7 septembre 1191 : bataille d’Arsouf (troisième croisade).
Sur la plaine côtière au nord de Jaffa, l’armée de Richard Cœur de Lion résiste une journée entière au harcèlement de la cavalerie de Saladin, puis contre-attaque et la disperse. C’est la première victoire franque en rase campagne depuis 14 ans.
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La troisième croisade a repris Saint-Jean-d’Acre en juillet 1191 après 2 ans de siège. Philippe Auguste rentre en France en laissant 10 000 hommes sous Hugues III de Bourgogne. Les négociations sur la rançon des prisonniers échouent ; le 20 août, Richard fait exécuter environ 2 700 captifs musulmans, faute politique majeure qui ferme toute perspective diplomatique.
L’objectif devient la reconquête du littoral, préalable à toute marche sur Jérusalem. L’armée quitte Acre le 22 août en direction de Jaffa.
Saladin ne cherche pas la bataille rangée : il applique la méthode qui lui a réussi à Hattin en 1187, le harcèlement d’une colonne en marche par des archers montés, jusqu’à la désorganiser, l’assoiffer et la rompre. Contre cela, Richard construit un dispositif de marche qui tient 15 jours :
- la colonne longe la côte, la mer couvrant son flanc droit, et la flotte l’accompagne en assurant l’eau et les vivres ; ce qui annule l’arme principale de Hattin, la soif ;
- l’infanterie marche à l’extérieur, formant une carapace d’arbalétriers et de piétons cuirassés qui absorbe le tir et protège les chevaux, lesquels sont la ressource la plus vulnérable et la plus irremplaçable ;
- la cavalerie marche à l’intérieur, montures ménagées, interdiction absolue de sortir des rangs pour poursuivre ;
- les marches sont courtes, à l’aube, avec repos aux heures chaudes.
L’ordre de marche, décrit par le poète Ambroise, place les Templiers de Robert de Sablé en tête, les Hospitaliers de Garnier de Naplouse à l’arrière-garde (la position la plus exposée), Henri de Champagne au flanc terrestre, Richard et Hugues de Bourgogne patrouillant le long de la colonne.
Les Turcs pratiquent la fuite simulée pour attirer les chevaliers hors du dispositif ; c’est ainsi que les armées franques se font détruire depuis un siècle. Pendant quinze jours, personne ne bouge.
Le 7 septembre
Aux abords d’Arsouf, Saladin engage la totalité de ses moyens — trente mille cavaliers selon Ambroise. Le tir est si dense que les pertes en chevaux deviennent insupportables à l’arrière-garde.
Richard avait préparé une contre-attaque générale, déclenchée au signal des trompettes, destinée à envelopper la cavalerie turque. Elle part prématurément : le maréchal des Hospitaliers et un chevalier anglais, n’y tenant plus, chargent avant l’ordre. Richard, plutôt que de tenter un rappel impossible, fait suivre l’ensemble de la ligne.
La charge balaie les archers turcs démontés en première ligne, puis disperse la cavalerie. Richard interdit alors la poursuite, craignant un piège. Saladin regroupe 20 000 hommes sur une hauteur et attaque la cavalerie franque au retour ; Jacques d’Avesnes y est tué. Les Francs font volte-face, chargent de nouveau, et l’affaire s’achève.
Le prestige de Saladin est atteint : il n’a pu vaincre les croisés ni par le harcèlement ni par la bataille. Il renonce à défendre Ascalon et pratique la terre brûlée, faisant détruire Jaffa, Ascalon et Ramla.
Richard n’exploite pas. Il reconstruit Jaffa au lieu de marcher sur Jérusalem, dont la garnison était faible et les murailles non réparées.
L’enseignement durable est ailleurs : Arsouf démontre qu’une colonne disciplinée, ravitaillée par mer et protégée par son infanterie, ne peut être rompue par des archers montés. C’est la réponse tactique à Hattin, et elle a été trouvée en quatre ans.
NOTA : Le traité de Jaffa, qui clôt la croisade, fait l’objet de la notice du 2 septembre 1192.

7 septembre 1706 : bataille de Turin.
Après quatre mois de siège, l’armée impériale du prince Eugène et du duc de Savoie enfonce les lignes françaises devant Turin en 2 heures. La France perd l’Italie du Nord en une matinée.
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La guerre de Succession d’Espagne dure depuis cinq ans. En 1706, Louis XIV veut en finir avec le duché de Savoie, dont le souverain Victor-Amédée II a retourné son alliance en 1703. Turin est investie le 14 mai par une armée de 40 000 hommes sous le duc de La Feuillade, appuyée par les lignes de circonvallation les plus étendues jamais construites.
La défense de la place est conduite par le comte de Daun. C’est au cours de ce siège que se place l’épisode de Pietro Micca, mineur savoyard qui, dans la nuit du 29 au 30 août, fait sauter une galerie de contre-mine pour interdire l’accès à la citadelle et périt dans l’explosion.
La manœuvre décisive est celle d’Eugène de Savoie. Parti du Trentin en juillet avec une armée de secours, il traverse toute la plaine du Pô d’est en ouest, contournant les forces françaises supérieures en nombre plutôt que de les affronter, et rejoint son cousin Victor-Amédée à l’ouest de Turin. Les deux princes disposent d’environ 30 000 hommes.
Le 7 septembre au matin, ils attaquent les lignes françaises au nord-ouest, entre la Doire et la Stura, sur un front délibérément étroit. La position française, étirée sur une circonvallation de plusieurs lieues, ne peut concentrer ses réserves à temps. Le front cède en deux heures.
Le commandement français se disloque : le maréchal de Marsin est mortellement blessé et capturé, La Feuillade se replie en désordre, l’artillerie de siège est abandonnée.
Les conséquences sont immédiates et définitives. L’armée française évacue l’Italie du Nord ; la convention de Milan, en mars 1707, organise le retrait complet des forces françaises de la péninsule. Louis XIV ne reviendra jamais en Italie. Eugène et Victor-Amédée porteront la guerre en Provence dès 1707, jusque sous les murs de Toulon.
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NOTA : L’épisode est resté un cas d’école du secours d’une place assiégée par manœuvre extérieure et de la vulnérabilité d’une armée de siège dont les lignes sont trop étendues pour être partout tenues.

7 septembre 1757 : bataille de Moys (guerre de Sept Ans).
Près de Görlitz, le corps prussien de Winterfeldt est attaqué par une force autrichienne deux fois supérieure. Il perd la position et son chef. Il ne capitule pas — et il inflige à l’assaillant des pertes supérieures aux siennes.
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Après sa victoire de Kolin, le 18 juin 1757, l’Autriche entreprend la reconquête de la Silésie. Frédéric II, parti affronter les Français à l’ouest, a laissé quelque quarante mille hommes sous le duc de Bevern pour couvrir la Silésie et la Lusace, en lui adjoignant le lieutenant-général Hans Karl von Winterfeldt ; officier en qui le roi avait plus confiance qu’en Bevern lui-même, ce dont aucun des deux ne s’accommodait.
