6 septembre 394 : fin de la bataille de la rivière froide (ou bataille de Frigidus).
Dans une vallée des Alpes juliennes, Théodose écrase l’armée d’Occident au terme de deux jours de combat. C’est la dernière fois que l’Empire romain est réuni sous un seul souverain. Ce n’est pas, contrairement à une tradition tenace, le dernier affrontement entre christianisme et paganisme.
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Le récit hérité présente la bataille comme l’affrontement d’une armée chrétienne, celle de Théodose, et d’une armée païenne combattant sous les enseignes d’Hercule et de Jupiter, celle d’Eugène et d’Arbogast. Ce récit provient exclusivement de sources chrétiennes postérieures 5Rufin d’Aquilée, Orose, Théodoret, Ambroise de Milan) qui avaient un intérêt évident à présenter la victoire de Théodose comme un jugement de Dieu.
Les travaux conduits depuis les années 1990, et notamment ceux d’Alan Cameron dans The Last Pagans of Rome (2011), ont établi que cette lecture ne résiste pas à l’examen. Eugène était lui-même chrétien ; un ancien professeur de rhétorique devenu fonctionnaire impérial. Arbogast, général d’origine franque, était probablement païen, mais il commandait des troupes majoritairement chrétiennes. L’idée d’une « réaction païenne » organisée autour d’Eugène par l’aristocratie sénatoriale romaine relève, selon ces travaux, d’une construction postérieure.
Ce qui s’affronte au Frigidus, c’est une guerre civile ordinaire entre deux pouvoirs impériaux, comme l’Empire en avait connu des dizaines.
L’usurpation remonte à 392 : Valentinien II, empereur d’Occident, est trouvé pendu à Vienne ; Arbogast, son maître de la milice, fait proclamer Eugène. Théodose, empereur d’Orient, refuse la reconnaissance et marche vers l’ouest à l’été 394.
L’armée d’Occident attend dans la vallée du Frigidus (vraisemblablement la Vipava, en Slovénie actuelle), position choisie parce qu’elle ferme le débouché des Alpes juliennes vers l’Italie.
Le 5 septembre, Théodose engage d’emblée ses fédérés goths, environ 20 000 hommes sous les ordres de Gaïnas, d’Alaric et de Saül. Ils sont massacrés : les pertes gothiques de cette première journée sont évaluées à la moitié de l’effectif engagé. La rumeur (reprise par Zosime) voulut que Théodose eût délibérément sacrifié ces troupes pour affaiblir des alliés encombrants ; l’accusation n’est pas démontrée.
Le soir venu, la situation est désespérée. Une défection dans le camp adverse la retourne : le comte Arbitio, chargé de garder un col en amont, passe du côté oriental.
Le 6 septembre, la seconde journée est décidée par un phénomène météorologique attesté par plusieurs sources : la bora, vent violent et froid propre à cette région, se lève et souffle de face sur l’armée d’Occident, l’aveuglant de poussière et rabattant sur elle ses propres traits. Les sources chrétiennes y verront un miracle ; les habitants de la vallée y voient un vent ordinaire, qui souffle plusieurs dizaines de jours par an.
La ligne occidentale se rompt. Eugène est capturé et décapité ; Arbogast s’enfuit dans les montagnes et se donne la mort 2 jours plus tard.
Les conséquences : Théodose est le dernier à réunir l’Empire. Il meurt à Milan le 17 janvier 395, quatre mois plus tard, laissant l’Orient à Arcadius (âgé de 17 ans), et l’Occident à Honorius (âgé de 10 ans), sous la tutelle du général Stilicon. La division devient définitive. L’armée d’Occident sort exsangue. Les pertes des deux camps sont considérables, et c’est l’Occident qui ne peut les remplacer. Stilicon devra recourir massivement aux fédérés pour combler les vides.
Alaric, lui, en tire une conclusion : Ayant vu sa troupe employée en première ligne et sacrifiée, il se fait proclamer roi en 395 et rompt avec Constantinople. Il ravagera les Balkans, puis l’Italie, et prendra Rome le 24 août 410. Rome sera mise à sac 16 ans plus tard.

6 septembre 1634 : fin de la bataille de Nördlingen (guerre de Trente Ans).
En Souabe, l’armée impériale et espagnole détruit l’armée suédoise venue secourir la ville assiégée. La Suède perd en une journée sa prépondérance en Allemagne. 8 mois plus tard, la France entre ouvertement dans la guerre.
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La mort de Gustave-Adolphe à Lützen, le 16 novembre 1632, prive la Suède de son souverain et de son général. La direction de l’effort passe au chancelier Axel Oxenstierna, qui maintient l’alliance avec les princes protestants allemands dans le cadre de la ligue de Heilbronn, mais sans l’autorité de son roi.
Les impériaux reprennent l’initiative. Après l’assassinat de Wallenstein en février 1634, le commandement échoit au roi de Hongrie Ferdinand, fils de l’empereur et futur Ferdinand III. Il reprend Ratisbonne en juillet, puis Donauwörth, et met le siège devant Nördlingen, place de Souabe qui commande la route du Danube.
L’événement décisif est l’arrivée d’une armée espagnole. Le cardinal-infant Ferdinand, frère de Philippe IV, remonte d’Italie par le « chemin espagnol » (l’itinéraire reliant Milan aux Pays-Bas par la Valteline et l’Alsace) avec un corps de vétérans des tercios. Sa jonction avec l’armée impériale, réalisée le 2 septembre, porte les forces catholiques à environ 33 000 hommes et 50 pièces.
La bataille
Les Suédois viennent secourir la ville. Gustaf Horn commande l’aile suédoise, Bernard de Saxe-Weimar les contingents allemands ; ensemble, ils alignent environ 26 000 hommes et 68 pièces, dont 8 000 miliciens mal instruits ; donc, contrairement à ce qu’ils croient, une force inférieure à celle qu’ils vont attaquer.
Le renseignement est le premier facteur de la défaite. Horn et Bernard n’ignorent pas l’arrivée des Espagnols : ils en sous-estiment le nombre, l’évaluant à 7 000 hommes quand il en vient plus de 18 000. Horn voulait attendre des renforts ; Bernard emporta la décision d’attaquer.
L’attaque est lancée dans la nuit du 5 au 6 septembre contre les hauteurs à l’ouest de la ville, l’Albuch. L’artillerie et les charrois s’engagent devant l’infanterie et bloquent la progression, ce qui prive l’assaut de son appui et donne aux défenseurs le temps de s’établir.
