6 octobre 105 av. J.-C. : désastre romain d’Arausio (Orange).
Deux armées romaines sont détruites le même jour sur la rive gauche du Rhône, près d’Arausio, par les Cimbres et les Teutons. Ces peuples venus du nord de l’Europe parcourent la Gaule depuis plusieurs années et ont déjà battu trois armées consulaires.
Rome a réuni des forces considérables, mais sous deux chefs qui ne s’entendent pas. Le consul Cnaeus Mallius Maximus, homme nouveau, détient l’autorité supérieure. Le proconsul Quintus Servilius Caepio, issu d’une grande famille patricienne, refuse de se placer sous ses ordres et installe son camp à l’écart.
L’affaire commence mal. L’avant-garde du légat Marcus Aurelius Scaurus est écrasée quelques jours plus tôt ; fait prisonnier, Scaurus est mis à mort par le roi cimbre Boiorix. Le 6 octobre, Caepio attaque seul, sans doute pour ne pas laisser au consul le bénéfice d’une négociation en cours. Son armée est anéantie et son camp enlevé. Les vainqueurs se retournent ensuite contre les troupes de Mallius, acculées au fleuve.
L’abréviateur de Tite-Live, qui suit l’annaliste Valerius Antias, avance 80 000 soldats et 40 000 valets et vivandiers tués. Ces chiffres sont invérifiables, mais les Anciens tenaient cette journée pour la pire défaite depuis Cannes. Les deux généraux survivent. Caepio est privé de son commandement, puis condamné et exilé.
Les vainqueurs ne marchent pas sur l’Italie : les Cimbres partent vers l’Espagne, les Teutons restent en Gaule. Rome met ce répit à profit. Caius Marius, vainqueur de Jugurtha, est élu consul pour 104 en son absence, puis reconduit chaque année jusqu’en 100. Il réorganise le recrutement et l’entraînement des légions, bat les Teutons à Aquae Sextiae en 102, puis les Cimbres à Verceil en 101.
6 octobre 1762 : les Britanniques prennent Manille.
La capitale des Philippines espagnoles tombe après douze jours de siège. L’opération est une conséquence directe de l’entrée en guerre de l’Espagne aux côtés de la France, en janvier 1762, dans la dernière phase de la guerre de Sept Ans.
L’expédition est montée à Madras par la Compagnie des Indes orientales et la Couronne. Le brigadier général William Draper commande les troupes, le contre-amiral Samuel Cornish l’escadre. La force réunit un peu moins de 7 000 hommes : le 79e régiment d’infanterie, des cipayes, des marins et des fusiliers marins. Partie de l’Inde au début du mois d’août, elle entre dans la baie de Manille le 23 septembre. La garnison ignore encore que la guerre est déclarée.
La place est mal défendue. L’archevêque Manuel Antonio Rojo exerce le gouvernement par intérim et ne dispose que de quelques centaines de soldats réguliers, renforcés de miliciens et d’auxiliaires philippins. Les Britanniques débarquent au sud de la ville, ouvrent une brèche dans le bastion San Diego et donnent l’assaut le 6 octobre au matin. La ville est livrée au pillage pendant une quarantaine d’heures. Rojo capitule et s’engage à verser une rançon de quatre millions de pesos, qui ne sera jamais payée en totalité.
L’occupation ne dépasse guère Manille et le port de Cavite. Le magistrat Simón de Anda y Salazar, sorti de la ville avant sa chute, organise la résistance depuis les provinces de Bulacan et de la Pampanga et se fait reconnaître comme gouverneur. Le traité de Paris du 10 février 1763, signé sans que les négociateurs aient connaissance de la prise de la place, prévoit la restitution des conquêtes non mentionnées. Les Britanniques évacuent Manille au printemps 1764.
6 octobre 1799 : bataille de Castricum.
L’armée franco-batave du général Brune arrête près de Castricum les Britanniques et les Russes du duc d’York. Cette journée met fin à l’expédition lancée six semaines plus tôt par la deuxième coalition contre la République batave.
Les Britanniques débarquent le 27 août 1799 près de Callantsoog, à la pointe de la Hollande-Septentrionale. Ils visent la flotte batave et espèrent un soulèvement en faveur de la maison d’Orange. Le 30 août, l’escadre du contre-amiral Story, dont les équipages se mutinent, se rend sans combat dans la passe du Vlieter : 632 canons et 3 700 hommes passent à l’ennemi. Le soulèvement, lui, n’a pas lieu.
Renforcés par le corps russe, les coalisés échouent devant Bergen le 19 septembre, puis l’emportent le 2 octobre dans un second combat autour du même village, dit bataille d’Alkmaar. Brune se replie sur une ligne plus courte, entre Wijk aan Zee, Castricum et Uitgeest, à l’endroit le plus étroit de la péninsule. Les inondations tendues par les ingénieurs bataves couvrent sa droite, tenue par Daendels.
Le 6 octobre, le duc d’York n’envisage qu’une poussée contre les avant-postes. L’avant-garde russe du général Sedmoratski enlève Bakkum vers 8 heures, puis s’engage contre Castricum, que défend le général Pacthod. Le village change plusieurs fois de mains. Brune fait monter la division Boudet et des bataillons bataves, reprend la position à la baïonnette et capture une partie de l’artillerie russe. Dans les dunes, la division Gouvion contient jusqu’au soir la colonne d’Abercromby, arrivée tard. Une charge des hussards bataves brise la dernière avance britannique au centre.
À la nuit, les coalisés ne tiennent que Bakkum, Limmen et Akersloot. Ils ont perdu un peu plus de 2 500 hommes, dont environ 1 400 Britanniques et 1 100 Russes, et 11 canons, sur 21 000 engagés. Les Franco-Bataves comptent près de 1 400 tués, blessés et prisonniers sur 19 000.
Un conseil de guerre décide le repli sur la tête de pont du Zijpe, achevé le 8 octobre. Il s’effectue sous la pluie, dans une hâte telle que deux hôpitaux de campagne restent à Alkmaar. Le 14, le duc d’York propose de traiter. La convention d’Alkmaar, signée le 18 octobre, laisse les coalisés rembarquer sans être inquiétés, contre la restitution de 8 000 prisonniers français et bataves et la remise en état des forts du Helder. Les vaisseaux pris au Vlieter ne sont pas rendus. Les derniers soldats britanniques quittent le pays le 19 novembre. Le nom d’Alkmaer est gravé sur l’Arc de triomphe.