Le repli de Bevern laisse le corps de Winterfeldt, 13 000 hommes, isolé sur la rive droite de la Neisse de Lusace, près du village de Moys.
Le prince Charles de Lorraine décide le 6 septembre d’en profiter et confie l’attaque au général de cavalerie Nádasdy, renforcé du corps de réserve du duc d’Arenberg et de 22 compagnies de grenadiers ; environ 26 000 hommes.
Le combat
L’attaque part à l’aube du 7 septembre contre le Jäckelsberg, hauteur qui commande la position. Les grenadiers et les troupes légères autrichiennes tournent le retranchement par les deux flancs. Winterfeldt accourt avec des renforts et est mortellement blessé ; il meurt le lendemain. Deux bataillons de grenadiers prussiens cèdent et se replient à travers un camp en flammes ; les Grenzer enlèvent le village de Moys.
Le Jäckelsberg perdu, la position devient intenable et le corps se retire sur Görlitz.
Bevern, qui disposait de tout le temps nécessaire pour envoyer du secours, ne l’a pas fait.
Les pertes prussiennes sont évaluées entre 800 et 1 800 hommes selon les sources ; les Autrichiens en perdent de 1 500 à 3 000. Ils capturent 5 pièces et 7 drapeaux, mais ils perdent davantage d’hommes que le vaincu et n’exploitent pas leur succès.
L’effet stratégique n’en est pas moins réel. Les Autrichiens progressent en Silésie, prennent Schweidnitz le 12 novembre et battent Bevern devant Breslau le 22. La Prusse est dans une situation critique dont elle ne se dégagera que par Leuthen, le 5 décembre ; victoire qui reste l’un des chefs-d’œuvre tactiques de Frédéric II.
La perte de Winterfeldt fut ressentie personnellement par le roi, qui le tenait pour son meilleur lieutenant.
7 septembre 1776 : le Turtle attaque le HMS Eagle.
Dans la nuit, un sergent du Connecticut manœuvre à la manivelle un submersible de bois en forme de noix et tente de fixer une charge explosive sous la coque du vaisseau amiral britannique mouillé devant Manhattan. C’est, si elle a vraiment eu lieu, la première attaque sous-marine de l’histoire.
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David Bushnell, étudiant à Yale, avait travaillé sur les charges explosives sous-marines et établi qu’une charge détonant au contact d’une coque est infiniment plus destructrice qu’une charge à l’air libre. Restait à l’y amener.
Le Turtle, construit dans le Connecticut avec l’accord de Washington, est un submersible de bois cerclé de fer, d’environ deux mètres cinquante de haut, pour un seul homme. Il n’a pas de propulsion mécanique : l’opérateur actionne à la manivelle une hélice horizontale pour avancer et une hélice verticale pour plonger, tout en gérant un ballast à pompe à pied, un lest de plomb largable et une réserve d’air d’une trentaine de minutes. Une charge de cent cinquante livres de poudre, munie d’un mouvement d’horlogerie, est fixée à l’arrière ; elle doit être vissée à la coque adverse au moyen d’une vrille.
Le sergent Ezra Lee, du 10e régiment continental, est remorqué par des chaloupes puis relâché dans la nuit du 6 au 7 septembre 1776 dans le port de New York. Sa cible est le HMS Eagle, vaisseau de soixante-quatre canons portant le pavillon de l’amiral Richard Howe.
Le courant contrarie d’abord sa progression, puis la porte. Il parvient sous la poupe et tente de percer la coque. La vrille ne mord pas à cause d’une plaque de fer ou du doublage de cuivre. Lee se déplace, perd le contact avec le navire, et renonce. Épuisé, l’air vicié, il largue sa charge, qui explose sans dommage, et regagne les lignes américaines poursuivi par des embarcations britanniques.
Une réserve toutefois concernant la source : Le récit repose exclusivement sur des sources américaines. La Royal Navy n’a jamais enregistré la moindre attaque contre l’Eagle cette nuit-là, ni aucune explosion suspecte. L’historien naval britannique Richard Compton-Hall a soutenu que l’affaire est invraisemblable : le problème de la flottabilité neutre rendait l’hélice verticale inopérante, et la route à suivre coupait le courant de marée, ce qui aurait épuisé Lee bien avant l’objectif, avec 20 minutes d’air. Il en conclut que le Turtle n’a jamais approché l’Eagle, et que si Lee a mené une action cette nuit-là, ce fut depuis une barque bâchée ; l’ensemble ayant été construit ensuite comme opération de désinformation et de propagande. La thèse n’est pas unanimement admise, et l’existence du Turtle n’est pas en cause. Mais elle impose la prudence : il s’agit de la première tentative documentée d’attaque sous-marine, non nécessairement de la première attaque.
Bushnell reçut une commission d’officier du génie. Ses mines dérivantes détruisirent plus tard une frégate britannique. Le Turtle fut perdu lorsque le sloop qui le transportait fut coulé.
Le principe devra attendre le H. L. Hunley et le USS Housatonic, le 17 février 1864, pour produire un résultat ; et le HMS Pathfinder, le 5 septembre 1914, pour que la combinaison du submersible et de la torpille autopropulsée devienne une arme. Voir la notice du 5 septembre.


7 septembre 1812 : bataille de la Moskowa (ou de Borodino) – Campagne de Russie.
10 à 15 heures de combat, plus de 250 000 hommes engagés, quelque 70 000 hors de combat : c’est la journée la plus sanglante de l’histoire militaire jusqu’à la Grande Guerre. Napoléon obtient la victoire tactique qu’il cherchait depuis le passage du Niémen mais elle ne lui donne rien de ce qu’il en attendait.
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La Grande Armée a franchi le Niémen le 24 juin 1812. Depuis, elle poursuit une armée qui se dérobe.
La campagne n’a pas d’objectif territorial. Napoléon la conduit pour contraindre Alexandre Ier à revenir au Blocus continental, dont la Russie s’est détachée en 1810. Il lui faut donc une bataille décisive, une victoire assez éclatante pour que le tsar demande la paix. Toute la campagne repose sur cette hypothèse politique.
Or les Russes reculent. Barclay de Tolly, commandant en chef, applique une politique de terre brûlée sur près de 2 000 km et refuse le combat général. La stratégie est militairement juste et politiquement intenable : l’opinion russe et l’entourage du tsar y voient une lâcheté, et le fait qu’elle soit conduite par un général d’origine écossaise n’arrange rien.
Le rapport de forces se rééquilibre pourtant à mesure que l’on avance. La Grande Armée fond par les distances, la maladie, les garnisons laissées en arrière et les prélèvements sur les lignes de communication. De trois contre un à l’entrée en Russie, le rapport est tombé à cinq contre quatre.
La logistique française est à bout. Le dépôt de Smolensk se trouve à 430 km de Moscou, la base de Kovno à plus de 900. Les lignes d’approvisionnement sont harcelées par les partisans. Chaque jour de retard aggrave la situation, ce qui rend la bataille non seulement souhaitable mais nécessaire.
