il en 1789, à Paoli, quand la patrie périssait. » Et pourtant, il a été « écolier du roi », c’est-à-dire boursier, en 1779 au collège d’Autun où il apprend le français, puis à l’école de Brienne où il reste cinq ans, et en 1784 à l’École militaire de Paris. En 1785, son père meurt. La même année, il sort de l’École militaire avec le grade de lieutenant en second et est affecté au régiment d’artillerie de La Fère, qu’il a choisi probablement parce qu’il est en garnison à Valence, sur le chemin de la Corse.
En France, c’est la Révolution. Mais Napoléon ne se soucie que de la Corse. Il obtient permission sur permission qu’il prolonge sans scrupule à Ajaccio où il est en contact permanent avec les « patriotes ». En quatre ans, il passe 35 mois dans l’Île, indifférent semble-t-il, aux évènements qui bouleversent la France, ne prenant le parti des Montagnards que par amitié pour Saliceti et par hostilité pour Paoli avec qui les Bonaparte se sont définitivement brouillés. C’est même cette brouille qui oblige la famille à partir pour la France en juin 1793 et qui va orienter différemment la vie de Napoléon.
La protection de Saliceti lui vaut d’être nommé chef de bataillon et de commander l’artillerie au siège de Toulon. Le 19 décembre 1793 son action permet aux armées de la République de s’emparer de la ville. Trois jours plus tard, Napoléon Bonaparte, âgé de 24 ans, est nommé général de brigade.
Mais la France traverse de nouvelles épreuves. C’est la Grande Terreur, puis le 9 Thermidor et l’exécution de Robespierre. Napoléon, un moment arrêté, doit à Barras de rentrer en grâce. C’est encore Barras qui lui confie la répression de l’insurrection parisienne du 13 Vendémiaire. Le succès lui vaut d’être nommé général de division et enfin, le 2 mars 1796, commandant en chef de l’armée d’Italie. De ce jour, un grand destin commence.
La prodigieuse campagne d’Italie va révéler à Napoléon son propre génie. Certes, depuis toujours il a ressenti en lui une force supérieure. De Brienne, dit-il, « j’avais l’instinct que ma volonté devait l’emporter sur celles des autres. » Mais c’est Lodi qui sera le chemin de Damas où il aura la révélation de sa propre étoile. « Dès lors, j’ai prévu ce que je pourrais devenir. Je voyais déjà le monde fuir sous moi, comme si j’étais emporté dans les airs. » Et encore « Alors naquit la première étincelle de la haute ambition. »
Cette ambition, les objectifs s’en précisent. Il n’est plus question comme autrefois pour le jeune officier de Valence d’écrire des romans ou de philosopher ou de faire des mathématiques. Désormais c’est le pouvoir qui le hante. « Je ne puis plus obéir. J’ai goûté au commandement et je ne saurais y renoncer. » Mais où exercera-t-il ce pouvoir ? Où se déroulera le destin pressenti ? La France n’en constitue pas encore l’objectif nécessaire, même si, par le commandement de l’armée d’Italie, elle lui en a insufflé la résolution et donné les moyens. Au moment même d’Arcole et de Rivoli, quand ayant écrasé les Sardes, il chasse et pourchasse les armées de l’Autriche, Bonaparte lisant Machiavel écrit en marge : « Moi aussi, je suis italien. L’Italie a enfin reconnu en moi son rédempteur. » Sans aucun doute, le rêve du royaume d’Italie, qu’il réalisera d’ailleurs plus tard mais de surcroît, est-il à ce moment plus présent à son imagination que la domination de la France.
Plus présent que tout d’ailleurs, l’attrait de l’aventure personnelle, donc pour un Méditerranéen féru d’histoire, la tentation de l’Orient et des grands espaces où se lancèrent et souvent se perdirent tous les grands conquérants de Cyrus et d’Alexandre jusqu’à Tamerlan. C’est elle qui va le saisir lorsque, rentré en France, couvert de gloire, adulé du peuple parisien, chargé de préparer, déjà, la débarquement en Angleterre, il s’arrache tout à coup aux intrigues du Directoire, fait décider l’étrange expédition d’Égypte, s’embarque pour Alexandrie. Et c’est la victoire des Pyramides, l’entrée au Caire, la campagne de Syrie, la prise de Jaffa, la victoire du Mont-Thabor. Ici se situe l’affaire de Saint Jean d’Acre – Phélippeaux, camarade de Bonaparte à Brienne, et émigré, organise la défense contre l’armée française qui, privée de son artillerie lourde, ne peut enlever la place. Napoléon revient au Caire, décide de rentrer en France. « Les hommes ne font qu’imiter leurs prédécesseurs » disait Machiavel. – « Je pourrais bien quelquefois te faire mentir » commentait Bonaparte.