6 octobre 1837 : l’armée française arrive devant Constantine (Algérie).
Le corps expéditionnaire du général de Damrémont prend position devant la capitale du beylik de l’Est, onze mois après l’échec de la première expédition conduite par le maréchal Clauzel.
La colonne quitte le camp de Medjez-Amar le 1er octobre. Elle compte environ 20 000 hommes répartis en quatre brigades, dont l’une est confiée au duc de Nemours, fils du roi. Le général Valée commande l’artillerie, le général Rohault de Fleury le génie. À la différence de 1836, l’armée emmène un parc de siège.
Constantine occupe un rocher entouré sur trois côtés par les gorges du Rhummel. Arrivées le 6 octobre sur le plateau du Mansourah, les troupes constatent, comme l’année précédente, que le seul accès praticable se trouve au sud-ouest, par l’isthme de Koudiat-Aty. La défense est dirigée par Ben Aïssa, lieutenant d’Ahmed Bey, qui tient la campagne avec sa cavalerie.
Les batteries sont installées sous la pluie et dans la boue. Elles ouvrent le feu le 9 octobre et la brèche est jugée praticable le 12. Ce jour-là, Damrémont est tué par un boulet en venant la reconnaître. Son chef d’état-major, le général Perrégaux, est mortellement blessé à ses côtés. Valée, le plus ancien dans le grade, prend le commandement.
L’assaut est donné le 13 octobre au matin par trois colonnes. La première est conduite par le lieutenant-colonel de Lamoricière, à la tête des zouaves. L’explosion d’un dépôt de poudre cause de lourdes pertes, puis le combat se poursuit de maison en maison. Le colonel Combes, qui mène la deuxième colonne, y est blessé à mort. Des habitants périssent en tentant de fuir par les ravins. Valée reçoit le bâton de maréchal en novembre et succède à Damrémont comme gouverneur général.
6 octobre 1849 : exécution des 13 généraux hongrois à Arad.
13 officiers généraux de l’armée hongroise sont mis à mort dans la forteresse d’Arad, aujourd’hui en Roumanie, sur ordre du général autrichien Haynau.
La guerre d’indépendance hongroise s’est achevée le 13 août 1849 à Világos, où le général Görgei a déposé les armes devant les troupes russes venues au secours de l’Autriche. Le tsar a recommandé la clémence. Vienne ne retient cette demande que pour Görgei, assigné à résidence en Carinthie. Les autres chefs sont livrés aux tribunaux militaires autrichiens.
4 condamnés sont fusillés à l’aube : Ernő Kiss, Arisztid Dessewffy, Vilmos Lázár et József Schweidel. Les neuf autres sont pendus, peine jugée infamante pour des officiers : Ernő Poeltenberg, Ignác Török, György Láhner, Károly Knezić, József Nagysándor, Károly Leiningen-Westerburg, Lajos Aulich, János Damjanich et Károly Vécsey. Plusieurs sont d’origine allemande, serbe, croate ou arménienne.
Le même jour, le comte Lajos Batthyány, premier chef d’un gouvernement hongrois responsable, est fusillé à Pest. La date correspond au premier anniversaire de l’insurrection viennoise du 6 octobre 1848, au cours de laquelle le ministre de la Guerre Latour avait été lynché. Le 6 octobre est une journée de deuil national en Hongrie.
6 octobre 1860 : les troupes françaises atteignent le Palais d’Été (Chine).
L’avant-garde du corps expéditionnaire français entre dans le Yuanmingyuan, résidence des empereurs Qing au nord-ouest de Pékin. Le pillage qui commence le lendemain et l’incendie ordonné 12 jours plus tard par les Britanniques détruisent l’un des plus vastes ensembles palatiaux de Chine.
La seconde guerre de l’opium a repris en 1859, après l’échec des Franco-Britanniques devant les forts de Dagu. L’expédition de 1860 est commandée par le général Cousin-Montauban pour la France et le général Hope Grant pour le Royaume-Uni. Elle prend les forts en août, puis Tianjin, et bat l’armée impériale à Palikao le 21 septembre. L’empereur Xianfeng quitte la capitale pour Jehol.
Le 6 octobre au soir, les Français, qui ont perdu le contact avec la colonne britannique, arrivent devant la résidence. Elle n’est gardée que par quelques eunuques et une poignée de soldats. Les 7 et 8 octobre, officiers et soldats des deux armées se servent dans les pavillons. Une part du butin est envoyée à Napoléon III et à la reine Victoria ; les pièces françaises forment le fonds du musée chinois du château de Fontainebleau.
Entre-temps, les Chinois restituent les membres d’une délégation de parlementaires arrêtés le 18 septembre. Sur une quarantaine de captifs, près de la moitié sont morts à la suite de mauvais traitements. Lord Elgin, plénipotentiaire britannique, décide en représailles de détruire le palais. Le baron Gros et Cousin-Montauban refusent d’y associer la France. Les 18 et 19 octobre, la division du général Michel incendie les bâtiments.
Les conventions de Pékin, signées les 24 et 25 octobre, ouvrent Tianjin au commerce, cèdent Kowloon au Royaume-Uni et alourdissent les indemnités. Dans une lettre de novembre 1861, Victor Hugo compare les deux puissances à deux bandits.
6 octobre 1870 : combat de la Bourgonce, ou de Nompatelize (Vosges).
Une brigade badoise bat entre Étival et Nompatelize les troupes que le général Dupré conduit au secours de Saint-Dié. Cet échec ouvre aux Allemands la haute vallée de la Meurthe.
Strasbourg a capitulé le 28 septembre. Le corps du général von Werder, libéré par la fin du siège, reçoit l’ordre de traverser les Vosges pour disperser les forces qui se rassemblent autour d’Épinal sous le général Cambriels. La brigade du général von Degenfeld, forte de 6 bataillons avec cavalerie et artillerie, passe les cols après deux escarmouches les 4 et 5 octobre.
Face à elle, Dupré dispose de troupes plus nombreuses, mais formées à la hâte : quelques compagnies de ligne, des gardes mobiles des Vosges, de la Meurthe et des Deux-Sèvres, des francs-tireurs. Les mobiles des Deux-Sèvres sont arrivés la veille par chemin de fer depuis Épinal et ont marché une partie de la nuit.
Le combat commence vers 09 h 30 dans le brouillard, autour de Saint-Rémy, de Nompatelize et du bois des Jumelles. Les Français tiennent plusieurs heures et reprennent un moment l’avantage. L’artillerie badoise et l’arrivée de renforts décident de la journée dans l’après-midi. Dupré est grièvement blessé et ses troupes se replient vers la Bourgonce, puis vers Bruyères. Degenfeld, dont les hommes sont épuisés, ne poursuit pas.
Saint-Dié est occupée dans les jours qui suivent, Épinal le 12 octobre. Cambriels ramène ses forces vers Besançon. Un monument élevé à Saint-Rémy rappelle la mort de 97 mobiles des Deux-Sèvres et de francs-tireurs de Neuilly.
6 octobre 1892 : combat d’Adégon (Dahomey).
La colonne du colonel Dodds inflige au royaume du Dahomey, dans le sud de l’actuel Bénin, une défaite qui décime le corps des amazones.
La seconde guerre du Dahomey a éclaté au printemps 1892, après des incursions du roi Béhanzin sur les terres de Porto-Novo, placées sous protectorat français. Alfred Dodds, officier d’infanterie de marine né à Saint-Louis du Sénégal, reçoit le commandement. Sa colonne réunit environ 2 000 combattants : légionnaires venus d’Algérie, marsouins, tirailleurs sénégalais et haoussas, soutenus par plusieurs milliers de porteurs fournis par le roi Toffa.
Dodds remonte l’Ouémé avec l’appui de canonnières, de façon à aborder la capitale par l’est. Les Dahoméens attaquent son bivouac à Dogba le 19 septembre et sont repoussés. Le 4 octobre, à Poguessa, Béhanzin commande en personne et échoue de nouveau.
Le 6 octobre, la colonne franchit un pont sur un affluent de l’Ouémé, près du village d’Adégon. L’armée royale, armée en partie de fusils modernes achetés à des négociants allemands, cherche le corps à corps. Une charge à la baïonnette décide de l’affaire. Les Dahoméens laissent sur le terrain 86 soldats réguliers et 417 amazones. Les Français ont 6 tués et 32 blessés.
Le régiment féminin, élite de l’armée royale, ne se remet pas de ces pertes ; il n’est plus signalé au feu pendant une semaine. La marche se poursuit par Akpa et Cana, au prix de combats quotidiens et de pertes dues surtout aux fièvres et à la dysenterie. Dodds entre le 17 novembre dans Abomey, que Béhanzin a fait incendier. Le roi tient la brousse jusqu’à sa reddition, en janvier 1894, avant d’être exilé à la Martinique.

6 octobre 1893 : naissance du général St. Clair Streett, organisateur du Strategic Air Command.
St. Clair Streett, dit « Bill », naît à Washington. Pionnier des grands raids aériens de l’entre-deux-guerres, il commande une armée aérienne dans le Pacifique, puis met sur pied en 1946 le commandement des bombardiers stratégiques américains.
Engagé en 1916 comme simple soldat dans la réserve du corps des transmissions, dont dépend alors l’aviation, il est nommé lieutenant en octobre 1917. Il est envoyé en France, où il dirige l’instruction en vol au grand centre américain d’Issoudun, dans l’Indre.
Son nom reste attaché à l’expédition aérienne de l’Alaska. Le 15 juillet 1920, 4 biplans De Havilland DH-4B quittent sous ses ordres Mitchel Field, près de New York. Ils atteignent Nome, sur la mer de Béring, le 24 août, et sont de retour le 20 octobre, après un parcours de 14 500 km. Une bonne partie de l’itinéraire survole des montagnes et des marécages sans cartes, avec des instruments de navigation rudimentaires. Aucun appareil n’est perdu. Le raid, voulu par le général Billy Mitchell pour démontrer que l’aviation peut renforcer rapidement un territoire éloigné, vaut à Streett le trophée Mackay et la Distinguished Flying Cross.
Il devient l’un des adjoints de Mitchell, dont il partage les vues sur l’indépendance de l’arme aérienne. Il passe ensuite par l’école tactique de l’aviation, l’école d’état-major de Fort Leavenworth et l’École de guerre de l’armée.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il commande aux États-Unis la 3e, puis la 2e Air Force, grandes unités chargées de former les équipages de bombardiers. En juin 1944, il prend la tête de la 13e Air Force, dans le Pacifique Sud-Ouest. Sous ses ordres, elle appuie la reconquête des Philippines et frappe les raffineries de Balikpapan, à Bornéo.
Rentré en 1945, il commande les Continental Air Forces, qui regroupent les forces aériennes stationnées sur le territoire américain. Le 21 mars 1946, ce commandement devient le Strategic Air Command. Le général George Kenney en est le chef en titre, mais il est retenu par ses fonctions auprès des Nations unies ; Streett, son adjoint, en assure l’organisation et la direction effective pendant les premiers mois. Il occupe ensuite des postes à l’inspection générale et au commandement du matériel, et quitte le service en février 1952 avec le grade de général de division. Il meurt le 28 septembre 1970 à la base d’Andrews, près de Washington.

6 octobre 1912 : premier vol de l’aviation navale japonaise.
Le lieutenant de vaisseau Yōzō Kaneko décolle de la plage d’Oppama, au nord de Yokosuka, aux commandes d’un hydravion Maurice Farman. Il vole 15 minutes et monte à une trentaine de mètres. C’est le premier vol d’un appareil de la marine impériale.
L’armée de terre japonaise a fait voler ses premiers avions en décembre 1910. La marine suit avec retard. En juin 1912, elle crée à Yokosuka une commission de recherche aéronautique, présidée par le capitaine de vaisseau Yamaji, chargée de déterminer les types d’appareils adaptés à ses besoins. Elle envoie des officiers se former à l’étranger. Kaneko, né en 1882 dans la préfecture de Hiroshima et ancien élève de l’École navale, part pour la France dès 1911. Trois autres lieutenants, Kōno, Yamada et Nakajima, vont aux États-Unis, chez Curtiss.
Ils reviennent avec 4 hydravions : 2 Curtiss et 2 Farman à moteur de 75 ch. Les appareils sont abrités dans un hangar monté sur le rivage d’Oppama, première base de l’aéronavale japonaise. Le lieutenant Kōno essaie un Curtiss le premier et l’endommage en hydroplanant. Le vol de Kaneko suit de quelques jours. Les deux officiers présentent ensuite leurs machines lors d’une revue navale devant Yokohama.
Le Farman, biplan à hélice propulsive simple à construire, est copié par l’arsenal de Yokosuka. En 1913, la marine arme un transport d’hydravions, le Wakamiya. À l’automne 1914, pendant le siège de la place allemande de Tsingtao, en Chine, ses Farman mènent des reconnaissances et des bombardements que l’on tient pour les premiers raids aériens lancés depuis un navire. Kaneko y prend part.
Il reçoit en 1916 le commandement du premier groupe aérien de la marine, formé à Yokosuka, et dirige l’instruction des pilotes. Promu contre-amiral en 1926, il est considéré au Japon comme le fondateur de l’aéronavale. Chikuhei Nakajima, son camarade de 1912, quitte la marine en 1917 et fonde la société qui construira une grande partie des avions japonais de la guerre du Pacifique. Kaneko meurt le 27 décembre 1941, trois semaines après l’attaque de Pearl Harbor par l’arme qu’il avait contribué à créer.
6 octobre 1915 : début de l’offensive austro-allemande contre la Serbie.
L’artillerie des Empires centraux ouvre le feu sur les rives serbes de la Save et du Danube. En deux mois, la campagne chasse l’armée serbe de son territoire et établit la liaison terrestre entre Berlin et Constantinople.
La Serbie a repoussé trois offensives austro-hongroises en 1914. Elle sort de l’hiver affaiblie par une épidémie de typhus. L’entrée en guerre de l’Empire ottoman rend sa conquête urgente pour l’Allemagne, qui veut ravitailler son allié par le rail. La Bulgarie, à qui la Macédoine est promise, signe une convention militaire le 6 septembre 1915.
Le maréchal von Mackensen commande l’ensemble. Il dispose au nord de la 11e armée allemande du général von Gallwitz et de la 3e armée austro-hongroise du général Kövess. Deux armées bulgares doivent attaquer à l’est une semaine plus tard. Le voïvode Putnik, malade, n’a que des forces moitié moindres à leur opposer et doit garder deux fronts.
La préparation d’artillerie commence le 6 octobre. Les premières troupes franchissent les deux fleuves le lendemain. Belgrade, défendue rue par rue, tombe le 9. Les Bulgares passent à l’offensive le 14, prennent Niš et coupent dans la vallée du Vardar la voie ferrée de Salonique, par laquelle devait arriver le secours allié. Le corps expéditionnaire du général Sarrail, débarqué à Salonique à partir du 5 octobre, remonte le Vardar sans parvenir à tendre la main aux Serbes.
Menacée d’encerclement au Kosovo, l’armée serbe se replie fin novembre à travers les montagnes d’Albanie et du Monténégro, avec le roi Pierre, le gouvernement et des dizaines de milliers de civils. Le froid, la faim et les attaques de bandes albanaises font des dizaines de milliers de morts. Les survivants sont recueillis sur la côte adriatique par des navires alliés, français pour beaucoup, et transportés à Corfou au début de 1916. Réorganisée et rééquipée par la France, l’armée serbe reprend le combat sur le front de Salonique.
6 octobre 1927 : naissance du sous-lieutenant Jean-Claude Thélot (Diên Biên Phu).