Koutouzov
Le 19 ou 20 août 1812, Alexandre Ier cède à la pression et remplace Barclay par le prince Mikhaïl Illarionovitch Koutouzov, 67 ans, vétéran des guerres turques, borgne depuis Otchakov, battu par Napoléon à Austerlitz. Il rejoint l’armée à la fin du mois.
Ses contemporains ne le tiennent pas pour l’égal de Napoléon. Il est choisi parce qu’il est russe, populaire, et qu’il acceptera de livrer la bataille que l’opinion réclame. Il continue pourtant de reculer une dizaine de jours encore, ordonnant le 30 août une nouvelle retraite sur Gjatsk, avant de s’arrêter à 125 km de Moscou.
Koutouzov choisit une position autour du village de Borodino, coupée de ravins et de bois, appuyée au nord sur la Kalatcha. À partir du 3 septembre, il la fortifie : la grande redoute Raïevski au centre droit, les trois « flèches » de Bagration à gauche, et en avant de celles-ci la redoute de Chevardino.
Les combats commencent dès le 5 septembre. La cavalerie de Murat aborde celle de Konovnitsyne ; le 6, le corps d’Eugène de Beauharnais menace le flanc russe. La redoute de Chevardino, tenue par Gortchakov avec 11 000 hommes et 46 pièces, est enlevée le 5 septembre au soir au prix de 4 000 pertes françaises contre 7 000 russes.
Cette prise contraint les Russes à replier leur aile gauche autour d’Outitsa et à improviser une position. Elle donne aussi à Napoléon la possibilité d’observer le dispositif adverse.
Les forces
Les évaluations varient selon les auteurs et selon ce que l’on compte.
- Pour la Grande Armée, environ 130 000 hommes, dont 28 000 cavaliers, et 587 bouches à feu ; d’autres décomptes descendent à 124 000. La Garde impériale (30 bataillons, 27 escadrons, 109 canons, 18 500 hommes) n’est pas engagée.
- Pour l’armée russe, 120 000 à 135 000 hommes, avec 624 à 640 bouches à feu. Sur ce total, 7 000 Cosaques et 10 000 miliciens ne prendront pas part au combat. L’aile gauche est à Bagration, la droite à Barclay, la réserve au grand-duc Constantin. L’artillerie russe est supérieure en nombre et la position fortifiée.
Vers 06 h 00, 200 pièces françaises ouvrent le feu sur le centre russe. Elles se révèlent trop éloignées, et il faut les déplacer ; temps perdu qui coûtera cher.
Sur l’aile droite russe, l’attaque du prince Eugène sur le village de Borodino est une diversion destinée à masquer l’effort principal.
Sur les flèches de Bagration se joue l’essentiel de la matinée. Davout lance les divisions Compans et Dessaix ; les deux généraux sont blessés. Le cheval de Davout est abattu et il perd connaissance ; on le signale mort à l’état-major, et Rapp est envoyé le remplacer ; Rapp qui sera blessé pour la 22e fois de sa carrière.
Les flèches sont prises vers 7 h 30, reprises par une contre-attaque de Bagration, enlevées de nouveau par Ney vers 10 heures, reperdues sous le retour offensif de Baggovout, reprises à 11 heures, perdues encore, et définitivement conquises vers 11 h 30. Six changements de main en quatre heures.
Bagration est mortellement blessé au cours de ces combats. Il mourra le 24 septembre.

Le raid d’Ouvarov et Platov
Vers midi, Koutouzov envoie la cavalerie régulière d’Ouvarov et les Cosaques de Platov contourner l’aile gauche française et frapper ses arrières, du côté de Borodino.
Le raid n’obtient aucun résultat matériel et sera jugé sévèrement par le commandement russe lui-même ; Koutouzov refusera de récompenser ses auteurs. Il produit néanmoins l’effet le plus utile de la journée pour les Russes : il conduit Napoléon à suspendre pendant environ deux heures l’assaut préparé contre la redoute Raïevski, le temps de s’assurer de son flanc. Ces deux heures permettent à Barclay de renforcer le centre.
La redoute Raïevski
À 14 h 00, l’attaque reprend. Les divisions Broussier, Morand et Gérard montent à l’assaut, appuyées par la cavalerie légère de Chastel et le deuxième corps de réserve.
Le général Auguste de Caulaincourt (frère du diplomate) conduit personnellement la charge des cuirassiers de Wathier et enlève la redoute. Il y est tué d’un boulet.
La position tombe vers 15 h 30. Le centre russe fléchit, l’aile gauche est ébranlée, la cavalerie russe qui tente d’intervenir est refoulée.
C’est le moment que Murat, Ney et Davout jugent décisif. Ils pressent l’Empereur d’engager la Garde impériale, intacte, 18 500 hommes, pour transformer le recul en déroute. Napoléon refuse.
NOTA : L’argument du refus est logistique autant que sentimental : à 2 000 km de France, la Garde est la seule réserve irremplaçable, et sa destruction laisserait l’armée sans ossature pour la suite de la campagne. Il reste que c’est l’un des rares cas où l’on peut discuter d’une décision unique dont dépendait peut-être l’issue d’une guerre. Il faut également mentionner l’état de santé de l’Empereur, qui souffrait ce jour-là de fièvre et de troubles urinaires. Murat et Eugène, cités par Ségur, ont fait état de son inertie et de son indécision. D’autres témoins, dont son officier d’ordonnance Gourgaud, ont vivement contesté cette présentation.
Les Russes se retirent en bon ordre sur une ligne de crête à l’est. Napoléon pense que la bataille reprendra le lendemain ; Koutouzov ordonne la retraite sur Moscou.
Le bilan
- Grande Armée : de 25 000 à 30 000 hommes hors de combat, soit environ un cinquième des effectifs engagés. L’inspecteur aux revues Denniée relève 6 562 morts, dont 269 officiers, et 21 450 blessés. L’historien Martinien compte 1 928 officiers tués ou blessés, dont 49 généraux.
- Armée russe : de 40 000 à 45 000 hommes, soit environ un tiers des effectifs. 24 généraux tués ou blessés.
Le général Raïevski écrira qu’après la bataille il ne pouvait rassembler plus de 700 hommes valides sur l’ensemble de son corps.
Le manque de ravitaillement aggrave le bilan dans les jours suivants : faute de moyens sanitaires et de vivres, une part des blessés meurt de faim ou d’abandon.
Napoléon entre dans Moscou le 14 septembre. La ville, presque entièrement construite en bois, brûle du soir même au 20 septembre.
Il y attend une capitulation qui ne vient pas. C’est là que l’hypothèse politique de toute la campagne s’effondre : Alexandre Ier ne négocie pas, parce que son armée existe encore. Koutouzov, qui a perdu plus d’hommes que son adversaire et n’a pas bloqué la route de Moscou, a préservé l’essentiel — il a évité l’enveloppement, conservé son artillerie et gagné le droit de reculer encore.
