Le 30 septembre 2026, Pete Hegseth, secrétaire à la Défense des États-Unis, a prononcé un discours intitulé « State of the Force » au Marine Corps History Center de la base de Quantico, en Virginie. Il a annoncé 6 initiatives, dont la création d’un commandement de la guerre autonome (AUTOWARCOM) et le lancement d’une étude sur la guerre future, le projet Meridian. Il a aussi confirmé une réduction de 20 % des postes de généraux et d’amiraux.
L’Autonomous Warfare Command (AUTOWARCOM) sera un commandement de combat à quatre étoiles doté d’autorités comparables à celles d’une armée. Sa mission est de déployer à grande échelle des drones et des systèmes robotiques et autonomes dans l’ensemble des forces. Hegseth le présente comme le changement le plus rapide de l’histoire militaire moderne en temps de paix.
Le commandement disposera de ses propres effectifs, de son propre budget et d’autorités d’acquisition. Il créera des parcours de carrière dédiés pour les officiers et les militaires du rang. Sa création effective est visée pour le 1er octobre 2027. Elle suppose une loi : le Pentagone devra obtenir l’accord du Congrès. Un commandant à quatre étoiles doit être nommé prochainement ; son nom n’a pas été annoncé.
Hegseth a expliqué que la guerre évolue plus vite que les procédures d’acquisition censées la soutenir. Il a cité l’Ukraine : selon lui, la leçon n’est pas qu’un type de drone gagne les guerres, mais qu’il faut un système capable de s’adapter en permanence. Il a défendu un « mélange haut-bas » : des armes avancées et coûteuses, et en parallèle des systèmes autonomes bon marché en grand nombre.
L’annonce intervient trois mois après une première réorganisation. En juillet 2026, Hegseth avait regroupé les programmes de systèmes sans pilote sous un responsable unique, le Direct Reporting Portfolio Manager for Unmanned Systems (DRPM-UxS). Ce bureau rend compte directement au secrétaire adjoint Steven Feinberg. Il supervise la Joint Interagency Task Force 401, la Defense Innovation Unit (DIU) et le Defense Autonomous Warfare Group.
En attendant le commandement, Hegseth a lancé le projet Agincourt, prévu pour durer un an. Il doit tester la structure du futur commandement et un modèle d’« acquisition de combat » : opérateurs, ingénieurs et entreprises travaillent en cycles courts, et les décisions comme les crédits sont rapprochés des commandements de combat et des unités de première ligne. Les systèmes seront évalués en exercice et, si possible, au combat, pour décider lesquels produire en masse.
Deux responsables le dirigent :
- Owen West, directeur de la DIU, ancien Marine, ancien secrétaire adjoint à la Défense et ancien trader chez Goldman Sachs. Il est chargé des risques stratégiques, des ressources et du passage à l’échelle.
- Max Strasiser, Senior Chief des Navy SEAL, qui a conçu des systèmes robotiques en opération. Il est chargé des problèmes opérationnels et de l’emploi au combat.
Hegseth a décrit ce tandem comme un duo PDG-directeur des opérations. Chaque département militaire doit introduire progressivement de nouveaux cadres de spécialités (MOS) consacrés à la guerre autonome, afin de former et de fidéliser des spécialistes.
Le projet Meridian : une étude de 120 jours sur la guerre future
Le projet Meridian est une étude chargée d’identifier les armes, technologies et domaines d’affrontement dont l’armée américaine aura besoin dans les années et décennies à venir. Ses conclusions sont attendues sous 120 jours, soit au plus tard le 28 janvier 2027 selon le mémorandum de lancement.
L’étude est placée sous la supervision d’Emil Michael, sous-secrétaire à la recherche et à l’ingénierie et directeur de la technologie du Pentagone. Trois codirecteurs ont été nommés : Elon Musk (Space X), Palmer Luckey (Anduril) et Newt Gingrich (ancien président républicain de la Chambre des représentants).
L’équipe doit associer des membres issus de l’administration, de l’industrie, de l’université et des cercles de réflexion. Sa taille n’a pas été précisée. Selon le mémorandum, Emil Michael commande l’étude par l’intermédiaire d’une organisation partenaire, qui n’est pas nommée.
Le mémorandum cite 5 domaines appelés à transformer la guerre : intelligence artificielle, autonomie, énergie dirigée, robotique et biotechnologies. Le champ couvre tous les milieux, du sous-sol jusqu’à l’espace cislunaire. L’étude doit aussi proposer des moyens concrets de développer, tester et déployer les systèmes identifiés. L’état-major interarmées et chaque armée doivent rattacher leurs propres travaux prospectifs au projet.
Hegseth a précisé que Meridian ne vise pas à produire une nouvelle stratégie ou de nouvelles politiques. Il a justifié le recours à des personnalités extérieures en affirmant que les meilleurs prévisionnistes des conflits futurs ne se trouvent pas uniquement au Pentagone.
L’étude doit aboutir à un rapport non classifié rendu public, accompagné d’une annexe classifiée. Hegseth a dit vouloir éviter une étude dépassée avant d’être terminée. La première réunion des trois codirecteurs s’est tenue le jour même, dans une salle sécurisée (SCIF) de la base.
Meridian n’autorise aucun achat, ne désigne aucun fournisseur et ne fixe aucun budget. Ses recommandations devront passer par les procédures d’approbation habituelles.
La nomination a suscité des critiques sur les conflits d’intérêts. SpaceX et Anduril détiennent des contrats importants avec le Pentagone, et leurs dirigeants recommanderont des technologies que leurs entreprises vendent déjà. Aucun des trois codirecteurs n’a servi dans l’armée.