Le sous lieutenant Thélot est né le 6 Octobre 1927 à Coutances dans la Manche.
Très engagé dans les mouvements chrétiens étudiants, il effectue des études de droit à la faculté de Rennes. Sursitaire de la classe 47, il effectue néanmoins un stage de préparation para à la fin de 48. Il résilie son sursis à la fin de ses études, durant l’été 51 et il se dirige à nouveau vers les parachutistes. Il rentre alors comme Elève Officier de Réserve au camp d’Idron près de Pau, en bordure de la route nationale 117, alors siège de l’ETAP.
En ce mois de 10/51, il a alors 24 ans. A la fin des EOR, il rejoint le 18e RIPC à Pau. Il y reste jusqu’en 11/53, et sera breveté moniteur para durant cette année. Il se porte volontaire pour l’Indochine, lui aussi comme ORSA, tout comme un certain nombre de leurs camarades du camp d’Idron. Sur leur promotion de 70 élèves officiers de réserve, 15 d’entre eux furent volontaires pour servir en Indochine et parmi eux, 10 se retrouvèrent à Diên Biên Phu. 3 d’entre eux furent tués et 3 blessés.
Un grand nombre des lieutenants de la bataille de Diên Biên Phu étaient ORSA. Parmi eux, de la même promotion d’Idron que Jean-Claude Thélot, seront présents à Diên Biên Phu :
- Le sous-lieutenant Delafontaine (décédé en captivité),
- le sous-lieutenant de Bonneville (décédé en captivité),
- le sous lieutenant Liabœuf (blessé grièvement),
- le sous-lieutenant Paul,
- le sous-lieutenant Planet (qui sera tué en Algérie),
- le sous-lieutenant Massari (blessé),
- le sous-lieutenant Grandet,
- le sous-lieutenant Béal, aussi du 5e BPVN (blessé gravement),
- et le lieutenant Chevalier, du 6e BPC (tué au combat).

Lourd bilan donc pour cette promotion d’EOR qui n’a pas démérité au feu. Arrivé à Hanoi le 12 décembre 1953, il rejoint le 5e Bataillon de Parachutistes Vietnamiens à Diên Biên Phu, où celui-ci avait sauté lors de l’opération Castor. Il passe Noël à Diên Biên Phu avec ses frères d’armes, avant que le bataillon soit aérotransporté au Protectorat d’Hanoï le 28 janvier 1954. Alors qu’ils sont en opération dans le delta du Tonkin, ils sont mis en alerte le 12 mars en prévision d’une attaque sur Diên Biên Phu.
Ils sautent le 14 mars, lendemain du début de la bataille sur Diên Biên Phu. Après la contre-attaque manquée sur Gabrielle, les hommes du 5e BPVN se battent comme des lions. Vers la fin mars, ils quittent Anne-Marie 1 et 2 qu’ils occupaient précédemment pour occuper Huguette 6 et 7, au bout de la piste d’aviation.
Dans la nuit du 30 au 31 mars, alors que le sous lieutenant Jean-Claude Thélot, accompagné de son adjoint le sergent-chef Cloitre, inspecte la position, ils sont tous deux frappés de plein fouet par un tir de canon de 57 sans recul. Les Viets, qui ont une excellente vision sur le point d’appui situé en face des Huguette, n’ont eu qu’à ajuster leur tir. Il meurt quelques heures plus tard des suites de ses blessures.
Extraits de la brochure « Jean Claude Thélot, itinéraire d’un chrétien engagé ».
6 octobre 1935 : les Italiens entrent dans Adoua (Éthiopie).
Au quatrième jour de l’invasion de l’Éthiopie, le 2e corps d’armée italien occupe la ville où une armée italienne avait été détruite le 1er mars 1896.
L’offensive part d’Érythrée le 3 octobre à l’aube, sans déclaration de guerre. Le général Emilio De Bono, commandant en chef en Afrique orientale, franchit le Mareb avec 3 corps d’armée, dont un corps érythréen, soit 9 divisions. Au sud, le général Graziani attaque depuis la Somalie. L’aviation bombarde Adoua et Adigrat dès le premier jour ; Addis-Abeba dénonce à Genève des victimes civiles et l’attaque d’un hôpital.
L’empereur Haïlé Sélassié a fait reculer ses troupes à distance de la frontière pour que l’agression soit incontestable. Le ras Seyoum, gouverneur du Tigré, ne livre que des combats de retardement dans les défilés. Adigrat tombe le 5 octobre. Le 6, le corps du général Maravigna entre dans Adoua, prise à 10 h 30 selon le communiqué de Rome.
Le régime fait de l’événement une revanche nationale. Mussolini annonce lui-même la nouvelle au roi et un monument aux morts de 1896 est aussitôt inauguré. Le 14 octobre, De Bono proclame la souveraineté italienne sur le Tigré et l’abolition de l’esclavage. Aksoum est occupée le lendemain ; l’un de ses obélisques est transporté à Rome, où il restera jusqu’en 2005.
Le Conseil de la Société des Nations déclare l’Italie en rupture du Pacte le 7 octobre. Les sanctions économiques, appliquées à partir du 18 novembre, n’incluent ni le pétrole ni la fermeture du canal de Suez. Jugé trop lent par Mussolini, De Bono est remplacé par le maréchal Badoglio avant la fin de l’année. Addis-Abeba est prise le 5 mai 1936, après une campagne marquée par l’emploi de gaz de combat.
6 octobre 1939 : capitulation de Kock, fin de la campagne de Pologne.
Le groupe opérationnel indépendant « Polésie » du général Franciszek Kleeberg dépose les armes à 10 heures, au nord de Lublin. C’est la dernière grande unité régulière polonaise à cesser le combat.
Kleeberg commandait une région militaire de l’est du pays. Après l’entrée de l’Armée rouge en Pologne, le 17 septembre, il rassemble des unités de réserve, des gardes-frontières, des marins de la flottille de Pinsk et des débris de divisions, environ 18 000 hommes. Il marche vers l’ouest pour secourir Varsovie. La capitale capitule le 28 septembre ; il décide de gagner les dépôts de Dęblin, puis le massif de la Sainte-Croix, pour y poursuivre la lutte.
Il se heurte près de Kock au 14e corps motorisé allemand du général von Wietersheim. Du 2 au 5 octobre, ses troupes tiennent tête à la 13e, puis à la 29e division d’infanterie motorisée, et reprennent même du terrain. Elles n’ont plus ni munitions ni vivres. Kleeberg signe la capitulation dans la soirée du 5. Dans son dernier ordre du jour, il indique à ses soldats que leurs cartouchières sont vides. Prisonnier, il meurt près de Dresde en avril 1941.
Le même jour, Hitler prononce devant le Reichstag un discours où il propose à la France et au Royaume-Uni une conférence de paix fondée sur le fait accompli. Daladier répond par la négative le 10 octobre, Chamberlain le 12.
6 octobre 1939 : mort de Giulio Gavotti, auteur du premier bombardement par avion.
L’ingénieur et aviateur italien meurt à Rome, à onze jours de ses 57 ans. Le 1er novembre 1911, au-dessus de la Tripolitaine, il avait lancé à la main les premières bombes jamais larguées d’un aéroplane en opération de guerre.
Né à Gênes le 17 octobre 1882, ingénieur de formation, Gavotti obtient son brevet de pilote en 1910 et sert comme sous-lieutenant du génie. Lorsque l’Italie déclare la guerre à l’Empire ottoman, le 29 septembre 1911, pour s’emparer de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque, l’armée envoie à Tripoli une flottille de neuf avions, Blériot, Nieuport, Farman et Etrich, avec onze pilotes sous les ordres du capitaine Carlo Piazza. Celui-ci accomplit le 23 octobre la première reconnaissance aérienne en temps de guerre.
Gavotti vole sur un monoplan Etrich Taube de construction autrichienne. Le 1er novembre, il emporte dans une sacoche de cuir quatre grenades Cipelli, sphères d’environ deux kilos chargées de picrate. Les détonateurs sont dans sa poche. Parvenu à quelques centaines de mètres d’altitude au-dessus des campements turcs et arabes, il arme chaque engin d’une main, tient le manche de l’autre et jette les projectiles par-dessus bord. Ils tombent sur les oasis d’Aïn Zara et de Tagiura, à l’est et au sud-est de Tripoli. Il a annoncé son intention la veille dans une lettre à son père, où il se dit heureux à l’idée d’être le premier à tenter l’expérience.
L’effet matériel est nul ou presque. Le retentissement est considérable. Le commandement italien publie un communiqué, la presse européenne reprend la nouvelle et Constantinople proteste en affirmant qu’un hôpital a été touché. Les bombardements se répètent dans les jours qui suivent et s’étendent à la Cyrénaïque. La campagne de Libye voit aussi les premières photographies aériennes militaires, les premiers réglages de tirs d’artillerie par avion et les premiers aviateurs atteints par des tirs venus du sol.
Le 4 mars 1912, Gavotti effectue avec Piazza la première mission de nuit d’un avion en guerre. Il reçoit la médaille d’argent de la valeur militaire. Il reste ensuite lié à l’aviation militaire italienne, dans la formation des pilotes, les essais et la construction aéronautique, jusqu’à sa retraite à la fin des années 1920.