La Grande Armée quitte Moscou le 18 ou 19 octobre. La retraite fera le reste.
NOTA : Borodino est à la fois une victoire tactique française et une victoire stratégique russe, revendiquée par les deux camps. Napoléon juge que les Français s’y sont montrés dignes d’être vainqueurs et que les Russes ont acquis le droit d’être réputés invincibles. La Russie a fait de Borodino un moment fondateur. Elle a donné ce nom à une classe de cuirassés à la fin du XIXe siècle, puis, en 1949, à une ville du kraï de Krasnoïarsk.
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7 septembre 1901 : signature du protocole des Boxers.
À Pékin, la Chine signe avec onze puissances un texte qui met fin à la révolte des Boxers. L’indemnité imposée équivaut à plusieurs fois le revenu annuel de l’État ; des troupes étrangères sont autorisées à stationner en permanence entre la capitale et la mer.
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La révolte des Boxers, mouvement antichrétien et antiétranger né dans le Shandong, avait culminé en juin 1900 par le siège des légations à Pékin, soutenu par la cour impériale. Une alliance des huit nations (Allemagne, Autriche-Hongrie, États-Unis, France, Royaume-Uni, Italie, Japon, Russie) avait débloqué les légations le 14 août 1900 et occupé la capitale, qui fut mise à sac.
Le protocole signé le 7 septembre 1901 impose :
- une indemnité de 450 millions de taels d’argent, payable sur trente-neuf ans avec intérêts, gagée sur les douanes maritimes et la gabelle. Le chiffre correspond, symboliquement, à un tael par habitant ;
- l’exécution ou l’exil des hauts fonctionnaires ayant soutenu la révolte ;
- l’interdiction d’importer des armes pendant deux ans ;
- le démantèlement des forts de Taku et l’autorisation, pour les puissances, d’entretenir des garnisons permanentes le long du corridor reliant Pékin à la mer ;
- l’envoi de missions d’excuses officielles en Allemagne et au Japon.
La clause des garnisons a une conséquence directe et lointaine. C’est en vertu de ce protocole que des troupes japonaises stationnaient légalement dans la région de Pékin en 1937 ; et c’est un incident impliquant l’une de ces unités, au pont Marco-Polo, le 7 juillet 1937, qui déclenchera la guerre sino-japonaise.
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NOTA : Le protocole figure dans l’historiographie chinoise au premier rang des traités inégaux. Plusieurs puissances renonceront ultérieurement à tout ou partie de leur part d’indemnité, les États-Unis affectant la leur à des bourses d’études ; origine de l’université Tsinghua.
7 septembre 1923 : création d’Interpol.
L’Organisation internationale de police criminelle (OIPC), communément abrégée en Interpol, est une organisation internationale créée dans le but de promouvoir la coopération policière internationale. Son siège est situé à Lyon, en France.
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Les prémices de la création d’Interpol datent du début du XXe siècle. Cette idée de police internationale avait été émise par Edmond Locard, grand professeur de médecine légale, qui fonda à Lyon (sa ville) en 1910 le premier laboratoire de police scientifique au monde. Celui-ci se trouvait en 1905 au VIe Congrès d’anthropologie criminelle, à Turin. Parmi les personnages importants qui s’y trouvent, il y rencontre le criminologue français Alphonse Bertillon, le professeur italien de médecine légale et psychiatre Cesare Lombroso, ainsi que le criminologue et photographe suisse Rodolphe Archibald Reiss. En voyant ce beau monde, Edmond Locard se rend compte que pour lutter contre le crime international, il faut user d’une police internationale.
L’idée se poursuit en 1914, lors du premier Congrès international de police criminelle : des officiers de police, juristes et magistrats de 14 pays se réunissent à Monaco à l’initiative du prince Albert 1er, pour discuter des procédures d’arrestation et d’extradition, techniques d’identification et centralisation des fichiers. La Première Guerre mondiale suspend cette initiative.
L’organisation est créée le lors du deuxième Congrès à l’initiative de Johann Schober, le directeur de la police de Vienne qui réunit dans sa ville les responsables des forces de polices de vingt pays pour fonder la Commission internationale de police criminelle (CIPC).

7 septembre 1940 : début du Blitz (bataille d’Angleterre).
Le Blitz (terme allemand signifiant « éclair ») est la campagne de bombardements stratégiques durant la Seconde Guerre mondiale menée par l’aviation allemande contre le Royaume-Uni du au . Il s’agit de l’opération la plus connue de la bataille d’Angleterre. Elle toucha principalement Londres mais également Coventry, Plymouth, Birmingham et Liverpool, et aussi les villes historiques de Canterbury et Exeter et la station balnéaire de Great Yarmouth. 41 000 à 43 000 civils furent tués et 90 000 à 150 000 blessés selon des chiffres officiels. Près de 3,75 millions de Britanniques évacuèrent Londres et les principales villes. Toutefois, ce procédé utilisé par le Troisième Reich qui avait pour but de démoraliser le peuple britannique ne fonctionna pas et n’empêcha pas celui-ci de soutenir l’effort de guerre du pays.
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Le Blitz commence le 7 septembre quand une armada de 320 bombardiers escortée par 600 chasseurs bombardent Londres, faisant environ 500 morts et 1 137 blessés graves. Le palais de Buckingham est touché le . Le , la cathédrale Saint-Paul est touchée par une bombe. L’église devient alors l’un des symboles de la résistance anglaise. Le 14- : opération Sonate au clair de lune, bombardement de Coventry tue 568 habitants, c’est la première tempête de feu. La Chambre des communes est touchée le . La ville de Manchester est visée lors de l’épisode connu comme le Manchester Blitz les 22, 23 et 24 décembre. Le , des bombes incendiaires ravagent Londres. Le 13 mars a lieu le bombardement de Clydeside, près de Glasgow, qui fait 528 morts. En représailles, la Royal Air Force bombarde Berlin le 9 avril. Il y a ensuite cinq nuits de bombardements consécutifs sur Plymouth du 21 avril au 25 avril, puis une semaine de raid sur Liverpool du 1er au 7 mai. Un important raid sur Londres a lieu le 10 mai. Le dernier raid a lieu le 21 mai et atteint Birmingham, cette attaque marque la fin du Blitz.
L’attaque des centres de production industriels incluant des populations civiles dans un cadre de destruction stratégique est reprise par les Alliés sur une échelle bien supérieure.
En , après la fin de la bataille de France, alors qu’une grande partie de l’Europe est sous occupation allemande, Hitler propose aux Britanniques une paix de compromis avec l’Allemagne et de nouvelles négociations. Churchill refusa, tout en sachant que le Royaume-Uni serait la prochaine cible. La campagne menée par les Britanniques en Norvège avait échoué, tandis que leur force expéditionnaire avait essuyé une cuisante défaite en France. Hitler décide d’envahir le Royaume-Uni, mais il sait que pour ce faire il doit avoir la suprématie du ciel et donc anéantir la Royal Air Force.