Quelle part dans sa décision a pu avoir l’échec de Saint-Jean-d’Acre ? Faut-il y voir la cause du renoncement au mirage oriental que Napoléon a si souvent évoqué ? « En Égypte, a-t-il dit, je me trouvais débarrassé du poids d’une civilisation gênante ; je rêvais toutes choses et je voyais les moyens d’exécuter tout ce que j’avais rêvé… Le temps que j’ai passé en Égypte a été le plus beau de ma vie car il en a été le plus idéal. »
Saint-Jean-d’Acre a peut-être changé le cap de la destinée napoléonienne. Si cela est vrai, alors Phélippeaux fut l’agent de la Providence : car le retour d’Égypte, c’est vraiment le mariage de Napoléon avec la France. À partir du moment où il débarque à Fréjus de la frégate Muiron, le sort est jeté. C’est en France qu’il réalisera la haute ambition conçue après Lodi. C’est à la France qu’il imprimera sa marque. C’est avec la France et les Français qu’il conduira sa grande aventure. Du même coup et à sa suite la Corse deviendra française non plus par l’effet du traité entre Louis XV et Gênes mais par le cœur et par l’épopée. Désormais Napoléon peut dire : « Je n’ai qu’une passion, qu’une maîtresse, c’est la France ».
La France d’ailleurs est prête à se donner. Le Directoire sombre dans le désordre, l’impuissance et la corruption. Tout le monde complote, tout le monde attend un coup d’État. « Voilà votre homme » s’écrie Moreau apprenant le retour d’Égypte.
Bonaparte de fait n’hésite ni ne dissimule. Ce n’est pas pour Sieyès qu’il travaille. « L’occasion viendra, soyons prêts à la saisir », avait-il écrit. Elle est venue. Il sera maître et son seul maître. La France se livre à lui plus encore par passion de la gloire que par lassitude du désordre et de l’anarchie. Entre elle et lui tout est clair. « Ni elle, ni moi nous ne nous trompons plus » dit-il superbement. Il sait qu’il a à sa disposition le pays le plus peuplé d’Europe, la meilleure armée du monde et une nation convaincue d’être la première. Il sait l’immense réservoir de forces révélé par la Révolution et qu’il peut tout demander à la France à condition de la faire rêver. « Je n’agis, dit-il, que sur les imaginations de la Nation. Lorsque ce moyen me manquera, je ne serai plus rien. »
Là est le secret de la longue marche qui mènera Napoléon et les armées françaises à Rome et à Vienne, à Madrid et à Berlin, à Varsovie et à Moscou. Et si forte sera l’emprise sur les esprits qu’en dépit des pertes humaines, de la conscription et des impôts, en dépit même des défaites, après la retraite de Russie, et la campagne d’Allemagne, et l’invasion, et les alliés à Paris malgré la merveilleuse campagne de France, il suffira que l’exilé de l’Île d’Elbe débarque à Golfe Juan pour qu’à nouveau la Nation tout entière se rallie à lui et que l’aigle vole de clocher en clocher jusqu’à Notre-Dame.
Tout a un fin sans doute et le destin est plus fort que l’homme le plus fort. Wellington attend Napoléon à Waterloo. Il ne manœuvre pas, il s’obstine. Or le génie militaire ce jour-là abandonne Napoléon. Or c’est Blücher qui doit arriver et non Grouchy. Car il appartient à un grand homme d’avoir une grande fin et il n’en est pas de plus grande que le malheur.
L’Île d’Elbe était dérisoire. Il fallait loin derrière l’Afrique, Sainte-Hélène, « sous le verrou des rois prudents ». Dernière phase d’une vie sans précédent, longue agonie de Napoléon mais aussi de la France de la Révolution et de l’Empire. L’épopée est terminée, le mythe seul survit, individuel et national. Il s’amplifie avec les années et cet homme qui ne vivait que dans la postérité continue de parler à l’imagination du peuple qu’il avait choisi et au milieu duquel il repose sur les bords de la Seine.