Horn lance 15 assauts contre l’Albuch. Les tercios espagnols (ceux de Fuenclara, d’Idiáquez et de Toralto) tiennent, appuyés par la cavalerie italienne de Piccolomini et par la cavalerie bavaroise. Vers midi, les hommes de Horn sont épuisés et commencent à décrocher ; ce repli découvre l’infanterie de Bernard, que la cavalerie légère croate déborde par la gauche. L’armée protestante se disloque.
Les pertes protestantes sont évaluées à 12 à 14 000 hommes tués ou capturés, avec la perte des 68 pièces d’artillerie ; une grande partie des prisonniers passeront au service impérial. Gustaf Horn est capturé et restera détenu jusqu’en 1642, soit huit ans. Les pertes impériales et espagnoles sont de l’ordre de 3 500 hommes.
C’est le premier grand revers suédois de la guerre : l’armée de Souabe n’existe plus, l’Allemagne du Sud est perdue, et la ligue de Heilbronn se disloque. La paix de Prague, en mai 1635, réconcilie l’empereur et la Saxe et prive la Suède de ses principaux alliés allemands.
La conséquence la plus lourde est française : Richelieu, qui finançait la Suède depuis le traité de Bärwalde de 1631 tout en s’abstenant de combattre, constate que la guerre par procuration ne suffit plus. Le traité de Compiègne d’avril 1635 renouvelle l’alliance suédoise ; la France déclare la guerre à l’Espagne le 19 mai 1635.

6 septembre 1683 : mort à 64 ans de Jean-Baptiste Colbert.
Le contrôleur général des Finances meurt à Paris à soixante-quatre ans. La notice qui lui est consacrée développe longuement le colbertisme et expédie en trois lignes ce qui, dans une éphéméride militaire, justifie sa présence : il a créé de toutes pièces la marine de guerre française.
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Né à Reims le 29 août 1619 dans une famille de marchands drapiers, Colbert entre au service de Mazarin, dont il gère la fortune, et hérite à sa mort en 1661 de sa recommandation auprès du roi. Il obtient la disgrâce de Fouquet, puis cumule sur vingt ans une accumulation de charges sans équivalent : Finances, Bâtiments, Maison du Roi, Marine, Mines, Eaux et Forêts, Postes.
Sa doctrine (le mercantilisme, qu’on appellera colbertisme) repose sur un principe : la puissance d’un État est proportionnelle à ses réserves de métaux précieux, et la quantité d’or en circulation dans le monde étant fixe, ce que l’un gagne l’autre le perd. Le commerce est donc une forme de guerre. Importer des matières premières à bas prix, les transformer en produits de qualité, les réexporter à forte valeur ajoutée : c’est le programme des manufactures royales, des monopoles, du débauchage d’ouvriers étrangers (verriers vénitiens, vitriers flamands) et du tarif douanier de 1664, durci en 1667.
Ce durcissement de 1667, dirigé contre les Provinces-Unies, est explicitement conçu comme une agression économique. Il produit ce qu’il annonçait : la guerre de Hollande, en 1672. C’est l’un des cas les mieux documentés de conflit militaire directement issu d’une politique commerciale, et il mériterait un traitement propre dans la rubrique consacrée à la guerre économique.
La marine
En 1661, la France dispose d’une vingtaine de bâtiments en état, sans arsenaux modernes, sans corps d’officiers structuré et sans système de recrutement des équipages. Colbert, qui dirige officieusement la Marine dès cette date, en devient intendant en 1663 puis secrétaire d’État en 1669.
Il construit tout.
- Les arsenaux : Rochefort est choisi en décembre 1665 comme port de guerre neuf, en site vierge, sur la Charente ; la Corderie royale, alors le plus long bâtiment d’Europe, y est construite de 1666 à 1669. Toulon, Brest et Le Havre sont refondus. Les magasins, cordages, fonderies et corderies sont établis en régie d’État.
- Les bois : L’ordonnance des Eaux et Forêts de 1669, dont l’objet immédiat est de garantir l’approvisionnement en bois de marine, réorganise l’ensemble de la sylviculture française. Une part des forêts domaniales actuelles en procède directement.
- Les hommes : Le système des classes, ouvert par l’ordonnance du 22 septembre 1668 sur le recensement des gens de mer et institué comme service par roulement le 13 juillet 1670, inscrit sur des registres tous les marins du littoral et les astreint à servir sur les vaisseaux du roi par rotation, en contrepartie d’exemptions et d’une pension d’invalidité. C’est l’ancêtre de l’inscription maritime, qui subsistera jusqu’au XXe siècle, et le premier système de conscription sectorielle mis en place en France ; un siècle et demi avant la loi Jourdan.
- Les officiers : Les compagnies de gardes de la marine sont créées en 1670 à Brest, Rochefort et Toulon pour former les officiers de vaisseau ; institution dont la réforme avortée de 1773 fera l’objet de la notice du 29 août.
- Le droit : La grande ordonnance de la marine d’août 1681 codifie l’ensemble du droit maritime, du contrat d’affrètement à l’avarie commune, du salaire des matelots au régime des prises. Elle inspirera le code de commerce de 1807 et, par lui, une grande partie du droit maritime européen.
- Le résultat : La flotte passe d’une vingtaine de bâtiments à 120 vaisseaux et 30 galères en 1672, puis, à la mort de Colbert en 1683, à 178 bâtiments dont 117 vaisseaux de ligne. C’est, brièvement, la première marine du monde ; supériorité que confirmeront Béveziers en 1690, avant que La Hougue en 1692 et le désintérêt du roi n’y mettent fin.
NOTA : le personnel des galères était fourni par les condamnés, les prisonniers de guerre et les esclaves achetés en Méditerranée, et que le Code noir, dont Colbert avait engagé la rédaction, sera promulgué en 1685, deux ans après sa mort.
L’histoire de la marine de Colbert est indissociable de son conflit avec Louvois, secrétaire d’État à la Guerre. Les deux hommes se disputent les crédits, et la logique de l’un exclut celle de l’autre : une puissance continentale engagée dans des guerres de siège aux Pays-Bas et sur le Rhin ne peut simultanément entretenir la première flotte du monde. Louvois l’emporte après 1683.
Colbert meurt le 6 septembre 1683, épuisé et impopulaire ; son convoi funèbre est protégé par la troupe.