6 octobre 1943 : bataille navale de Vella Lavella (îles Salomon).
Dans la nuit du 6 au 7 octobre, une force japonaise de neuf destroyers achève l’évacuation de Vella Lavella en repoussant trois destroyers américains.
Après la perte de la Nouvelle-Géorgie et de Kolombangara, le commandement japonais replie ses garnisons des Salomon centrales vers Bougainville. Il reste environ 600 hommes à Horaniu, au nord-ouest de Vella Lavella, pressés par des troupes néo-zélandaises. Le contre-amiral Ijuin est chargé de les reprendre avec 6 destroyers d’escorte, 3 destroyers de transport et une vingtaine de petites embarcations.
Repéré par l’aviation, le convoi est intercepté par le capitaine de vaisseau Frank Walker, qui n’a sous la main que le Selfridge, le Chevalier et l’O’Bannon. 3 autres destroyers sont en route mais trop loin. Walker attaque sans les attendre. Ses torpilles et ses canons coulent le Yugumo. Une torpille de ce dernier frappe le Chevalier, que l’O’Bannon, qui le suit de près, vient éperonner. Le Selfridge poursuit seul et perd son avant sur une autre torpille.
Le Chevalier, qui compte 54 morts, est sabordé dans la nuit. Les deux autres bâtiments regagnent leur base. Ijuin se retire à l’annonce de l’approche des renforts américains, pendant que ses embarcations embarquent la garnison. C’est le dernier succès tactique de la marine japonaise dans les Salomon ; il ne change rien au repli général vers Rabaul.
6 octobre 1944 : le corps d’armée tchécoslovaque franchit le col de Dukla.
Après un mois de combats dans les Carpates, les soldats du 1er corps d’armée tchécoslovaque formé en URSS reprennent pied sur le sol national, à la frontière entre la Pologne et la Slovaquie.
L’opération répond au soulèvement national slovaque, déclenché le 29 août 1944 contre l’occupant allemand et le régime de Tiso. Le commandement soviétique monte en quelques jours une offensive à travers les Beskides pour donner la main aux insurgés. Elle est confiée à la 38e armée du général Moskalenko, à laquelle le corps tchécoslovaque est rattaché, avec le concours de la 1re armée de la Garde.
L’attaque débute le 8 septembre. Le plan prévoit d’atteindre Prešov en 5 jours. Les divisions slovaques qui devaient ouvrir les cols ont été désarmées par les Allemands et le général Heinrici a renforcé le secteur. La progression se compte en centaines de mètres, sur un terrain boisé et miné. Le maréchal Koniev relève le commandant du corps dès le 10 septembre et le remplace par le général Ludvík Svoboda.
La ville de Dukla est prise le 20 septembre, le col le 6 octobre. Une patrouille plante le drapeau tchécoslovaque à la borne frontière, près de Vyšný Komárnik. Le général Vedral-Sázavský, qui commande la 1re brigade, est tué le jour même par une mine.
Le secours arrive trop tard. Banská Bystrica, centre de l’insurrection, tombe le 27 octobre, et les combats au sud du col durent jusqu’à la fin de novembre. L’opération coûte aux Soviétiques plus de 80 000 tués et blessés, au corps tchécoslovaque environ 6 500 hommes, dont près de 2 000 morts. Le 6 octobre a été la fête de l’armée tchécoslovaque jusqu’à la fin du régime communiste. Svoboda est devenu président de la République en 1968.
6 octobre 1949 : loi américaine d’« aide militaire pour la défense mutuelle ».
Le président Truman signe le Mutual Defense Assistance Act, première loi d’assistance militaire à l’étranger de la guerre froide. Elle donne un contenu matériel au traité de l’Atlantique Nord, signé le 4 avril et entré en vigueur le 24 août.
Les armées d’Europe occidentale vivent alors sur des stocks de 1945 et les budgets vont à la reconstruction. Truman dépose un premier projet le 25 juillet 1949, jour où il ratifie le traité. Le Congrès, réticent devant un blanc-seing, obtient que les bénéficiaires et les montants soient inscrits dans le texte. La Chambre vote le 18 août, le Sénat le 22 septembre. Entre-temps, le 23 septembre, Truman annonce que l’URSS a fait exploser une bombe atomique. La République populaire de Chine est proclamée le 1er octobre.
La loi autorise 1 314 010 000 dollars : un milliard pour les États parties au traité de l’Atlantique Nord, 211,37 millions pour la Grèce et la Turquie, 27,64 millions pour l’Iran, la Corée et les Philippines, 75 millions pour la « zone générale de la Chine ». Les crédits sont ouverts le 28 octobre. À la différence du prêt-bail, le matériel est cédé sans remboursement. L’aide aux pays atlantiques est subordonnée à l’adoption d’un plan de défense intégrée et à la conclusion d’accords bilatéraux ; celui qui concerne la France est signé à Washington en janvier 1950.
La guerre de Corée change l’échelle du programme, porté à plus de 5 milliards de dollars par an. La France en devient l’un des principaux bénéficiaires, en métropole comme en Indochine, où les États-Unis financent une part croissante de l’effort de guerre à partir de 1950. En 1951, le Mutual Security Act réunit sous une même administration l’aide militaire et l’aide économique héritée du plan Marshall. De 1950 à 1967, le programme fournit pour 33,4 milliards de dollars d’armements et de services.

6 octobre 1950 : l’armée chinoise franchit le Yangzi supérieur et attaque le Tibet oriental.
L’Armée populaire de libération engage la campagne de Chamdo. Parmi les premiers postes attaqués figure Markham Gartok, au sud du dispositif tibétain.
Depuis le printemps 1950, la 18e armée chinoise s’est avancée dans la partie du Kham administrée par la Chine et a ouvert une route jusqu’à Garzê. Les négociations entre Lhassa et Pékin n’aboutissent pas. Dans la nuit du 6 au 7 octobre, plusieurs colonnes passent le Jinsha, cours supérieur du Yangzi, qui marque la limite du territoire tenu par le gouvernement tibétain. Environ 23 000 soldats aguerris font face à 8 500 Tibétains, soldats réguliers et miliciens khampas, dotés de quelques canons de montagne et de fusils britanniques.
Le plan chinois vise l’encerclement de Chamdo, siège du gouverneur du Tibet oriental, Ngabo Ngawang Jigme. Une colonne venue du Qinghai coupe la route de Lhassa par le nord. Au sud, les troupes du général Wang Qimei marchent sur Markham Gartok, tenue par quelques centaines d’hommes sous les ordres du gouverneur local, Dergé Sé.
Le récit le plus répandu en France vient de Michel Peissel. La garnison, 250 hommes venus de Lhassa et recrues khampas, aurait tenu contre un millier d’assaillants. Lorsque Dergé Sé ordonne la retraite, les Khampas auraient retourné leurs armes contre leurs compatriotes pour les forcer à reprendre le combat. Les historiens du Tibet contemporain retiennent surtout que Dergé Sé, isolé, se rend avec ses hommes quelques jours après le passage du fleuve.
Ngabo évacue Chamdo sans combattre et la ville est occupée le 19 octobre. Rattrapé sur la route de Lhassa, il se rend peu après avec environ 2 700 hommes. L’opérateur radio britannique Robert Ford, employé par le gouvernement tibétain, est capturé et restera près de 5 ans en détention. La campagne s’achève le 24 octobre. Les sources chinoises font état de 114 tués et blessés dans leurs rangs et de 180 du côté tibétain ; d’autres estimations sont beaucoup plus élevées.
Les prisonniers sont désarmés, puis libérés. L’armée chinoise s’arrête et Pékin invite Lhassa à négocier. L’accord en dix-sept points, signé à Pékin le 23 mai 1951, reconnaît la souveraineté chinoise sur le Tibet.
6 octobre 1950 : la colonne Le Page encerclée à Coc Xa (RC4, Tonkin).
Dans les calcaires qui bordent la route coloniale n° 4, les troupes du lieutenant-colonel Le Page passent leur dernière journée dans la cuvette de Coc Xa. La percée tentée dans la nuit et la jonction du lendemain avec la colonne Charton s’achèvent par la destruction des deux groupements. C’est le plus grave revers français en Indochine avant Diên Biên Phu.
La RC4 longe la frontière de Chine de Lang Son à Cao Bang. Depuis la victoire de Mao Zedong, en 1949, le Viêt-minh dispose en Chine de camps d’instruction et d’armement lourd. Les convois qui ravitaillent Cao Bang subissent des embuscades de plus en plus coûteuses. L’évacuation de la place, recommandée dès 1949, est décidée à l’été 1950 par le général Carpentier, commandant en chef. Le 18 septembre, avant qu’elle soit exécutée, le général Giap enlève le poste de Dong Khê, qui coupe la route entre Cao Bang et That Khê.
Le plan prévoit que la garnison de Cao Bang, sous le lieutenant-colonel Charton, descendra la route pendant qu’un groupement monté de That Khê viendra à sa rencontre après avoir repris Dong Khê. Ce groupement, baptisé Bayard, est confié au lieutenant-colonel Marcel Le Page, artilleur. Il réunit le 1er et le 11e tabors marocains, le bataillon de marche du 8e régiment de tirailleurs marocains et le 1er bataillon étranger de parachutistes du commandant Segrétain. Giap a concentré autour de Dong Khê une trentaine de bataillons et de l’artillerie.
Le Page quitte That Khê le 30 septembre. Son attaque sur Dong Khê échoue le 2 octobre. Il reçoit alors l’ordre de contourner le poste par l’ouest, à travers la jungle, pour tendre la main à Charton. Celui-ci quitte Cao Bang le 3 avec un bataillon du 3e régiment étranger d’infanterie, un tabor, des partisans et des civils, puis abandonne la route et ses véhicules pour une piste à peine tracée. Harcelé de toutes parts, Le Page regroupe ses unités, épuisées par quatre jours et quatre nuits de combat, au fond de la cuvette de Coc Xa. L’encerclement est complet le 5 octobre.
Le 6, le Viêt-minh tient les crêtes et bat le fond de la cuvette. Les blessés ne peuvent plus être évacués et les munitions manquent. La colonne Charton, elle-même très éprouvée, atteint dans la journée deux hauteurs qui dominent la vallée voisine. Le Page décide de forcer le passage vers elle par le seul défilé praticable, une faille entre deux falaises. Le 1er BEP mène l’assaut dans la nuit du 6 au 7. Il ouvre la brèche et y laisse la plus grande partie de son effectif ; des hommes tombent des falaises dans l’obscurité.
Les rescapés rejoignent Charton sur la cote 477 dans la matinée du 7 octobre. Les deux colonnes, mêlées et sans appui, sont assaillies sur ces hauteurs et se disloquent dans la journée. L’ordre est donné de gagner That Khê par petits groupes. Charton, blessé, et Le Page sont faits prisonniers. Segrétain meurt de ses blessures. Une compagnie de parachutistes largués en renfort à That Khê disparaît à son tour lors du repli.
Sur environ 6 000 hommes engagés, les pertes approchent 5 000 tués, blessés et disparus, dont quelque 3 000 prisonniers ; beaucoup ne reviendront pas des camps. Le 1er BEP ne compte qu’une vingtaine de rescapés ; c’est le premier bataillon parachutiste français anéanti au combat. That Khê est évacuée le 10 octobre. Lang Son l’est à son tour le 17, sans combat, avec des stocks considérables laissés intacts. La France perd le contrôle de la frontière chinoise. En décembre, le général de Lattre de Tassigny est nommé haut-commissaire et commandant en chef.