« De la victoire à la défaite, il n’y a qu’un pas » écrivait Bonaparte au Directoire au moment de Lodi. Que reste-t-il de cette longue suite de victoires qui débouche sur Waterloo, un Waterloo dont on peut penser qu’il était inscrit dans les faits depuis Trafalgar ? C’est bien à tort que l’on reproche à Napoléon l’esprit de conquête. La suprématie maritime acquise par l’Angleterre condamnait littéralement l’Empereur à attaquer et à vaincre sans cesse, dans une lutte que son seul génie empêcha l’Europe entière, et à certains moments le Gouvernement anglais lui-même, de comprendre qu’elle était, dès le départ, désespérée. Mais malgré l’échec final, Napoléon n’a pas légué à la France que l’éclat d’une prodigieuse épopée militaire. C’est ici qu’il faut rappeler comment le premier Consul puis l’Empereur a de ses mains pétri littéralement notre pays et nous a légué une Nation où tout porte encore sa marque.
Le Directoire lui a remis un pays en pleine décomposition. Les institutions monarchiques ont été détruites, les institutions révolutionnaires ont été de circonstances et se sont en tout cas dégradées rapidement à partir du 9 Thermidor. Le Premier Consul qui se souvient qu’il a été du parti de Robespierre a parfaitement compris le caractère profond et irréversible de la Révolution. « Je suis l’homme de la Révolution et je la soutiendrai. » Mais il est aussi l’homme de l’ordre et de l’autorité de l’État. « Nous avons fait le roman de la Révolution. Il faut en commencer l’histoire » dit-il au Conseil d’État en 1800.
Il s’agit donc d’arracher la Révolution aux « idéologues » et d’en inscrire les principes à l’intérieur d’institutions dépendant d’un pouvoir fort et concentré. Les principes, c’est la liberté civile. « J’ai servi les libertés à pleines mains partout où j’ai implanté mon code civil. » C’est l’égalité devant la loi. « Tout ce qu’il est possible de donner d’égalité, dans l’acceptation du mot, les Français l’ont reçu de moi. L’égalité doit être sans réserve ni restriction aucune devant la Loi ; hors de là, elle n’est qu’un rêve, qu’une déception. »
Mais l’étouffement de toute liberté politique dira-t-on ? À Sainte-Hélène, Napoléon s’en défendra : « Les hommes qui me reprochent de n’avoir pas donné assez de liberté aux Français sont de mauvaise foi ou ne savent pas qu’en 1804, quand j’ai mis la couronne sur ma tête, 96 Français sur 100 ne savaient pas lire, et ne connaissaient de la liberté que le délire de 93. »
Reconnaissons qu’il a cédé à son tempérament en se préoccupant davantage d’assurer son autorité que de protéger les libertés politiques. Mais du même coup c’est l’autorité de l’État qui s’installe. En quelques années, presque en quelques mois, le Premier Consul crée l’État français moderne. C’est, à la tête, mis à part un étrange système représentatif où ceux qui parlent ne décident pas et ceux qui décident le font en silence, un ministère fortement concentré, assisté du Conseil d’État, c’est dans les départements l’institution des préfets, c’est l’organisation de l’armée et de la conscription, c’est la création de la Banque de France et l’instauration du « franc germinal ». Ce sera la Cour des Comptes. Ce sera au cours des années, la mise en place d’une administration solide à l’échelon central et local. C’est l’institution de la Légion d’Honneur pour récompenser la valeur militaire ainsi que les services civils. C’est la création de l’Université impériale, conçue comme un corps destiné à répandre l’instruction et à donner à tous les jeunes Français une formation intellectuelle commune au service de la Nation.