Sa devise : PRO REGE, SAEPE, PRO PATRIA SEMPER (Pour le roi souvent, pour la patrie toujours).
- De 1661 à 1665 : intendant des Finances.
- De 1661 à 1683 : surintendant des Postes.
- De 1664 à 1683 : surintendant des Bâtiments, arts et manufactures.
- De 1665 à 1683 : contrôleur général des Finances.
- De 1665 à 1683 : direction des haras royaux.
- De 1669 à 1683 : secrétaire d’État de la Maison du Roi.
- De 1669 à 1683 : secrétaire d’État de la Marine.
- De 1670 à 1683 : grand maître des Mines et Minières de France.
- De 1671 à 1683 : surintendant des Eaux et Forêts.

6 septembre 1689 : signature du traité de paix de Nertchinsk entre la Russie et la Chine.
Dans une bourgade de Sibérie orientale, l’Empire des Qing et la Russie fixent leur frontière et mettent fin à trente ans d’affrontements sur l’Amour. C’est le premier traité que la Chine signe avec une puissance européenne, et le seul qu’elle signera sur un pied d’égalité avant le XXe siècle.
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L’expansion russe vers l’est, conduite par des cosaques et des marchands de fourrures plus que par l’État, atteint le bassin de l’Amour au milieu du XVIIe siècle. Les Russes y fondent des postes fortifiés, dont Albazine, en territoire que les Qing tiennent pour relevant de leur souveraineté mandchoue ; l’Amour étant le berceau de la dynastie régnante.
Les incidents se succèdent à partir des années 1650. L’empereur Kangxi, ayant achevé la réduction de la révolte des Trois Feudataires en 1681 et la conquête de Taïwan en 1683, dispose enfin des moyens de régler la question. Il fait assiéger Albazine en juin 1685 : la garnison, environ 450 hommes, capitule et se retire sur Nertchinsk, une quarantaine d’hommes passant au service des Qing ; ils formeront la colonie russe de Pékin. Les Russes reconstruisent le fort, que les Qing assiègent de nouveau en 1686. Le second siège est effroyable : sur 7 à 900 défenseurs, une vingtaine survivent, la maladie a tué davantage que les armes.
Les deux empires ont alors intérêt à traiter : Moscou ne peut soutenir une guerre à 6 000 km de sa base, et Pékin veut avoir les mains libres face aux Dzoungars de Galdan.
La négociation
Elle se tient à Nertchinsk en août 1689, dans un dispositif révélateur du rapport de forces : la délégation chinoise est escortée de plusieurs milliers d’hommes et d’artillerie, la russe de quelques centaines.
Le signataire russe est Vassili Golitsyne, pour la régente Sophie ; le chinois est Songgotu, pour Kangxi.
Le fait le plus remarquable est linguistique. Aucune des deux parties ne parle la langue de l’autre. Les négociations se déroulent en latin, par l’intermédiaire de deux jésuites attachés à la cour de Pékin : le Français Jean-François Gerbillon et le Portugais Thomas Pereira. Le traité est établi en cinq langues (russe, mandchou, chinois, mongol et latin), la version latine faisant foi.
Les jésuites ne se bornent pas à traduire : ils conseillent, tempèrent et, selon les sources russes, favorisent discrètement un compromis. C’est l’un des rares cas où une communauté religieuse européenne a directement pesé sur un règlement territorial entre deux empires asiatiques.
Les clauses
La frontière suit les monts Stanovoï et l’Argoun. Albazine est évacuée et rasée. La Russie renonce au bassin de l’Amour, donc à tout accès à la mer du Japon, et obtient en échange l’ouverture d’un commerce régulier (caravanes de fourrures contre soie, thé et rhubarbe) qui deviendra une ressource significative du Trésor russe.
Le traité tiendra 170 ans. Il ne sera révisé qu’en 1858 à Aïgoun et en 1860 à Pékin, dans des conditions entièrement différentes : la Chine, écrasée lors des guerres de l’Opium, cède alors l’ensemble du territoire au nord de l’Amour et à l’est de l’Oussouri, soit 1 million km2 ; dont l’emplacement de Vladivostok, fondée en 1860.
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NOTA : Nertchinsk le seul traité que la Chine ait négocié d’égal à égal avec une puissance européenne, et c’est le titre juridique dont l’historiographie chinoise se réclame pour qualifier d’inégaux ceux de 1858 et 1860. La question frontalière russo-chinoise n’a été réglée définitivement qu’en 2004.

6 septembre 1813 : bataille de Dennewitz.
Au sud de Berlin, l’armée de Ney est disloquée par les Prussiens de Bülow et de Tauentzien. C’est le troisième échec français en trois semaines, et la fin définitive du projet napoléonien de prendre la capitale prussienne.
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À la fin d’août 1813, Napoléon veut faire sortir la Prusse de la guerre en prenant sa capitale. La mission échoit d’abord à Oudinot, qui progresse sur trois routes distinctes et est battu à Gross-Beeren le 23 août, avant de se replier sur Wittenberg — repli qui découvre le flanc nord de Macdonald et contribue à son désastre de la Katzbach, le 26.
Napoléon confie alors le commandement à Ney, avec environ 58 000 hommes et 199 pièces : les IVe corps de Bertrand, VIIe de Reynier (comprenant des Saxons), XIIe d’Oudinot, et le IIIe corps de cavalerie d’Arrighi. Y figurent également une division wurtembergeoise et une division italienne.
Face à lui, l’armée du Nord placée sous les ordres de Bernadotte, ancien maréchal d’Empire devenu prince royal de Suède, réunit les IIIe et IVe corps prussiens de Bülow et de Tauentzien, le corps russe de Winzingerode et le corps suédois de Stedingk ; de 85 000 à 120 000 hommes selon les évaluations.
La bataille
Ney marche vers l’est, croyant à tort rejoindre Napoléon du côté de Dresde. Il commet deux fautes :
- La première est de faire défiler toute son armée sur une seule route, ce qui préserve ses communications mais étire son dispositif sur plusieurs kilomètres : la bataille se livrera par arrivées successives, sans jamais qu’il puisse concentrer ses moyens.
- La seconde est un ordre mal compris. Alors que la victoire semble à portée, Ney, dont la vision du champ de bataille est brouillée par une tempête de sable et de poussière, ordonne à Oudinot de quitter la gauche pour former réserve à droite. Oudinot obéit malgré les protestations de Reynier. Le mouvement déséquilibre la ligne française et est interprété par les Alliés comme une retraite : ils redoublent leur effort.