6 octobre 1951 : assassinat de Sir Henry Gurney (Malaisie).
Le haut-commissaire britannique en Malaisie est tué dans une embuscade tendue par la guérilla communiste sur la route de Fraser’s Hill, à une centaine de kilomètres au nord de Kuala Lumpur.
L’état d’urgence est en vigueur depuis juin 1948. Gurney, ancien secrétaire général de l’administration de Palestine, a pris ses fonctions en octobre de la même année. Avec le général Briggs, directeur des opérations, il applique un plan qui regroupe plusieurs centaines de milliers de ruraux chinois dans des « nouveaux villages » pour couper les maquis de leur ravitaillement. L’année 1951 est pourtant la plus meurtrière du conflit.
Le 6 octobre, il monte passer la fin de semaine dans cette station d’altitude avec son épouse et son secrétaire. Vers 13 h 00, dans un virage, une section d’une quarantaine de combattants commandée par Siu Mah ouvre le feu sur la Rolls-Royce et sur la voiture d’escorte. Le chauffeur est blessé. Gurney sort du véhicule et s’éloigne vers le talus ; il est abattu. Lady Gurney et le secrétaire, restés à l’intérieur, sont indemnes. Chin Peng, secrétaire général du Parti communiste malais, a affirmé par la suite que l’embuscade visait un convoi quelconque et non le haut-commissaire.
Le gouvernement Churchill, revenu au pouvoir trois semaines plus tard, nomme en janvier 1952 le général Sir Gerald Templer haut-commissaire et directeur des opérations, avec les pouvoirs civils et militaires réunis. L’état d’urgence est levé en 1960.
6-14 octobre 1952 : bataille d’Arrowhead (Corée).
Dans la soirée, l’infanterie chinoise attaque la cote 281, dite Arrowhead, que tient le Bataillon français de l’ONU au nord-ouest de Chorwon. Les combats durent jusqu’au milieu du mois. C’est l’engagement le plus meurtrier du bataillon pendant la guerre de Corée.
Le front est figé depuis l’automne 1951 à hauteur du 38e parallèle, pendant que les négociations d’armistice piétinent à Panmunjom. À la fin de septembre 1952, les signes d’une offensive chinoise se multiplient dans le « Triangle de fer », entre Chorwon, Kumhwa et Pyonggang. Deux hauteurs y commandent la route de Séoul : la cote 395, White Horse, défendue par la 9e division sud-coréenne, et Arrowhead, à 3 km à l’ouest. Si la seconde tombe, la première est prise de flanc.
Le bataillon, rattaché depuis son arrivée en Corée au 23e régiment de la 2e division d’infanterie américaine, est commandé par le lieutenant-colonel Borreill. Il monte en ligne le 3 octobre. La section de pionniers, unité d’élite composée de spécialistes des mines et des explosifs, occupe un poste avancé en avant de la crête. L’artillerie chinoise pilonne la position à partir du 4. Les hommes renforcent leurs abris et posent des pièges.
Le 6 octobre, en fin de journée, un bombardement d’une violence inhabituelle précède l’assaut d’un régiment de la 113e division chinoise. Le poste des pionniers est submergé. Ses blockhaus tombent l’un après l’autre, après des combats à la grenade et au corps à corps. Celui du sergent-chef Roland Gavriloff est parmi les derniers à résister. Lorrain, ancien parachutiste revenu d’Indochine en 1950 avec 5 citations, moniteur de saut, il lutte à mains nues avec un soldat chinois et tombe avec lui au fond d’un ravin. La section est presque entièrement détruite.
Le commandement fait alors tirer l’artillerie alliée, environ 250 pièces, sur la cote que les assaillants viennent de coiffer. Les compagnies de la ligne principale tiennent et contre-attaquent. Au matin du 7 octobre, 47 hommes manquent à l’appel. Les Chinois reviennent chaque nuit jusqu’au 9, par bataillons ou par compagnies, et sont repoussés à courte distance avec l’appui des canons. Les tirs et les coups de main se poursuivent ensuite plusieurs jours. À côté, White Horse change de mains plus de vingt fois avant de rester aux Sud-Coréens.
Le bataillon perd 48 tués et environ 130 blessés. Les pertes chinoises devant la cote sont évaluées à 600 morts. Dans une lettre à son père, le lieutenant Claude Barrès écrit qu’il n’a jamais rien vu de pareil. Le bataillon est relevé en décembre par son troisième contingent ; il quitte la Corée pour l’Indochine en octobre 1953. La 29e promotion de l’École nationale des sous-officiers d’active porte le nom de l’adjudant Gavriloff. Le site d’Arrowhead se trouve aujourd’hui dans la zone démilitarisée, où des fouilles menées à partir de 2019 ont permis de retrouver des restes de combattants.

Le rôle du « bataillon de Corée » (français) dans la guerre de Corée.
De la robustesse du combattant : le bataillon français de l’ONU en Corée entre 1950 et 1953.
Adjudant Roland GAVRILOFF (parrain de la 29e promotion de l’ENSOA, juillet-décembre 1968).
Fin 1944. Les Alliés viennent de libérer la Lorraine. Roland GAVRILOFF a assisté aux combats menés dans son pays. Il fête ses 18 ans le 26 novembre. Ardent et courageux il a longtemps attendu le moment de participer lui-même à la lutte contre les envahisseurs. Le 2 décembre, il s’engage pour la durée de la guerre. Quelques mois de combat affirment sa décision : Gavriloff s’épanouit dans l’Armée, ses qualités et sa bravoure lui valent d’être nommé 1re classe après 8 mois de campagne. L’Allemagne capitule, il décide de faire carrière et rejoint le 8e Bataillon de Chasseurs Parachutistes à Trêves où il est nommé caporal puis caporal-chef. Il passe son brevet à Mont-de-Marsan le 2 avril 1946 et suit le stage de moniteur de saut au Camp d’Idron. Il est nommé sergent il a tout juste 20 ans.
Ce jeune chef calme et réfléchi, entraîneur d’hommes a un goût prononcé pour les choses techniques, aussi est-il muté à la Compagnie du Génie de la 25e Division Aéroportée. Volontaire pour l’Indochine, il part pour le Tonkin à la Base Aéroportée Nord. Pendant 2 ans, il s’impose par ses connaissances techniques, son ardeur inlassable, son courage et son autorité. En 1948, il est parachuté au cours des opérations Mï-Su, Vietri et Tra-Chau. Toujours en tête pour assurer les déminages et les destructions et permettre le passage de nos troupes. La citation à l’ordre du Corps d’Armée qu’il obtient à ce moment-là affirme qu’il a « soulevé l’admiration de tous ». L’année suivante, il se signale encore au cours des opérations « Canigou », « Junon » et « Diabole ». En 1950, il saute sur le poste encerclé de Nghia-Lo; il participe au dégagement de Cao Bang où, écrit le Ministre de la Défense Nationale, » il se révèle le type parfait du Chef d’Escouade du Génie d’Assaut ».
Lorsque le sergent-chef Gavriloff quitte l’Indochine en octobre 1950 il a une palme et quatre « clous » à sa Croix de guerre.
Revenu en France, Gavriloff travaille. Il obtient le CIA avec 16,08 de moyenne et le Brevet d’Arme 1er degré-avec mention.
Décembre 1951. On se bat en Corée du Sud contre l’envahisseur chinois. Gavriloff est volontaire. Il rejoint le bataillon français de l’ONU, est affecté à la fameuse compagnie, de pionniers, la plus belle du Bataillon écrira Jules Roy qui ajoute » Gavriloff ce Lorrain avait une belle tête dont les cheveux blonds coupés en brosse et un masque maigre accentuaient l’énergie. Il parlait peu et réfléchissait beaucoup. Il avait beaucoup de bon sens et d’expérience. «
3 octobre 1952 le Bataillon monte en ligne. Les pionniers s’installent en défensive sur la côte 281 : il n’est pas question de décrocher. Le 4 octobre, les Chinois bombardent la position. Le 5 : nouvelle canonnade. Les pionniers, experts en explosifs, sentant l’attaque proche, fortifient leurs positions. Le 6 un orage de fer s’abat sur la côte 281 qui parait flamber. Derrière leurs sacs, à terre les mitrailleuses attendent l’assaut de l’ennemi. Gavriloff a encore le cœur à plaisanter. Un dernier convoi de vivres et de munitions passe, puis les Chinois suspendent leur tir de préparation et attaquent. La colline tenue par les Français sort de son nuage, « fumante et labourée ». Les mitrailleuses crépitent. Les assaillants attaquent en hurlant. Ils sont fauchés. D’autres groupes les dépassent ils sont à leur tour cloués sur les barbelés et les mines. De nouvelles vagues arrivent. La position est submergée. Les pionniers se défendent à la grenade. Les blockhaus de Gavriloff sont les derniers à résister ; ils sont envahis à leur tour. Gavriloff se bat au corps à corps avec un Chinois et s’écrase avec lui au fond d’un ravin.
Alors la côte 281, un instant conquise par les Chinois, explose sous le tir d’artillerie de 250 tubes des 105 amis.
- 2 citations à l’ordre de la Division
- 2 citations à l’ordre de l’Armée
- Légion d’honneur à titre posthume
- Médaille militaire à titre posthume
- Croix de guerre TOE