Il y avait d’un côté le maréchal de l’Air, Sir Hugh Dowding, commandant les avions de chasse du Fighter Command de la RAF ; et de l’autre Hermann Göring, chef de la Luftwaffe, l’aviation de combat allemande, et les maréchaux Albert Kesselring et Hugo Sperrle, qui commandaient les 2e et 3e flottes aériennes. Les Britanniques engagèrent 55 escadrons du Fighter Command, soit 850 chasseurs (Spitfire et Hurricane), et 3 080 pilotes. Les Allemands disposaient de 1 000 chasseurs, de 1 200 bombardiers (Junkers Ju 88, Dornier Do 17 et Heinkel He 111), de 280 bombardiers en piqué (Stukas), et de 375 chasseurs-bombardiers (Messerschmitt bf 109 ou 110), soit 10 000 hommes d’équipage. La première bataille de l’histoire entièrement livrée dans les airs se déroula du au .
Le , la grande offensive allemande, qui devait être décisive (le nom de code de l’opération était Adlertag, le Jour de l’aigle), fut lancée dans l’après-midi. La Luftwaffe, commandée par Göring, effectua 1 000 sorties de chasse et 485 sorties de bombardement. Elle perdit 45 bombardiers et chasseurs, tandis que les Britanniques perdaient 13 chasseurs.
Le 14, le temps qui se dégradait (il était déjà mauvais le 13) obligea les Allemands à n’engager que le tiers des flottes de Kesselring et de Sperrle qui avaient été utilisées la veille. Le 15, la 5e flotte du général Stumpff, qui était stationnée au Danemark et en Norvège, vint aider les autres flottes ; il engagea tous ses chasseurs et la moitié de ses bombardiers, soit au total 1 000 appareils. La RAF dut repousser au cours de cette journée 5 attaques successives. 75 appareils allemands furent détruits et 35 chasseurs britanniques abattus.
Le 16 et le 17 les attaques se poursuivirent, mais n’eurent aucun résultat. Du 18 au 23 les opérations durent être suspendues à cause du mauvais temps. En 10 jours une centaine d’appareils britanniques avaient été détruits, contre 100 chasseurs et 450 bombardiers pour les Allemands. De plus, ces derniers avaient dû renoncer à l’emploi des Stukas, trop vulnérables, et des Me‑110, trop lents.
Le 24, Göring lança sa seconde offensive. Les raids furent concentrés sur les pistes d’envol, les hangars, les stations radar, les centres de contrôle aérien et les usines d’aviation britanniques. Pendant 14 jours, c’est-à-dire jusqu’au 6 septembre, la RAF effectua en moyenne plus de 700 sorties quotidiennes, étant constamment en état d’alerte. Les Britanniques perdirent 295 chasseurs et 171 autres furent gravement endommagés, tandis que la Luftwaffe perdait 530 appareils. Début septembre, la RAF commença à manquer de pilotes et d’appareils.
Le se produisit un événement qui changea le cours de la bataille. Un bombardier Heinkel He 111, croyant attaquer la raffinerie de Thameshaven, largua ses bombes par erreur sur Londres, un objectif qui ne devait être attaqué que sur l’ordre personnel de Hitler. En représailles, dans la nuit du , la RAF parvint à lâcher quelques bombes sur Berlin. Hitler se lança dans une diatribe contre les Britanniques : « S’ils bombardent nos villes, nous raserons les leurs, s’ils lâchent des centaines de bombes nous en lâcherons des milliers. » Hitler modifia alors sa stratégie et décida de bombarder les villes britanniques et plus particulièrement Londres en guise de représailles.
Dès le , dans l’espoir d’abattre le moral ennemi, on bombarda les villes britanniques. Ce Blitz frappa en premier lieu les quartiers populaires de l’East End de Londres. Le raid le plus violent frappa Coventry dans la nuit du 14 au 15 novembre. La propagande allemande inventa pour l’occasion le néologisme « coventryser » (coventrisieren) pour exprimer l’idée d’une destruction totale. Le Blitz se poursuivit jusqu’en mai 1941, ce qui permit à la RAF, vu la concentration des objectifs sur les grandes villes, de se « refaire une santé » : les avions et les hommes n’ayant plus qu’à attendre chaque vague sur le chemin des villes, puis au retour, de pourchasser les bombardiers, tandis que la DCA prenait le relais sur la zone.
Du et jusqu’au , pour échapper à la défense britannique, les bombardiers allemands intervinrent systématiquement de nuit, par vagues de 150 à 200 appareils à chaque fois. Les bombardements firent un total de 50 000 morts chez les civils. Constatant leur incapacité à vaincre la chasse adverse et la destruction quotidienne des barges de débarquement dans les ports de la Manche, Adolf Hitler reconnut son échec et renonça le à son projet d’invasion ; il retourna alors ses armes contre l’Europe de l’Est et l’Union soviétique.
La bravoure et la détermination de tous les pilotes britanniques, canadiens, australiens, néo-zélandais, américains, français, belges, polonais et de bien d’autres nationalités, en plus de l’erreur de Hitler de concentrer les attaques sur les villes, permirent d’empêcher l’invasion du Royaume-Uni. De plus, les pilotes alliés pouvaient compter sur l’avantage de combattre sur leur territoire. S’ils devaient se parachuter, ils étaient en quelques heures à nouveau opérationnels tandis qu’un pilote allemand était perdu.
Le réseau de radars disséminés sur toute la côte joua également un rôle déterminant, prévenant à temps les escadrilles d’interception et en les dirigeant de manière efficace. On lui doit notamment le Jeudi noir le qui vit d’énormes pertes allemandes.
Enfin, les chasseurs d’escorte allemands manquaient d’autonomie et devaient souvent abandonner les bombardiers au retour, les laissant ainsi vulnérables.
De juillet à octobre, 415 pilotes britanniques perdirent la vie dans cet affrontement décisif. Le Premier ministre Winston Churchill exprima dès le la reconnaissance des Britanniques à leur égard : « Jamais dans l’histoire des guerres tant de gens n’ont dû autant à si peu. »

7 septembre 1944 : dernier combat aérien (dogfight) remporté par un biplan.
Le 29 août 1944, l’insurrection nationale slovaque débute : les forces armées slovaques, jusqu’alors subordonnées aux Allemands, changent de camp. Cependant, face à la Luftwaffe, l’armée de l’air insurgée slovaque (en fait un seul « escadron combiné ») doit s’appuyer principalement sur des biplans tchécoslovaques d’avant-guerre. Parmi eux, une douzaine de biplans multirôles Letov Š.328, surnommés « kravka » (petite vache). Ces appareils étaient dépassés, mais les pilotes slovaques les appréciaient pour leur fiabilité et leur capacité de survie.
Le 31 août, un Š.328 en mission de bombardement fut intercepté près de Poprad par deux bombardiers en piqué allemands Junkers Ju-87 Stuka. L’équipage (le pilote, le sergent-chef Š. Zúber et l’observateur, le lieutenant A. Strýček) réussit à atterrir et à s’échapper, mais l’avion fut détruit.