Bülow reprend Göhlsdorf. L’artillerie russe, arrivée fraîche, brise le corps de Bertrand vers 17 h 00 à coups de mitraille. Les Suédois de Bernadotte, engagés en fin de journée sur la gauche française, achèvent le mouvement.
Ney ordonne la retraite sur Torgau.
Les pertes
Les évaluations disponibles se répartissent ainsi. Pour la seule journée de Dennewitz, environ 10 000 hommes du côté français, sept à dix mille du côté allié. Pour l’ensemble de la campagne, de l’avance sur Zahna au repli sur Torgau, les pertes françaises atteignent environ 22 000 hommes, dont 13 à 14 000 prisonniers, avec 43 à 53 pièces d’artillerie, plus de 400 voitures et 4 drapeaux.
L’armée de Ney est réduite à 20 000 hommes à Torgau. Il demande à être relevé (j’aime mieux être grenadier que général dans de telles conditions), et Napoléon refuse.
Dennewitz est le 4e échec en 15 jours : Gross-Beeren le 23 août, la Katzbach le 26, Kulm les 29 et 30, Dennewitz le 6 septembre. Tous ont un point commun : ils frappent des armées commandées par des lieutenants, hors de la présence de l’Empereur.
Les conséquences politiques suivent immédiatement :bLa Bavière quitte l’alliance française en octobre par le traité de Ried ; les autres États allemands hésitent. Six semaines plus tard, Leipzig. Bülow est fait comte de Dennewitz. Napoléon, apprenant la nouvelle le 8 septembre à table avec Murat, Berthier et Gouvion-Saint-Cyr, se contente d’observer que le leur est un métier bien difficile.

6 septembre 1914 : bataille de la Marne.
À l’aube, 6 armées françaises et le corps expéditionnaire britannique passent à l’attaque sur un front de 300 km. En 5 jours, l’armée allemande recule. Le plan sur lequel reposait toute la stratégie du Reich depuis 15 ans est mort.
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Depuis le 24 août, les armées françaises reculent. Au 5 septembre, elles ont perdu la bataille des frontières, abandonné le Nord et l’Est, et le gouvernement a quitté Paris. Mais elles ont conservé leur cohésion, et le commandement allemand a commis la faute que Joffre attendait : la Ire armée de von Kluck, en obliquant vers le sud-est pour se rabattre sur Bülow, présente son flanc droit au camp retranché de Paris et laisse s’ouvrir, entre elle et la IIe armée, une brèche de plus de 40 km.
Joffre diffuse le 6 au matin un ordre du jour resté célèbre : au moment où s’engage une bataille dont dépend le salut du pays, il n’est plus permis de regarder en arrière, et une troupe qui ne peut plus avancer devra se faire tuer sur place plutôt que reculer.
Les cinq jours
Sur l’Ourcq, à l’aile gauche, la VIe armée de Maunoury attaque le flanc allemand. Kluck y répond en retirant successivement ses corps du front sud pour les porter vers l’ouest ; ce qui élargit la brèche.
Dans les marais de Saint-Gond, au centre, la IXe armée de Foch subit l’effort principal de Bülow et tient à l’extrême limite. C’est de cette journée que procède la formule que la légende lui attribue, sur une droite enfoncée, un centre cédant et une attaque néanmoins ordonnée ; le télégramme exact reste discuté.
Dans la brèche, le corps expéditionnaire britannique de French et la Ve armée de Franchet d’Espèrey progressent lentement mais sans opposition sérieuse, séparant les deux armées allemandes.
À l’est, Langle de Cary en Champagne, Sarrail devant Verdun, Castelnau en Lorraine et Dubail dans les Vosges tiennent leurs positions.
Les 6 et 7 septembre, Gallieni fait réquisitionner environ 600 taxis parisiens (des Renault AG) pour acheminer sur l’Ourcq des éléments de la 7e division d’infanterie. Le nombre d’hommes transportés varie entre 4 000 et 6 000, soit moins d’1 % t des forces engagées. L’apport militaire est marginal : ces hommes représentent une fraction infime des forces engagées, et ils arrivent alors que la bataille est déjà engagée mais il a une valeur symbolique considérable, parce qu’il donne à voir ce que la mobilisation nationale signifie concrètement.
Le repli allemand
Le 8 septembre, Moltke, malade et installé à Luxembourg à quelque deux cents kilomètres du front, envoie le lieutenant-colonel Hentsch, chef du renseignement, avec délégation pour ordonner le repli s’il le juge nécessaire. L’étendue exacte de ce mandat est discutée depuis un siècle. Hentsch parcourt les états-majors, constate la brèche et l’épuisement des troupes, et donne l’ordre de retraite le 9.
Le 10 septembre, le haut commandement allemand prescrit le repli général à l’ouest de Verdun. Les armées se rétablissent sur l’Aisne, où elles s’enterrent. Le front s’y stabilisera pour quatre ans.
Les pertes sont considérables et rarement citées : de l’ordre de 250 000 hommes de chaque côté pour la seule bataille, tués, blessés et disparus. Ce sont, en une semaine, des pertes supérieures à celles de campagnes entières du siècle précédent.
Moltke est relevé le 14 septembre et remplacé par Falkenhayn.
Ce qui meurt sur la Marne, c’est le plan Schlieffen ; c’est-à-dire l’hypothèse sur laquelle l’état-major allemand avait bâti toute sa planification depuis 1905 : régler la France en 6 semaines pour se retourner ensuite contre la Russie. L’Allemagne devra soutenir la guerre sur deux fronts, ce que ses propres analyses tenaient pour insoutenable.

6 septembre 1914 : première attaque d’une aviation navale de l’histoire.
Devant Tsingtao, un hydravion Farman catapulté (en réalité mis à l’eau à la grue) depuis un transport japonais converti attaque un croiseur austro-hongrois et une canonnière allemande. Aucune des deux cibles n’est touchée. C’est néanmoins le premier bombardement de navires par un aéronef embarqué.
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Le Wakamiya met en œuvre ses hydravions à partir du 5 septembre 1914 contre des objectifs terrestres allemands de la péninsule de Tsingtao ; centres de transmissions et postes de commandement. Ce sont les premiers raids aériens conduits depuis un bâtiment porteur.