6 octobre 1954 : premier vol du Fairey Delta 2 (Royaume-Uni).
Le pilote d’essais Peter Twiss fait décoller de Boscombe Down le premier des deux Fairey Delta 2, immatriculé WG774. 17 mois plus tard, le même avion et le même pilote portent le record du monde de vitesse au-delà de 1 000 miles à l’heure.
L’appareil répond à une demande du ministère britannique de l’Approvisionnement pour un avion de recherche destiné à l’étude du vol et des commandes aux vitesses transsoniques et supersoniques. Fairey, qui le désigne Type V, a déjà expérimenté l’aile delta avec le petit Delta 1 de 1951. Le Delta 2 est un monoplace à voilure delta très mince, sans empennage horizontal, propulsé par un réacteur Rolls-Royce Avon à postcombustion. Le fuselage, de section réduite, est dessiné au plus juste autour du moteur. Pour que le pilote voie la piste à l’atterrissage, malgré la forte incidence qu’impose l’aile delta, le nez et le poste de pilotage basculent de dix degrés vers le bas.
Le 17 novembre 1954, au quatorzième vol, le réacteur s’éteint à 9 000 m, à une cinquantaine de kilomètres du terrain : un réservoir collecteur s’est écrasé sous la pression et a coupé l’alimentation. Twiss ramène l’avion en vol plané et le pose à grande vitesse, train avant seul sorti. L’appareil est réparé et le pilote reçoit une citation royale.
Les essais montrent que l’avion dépasse couramment le record officiel, détenu par un North American F-100 Super Sabre avec 1 323 km/h. Le 10 mars 1956, sur une base mesurée au-dessus de la côte du Sussex, à 11 600 m d’altitude, Twiss réalise une moyenne de 1 822 km/h, soit 1 132 miles à l’heure. Le gain est de 37 %, le plus fort jamais enregistré d’un record à l’autre. Les États-Unis reprennent le titre en décembre 1957.
Le second exemplaire, WG777, vole le 15 février 1956. Les restrictions imposées aux vols supersoniques au-dessus du territoire britannique conduisent Fairey à mener une campagne à basse altitude depuis Cazaux, en Gironde, à l’automne 1956, puis en Norvège. Le constructeur propose plusieurs chasseurs dérivés. Aucun n’est commandé, le Livre blanc de 1957 ayant écarté de nouveaux programmes d’avions de combat pilotés. Les résultats du Delta 2 sont suivis de près en France, où Dassault met au point le Mirage III.
WG774 connaît une seconde carrière. Reconstruit par la British Aircraft Corporation avec une voilure à bord d’attaque en double courbure, il revole le 1er mai 1964 sous le nom de BAC 221 et sert aux études aérodynamiques du Concorde, qui reprendra aussi le principe du nez basculant. Il est conservé au musée de l’aéronavale britannique de Yeovilton, WG777 au musée de la RAF de Cosford.

6 octobre 1956 : premier vol du Breguet Br.1050 Alizé.
Le prototype 01 de l’avion embarqué de lutte anti-sous-marine de la Marine nationale effectue son premier vol aux mains d’Yves Brunaud, chef pilote d’essais de Breguet. L’appareil servira 41 ans dans l’aéronautique navale.
Son origine est un avion d’assaut. À la fin des années 1940, la Marine demande un appareil d’attaque embarqué. Breguet propose le Br.960 Vultur, qui vole en août 1951 avec une propulsion mixte : un turbopropulseur à l’avant pour la croisière, un réacteur dans la queue pour le combat. Le programme est abandonné, la Marine ayant entre-temps révisé ses besoins. La menace des sous-marins soviétiques la conduit à réclamer un avion capable de chercher et d’attaquer seul, de jour comme de nuit, à partir des porte-avions légers.
Breguet transforme le second Vultur en banc d’essai. Le réacteur est déposé et son logement reçoit un radar escamotable. Rebaptisé Br.965 Épaulard, l’avion vole le 26 mars 1956. L’Alizé qui en découle est en réalité un appareil largement redessiné, auquel le Vultur lègue surtout sa formule générale.
C’est un monoplan à aile basse repliable, propulsé par un turbopropulseur Rolls-Royce Dart d’environ 2 000 ch. Trois hommes y prennent place : un pilote, un navigateur et un opérateur radar. Le radôme du radar de veille sort sous le fuselage arrière. Les bouées acoustiques sont logées dans les carénages du train principal. La soute reçoit une torpille ou des grenades anti-sous-marines, la voilure des roquettes ou des missiles filoguidés.
La mise au point est longue. La commande, d’abord fixée à 100 avions, est ramenée à 75. Le premier appareil de série est livré en mars 1959 et le type est admis au service le 29 mai. La production atteint 89 exemplaires jusqu’en 1962, dont 12 pour l’Inde. Les Alizé arment les flottilles 4F, 6F et 9F et embarquent sur l’Arromanches, puis sur le Clemenceau et le Foch.
La marine indienne emploie les siens depuis le porte-avions Vikrant, notamment pendant la guerre de 1971 contre le Pakistan, et les conserve jusqu’au début des années 1990. En France, deux modernisations, dans les années 1980 puis 1990, dotent l’avion d’un nouveau radar et de moyens de navigation et de transmission récents. La lutte anti-sous-marine passant aux avions basés à terre et aux hélicoptères, l’Alizé devient surtout un appareil de surveillance maritime et de sûreté autour du groupe aéronaval. Il vole encore depuis le Foch au printemps 1999, pendant les opérations de l’OTAN contre la Yougoslavie. Les derniers exemplaires sont retirés en septembre 2000, avec le désarmement du porte-avions.

6 octobre 1972 : premier vol d’un SA 315B Lama assemblé en Inde.
Le premier exemplaire de l’hélicoptère français monté par Hindustan Aeronautics Limited décolle de l’usine de Bangalore. Produit ensuite sous licence sous le nom de Cheetah, l’appareil devient l’outil de l’armée indienne en haute montagne.
Le Lama est né d’une demande indienne. En 1968, New Delhi consulte les constructeurs pour un hélicoptère léger capable de se poser à 6 000 m d’altitude avec 200 kg de charge. Le besoin découle de la garde des frontières himalayennes, après la guerre de 1962 contre la Chine. Sud-Aviation répond par un assemblage : la cellule légère de l’Alouette II, sur laquelle sont montés la turbine Artouste IIIB, la transmission et le rotor de l’Alouette III. La réserve de puissance ainsi obtenue est conservée jusqu’à très haute altitude.
Le prototype vole le 17 mars 1969. Le 21 juin 1972, à Istres, le pilote d’essais Jean Boulet monte à 12 442 m à bord d’un Lama allégé à l’extrême, record absolu d’altitude pour un hélicoptère, toujours en vigueur. La turbine s’éteint au sommet de la trajectoire et il redescend en autorotation jusqu’au sol.
Les accords de licence avec HAL sont conclus en 1971, dans le prolongement de ceux qui portaient déjà sur l’Alouette III, produite en Inde sous le nom de Chetak. Les livraisons du Cheetah aux forces indiennes commencent en décembre 1973. HAL en tire une version armée, le Lancer, puis le Cheetal (avec un « l »), remotorisé avec une turbine Turbomeca TM 333, qui vole en 2003. Le Brésil assemble de son côté le Lama à partir de 1978.
Depuis 1984, les Cheetah ravitaillent les postes indiens du glacier de Siachen, face au Pakistan, à plus de 6 000 m. Ils y déposent vivres et munitions et en évacuent les blessés, avec des charges utiles de quelques dizaines de kilos. La flotte, vieillissante, a connu de nombreux accidents ; son remplacement par un hélicoptère léger de conception indienne est engagé.
Près de 700 Lama, constructions sous licence comprises, ont été livrés. L’appareil a longtemps été sans rival pour le secours en montagne et le travail à l’élingue, dans les Alpes comme dans les Andes.

