La Marine nationale reçoit ses deux premiers avions de surveillance maritime Albatros de Dassault Aviation.

La Direction générale de l’armement (DGA) a réceptionné le développement et les deux premiers exemplaires du Falcon 2000LXS « Albatros », premiers appareils livrés au titre du programme AVSIMAR (Avions de surveillance et d’intervention maritimes). Les deux machines ont rejoint la flottille 24F, sur la base d’aéronautique navale de Lann-Bihoué (Morbihan), fin juillet.

Lancé en 2020, AVSIMAR prévoit 12 appareils d’ici 2031 : 7 commandés en décembre 2020, 5 autres notifiés le 26 septembre 2025. Un 3e avion est attendu avant la fin de l’année, puis le rythme doit se stabiliser autour de 2 livraisons annuelles. Ces 12 Albatros remplaceront 13 avions vieillissants (8 Falcon 50M du Morbihan et 5 Falcon 200 Gardian déployés dans le Pacifique) dont le retrait a commencé en 2025. La première capacité opérationnelle est visée pour la fin 2026.

Un jet d’affaires devenu outil de souveraineté

L’Albatros n’est pas un avion neuf conçu à partir d’une feuille blanche : c’est un Falcon 2000LXS, né d’une famille de jets business vendue à plusieurs centaines d’exemplaires, profondément retravaillé. La cellule apporte ce qu’aucun développement spécifique n’aurait offert au même prix : 20,23 m de long, 21,38 m d’envergure, une masse maximale au décollage d’environ 19,4 tonnes, un plafond de 47 000 pieds, une vitesse maximale voisine de Mach 0,86 et une autonomie de l’ordre de 7 400 km, soit environ 8 heures de vol. Ses deux réacteurs Pratt & Whitney Canada PW308C et ses becs de bord d’attaque internes lui donnent une signature rare : un transit rapide vers la zone de patrouille, puis d’excellentes qualités de vol à basse vitesse pour y travailler au ras de l’eau. La DGA chiffre le gain pour un rayon d’action supérieur de 10 à 30 % à celui des Falcon qu’il remplace.

Trois modifications extérieures ont transformé l’aéronef :

  • À l’avant du ventre, un imposant radôme abrite le radar Searchmaster de Thales, à antenne active (AESA) en bande X, héritier direct des technologies d’antenne développées pour le RBE2 du Rafale : il balaie de vastes surfaces, discrimine les échos de mer et suit simultanément un grand nombre de pistes.
  • Plus en arrière, sous le fuselage, la boule optronique Euroflir 410 de Safran assure l’identification et la poursuite à longue distance, de jour comme de nuit, de cibles navales, terrestres, voire aériennes.
  • Enfin, de larges fenêtres latérales à l’avant de la cabine rendent aux équipages ce qu’aucun capteur ne remplace vraiment lors d’une recherche en mer.

Voir, comprendre, agir

Le saut capacitaire tient au système de mission développé par Naval Group, qui fusionne les données des capteurs en une situation tactique exploitable à bord et partageable en temps réel. L’avion embarque des communications par satellite (SATCOM) et la liaison de données tactiques L22, qui l’insère dans la bulle d’échanges des bâtiments et des états-majors. La navigation repose sur une centrale inertielle TopAXYZ, un récepteur satellitaire militaire GPS/Galileo TopStar 100-2 et un dispositif anti-brouillage TopShield à antennes CRPA ; précaution devenue banale à l’heure où les signaux GNSS sont massivement leurrés en Méditerranée orientale comme en mer Baltique.

L’Albatros dispose d’un détecteur de balises de détresse Search and Rescue et de dispositifs de largage (canots de survie et marqueurs fumigènes) permettant de porter secours avant même l’arrivée d’un hélicoptère ou d’un navire. C’est le cœur du métier : localiser un naufragé, marquer sa position, lui fournir de quoi tenir.

Une filière française

Le développement a été conduit par Dassault Aviation avec Naval Group, Safran et Thales. Le premier Albatros a volé le 24 janvier 2025 depuis Bordeaux-Mérignac, où sont réalisés les travaux de transformation ; les essais et la certification ont été menés à Istres, avec le concours du centre DGA Essais en vol. Le contrat initial de 2020 comportait une clause de disponibilité garantie sur dix ans, formule désormais courante mais qui engage l’industriel bien au-delà de la livraison.

Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, replace l’appareil dans une continuité : des Falcon 20 des garde-côtes américains aux Falcon 900 et 2000MSA japonais, en passant par les Gardian et les Falcon 50M français, le constructeur revendique une expérience longue de la surveillance maritime. Il rappelle aussi une évidence géographique souvent oubliée : avec plus de 10 millions de km² de zone économique exclusive, la France possède le deuxième domaine maritime du monde.

12 avions pour 10 millions de km2

12 appareils devront couvrir la métropole, les Antilles, la Guyane, l’océan Indien, la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie, pour un catalogue de missions qui ne cesse de s’allonger : lutte contre les pollutions et les trafics, surveillance des frontières et des ZEE, police des pêches, recherche et sauvetage, évacuation sanitaire, soutien aux populations après une catastrophe naturelle. À quoi s’ajoutent des préoccupations plus récentes : la protection des câbles sous-marins et des infrastructures énergétiques, et le suivi de flottes de commerce dont certaines naviguent désormais transpondeurs éteints.

Un siècle de vigie — Dassault, Bréguet et la mer.

Stéphane GAUDIN
Stéphane GAUDINhttp://www.theatrum-belli.com/
Créateur et directeur du site THEATRUM BELLI depuis 2006. Officier de réserve citoyenne Terre depuis 2018, rattaché au 35e régiment d'artillerie parachutiste de Tarbes. Officier de réserve citoyenne Marine de 2012 à 2018, rattaché au CESM puis au SIRPA. Membre du conseil d'administration de l'Amicale du 35e RAP. Membre associé de l'AA-IHEDN AR7 (région Centre Val-de-Loire). Chevalier de l'Ordre National du Mérite.
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