Le 7 septembre, un autre Š.328, avec le sergent-chef Jozef Žálik comme pilote et l’aspirant Matej Beznák comme observateur, décolla de Tri Duby, la principale base aérienne des insurgés, afin de bombarder les troupes allemandes dans la région de Kremnica. Mais ils furent surpris par un avion de reconnaissance bimoteur Focke-Wulf Fw-189A-2 du 2. Staffel / NAGr. 16, qui voulait également jouer le rôle d’un avion de chasse. Pour esquiver la première attaque, Žálik poussa l’avion en piqué si violemment que Beznák, débouclé, fut presque éjecté ; il saisit le mécanisme de largage des bombes et l’endommagea. Mais lorsque le Fw-189 revint pour une deuxième attaque, Beznák était prêt avec sa mitrailleuse jumelle de 7,92 mm. Il attendit que le Fw-189, beaucoup plus rapide, soit à 200 m et ouvrit alors le feu. Il toucha le cockpit et le moteur gauche. Le Fw-189 interrompit l’attaque et atterrit en catastrophe sur le territoire insurgé (son équipage réussit à rejoindre les troupes allemandes). Žálik et Beznák atterrirent en toute sécurité à l’aérodrome de Tri Duby, leur Š.328 transportant toujours sa charge de bombes. Dans les jours qui suivirent, d’autres avions de la Luftwaffe tentèrent d’intercepter les Š.328 insurgés, mais les biplans obsolètes s’échappèrent toujours, parvenant au moins dans un cas à endommager l’avion attaquant.
Si le combat aérien entre un Š.328 et un Fw-189 du 7 septembre 1944 est le dernier où le biplan abattit l’ennemi et réussit à atterrir à sa base, il existe encore un cas où un biplan abattit un ennemi avant d’être lui aussi abattu.
Source : Lubos SRAMEK.
NOTA TB : Le Letov Š.328 opérait depuis Tri Duby, base aérienne de l’insurrection nationale slovaque, dont la notice du 29 août retrace le déroulement.


7 septembre 1945 : défilé allié de Berlin et apparition surprise d’un nouveau char soviétique, le IS-3.
Devant la porte de Brandebourg, les quatre puissances occupantes font défiler leurs troupes. Les Soviétiques y présentent pour la première fois un char que les Occidentaux ne connaissaient pas et qui provoquera l’accélération de plusieurs programmes.
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Le défilé de la victoire des Alliés se tient à Berlin le 7 septembre 1945, cinq jours après la capitulation japonaise. Chaque puissance y fait défiler un contingent : Britanniques, Américains, Français et Soviétiques.
L’événement devait être une démonstration d’unité. Il est resté pour une autre raison.
L’Union soviétique y présente 52 chars lourds IS-3, sortis d’usine dans les derniers mois de la guerre et jamais engagés au combat. L’appareil produit une impression considérable sur les observateurs occidentaux : coque à profil très bas, tourelle hémisphérique en fonte moulée, blindage frontal en étrave ; un ensemble de dispositions qui rendaient la protection nettement supérieure à celle des chars alliés contemporains, pour une silhouette plus basse.
NOTA : L’IS-3 servira de référence à la conception des chars lourds britanniques et américains de l’après-guerre, et l’exigence d’un canon capable de le percer pèse sur le développement des matériels antichars des années 1950.
Char IS-3
Conçu à la fin de 1944, produit à partir de mai 1945, l’IS-3 n’a pas tiré un coup de feu contre l’Allemagne. Il n’en a pas moins déterminé, par sa seule apparition au défilé de Berlin le 7 septembre 1945, une génération entière de programmes de chars lourds occidentaux. Son bilan opérationnel réel, 20 ans plus tard, sera décevant.

L’IS-2, entré en service en 1944, s’était montré capable de traiter à peu près tout ce que l’Allemagne alignait. Il était en revanche employé selon une doctrine qui l’exposait : les chars lourds soviétiques ouvraient la percée dans des secteurs faiblement tenus par des blindés adverses, mais fortement défendus par de l’infanterie antichar ; Panzerfaust, Panzerschreck, canons Pak 40. Les Soviétiques conduisirent une étude systématique des impacts relevés sur leurs chars détruits ou endommagés. La conclusion oriente toute la conception de l’IS-3 : la majorité des coups au but frappaient la tourelle, puis le glacis avant. La protection devait donc être concentrée là, et si possible sans augmenter la masse ; l’IS-2 pesant déjà 46 tonnes, limite que le nouveau char ne devait pas dépasser.
À la fin de 1944, deux équipes travaillent en parallèle.
- L’usine expérimentale n° 100, dirigée par Joseph Kotine avec A. S. Iermolaïev, conserve une tourelle proche de celle de l’IS-2 mais refond entièrement la caisse. Ses ingénieurs G. N. Moskvine et V. I. Tarotko conçoivent un avant formé de trois plaques soudées en pointe, que les concepteurs appellent le « bec d’aigle » et que les militaires baptiseront le « nez de brochet » — chtchoutchi nos. Ce projet passera par plusieurs désignations d’étude : Objet 240, 240M, 244, 245, 248.
- L’usine Kirov de Tcheliabinsk, dirigée par N. L. Doukhov avec M. F. Baljy, retient au contraire une tourelle coulée d’un type nouveau, hémisphérique aplatie ; la légende veut que Baljy s’en soit inspiré d’une boîte à savon. Ce projet est appelé Pobeda, victoire, et porte la désignation d’usine Objet 703.
Les deux projets sont présentés à l’été 1944 au commissaire à l’industrie des chars, V. A. Malychev. La décision est de les fondre : la caisse de l’un, la tourelle de l’autre, sous la désignation Objet 703. Le prototype est baptisé Kirovets-1.
Le char est envoyé au polygone du NIBT en décembre 1944.
Il parcourt les 500 km réglementaires mais échoue aux essais de garantie, le ventilateur de refroidissement cédant à 810 km. Les essayeurs relèvent toutefois que l’IS-2 de série n’était pas plus fiable.
Les essais de perforation donnent en revanche un résultat spectaculaire : le front du char se révèle invulnérable au canon allemand de 88 mm Pak 43 à toute distance. La tourelle et la caisse conservent des points faibles, mais la commission rend un avis favorable et, dans son rapport, désigne le char sous le nom d’IS-3, qui lui restera.
LA CONCEPTION
Le nez de brochet
Le glacis avant n’est pas une plaque unique inclinée, comme sur tous les chars contemporains, mais trois plaques assemblées en dièdre, formant une pointe orientée vers l’avant. La plaque supérieure fait 110 mm inclinés à 55°, et l’ensemble présente à un projectile arrivant de face un angle d’impact extrême.
L’effet est double. L’épaisseur efficace est considérablement supérieure à l’épaisseur réelle, puisque le projectile doit traverser une plus grande longueur de métal. Et surtout, la probabilité de ricochet devient très élevée : le projectile glisse au lieu de pénétrer.