Toutes ces institutions, qui jaillissent du cerveau de Napoléon Bonaparte, ont traversé le XIXe siècle presque sans changement, et aujourd’hui encore, demeurent, demeurent pour l’essentiel. Elles répondent au désir de consolider l’œuvre de la Révolution dans la mesure où celle-ci traduit une évolution nécessaire intellectuelle et sociale mais aussi à la volonté de recréer un État fort et centralisé, tel que l’avait conçu et en grande partie réalisé la monarchie, tel que Robespierre l’avait un moment restauré. Et pour que cet État ait une base durable, le Premier Consul, puis l’Empereur s’attache à réunifier la Nation et à combler les fossés créés par la Révolution. Centralisateur, unificateur, Napoléon est aussi réconciliateur. Il l’est par le Concordat, qui met fin à la guerre religieuse et rétablit l’Église à la fois dans son unité et dans ses liens avec l’État, cependant que l’adoption de dispositions analogues pour les confessions protestante ou israélite marque bien qu’on ne revient pas à l’ancien régime et que tous les Français sont égaux devant la loi. Réconciliateur, Napoléon le sera aussi dans ses rapports avec les personnes, dans son souci d’utiliser à côté du personnel révolutionnaire les hommes de l’ancien régime qu’il pourra rallier. La création d’une noblesse impériale, mélangée aux Tuileries à de nombreux représentants de l’ancienne noblesse, répondra à cet objectif au moins autant qu’au désir de faire revivre le faste monarchique autour de la dynastie qu’il s’efforce de créer. Pour nous qui avons connu depuis trente années tant de ruptures et de drames intérieurs et extérieurs, l’aspect unificateur et réconciliateur de l’œuvre napoléonienne nous apparaît particulièrement important et actuel.
Mais cette œuvre unificatrice ne s’est pas limitée à la France : l’unité allemande, l’unité italienne sont en grande partie sorties de son action et d’une action consciente. Il l’a dit à Sainte-Hélène : « Une de mes plus grandes pensées avait été l’agglomération, la concentration des mêmes peuples géographiques qu’ont dissous, morcelés les révolutions et la politique. L’on compte en Europe plus de 30 millions de Français, 15 millions d’Espagnols, 15 millions d’Italiens, 30 millions d’Allemands. J’aurais voulu faire de chacun de ces peuples un seul et même corps de la nation ».
Et il ajoutait : « Peut-être devenait-il permis de rêver pour la grande famille européenne l’application du congrès américain ou celle des Amphictyons de la Grèce… Cette agglomération arrivera tôt ou tard par la force des choses ; l’impulsion est donnée et je ne pense pas qu’après ma chute… il y ait en Europe d’autres grand équilibre possible que l’agglomération et la confédération des grands peuples. »
Ainsi le génie de Napoléon domine notre histoire comme il préfigure l’avenir de l’Europe. C’est à lui que nous devons l’essentiel des institutions qui, au travers des siècles et en dépit des évolutions indispensables, constituent encore l’armature de notre pays. C’est lui qui a contraint les Français, déchirés et coupés les uns des autres par la tourmente révolutionnaire, non pas à oublier leurs divisions mais à les dominer et à refaire l’unité nationale.
Et c’est pourquoi aujourd’hui, dans cette ville où il est né, dans cette île dont il est l’orgueil, le Président de la République célèbre la mémoire de l’Empereur en présence de celui sur qui repose l’héritage d’un nom prestigieux. Car nos gloires n’appartiennent qu’à la France et il est n’est pas de nom plus glorieux que celui de Napoléon. Parti de rien, démuni de tout, il a tout obtenu. Lisant dans l’histoire d’un autre que dès sa jeunesse il ne lui manquait pour régner que d’avoir un royaume, il écrivait ces mots touchants : « Ma mère a dit souvent de moi la même chose ; je l’aime à cause de ses pronostics. » Mais, parvenu au faite de sa puissance, il s’interrogeait. Les princes, dit-on, sont puissants, honorés et heureux. « De ce dernier point n’est pas encore clair pour moi. » De fait il n’a pas trouvé le bonheur et, j’ajoute, il ne l’a pas donné à la France. Mais, à défaut de bonheur, il a atteint aux cimes de la grandeur et en a comblé la France, au point que depuis, notre peuple ne s’est jamais résigné à la médiocrité et a toujours répondu à l’appel de l’honneur.
L’histoire de nos dernières années l’a démontré avec éclat, grâce une fois encore à l’action d’un homme exceptionnel. Gardons-en la leçon, même si nous savons que l’heure n’est pas pour nous de prétendre dominer l’Europe et le monde. Il sufra d’ailleurs de rester fdèle aux ultimes recommandations adressées par Napoléon au peuple français et qui se trouvent au bas de l’acte d’abdication signé le 22 juin 1815 au Palais de l’Élysée : « Unissez-vous tous pour le salut public et pour rester une Nation indépendante ».