6 octobre 1973 : début de la guerre du Kippour (ou guerre israélo-arabe).
La guerre du Kippour ou guerre du Ramadan ou guerre d’Octobre ou guerre israélo-arabe de 1973 opposa, du au , Israël à une coalition militaire arabe menée par l’Égypte et la Syrie.
À 14 h 00, l’Égypte et la Syrie attaquent simultanément les forces israéliennes sur le canal de Suez et sur le plateau du Golan, occupés depuis 1967. La guerre dure jusqu’au 25 octobre.
La date tombe le jour du Grand Pardon, pendant le mois de ramadan. Le renseignement israélien a observé les concentrations de troupes, mais conclut jusqu’au dernier moment à des manœuvres. Dans la nuit du 5 au 6, à Londres, l’Égyptien Ashraf Marwan avertit le chef du Mossad, Zvi Zamir, que l’attaque aura lieu le lendemain. La mobilisation des réserves n’est décidée que dans la matinée du 6 et Golda Meir écarte une frappe préventive.
Sur le canal, l’opération Badr commence par le tir de 2 000 pièces d’artillerie. Cinq divisions d’infanterie des 2e et 3e armées traversent en canots. Le génie ouvre le remblai de sable de la rive orientale avec des lances à eau, puis jette des ponts. Les fortins de la ligne Bar-Lev, tenus par quelques centaines de réservistes, sont submergés ou encerclés. Les contre-attaques blindées israéliennes échouent les 6, 7 et 8 octobre devant les missiles antichars de l’infanterie. Les batteries sol-air tiennent l’aviation à distance.
Sur le Golan, 3 divisions syriennes et plus d’un millier de chars attaquent deux brigades blindées qui en comptent 177. Le sud du plateau est enfoncé. L’arrivée des réservistes rétablit la situation en 4 jours ; l’armée israélienne passe ensuite la ligne de 1967 et avance en direction de Damas.
Le 14 octobre, l’Égypte lance ses blindés hors de la couverture de ses missiles et perd environ 250 chars. Dans la nuit du 15 au 16, la division du général Sharon franchit le canal à Deversoir, à la jointure des deux armées égyptiennes. Les forces passées sur la rive africaine détruisent les sites de missiles et descendent vers Suez. Les deux Grands ravitaillent leurs alliés par pont aérien.
La résolution 338 du Conseil de sécurité, préparée à Moscou par Kissinger et Brejnev, appelle le 22 octobre à un cessez-le-feu. Les combats continuent et la 3e armée égyptienne est encerclée. Le 25, les États-Unis mettent leurs forces en alerte face à la menace d’une intervention soviétique. Le feu cesse ce jour-là.
Israël compte environ 2 650 morts ; les pertes arabes, mal connues, sont plusieurs fois supérieures. Les pays arabes exportateurs de pétrole décident le 17 octobre de réduire leur production et placent sous embargo les États-Unis et les Pays-Bas. La veille, les pays du Golfe ont relevé de 70 % le prix affiché du brut. En Israël, la commission Agranat met en cause le renseignement militaire et le chef d’état-major ; Golda Meir démissionne en avril 1974. Sadate, qui a rendu à l’Égypte un succès initial, se rend à Jérusalem en novembre 1977. Les accords de Camp David sont conclus en septembre 1978, le traité de paix le 26 mars 1979. L’évacuation du Sinaï s’achève en avril 1982.
6 octobre 1977 : premier vol du MiG-29.
Le prototype 9-01 du chasseur Mikoyan décolle du centre d’essais de Joukovski, près de Moscou, aux mains du chef pilote d’essais Alexandre Fedotov.
L’appareil répond à un programme soviétique de 1969 pour un chasseur de supériorité aérienne capable d’affronter le F-15 américain. En 1971, les études concluent à la nécessité de deux avions : un chasseur lourd à grand rayon d’action, confié à Soukhoï, qui donnera le Su-27, et un chasseur léger destiné à l’aviation du front, attribué au bureau Mikoyan, alors dirigé par Rostislav Beliakov. Les travaux détaillés commencent en 1974.
Un satellite américain repère le prototype sur le terrain de Joukovski en novembre 1977. Faute de connaître son nom, le renseignement le désigne Ram-L, d’après la ville voisine de Ramenskoïe. L’OTAN lui attribue ensuite le nom de code Fulcrum. La production en série débute au début des années 1980 et les premiers régiments sont équipés en 1983.
L’avion est un biréacteur à deux dérives, propulsé par des Klimov RD-33 à double flux de 81 kN de poussée avec postcombustion. Ses commandes de vol sont hydrauliques, sans assistance électrique. Il est très manœuvrant, grâce à une cellule dont le fuselage contribue à la portance. Le radar N019 lui permet de tirer vers le bas. Il est associé à un capteur infrarouge et à un viseur de casque, qui autorisent le tir du missile R-73 très en dehors de l’axe. Ses entrées d’air se ferment au roulage, l’air étant alors aspiré par des ouïes d’extrados, ce qui permet l’emploi de pistes sommaires. Son point faible est l’autonomie, limitée par une capacité interne d’un peu plus de 4 000 litres.
L’Occident le voit de près pour la première fois le 2 juillet 1986, lors de la visite d’un détachement soviétique en Finlande, puis à Farnborough en 1988 et au Bourget en 1989. Les évaluations menées en Allemagne après la réunification, sur les appareils hérités de la RDA, confirment sa supériorité en combat rapproché et ses limites à longue distance.
Plus de 1 600 exemplaires ont été construits et plus de trente pays l’ont utilisé. Les MiG-29 irakiens et yougoslaves ont subi de lourdes pertes face aux F-15 et F-16 en 1991 et 1999. L’appareil a aussi combattu entre l’Érythrée et l’Éthiopie, au Soudan, en Syrie et, depuis 2022, en Ukraine. Les versions MiG-29K, embarquée, MiG-29M et MiG-35 en dérivent. Environ 730 appareils de la famille restent en service en 2026.

6 octobre 1981 : assassinat du président Sadate (Le Caire).

Anouar el-Sadate est abattu pendant le défilé militaire qui commémore le franchissement du canal de Suez, huit ans plus tôt jour pour jour.
Le traité de paix avec Israël a isolé l’Égypte dans le monde arabe et retourné contre le président les islamistes qu’il avait ménagés au début de son mandat. La situation économique nourrit le mécontentement. En septembre 1981, Sadate fait arrêter plus de 1 500 opposants de toutes tendances : islamistes, nassériens, militants de gauche, journalistes, universitaires, membres du clergé copte. Le patriarche Chenouda III est relégué dans un monastère. La rafle manque une cellule implantée dans l’armée autour du lieutenant d’artillerie Khalid al-Islambouli, dont le frère vient d’être arrêté. L’ingénieur Mohammed Abd al-Salam Faraj, idéologue du groupe Jihad, dirige le complot.
Le défilé se tient à Nasr City, dans l’est du Caire, sur l’avenue qui longe le mémorial du Soldat inconnu. Islambouli a fait monter trois complices dans le camion qu’il commande, à la place de soldats de son unité. Alors que des Mirage survolent la tribune, il contraint le chauffeur à s’arrêter, saute à terre et lance des grenades, dont une seule explose. Sadate, qui croit à un hommage, s’est levé. Les quatre hommes tirent sur la tribune pendant environ deux minutes avant que la garde ne riposte.
Sadate, transporté par hélicoptère à l’hôpital militaire de Maadi, y meurt deux heures plus tard. 10 autres personnes sont tuées, parmi lesquelles le général Hassan Allam, un général omanais, l’évêque copte Samuel, l’ambassadeur de Cuba et un ingénieur chinois. On compte 28 blessés, dont le vice-président Hosni Moubarak, le ministre irlandais de la Défense James Tully, l’ambassadeur de Belgique et 4 officiers américains.
Deux jours plus tard, une insurrection islamiste éclate à Assiout, en Haute-Égypte ; 68 policiers et soldats y sont tués avant l’arrivée de parachutistes. Moubarak prête serment le 14 octobre et maintient le traité de paix.
Les obsèques ont lieu le 10 octobre en présence de trois anciens présidents américains, Nixon, Ford et Carter, de Menahem Begin, de François Mitterrand et de Helmut Schmidt. Ronald Reagan, pour des raisons de sécurité, délègue le secrétaire d’État Haig. Deux chefs d’État de la Ligue arabe seulement font le déplacement, le Soudanais Nimeiry et le Somalien Siad Barre. La foule est tenue à l’écart. Sadate est inhumé face à la tribune, au pied du mémorial du Soldat inconnu.
24 accusés sont jugés. Islambouli, Faraj et 3 de leurs complices sont exécutés le 15 avril 1982, les deux militaires par fusillade, les trois civils par pendaison. Le cheikh Omar Abdel Rahman, accusé d’avoir légitimé l’attentat par une fatwa, est acquitté ; il sera condamné aux États-Unis en 1995 pour un projet d’attentats à New York.
6 octobre 1983 : premier vol de l’hélicoptère Bell OH-58D Kiowa (États-Unis).
Le premier prototype de la version D de l’hélicoptère d’observation de l’armée de terre américaine prend l’air au Texas. Cette version transforme un appareil léger de liaison en hélicoptère de reconnaissance armée, reconnaissable à la boule de visée placée au-dessus de son rotor.
La famille Kiowa remonte au Bell 206A JetRanger, hélicoptère civil qui vole en janvier 1966. Bell l’a tiré d’un prototype militaire écarté lors d’un premier concours pour un hélicoptère léger d’observation. L’armée rouvre la compétition et retient cette fois l’offre de Bell, moins chère que celle de Hughes. L’appareil, désigné OH-58A et baptisé du nom d’une nation amérindienne des Grandes Plaines, est livré à partir de 1969 et engagé au Vietnam. Environ 2 200 exemplaires de toutes versions sont produits jusqu’en 1989.
Dans les années 1970, l’armée veut un hélicoptère éclaireur capable d’observer et de désigner des objectifs de jour comme de nuit sans s’exposer. Faute de crédits pour un appareil entièrement nouveau, elle lance un programme d’amélioration de sa flotte existante. Bell obtient le contrat de développement le 21 septembre 1981.
L’OH-58D reçoit un rotor principal à quatre pales en matériaux composites, à la place du rotor bipale, et une turbine Allison de 650 chevaux. Son viseur de mât, mis au point par McDonnell Douglas, réunit une caméra de télévision, une caméra thermique et un télémètre-désignateur laser. L’équipage peut observer en ne laissant dépasser que cette boule au-dessus d’une crête ou d’une lisière. La planche de bord comporte des écrans multifonctions, parmi les premiers installés sur un hélicoptère. L’appareil entre en service en 1985.
Les premiers exemplaires armés sont engagés dans le golfe Persique à partir de 1987, depuis des bâtiments de la marine, contre les vedettes iraniennes qui mouillent des mines. À partir de mai 1991, tous les appareils sortent d’usine au standard Kiowa Warrior, qui peut emporter des missiles Hellfire et Stinger, des roquettes conventionnelles Hydra de 70 mm ou une mitrailleuse de 12,7 mm. Les machines plus anciennes sont converties à partir de 1992.
Le Kiowa Warrior sert au Panama, dans le Golfe, en Irak et en Afghanistan, où il vole le plus souvent à très basse altitude au profit direct des troupes au sol. Les projets de remplacement échouent l’un après l’autre. L’armée américaine retire ses derniers OH-58D en 2017 et confie la mission à des hélicoptères Apache associés à des drones. Des appareils d’occasion sont cédés à la Croatie, à la Grèce et à la Tunisie.