Le gain est donc obtenu par la géométrie et non par la masse ; ce qui répondait exactement à la contrainte de départ mais le bénéfice n’existe qu’en tir frontal. Si le char est engagé de 3/4, l’angle d’impact s’adoucit et la protection chute.
Le procédé sera repris sur l’IS-7 puis sur le T-10, et copié à l’étranger.
La tourelle
La tourelle coulée, en forme de dôme aplati, obéit à la même logique : arrondie en tout point, elle n’offre aucune surface plane et multiplie les chances de ricochet. Le front atteint 250 mm.
Le prix est intérieur. Le volume habitable est réduit dans des proportions qui affectent trois fonctions :
- la dotation en munitions tombe à 28 coups, dont 18 explosifs et 10 perforants ; pour un char de rupture, c’est peu ;
- la cadence de tir ne dépasse pas 2 à 3 coups par minute, le 122 mm étant à chargement séparé (obus puis charge) dans un volume où le chargeur manœuvre mal ;
- le débattement en site du canon est restreint, la culasse manquant de place pour s’élever. Le char ne peut donc pas prendre de position en défilement de coque, ce qui l’handicape gravement en défensive mais ce dernier point n’était pas jugé rédhibitoire par les Soviétiques, dont la doctrine des chars lourds était offensive : l’IS-3 était conçu pour percer, non pour tenir.
La mitrailleuse de caisse est supprimée, ce qui libère du volume et permet un glacis continu ; l’un des rares gains intérieurs de la refonte.
Les autres caractéristiques
La silhouette est remarquablement basse pour un char lourd : 2,44 m, soit une trentaine de centimètres de moins qu’un Tigre.
Le moteur est le V-2-IS, diesel 12 cylindres en V refroidi par eau, de 520 cv à 2 000 tours, dérivé du moteur du T-34. Le rapport masse-puissance, de 11,35 cv/tonne, est médiocre et se traduit par des performances modestes : 37 à 40 km/h sur route, une quinzaine en tout-terrain, et un rayon d’action d’environ 150 km pour 520 litres de gazole.
La transmission compte 4 rapports avant et un arrière ; la suspension est à barres de torsion, avec 6 galets doubles par côté.
LA PRODUCTION
La production démarre à Tcheliabinsk à la mi-mai 1945 — après la capitulation allemande. Elle se poursuit jusqu’en 1946 ou 1947 selon les sources, pour un total de 2 311 exemplaires. Le prix unitaire est de 350 000 roubles.
Le char n’a jamais combattu l’Allemagne. L’hypothèse d’un engagement contre le Japon en Extrême-Orient, en août 1945, est avancée par certaines sources mais tenue pour très improbable.
Les défauts apparaissent rapidement en service :
- fissuration de la caisse aux jonctions des plaques, conséquence directe de la géométrie complexe du nez de brochet et de la qualité inégale des soudures ;
- fiabilité mécanique médiocre, au point que les équipages tenaient l’IS-3 pour moins sûr que l’IS-2 qu’il remplaçait ;
- visibilité du pilote très réduite, celui-ci ne disposant pas d’écoutille dans le glacis mais d’une trappe dans le toit triangulaire ;
- habitabilité déplorable dans la tourelle.
Deux campagnes de remise à niveau y répondent : la première à partir de 1948, la seconde dans les années 1950, qui aboutit au standard IS-3M.
Le monde découvre l’existence du char le 7 septembre 1945, lors du défilé de la victoire des armées alliées à Berlin. 52 IS-3 défilent sur la Charlottenburger Chaussee devant les tribunes.
L’effet sur les observateurs militaires et politiques occidentaux est considérable. Ce qu’ils voient est un char plus bas, mieux profilé et manifestement mieux protégé que tout ce dont ils disposent… et dont ils ignoraient l’existence. Par contre, ils ne voient pas ce qui est à l’intérieur : ni les 28 obus, ni les 2 à 3 coups par minute, ni la fissuration des caisses, ni l’impossibilité de tirer en défilement.
Les conséquences sur les programmes occidentaux sont directes et durables :
- le Conqueror britannique et le M103 américain, chars lourds conçus explicitement pour traiter l’IS-3 ;
- l’AMX-50 français et le Kranvagn suédois, qui reprennent l’un et l’autre la formule du nez de brochet ;
- et, à terme, l’exigence de puissance de feu qui conduira au canon de 105 mm L7, lequel équipera la quasi-totalité des chars occidentaux des années 1960.
Les Soviétiques entretiendront délibérément cette inquiétude, faisant figurer l’IS-3 dans tous les défilés et manœuvres des années 1950.
LE BILAN OPÉRATIONNEL
Hongrie, 1956
Le premier engagement réel a lieu à Budapest lors de l’écrasement de l’insurrection hongroise.
Le résultat est mauvais, pour des raisons qui tiennent à l’emploi plus qu’au matériel : commandement défaillant, transmissions insuffisantes et surtout tactique urbaine inadaptée. Les insurgés atteignent le toit de tourelle (mince là où le front est épais) au cocktail molotov et à la grenade.
C’est la démonstration classique de la vulnérabilité du char lourd employé sans infanterie d’accompagnement en milieu urbain.
Tchécoslovaquie, 1968
L’IS-3 est encore employé par des unités de second échelon du Pacte de Varsovie lors de l’intervention de 1968. Il ne rencontre pas d’opposition.
Le Sinaï, 1967
L’épreuve du feu véritable est égyptienne. L’Égypte avait reçu au début des années 1960 une centaine d’IS-3M, auxquels certaines sources ajoutent une soixantaine d’IS-3 non modernisés. Les Israéliens les tenaient pour un adversaire dangereux, et ils ne se trompaient pas sur la protection : aux distances usuelles, le blindage résistait aux armes antichars d’infanterie et au canon de 90 mm des M48 israéliens.
Le résultat n’en fut pas moins désastreux, pour 3 raisons :
- sa cadence de tir de 2 à 3 coups par minute et une conduite de tir rudimentaire, dans un combat de chars où l’engagement se joue en quelques secondes ;
- sa fragilité dans le désert : le moteur V-2, fiable en climat tempéré, s’échauffait et tombait en panne dans le Sinaï ;
- son emploi : une partie des chars fut détruite en déplacement par des chasseurs-bombardiers israéliens au napalm, avant tout contact terrestre, et le niveau d’instruction des équipages est unanimement mis en cause.
Plusieurs exemplaires furent capturés par Israël et évalués. Quelques-uns reparaîtront en 1973.
Les emplois tardifs
Retiré du service de première ligne soviétique à la fin des années 1960, l’IS-3 subsiste en réserve jusque dans les années 1980. Certains exemplaires furent enterrés comme casemates fixes le long de la frontière sino-soviétique après la rupture avec Pékin ; emploi qui neutralisait ses défauts de mobilité tout en conservant son blindage et son canon.
