Tensions sur les Malouines.

44 ans après la guerre qui opposa l’Argentine au Royaume-Uni, les Malouines redeviennent le théâtre de fortes tensions. Cette fois, l’affrontement est diplomatique, juridique et économique : au cœur du dossier, le développement du vaste projet pétrolier offshore Sea Lion et la question des liaisons maritimes permettant d’approvisionner l’archipel.

Une délégation d’entrepreneurs des Malouines s’est rendue lundi à Punta Arenas, dans le sud du Chili, afin de préparer la réouverture d’une liaison maritime régulière entre la ville chilienne et l’archipel. Interrompue dans les années 2000, elle devrait reprendre d’ici décembre, à raison d’une rotation mensuelle sur les quelque 900 kilomètres séparant les deux territoires.

Pour Buenos Aires, cette nouvelle connexion intervient dans un contexte particulièrement sensible. Le gouvernement de Javier Milei redoute notamment que le Chili puisse devenir une base logistique pour le développement de Sea Lion, important projet pétrolier situé au nord des Malouines. L’Argentine considère l’exploitation des ressources de cette zone comme illégitime en l’absence de son autorisation et vient d’engager une procédure d’arbitrage international contre le Royaume-Uni.

Les autorités des Malouines contestent toutefois tout lien entre les deux dossiers. Louise Ellis, directrice adjointe du développement économique des Malouines, citée par l’AFP, affirme que la nouvelle route maritime « n’a absolument aucun lien » avec l’acheminement de cargaisons nécessaires au projet Sea Lion. La liaison servirait principalement à approvisionner les 3 600 habitants de l’archipel en produits frais et matériaux de construction.

Le contexte dépasse désormais cette seule liaison. Javier Milei a donné au Royaume-Uni deux semaines pour interrompre les activités liées à Sea Lion. À défaut, Buenos Aires entend demander au Tribunal international du droit de la mer des mesures provisoires visant le projet. L’Argentine a parallèlement engagé une politique de sanctions contre les acteurs qu’elle considère comme participant sans autorisation à l’exploitation des ressources de la zone. 

Londres défend de son côté une position différente : le Royaume-Uni considère les Falkland comme un territoire britannique d’outre-mer et invoque le droit des habitants à déterminer leur avenir. Lors du référendum organisé en 2013, les électeurs de l’archipel avaient voté massivement en faveur du maintien de leur statut britannique. Buenos Aires conteste que ce scrutin puisse régler le différend de souveraineté.

La tension possède une résonance historique particulière. En 1982, l’invasion argentine de l’archipel avait déclenché une guerre de 74 jours avec le Royaume-Uni, faisant 649 morts argentins et 255 britanniques.

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