Le 6 septembre, un Farman lancé par le Wakamiya attaque dans la baie de Kiaotchéou le croiseur austro-hongrois Kaiserin Elisabeth et la canonnière allemande Jaguar. Les bombes manquent leur but.
Les 5 et 6 septembre 1914 constituent les premières opérations aériennes conduites depuis un navire porteur, et le 6 septembre la première attaque aérienne embarquée dirigée contre des bâtiments de guerre.
Le Wakamiya est un cargo britannique de 7 720 tonnes, le Lethington, lancé à Port Glasgow en 1900, capturé par la marine japonaise en 1905 pendant la guerre russo-japonaise alors qu’il transportait du charbon à Vladivostok.
Transféré à la marine impériale en 1913 et converti en transport d’hydravions, sa transformation est achevée le 17 août 1914 ; 3 semaines avant les faits. Il emporte deux appareils sur le pont et deux en réserve démontés, avec un équipage de 234 hommes.
Il ne possède pas de catapulte. Les hydravions sont descendus à l’eau par grue, décollent de la surface, et sont récupérés de la même manière au retour. C’est une solution rustique, dépendante de l’état de la mer, et elle sera abandonnée dès qu’on saura faire décoller un avion depuis un pont.
Deux officiers de la Royal Navy présents au siège, les lieutenants-commanders Nash et Gipps du HMS Triumph, rendent compte le 18 novembre 1914 de ce qu’ils ont observé : les hydravions japonais effectuaient des reconnaissances quotidiennes dès que le temps le permettait, apportaient des renseignements précieux tout au long du siège, étaient constamment pris à partie par l’artillerie allemande sans jamais être touchés, et emportaient habituellement des bombes à larguer sur les positions ennemies.
Ce rapport a directement nourri la réflexion britannique sur les navires porteurs d’aéronefs, qui aboutira au HMS Argus en 1918 ; premier porte-avions à pont continu.
Les hydravions du Wakamiya opéreront jusqu’au 6 novembre 1914, date de la capitulation allemande à Tsingtao, effectuant environ 50 sorties.
Le navire recevra en 1920 une plateforme d’envol, depuis laquelle un chasseur décollera pour la première fois en juin 1920 — première réalisée par la marine japonaise.


6 ou 7 septembre 1944 : premiers tirs de V2 sur Paris.
Deux fusées A4 sont tirées depuis la Belgique en direction de la capitale française. Les deux retombent sur leur aire de lancement. Le 8 septembre, la troisième atteindra son but et Londres sera frappée le même soir.
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Le V2 (Vergeltungswaffe 2, arme de représailles n° 2, désignation technique A4) est le premier missile balistique de l’histoire : 14 m, 13 tonnes, propergols liquides, portée d’environ 300 km, apogée à 88 km d’altitude (pouvant dépasser 200 km en cas de tir vertcal d’essai), vitesse terminale lors de la redescente et l’impact sur la cible supérieure à 3 000 km/h.
Contrairement au V1, qui volait à basse altitude et pouvait être intercepté par la chasse et la DCA, le V2 arrive plus vite que le son : l’explosion précède le bruit de son passage. Aucune parade n’existait, et aucune n’existera avant les systèmes antimissiles des années 1990.
Hitler a donné le 29 août 1944 l’ordre d’engager le V2 au plus vite. Les premiers tirs sont dirigés contre Paris, libérée depuis moins de deux semaines. Les deux engins subissent la même avarie : ils s’élèvent de quelques mètres, la poussée se coupe prématurément, et ils retombent sur leur aire de lancement.
Le 8 septembre, une fusée atteint Paris peu après onze heures et explose à Charentonneau, à Maisons-Alfort, tuant 6 personnes et en blessant 36. Le même soir, vers 18 h 43, une autre, tirée de La Haye, frappe Staveley Road à Chiswick, dans l’ouest de Londres : 3 morts. Une troisième tombe sans faire de victimes dans un champ près d’Epping.
Les autorités britanniques attribueront d’abord ces explosions à des ruptures de conduites de gaz.
Environ 3 000 V2 seront tirés jusqu’en mars 1945, principalement sur Londres et sur Anvers : dont le port, ouvert fin novembre, devient l’objectif prioritaire.
Les victimes des tirs sont évaluées à environ 5 000. Du côté de la production, conduite dans l’usine souterraine du Mittelwerk par les déportés du camp de Mittelbau-Dora, le National Air and Space Museum retient environ 20 000 morts pour l’ensemble du système concentrationnaire, dont la moitié imputable au programme V2.
Les fourchettes se recoupent sur un point : le V2 a vraisemblablement tué autant ou davantage d’hommes en étant fabriqué qu’en étant employé. La formule est frappante et doit être présentée avec ses sources, car elle sera contestée.
Militairement, le programme fut un échec : il a coûté à l’Allemagne des ressources considérables pour un effet opérationnel négligeable mais technologiquement, il a fondé l’astronautique : Wernher von Braun et son équipe, récupérés par les États-Unis dans le cadre de l’opération Paperclip, conduiront le programme qui mènera à Saturn V.
6 septembre 1964 : discours du général de Gaulle sur les 50 ans de la bataille de la Marne.
Aucune région de notre territoire, aucun événement de notre histoire, ne permettent mieux que cette région où coule la Marne et que cet événement que fut la victoire remportée sur ces rives, voici cinquante ans, de mesurer les conditions dont bien souvent a dépendu le destin de la France. En septembre 1914, une fois de plus, tout pour nous s’est joué ici, et par les armes. Dans la même contrée du nord-est où furent jadis les Champs Catalauniques, où Villars dans l’extrémité repoussa les impériaux, où à Valmy Brunswick recula devant l’élan militaire de la Révolution, où l’Europe coalisée submergea Napoléon. Où en 1870 passèrent les armées allemandes en marche vers la Capitale, la guerre devait décider de ce que nous allions être Ou bien de nouveau des vaincus sans qu’il y eût de recours ou bien, cette fois, des vainqueurs à qui resterait ouverte la carrière d’un grand Etat.