FICHE TECHNIQUE
| Désignation | IS-3, désignation d’usine Objet 703 |
| Constructeur | Usine Kirov de Tcheliabinsk |
| Conception | 1944 — Kotine et Iermolaïev (caisse), Doukhov et Baljy (tourelle) |
| Production | Mai 1945 à 1946-1947 — 2 311 exemplaires |
| Prix unitaire | 350 000 roubles |
| Masse | 45,8 tonnes |
| Dimensions | 9,725 m hors tout × 3,07 m × 2,44 m |
| Équipage | 4 : chef de char et radio, tireur, chargeur, pilote |
| Blindage caisse avant | 110 mm à 55°, en nez de brochet à trois plaques |
| Blindage tourelle avant | 250 mm |
| Flancs supérieurs | 90 mm à 60° |
| Arrière | 60 mm à 48° |
| Toit / plancher | 25-45 mm / 20-35 mm |
| Armement principal | Canon de 122 mm D-25T, 28 coups (18 explosifs, 10 perforants) |
| Cadence de tir | 2 à 3 coups par minute |
| Armement secondaire | 1 × 7,62 mm DTM coaxiale (1 500 cartouches) ; 1 × 12,7 mm DChK antiaérienne (250 cartouches) |
| Moteur | V-2-IS, diesel V12 refroidi par eau, 520 ch à 2 000 tr/min |
| Rapport masse-puissance | 11,35 ch/t |
| Transmission | 4 rapports avant, 1 arrière |
| Suspension | Barres de torsion |
| Carburant | 520 litres |
| Autonomie | 150 km |
| Vitesse maximale | 37 à 40 km/h sur route, environ 15 km/h en tout-terrain |
| Variante | IS-3M (modernisation des années 1950) |
| Service | 1945 aux années 1980 |
7 septembre 1981 : mort d’Edwin Link, inventeur du Link Trainer (aviation).
7 septembre 1987 : le dispositif Épervier abat un Tupolev.
Un peu avant 07 h 00 du matin, les radars du dispositif Épervier détectent qu’un Tupolev 22 libyen vient de franchir sans autorisation la frontière entre le Tchad et la Libye et fonce sur N’Djaména. Le 403e Régiment d’artillerie tire un missile Hawk qui atteint le Tupolev de plein fouet. L’analyse de l’épave révèle que les soutes étaient ouvertes au moment de l’impact du missile et pleines de bombes à fragmentation.

Récit du colonel Jean-Pierre PETIT (1943-2018), ancien chef de corps du 403e RA
Lundi 7 septembre 1987, 6h50 du matin. À N’Djaména, capitale du Tchad, en plein cœur de l’Afrique, il fait jour mais le ciel est couvert, le plafond est bas.
Pour les hommes du dispositif de protection Épervier que la France a mis en place au mois de février de l’année précédente, la surveillance du ciel est permanente : la menace aérienne existe. On sait que l’aviation libyenne possède des bombardiers lourds, à long rayon d’action, qui sont capables d’atteindre N’Djaména.
La Défense aérienne de N’Djaména est conduite en temps réel par une Cellule tactique (CETAC) de l’Armée de l’air française. S’y trouvent le Lieutenant DUHAYON, chef-contrôleur, son adjoint, le sergent-chef BOUVIER et un officier de liaison sol-air, l’aspirant ORLANDI. Ils disposent d’un radar de surveillance Centaure, à longue portée, qui est installé sur l’aérodrome de la capitale tchadienne.
À proximité, une batterie sol-air de l’armée de Terre française est déployée depuis la fin-février 1986. Equipée du système d’arme Hawk modernisé, elle est placée en alerte Action permanente, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Avec ses deux radars de veille et ses deux pelotons de tir, elle scrute le ciel sans relâche, elle est capable de tirer sans délai. Sur leurs rampes, ses missiles Hawk sont prêts au tir et peuvent aller intercepter tout avion assaillant à plus de 30 kilomètres de distance.
C’est une équipe d’artilleurs sol-air du 403° régiment d’artillerie, venus de Chaumont, qui opère dans le Centre de veille et de conduite de tir de la batterie. Commandée par le lieutenant AZNAR, elle est composée de soldats de métier : ce sont l’adjudant TEDESCO, assistant de l’officier de tir, les maréchaux des logis HAEN et PUNTEL, opérateurs de peloton de tir et le brigadier-chef LAVILLE, exploitant du radar de surveillance à basse altitude. Ils sont à leur poste depuis trois heures du matin, leur relève est prévue dans quelques minutes.
Soudain le radar Centaure de la CETAC détecte une piste inconnue. Située à une centaine de kilomètres au nord-ouest, celle-ci évolue de façon suspecte, volant à très grande vitesse à moyenne altitude. Peu après, son écho radar est aussi observé par la batterie Hawk. Conformément aux procédures, le chef-contrôleur et son adjoint cherchent à identifier cet arrivant inattendu et qui pourrait être dangereux.
À 6h57, le chef-contrôleur autorise la batterie Hawk à pointer ses radars de tir en direction de l’adversaire potentiel : ceux-ci s’accrochent aussitôt sur lui. La batterie sol-air fournit alors des renseignements précis sur cette piste : absence de réponse IFF confirmée, vitesse importante : 1.000 km/heure, altitude : 4.000 mètres, en diminution, route orientée vers N’Djaména, appareil unique, se trouvant à portée de tir du Hawk.
Le doute pèse de moins en moins sur les intentions de cet avion qui se rapproche du Tchad : la CETAC l’interroge de nouveau par l’IFF et sur les fréquences radio aéronautiques : pas de réponse. Selon les critères qui ont été préalablement fixés, l’hostilité de l’appareil devient évidente.
Il est presque 7 heures. Après avoir fait déclencher l’alerte au sol par des sirènes, le lieutenant DUHAYON prévient ses autorités qu’il a décidé de faire tirer l’artillerie sol-air.
Dès que l’assaillant franchit la frontière tchadienne située à une douzaine de kilomètres de la capitale, l’ordre d’interception est donné à la batterie Hawk. Dans son centre de contrôle, le lieutenant AZNAR fait immédiatement procéder au tir. Un missile Hawk est lancé et il détruit peu après l’appareil ennemi. Le bombardement de N’Djaména vient d’être évité de justesse.
En effet, par l’examen de ses débris, l’agresseur est facile à identifier : il s’agissait d’un bombardier de l’armée libyenne, du type Tupolev 22, biréacteur d’origine soviétique. Ses 4 bombes de 1.500 Kg n’ont pas pu exploser. Ses trois membres d’équipage ont péri carbonisés.
Ce fait d’armes est exceptionnel et unique dans les armées françaises depuis 1945. C’est un succès incontestable de la Défense aérienne de l’opération Epervier. Il vient d’être obtenu par l’artillerie sol-air, loin de la métropole, dans des conditions physiques et morales souvent éprouvantes.
Qu’ils appartiennent à l’armée de l’Air ou à l’rmée de Terre, ceux qui y ont contribué ont ainsi fait la preuve de leur motivation, de leur cohésion et de compétences professionnelles éminentes. Ils méritent donc que l’on s’en souvienne.







