AURA M dévoile le design définitif de son drone MALE ENBATA ; Thales partenaire de développement (actualisé).

Au lendemain de la présentation du design définitif d’ENBATA sur le salon Eurosatory, Thales et AURA AERO ont annoncé, le 16 juin 2026, la sélection du radar aéroporté de surveillance AirMaster C et de solutions de guerre électronique du groupe pour équiper le drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) développé par AURA M. Soutenu par le ministère des Armées et la Direction générale de l’armement (DGA), ce rapprochement vise à doter les forces françaises d’une capacité de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR) pleinement souveraine, alors que la demande s’accroît en France comme à l’international.

La sélection annoncée donne corps au volet « capteurs » d’ENBATA, dont AURA M, filiale de défense du constructeur toulousain AURA AERO, a dévoilé le design définitif quelques heures plus tôt à Eurosatory. En associant une plateforme aéronautique de nouvelle génération à une chaîne de capteurs développée en France, les deux industriels entendent proposer une solution ISR de bout en bout maîtrisée sur le territoire national.

Un capteur radar de dernière génération

Au cœur de cette annonce figure l’AirMaster C, radar aéroporté de surveillance de Thales retenu pour ses performances et sa compacité, jugées adaptées aux contraintes d’emport d’ENBATA. Développé en France, ce radar de dernière génération repose sur une architecture AESA (antenne active à balayage électronique) très compacte, couplée à des fonctions d’intelligence artificielle embarquée.

Cette IA embarquée permet une classification précise et autonome des cibles. Concrètement, le capteur trie et hiérarchise lui-même les objets d’intérêt, ce qui facilite la sélection des pistes pertinentes et réduit le volume de données transmises vers la station sol ; un atout dans des environnements où la liaison de données peut être contrainte ou contestée.

À l’AirMaster C s’ajoutent des solutions de guerre électronique de Thales, également embarquées sur le drone. L’association des deux briques (capteurs radar et guerre électronique) doit conférer à ENBATA une forte adaptabilité face aux environnements et scénarios d’engagement les plus complexes.

Un large spectre de missions

Grâce à cette combinaison de capteurs, le drone MALE est appelé à couvrir un spectre opérationnel étendu : reconnaissance armée, renseignement de longue portée, surveillance maritime, guerre électronique et lutte anti-drones. Ce positionnement multi-missions prolonge la vocation affichée d’ENBATA, conçu dès l’origine comme une plateforme polyvalente à architecture ouverte, capable d’accueillir une large gamme de charges utiles.

Marie Gayrel, vice-présidente en charge des activités Intelligence, Surveillance et Reconnaissance de Thales, souligne que ce partenariat illustre la capacité du groupe à équiper des drones avec des solutions de guerre électronique et radar de dernière génération entièrement développées en France, dont les performances sont renforcées par l’intelligence artificielle.

Pour le général (2S) Stéphane Mille, qui dirige l’activité de défense d’AURA AERO au sein d’AURA M, l’association de la plateforme ENBATA aux capacités radar et de guerre électronique de Thales fournit aux armées une solution ISR souveraine, performante et évolutive. Il y voit un multiplicateur d’efficacité opérationnelle, à même de répondre aux exigences des engagements actuels comme futurs.

Le premier vol d’ENBATA demeure attendu en 2026, conformément au calendrier établi avec la DGA. Ce jalon précédera une première intégration au sein des équipements Thales dès 2026-2027, tandis que la livraison de l’appareil reste visée à l’horizon 2028. Le prototype est en cours d’assemblage sur le site d’AURA AERO à l’aéroport de Toulouse-Francazal.

ENBATA, une plateforme conçue pour la souveraineté

Présenté sous forme de maquette au Salon du Bourget 2025, ENBATA a franchi une étape de maturation avec sa configuration définitive. L’appareil affiche une masse maximale au décollage d’environ deux tonnes, une endurance pouvant atteindre 55 heures et une capacité d’emport approchant une tonne — jusqu’à 1 050 kg, dont 340 kg sous chaque voilure. Il combine commandes de vol électriques et architecture numérique ouverte et évolutive, pensée pour intégrer rapidement de nouvelles capacités logicielles.

Transportable dans un conteneur standard de 40 pieds et pilotable depuis une station de contrôle au sol dédiée, le drone est conçu pour des opérations depuis des terrains sommaires, non préparés ou peu aménagés. AURA AERO vise par ailleurs une certification auprès de l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA), de nature à autoriser des emplois en espace aérien réglementé et à ouvrir des usages duaux, civils et militaires.

L’argument de souveraineté reste central. ENBATA est revendiqué comme une solution européenne « ITAR-free », dépourvue de composants soumis aux restrictions d’exportation américaines, afin de garantir aux forces utilisatrices une pleine indépendance d’emploi, de modification et d’exportation. Le programme mobilise des partenaires industriels français de premier rang (Thales, Safran et Aresia) dans une logique de filière et de chaîne d’approvisionnement maîtrisée. la France, qui exploite aujourd’hui une flotte de MQ-9 Reaper américains, a signalé son intention de se retirer du programme multinational Eurodrone au profit d’une capacité développée sur le plan national.

Le premier d’une famille de plateformes

Pour AURA M, ENBATA constitue le premier appareil d’une gamme appelée à s’étoffer. Sa filiale de défense, qui a officialisé son entrée sur le marché à Eurosatory, ambitionne de s’imposer comme un acteur de taille intermédiaire de l’aéronautique de défense, capable de développer des systèmes à architecture ouverte et de produire les séries dont les forces ont besoin. Au-delà du démonstrateur, l’objectif est la production en série et la constitution d’une filière drone nationale, condition d’une autonomie technologique durable sur ce segment.

Cette alliance entre AURA AERO et Thales constitue, pour les deux groupes, une étape significative dans le renforcement des capacités ISR souveraines, à un moment où ce besoin s’exprime aussi bien en France que sur les marchés export.

Stéphane GAUDIN
Stéphane GAUDINhttp://www.theatrum-belli.com/
Créateur et directeur du site THEATRUM BELLI depuis 2006. Officier de réserve citoyenne Terre depuis 2018, rattaché au 35e régiment d'artillerie parachutiste de Tarbes. Officier de réserve citoyenne Marine de 2012 à 2018, rattaché au CESM puis au SIRPA. Membre du conseil d'administration de l'Amicale du 35e RAP. Membre associé de l'AA-IHEDN AR7 (région Centre Val-de-Loire). Chevalier de l'Ordre National du Mérite.
ARTICLES CONNEXES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Abonnez-vous à notre lettre d'information hebdomadaire

Dans le cadre de notre opération de promotion estivale, ce numéro de Marine & Océans est exceptionnellement accessible gratuitement et en intégralité.
 
Marine & Océans remercie chaleureusement ses fidèles abonnés pour leur compréhension et leur confiance renouvelée.
 
À tous ceux qui nous découvrent aujourd’hui et souhaitent mieux comprendre les grands enjeux maritimes :
 
 
Rejoignez la communauté Marine & Océans et accompagnez-nous tout au long de l’année.

Dernières notes

COMMENTAIRES RÉCENTS

ARCHIVES TB