A vrai dire, ce n’est pas sans une longue et méritoire préparation que nous avions abordé l’épreuve. Les lois d’organisation, de recrutement, d’encadrement mises en Œuvre par la République, avaient donné à notre armée l’armature, et même en dépit d’une désastreuse dénatalité, l’effectif qui la mettait en mesure d’accomplir les plus grands efforts. D’autant plus que cette armée, d’année en année, s’était obligée à l’entraînement et à l’instruction voulus. Encore était-ce l’élite du pays qui, après les malheurs de 70, lui fournissait ses officiers de l’active et de la réserve. Par dessus tout, elle était la Nation en armes, de telle sorte que la même unité et la même volonté qui animaient le peuple français devant le péril mortel marquaient chacun de nos éléments militaires. Sans doute, la routine et la démagogie, avaient-elle, comme d’habitude, eu de funestes effets quant à l’armement et quant à l’équipement. Mais au total, la France avait abordé la bataille des frontières avec un instrument de guerre plein de valeur et de ressort.
Cependant, le premier choc avait été une immense surprise. Au point de vue stratégique, les prévisions de notre commandement s’étaient trouvées brutalement démenties par le fait que l’ennemi nous débordait largement à travers la Belgique et qu’il mettait tout de suite en action de nombreuses grandes unités de réserve. Il en était résulté l’isolement de l’armée belge et l’obligation pour nous de changer précipitamment nos objectifs et notre dispositif. Au point de vue tactique, la théorie qui était à la base de nos règlements, et suivant laquelle l’attaque avait une valeur absolue, quel que pût être l’obstacle du feu, nous avait jeté du 20 au 23 août sur toute la ligne, au prix des pertes les plus graves, dans une ruée inconsidérée. A grand’ peine, notre armée décimée avait pu, en se repliant, échapper au pire désastre, son flanc gauche surtout, qui, complètement débordé, n’avait dû son salut qu’à la capacité manœuvrière de Lanrezac et à la solidité du Corps expéditionnaire britannique. Maintenant, notre armée s’efforçait d’établir son front face au Nord, entre le camps retranché de Paris et le camps retranché de Verdun, et de le maintenir face à l’est vers Nancy et dans les Vosges.
Ainsi mesurait-on, une fois de plus, l’affreuse infirmité de notre frontière qui fait qu’un seul revers essuyé, aux sources de l’Oise, risque de mettre aussitôt la capitale de la France, et par là sa destinée, à la merci de l’envahisseur. Il aurait suffi quelque part d’une erreur de manoeuvre ou d’une défaillance pour que l’ensemble fût disloqué. Alors, ç’aurait été la retraite derrière la Loire, le repli dans leurs îles de nos alliés anglais, le défilé des troupes allemandes sous l’Arc de Triomphe de l’Etoile et sans doute pour finir, une paix de démembrement. Mais telles étaient la cohésion et la résolution des nôtres, que d’aussi mauvais débuts ne les avaient pas entamés. On voyait par là, tout à coup, ce que valent, pour un pays, l’ordre et la discipline militaires. Dans les premiers jours de septembre, j’en prends à témoins tous mes camarades de l’époque qui sont là, il n’y avait pas un seul combattant qui tînt la partie pour perdue. Et en même temps, dans l’union sacrée, proclamée par Poincaré, quelle que fût à l’intérieur l’angoisse publique, et lors même que le gouvernement avait du se transporter à Bordeaux, aucune intrigue politique, aucun trouble administratif, aucun mouvement populaire, ne contrarièrent en quoi que ce soit le redressement attendu.
Or si la guerre sanctionne impitoyablement les déficiences et les défaillances, elle ne ménage pas le succès à la valeur et à la vertu. Ce fut la fortune de la France que notre armée qui ne s’était pas laissée abattre par un revers initial eût alors, à sa tête, un chef qui ne perdit point l’équilibre. Joffre, à son quartier général, installé successivement à Vitry-le-François, à Bar-sur-Aube, à Châtillon-sur-Seine, à Romilly, avait vu se succéder les mauvais coups qui le frappaient, en même temps que ses soldats. Extension au nord de la Meuse du mouvement tournant de l’ennemi, échec de notre offensive en Alsace, en Lorraine, dans les Ardennes et à Charleroi, repli précipité sur l’Aisne et puis sur la Marne depuis notre dispositif à l’ouest de Verdun. Mais la maîtrise de soi, la lucidité, l’obstination, qui marquaient essentiellement sa puissante personnalité, préservèrent le Général Joffre de ce renoncement du chef par où passe toujours le désastre. Dès qu’il eut constaté l’effondrement de son plan, il se dressa, au contraire, vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis des autres, comme d’autant plus résolu à l’emporter sur de nouvelles bases. A peine perdue la bataille des frontières, il avait fixé son dessein, porté l’effort principal à gauche au lieu que ce fût à droite, prélevé partout ce qu’il fallait pour modifier en conséquence la répartition des forces, différé coûte que coûte la reprise de l’offensive tant que cela ne serait pas fait, mais alors, l’engager d’un bout à l’autre, et sans restriction. En attendant, résister à toutes les pressions, objurgations et péripéties, et imposer son autorité pour maintenir la cohésion. Il se trouva que le comportement du Généralissime répondait à celui de l’armée et de la nation, et c’est ainsi, qu’après des évènements qui auraient pu nous mettre en pièces, par un subit et étonnant retournement, nous allions aborder le choc décisif dans l’harmonie et dans l’espérance.
Or en même temps, c’était la discordance qui se faisait jour chez l’ennemi. Sous le commandement lointain et incertain du Général Von Moltke, les circonstances concourraient, à placer en état d’infériorité l’armée allemande qui croyait déjà tenir la victoire. Tandis que, pour notre adversaire, toute la question c’était sa droite, dont d’ailleurs son plan avait voulu qu’elle fût aussi puissante que possible, c’est elle, qui, dans l’espace de 10 jours, était devenue sa faiblesse. Trop assuré, de l’issue des opérations de France, après l’avoir emporté sur les frontières, le commandement allemand avait prélevé, pour repousser l’invasion russe, en Prusse orientale, 4 corps d’armée sur son aile marchante. Et en outre, celle-ci, dont les chefs n’imaginaient pas que les français seraient capables de se redresser, et en particulier qu’ils pourraient monter une manœuvre d’envergure, cette aile marchante commettait la faute ainsi de changer les directions, en offrant son flanc aux forces que Joffre, tout justement avait rassemblé autour de la capitale. Pour nous, c’était le moment ou jamais. Galliéni, gouverneur de Paris, le vit et en rendit compte. Le Généralissime saisit aussitôt l’occasion, le 6 septembre, sur tout le front, nos forces passèrent à l’attaque. On sait comment l’aile droite allemande, débordée sur l’Ourcq par Maunoury, impuissante à rompre dans les marais de Saint-Gond la résistance de Foch, désunie en 2 tronçons par l’avance au nord de la Marne de French et de Franchet d’Esperey, dans la région à l’est de Meaux, on sait comment, dis je, cette droite, le 9 septembre, fut contrainte de se replier. Et dans le même temps, Langle de Cary en Champagne et Sarrail, autour de Verdun, avait maintenu leur position, et même ressaisi l’avantage. Tandis qu’en Lorraine, Castelnau, et dans les Vosges, Dubail, s’étaient montrés inébranlables. Le haut commandement allemand, le 10 septembre, tirant les conséquences du bouleversement total de la situation ordonnait la retraite générale, à l’ouest de Verdun.
On sait comment l’ennemi, poursuivi par nos troupes, quelle que fût leur fatigue, se rétablissait avec peine, sur la ligne Noyon-Laon-Rethel-Stenay, sans aucune possibilité de la dépasser avant longtemps. Et Reims, libéré, devenait alors, pour tout le reste de la guerre, et au prix d’immenses destructions, un môle glorieux de notre front. La France et son armée avaient vaincu sur la Marne. Si au départ, elles avaient dû payer cher l’illusion habituelle, l’illusion nationale, qui croit pouvoir fonder l’action sur le système et la théorie, en passant outre aux réalités, illusion qui nous avait causé de grandes lacunes d’armement, en particulier en fait d’artillerie et de mitrailleuses, et qui avait provoqué de graves erreurs stratégiques et tactiques, en revanche, voici que pendant les 5 grandes journées de septembre, tout avait compté à la fois. De ce que l’une et l’autre, la France et son armée, s’étaient longuement obligées à faire pour préparer l’épreuve d’un conflit et de ce qu’elles avaient su tirer d’elle-même pour gagner la grande bataille. Mais dès lors que la victoire eut fait passer dans l’âme du peuple et des soldats son frisson incomparable, le salut de la France, dans cette guerre, était assuré, quelles que puissent être les crises par où il lui faudrait encore passer avant le terme.
Et quand, après un quart de siècle, d’immenses malheurs fondirent sur la Patrie, c’est la confiance en son destin, enflammée sur la Marne, en septembre 1914, qui inspira la foi et l’espérance de ceux qui ne renoncèrent pas, tant il est vrai que chaque action passée dans la vie d’un peuple entre en compte dans son avenir.
Il n’y a qu’une Histoire de France. Vive la France !
Ce magnifique anniversaire, marqué à Reims par cette si belle cérémonie et terminé par l’assemblée que voici, nous allons le marquer, tous ensemble, en chantant la Marseillaise.
6 septembre 1970 : les détournements de Dawson’s Field.
Le Front populaire de libération de la Palestine détourne le même jour 4 avions de ligne, en manque un 5e, et fait converger 3 d’entre eux vers une piste désaffectée du désert jordanien. L’opération déclenche la guerre civile en Jordanie et transforme durablement la sûreté aérienne.
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Le 6 septembre 1970, quatre appareils sont pris pour cible simultanément :
- le vol El Al 219, Boeing 707, où la tentative échoue : un pirate est abattu par un garde de sécurité et Leila Khaled est maîtrisée puis remise aux autorités britanniques à Londres ;
- le vol Pan Am 93, Boeing 747, dérouté sur Le Caire, évacué et détruit à l’explosif sur la piste ;
- les vols TWA 741 et Swissair 100, conduits sur Dawson’s Field, ancienne base aérienne britannique près de Zarqa, en Jordanie, rebaptisée par les ravisseurs « aéroport de la Révolution ».
Un 5e appareil, le vol BOAC 775, est détourné le 9 septembre et amené au même endroit, pour disposer d’otages britanniques et obtenir la libération de Leila Khaled.
Environ 310 passagers sont retenus dans le désert. La plupart sont progressivement relâchés ; une cinquantaine, principalement des passagers israéliens, juifs ou américains, sont conservés comme otages.
Le 12 septembre, les 3 appareils sont détruits à l’explosif devant les caméras du monde entier, après évacuation. L’image des carcasses en flammes dans le désert fera le tour de la planète : c’est, avec Munich deux ans plus tard, l’un des premiers actes terroristes conçus pour la télévision.
L’humiliation est intolérable pour le roi Hussein de Jordanie, dont l’autorité est ouvertement bafouée sur son propre territoire par des organisations palestiniennes armées qui constituent, depuis 1967, un État dans l’État.
Il proclame la loi martiale le 16 septembre et lance son armée contre les organisations palestiniennes. Les combats, d’une violence extrême, durent jusqu’en juillet 1971 et se soldent par l’expulsion de l’OLP vers le Liban ; où elle reconstituera le même dispositif, avec les conséquences que l’on sait à partir de 1975.
Ces événements donneront son nom à l’organisation Septembre noir, responsable du massacre de Munich en 1972.
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NOTA : Dawson’s Field marque un tournant. La vague de détournements, commencée à la fin des années 1960, avait été traitée jusque-là comme une nuisance. De cette période datent la généralisation de l’inspection filtrage des passagers et des bagages, le renforcement des portes de poste de pilotage, l’affectation d’agents de sûreté armés à bord, et la négociation des conventions internationales sur la répression des actes illicites ; La Haye en 1970, Montréal en 1971.
6 septembre 1976 : défection de Viktor Belenko avec son MiG-25.
Un lieutenant soviétique quitte sa formation d’entraînement au-dessus de l’Extrême-Orient et pose son intercepteur sur un aérodrome civil japonais. L’appareil qu’il livre est celui que l’Occident redoutait le plus depuis 9 ans. Son démontage établit que la menace avait été mal perçue.
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Sous la désignation de couverture E-266, l’appareil bat à partir de 1965 une série de records mondiaux de vitesse sur circuit fermé et d’altitude, dûment homologués et publiés. Toutefois, ce sont des performances obtenues sur des cellules allégées et non représentatives des appareils de série..
Présenté au public au meeting de Domodedovo en juillet 1967, puis photographié par les satellites américains, l’appareil montre une voilure de grande surface, deux dérives et des entrées d’air massives. Les analystes en déduisent une combinaison qu’aucun avion occidental ne possède : vitesse supérieure à Mach 3 et agilité en combat tournoyant.
En 1971, un détachement soviétique de 4 MiG-25 est envoyé en Égypte. Ses appareils survolent le Sinaï tenu par Israël entre 17 000 et 23 000 mètres. Le 6 novembre 1971, l’un d’eux, à Mach 2,5, est pris à partie sans succès par des F-4E israéliens. C’est au cours de cette période qu’un MiG-25 est suivi au radar à Mach 3,2.
Un point de chronologie s’impose ici, car il est souvent malmené. Les études américaines de chasseur de supériorité aérienne — le programme F-X, qui donnera le F-15 — sont engagées dès 1965, avant que le MiG-25 ne soit connu. L’apparition du Foxbat n’a donc pas lancé le programme : elle en a orienté et durci les spécifications, en imposant l’exigence d’une machine à la fois très rapide et manœuvrante. Le contrat est attribué à McDonnell Douglas en décembre 1969, le premier vol a lieu en juillet 1972.
La défection
Le 6 septembre 1976, le lieutenant Viktor Belenko, 29 ans, décolle d’une base du kraï du Primorié, dans les environs de Vladivostok, pour un vol d’entraînement sur MiG-25P. Il quitte sa formation, descend au ras des flots pour passer sous la couverture radar, remonte et met le cap sur le Japon.
Ses motifs sont mixtes et documentés : désillusion politique, exaspération devant les conditions de service et l’écart entre le discours officiel et le quotidien des unités, enfin une crise conjugale, sa femme ayant annoncé son intention de divorcer.
Faute de carburant pour atteindre une base militaire, il se pose à l’aéroport civil de Hakodate, à Hokkaido. La piste est trop courte : malgré le parachute-frein, l’appareil la dépasse de deux cent quarante mètres et s’immobilise de justesse. Belenko tire quelques coups en l’air pour éloigner les curieux venus photographier l’avion. La police l’interpelle à 14 h 10 et ferme l’aéroport.
Il demande l’asile aux États-Unis, l’obtient le 8 septembre, et en acquerra la nationalité.
L’appareil est démonté et étudié par des spécialistes japonais et américains. Le directeur du renseignement de l’époque, George H. W. Bush, qualifiera l’occasion d’aubaine.
Les conclusions renversent l’appréciation occidentale :
- la cellule est en acier, non en titane — de l’acier au nickel soudé à la main, avec un peu de titane sur les bords d’attaque. Ce choix n’est pas un archaïsme mais une décision de production : l’acier est bon marché, soudable, et supporte l’échauffement à Mach 2,8. Il explique en revanche une masse considérable ;
- l’électronique fonctionne à tubes à vide. Là encore, le choix est délibéré : les nuvistors résistent à l’impulsion électromagnétique d’une explosion nucléaire, ce que ne font pas les semi-conducteurs de l’époque ;
- le radar est d’une puissance d’émission énorme, conçu pour percer le brouillage par force brute plutôt que par finesse de traitement ;
- l’appareil ne peut pas manœuvrer. Lourd, à facteur de charge limité, il est incapable de combat tournoyant. Ce n’est pas un chasseur mais un intercepteur de haute altitude, conçu pour monter très vite et abattre en ligne droite des bombardiers ou des appareils de reconnaissance — le SR-71 au premier chef. Pour cette mission, il est excellent ;
- il dépend entièrement du contrôle au sol et ne peut opérer de façon autonome.
La question de Mach 3,2
Ce que l’examen établit d’abord, c’est que Mach 3,2 n’était pas une performance disponible. La limite opérationnelle du MiG-25 est Mach 2,83, et il était interdit aux pilotes de dépasser 2,8 : au-delà, les turboréacteurs Tumansky R-15 partent en survitesse.
Reste à savoir si la vitesse relevée au Sinaï a été atteinte, et à quel prix. Deux versions s’opposent :
- La version occidentale, la plus répandue, veut que l’appareil ait effectivement atteint Mach 3,2 une seule fois, pour échapper à des F-4 israéliens ; qu’il se soit posé sans dommage pour son pilote ; et que ses moteurs, partis en survitesse, aient dû être mis au rebut. La vitesse aurait donc été atteinte, au prix des moteurs, et jamais réemployée.
- La version soviétique et russe conteste l’épisode. Elle soutient qu’aucune limite de vol n’a été dépassée au cours de ces sorties (un général-major présent en Égypte à l’époque a publiquement ridiculisé la revendication) et ne reconnaît qu’un Mach 3,16 atteint en piqué en 1972, sans dommage aux moteurs. Le chiffre de Mach 3,2, dans cette lecture, ne serait qu’un relevé radar israélien surévalué.
Les conséquences
Pour les États-Unis, le soulagement est considérable. Le F-15, alors en début de service, se révèle avoir été conçu contre un adversaire qui n’existait pas sous la forme redoutée.
Pour l’Union soviétique, la perte est lourde et immédiate. Le radar Smerch, les missiles R-40, les codes d’identification ami-ennemi, les procédures de contrôle au sol : l’ensemble du système doit être considéré comme compromis. La réponse est le programme MiG-25PD, doté d’un radar Sapfir capable de tir vers le bas, mis en production dès 1978, tandis que 460 MiG-25P déjà livrés sont refondus au standard PDS à partir de 1979.
L’avion est restitué à l’Union soviétique le 15 novembre 1976, démonté, en une trentaine de caisses et amputé de quelques éléments. Moscou réclame des dommages ; Tokyo présente en retour la facture des dégâts causés à l’aéroport de Hakodate.
Belenko est mort aux États-Unis le 24 septembre 2023.
L’épisode est l’un des cas les mieux documentés de ce que le renseignement appelle une évaluation erronée par excès.
Aucun élément d’information n’était faux. Les records de l’E-266 étaient authentiques. Les photographies satellitaires étaient exactes. Le relevé radar du Sinaï était, au pire, une lecture haute d’un phénomène réel. C’est l’interprétation qui l’était : d’une grande voilure, on a déduit l’agilité ; d’une vitesse de pointe, la capacité de combat ; d’un appareil impressionnant, un adversaire polyvalent.
L’erreur ne vient pas d’un défaut de collecte mais d’un défaut d’analyse ; et plus précisément de l’habitude de raisonner sur l’adversaire à partir de ses propres critères de conception. L’Occident n’imaginait pas qu’on pût construire un avion aussi rapide en renonçant délibérément à tout le reste.
Neuf ans de programmes et plusieurs milliards de dollars ont procédé de cette lecture, jusqu’à ce qu’un lieutenant en instance de divorce en apporte le démenti sur un aérodrome civil d’Hokkaido.