6 octobre 1984 : premier vol de l’IA 63 Pampa (Argentine).
Le prototype EX-01 de l’avion d’entraînement avancé argentin décolle de Córdoba pour un vol de cinquante minutes, au cours duquel il atteint Mach 0,65 et une altitude d’environ 7 000 m.
Le programme remonte à 1978. L’armée de l’air argentine cherche alors un successeur à ses Morane-Saulnier MS.760 Paris, biréacteurs français assemblés sous licence depuis la fin des années 1950. La Fábrica Militar de Aviones, installée à Córdoba, s’associe à la firme allemande Dornier, qui apporte son expérience de l’Alpha Jet. La conception débute en 1979.
Le Pampa doit beaucoup à l’avion franco-allemand : silhouette générale, aile haute, postes en tandem étagés, commandes de vol. Il n’en est pas pour autant un dérivé direct. Il est plus petit et plus léger. Il n’a qu’un réacteur, un Garrett TFE731 à double flux de 1 590 kg de poussée, quand l’Alpha Jet en compte deux. Sa voilure droite à profil supercritique, dessinée par Dornier, remplace l’aile en flèche de son aîné. L’avionique est plus simple, l’appareil étant d’abord destiné à l’école. Il peut néanmoins recevoir un canon en nacelle et des charges sous voilure pour l’entraînement au tir et l’appui léger.
Le prototype est présenté au public le 14 août 1984, avant même son premier vol, puis au salon du Bourget en 1985. Les difficultés financières de l’Argentine retardent la série. Les trois premiers exemplaires sont livrés en avril 1988 à la IVe brigade aérienne de Mendoza. Sur la centaine d’avions envisagée, 64 sont commandés et moins d’une vingtaine construits avant l’arrêt de la chaîne.
Une version proposée avec l’américain Vought pour le programme d’avion-école commun de l‘US Air Force et de l’US Navy est écartée en 1995. L’usine, concédée la même année à Lockheed Martin, reprend une production limitée et développe l’AT-63, à l’avionique et au moteur modernisés, qui vole en 2005. Renationalisée en 2009 sous le nom de FAdeA, elle produit le Pampa III, doté d’une planche de bord numérique, dont le premier exemplaire de série vole le 21 septembre 2018. Le Guatemala en a été le premier client à l’exportation annoncé.

6 octobre 1986 : le sous-marin nucléaire soviétique K219 coule au large des Bermudes.
3 jours après une explosion dans un tube lance-missiles, le sous-marin sombre par environ 6 000 m de fond dans la plaine abyssale de Hatteras, avec ses deux réacteurs et ses missiles nucléaires.
Le K-219 est un sous-marin lanceur d’engins du projet 667A, classe Yankee I pour l’OTAN, admis au service en décembre 1971 et basé à Gadjievo, près de Mourmansk. Il porte seize tubes pour missiles R-27U à propergols liquides. L’un d’eux est condamné depuis un premier accident du même type. Le capitaine de deuxième rang Igor Britanov commande le bâtiment, en patrouille de dissuasion dans l’Atlantique.
Le 3 octobre 1986, le sous-marin se trouve à environ 1 100 km au nord-est des Bermudes. Vers 05 h 15, heure de Moscou, de l’eau de mer est décelée dans le tube n° 6. Elle réagit avec les ergols du missile. L’officier missiles, Alexandre Petratchkov, fait évacuer le compartiment et tente de noyer le tube. L’explosion se produit à 05 h 38. Elle arrache le panneau et éjecte les restes du missile. Petratchkov et deux marins sont tués par l’explosion et les vapeurs toxiques. Le bâtiment, qui prend l’eau, descend de 40 à plus de 300 m avant d’être rattrapé.
Britanov fait surface. Les automatismes d’arrêt des réacteurs ne fonctionnent pas et les grilles de compensation doivent être descendues à la main, dans un compartiment surchauffé. Le lieutenant Nikolaï Belikov et le matelot Sergueï Preminine, 20 ans, s’y relaient. Preminine achève seul la mise à l’arrêt du second réacteur. La surpression l’empêche de rouvrir la porte et il meurt asphyxié. Il sera décoré de l’ordre de l’Étoile rouge à titre posthume, puis fait Héros de la Fédération de Russie en 1997.
Des navires marchands soviétiques rallient la zone et un remorquage vers Gadjievo, à 7 000 km, est tenté. La remorque casse et les gaz gagnent les compartiments arrière. Britanov fait passer l’équipage sur les cargos, contre les ordres, et reste seul à bord. Moscou désigne l’officier de sécurité pour le remplacer et ramener les hommes sur le sous-marin. L’ordre n’a pas le temps d’être exécuté : le K-219 coule le 6 octobre. Britanov l’a quitté peu avant.
L’accident a fait 4 morts. Moscou en informe Washington, quelques jours avant la rencontre de Reykjavik entre Reagan et Gorbatchev. La thèse d’une collision avec le sous-marin américain Augusta, avancée du côté soviétique et reprise dans le livre Hostile Waters, est démentie par la marine américaine comme par Britanov. Celui-ci est renvoyé de la marine et poursuivi. Les charges sont abandonnées en 1987, après le remplacement du ministre de la Défense Sokolov par le général Iazov à la suite de l’atterrissage de Mathias Rust sur la place Rouge.

6 octobre 1988 : état de siège à Alger.
Au deuxième jour d’émeutes qui s’étendent à tout le pays, le président Chadli Bendjedid décrète l’état de siège dans l’Algérois et confie à l’armée le rétablissement de l’ordre.
L’Algérie subit depuis 1986 les effets de la chute des cours du pétrole : pénuries de semoule, d’huile et de médicaments, chômage des jeunes, crise du logement. Des grèves touchent à la fin de septembre la zone industrielle de Rouiba. Dans la soirée du 4 octobre, des troubles éclatent à Bab el-Oued. Le 5, des milliers de jeunes saccagent dans le centre d’Alger des bâtiments publics, des magasins d’État et des locaux du FLN, parti unique. Oran, Annaba, Blida, Tiaret et d’autres villes suivent.
Le 6 octobre, le commandement militaire est chargé de l’ensemble des pouvoirs de police. Le général Khaled Nezzar, commandant des forces terrestres, dirige le dispositif. Des chars prennent position dans la capitale, survolée par des hélicoptères, et un couvre-feu est instauré. La troupe, qui n’a ni formation ni équipement de maintien de l’ordre, tire à balles réelles. Des centaines de personnes sont arrêtées ; de nombreux témoignages font état de tortures.
Le 10 octobre, une marche encadrée par des prédicateurs islamistes se disperse à Bab el-Oued quand une fusillade éclate devant le siège de la police ; une trentaine de manifestants sont tués. Le soir même, Chadli annonce à la télévision des réformes politiques. L’état de siège est levé le 12 octobre.
Le bilan officiel s’établit, selon les sources, entre 159 et 169 morts. Les sources hospitalières en comptent plus de 500. Un référendum approuve le 3 novembre une première révision constitutionnelle. La Constitution de février 1989 met fin au parti unique. Nezzar devient chef d’état-major, puis ministre de la Défense en 1990 ; il est l’un des artisans de l’interruption du processus électoral en janvier 1992.
6 octobre 1989 : mort du major Reinhard Seiler, as de la chasse allemande.
Reinhard Seiler meurt à Grafengehaig, en Haute-Franconie, à l’âge de 80 ans. Pilote de chasse de la Luftwaffe, il est crédité de 109 victoires aériennes : 9 en Espagne avec la Légion Condor et 100 pendant la Seconde Guerre mondiale, en 500 missions de guerre environ.
Né le 30 août 1909 à Rawitsch, en Posnanie, il achève sa formation de pilote au moment où l’Allemagne engage des aviateurs aux côtés des nationalistes espagnols. Il sert à la 2e escadrille du groupe de chasse J 88, où il vole sur Messerschmitt Bf 109. Ses 9 victoires le placent parmi les premiers chasseurs de la Légion. Il reçoit en juin 1939 la croix d’Espagne en or avec glaives et brillants, décernée à moins de 30 combattants.
Il prend en 1939 le commandement de la 1re escadrille de l’escadre de chasse 54, la future « Grünherz ». Il participe à la campagne de France, puis à la bataille d’Angleterre, où il est grièvement blessé au-dessus de la Manche à l’été 1940. Revenu au front pour l’attaque contre l’URSS, il reçoit à l’automne 1941 le commandement du IIIe groupe, engagé devant Leningrad. La croix de chevalier de la croix de fer lui est remise le 20 décembre 1941, alors qu’il est capitaine. Une part de ses succès est obtenue de nuit, contre les avions qui ravitaillent la ville assiégée.
Promu major, il passe en 1943 à la tête du Ier groupe de la même escadre. Le 6 juillet, au deuxième jour de la bataille de Koursk, il remporte sa centième victoire de la guerre et est abattu le même jour. Ses blessures mettent fin à sa carrière de pilote de combat. Les feuilles de chêne lui sont attribuées le 2 mars 1944 ; il est le 419e militaire à les recevoir.
À partir d’août 1944, il commande l’escadre de chasse 104, unité d’instruction des pilotes de chasse stationnée à Roth, près de Nuremberg. Elle est dissoute le 28 avril 1945, dix jours avant la capitulation.

6 octobre 2002 : attentat contre le pétrolier français Limburg (Yémen).
Une embarcation chargée d’explosifs percute le superpétrolier au large du terminal d’Ash Shihr, dans le golfe d’Aden. Un marin est tué.
Le Limburg, navire à double coque de près de 300 000 tonnes de port en lourd, livré en 2000, bat pavillon français et appartient à l’armement Euronav. Il transporte près de 400 000 barils de brut chargés en Iran et s’apprête à compléter sa cargaison au Yémen. Son équipage compte 25 marins, français et bulgares.
Dans la matinée, alors que le navire attend le pilote à quelques milles de la côte, l’explosion ouvre une brèche de plusieurs mètres dans le bordé tribord, au niveau d’une citerne pleine. Un incendie se déclare. L’équipage abandonne le bord ; un marin bulgare se noie et douze hommes sont blessés. Environ 90 000 barils se répandent dans le golfe d’Aden et souillent le littoral de l’Hadramaout.
Les autorités yéménites parlent d’abord d’un accident. Les enquêteurs français et américains relèvent dans la coque des débris d’une petite embarcation en plastique et des traces de TNT. Le mode opératoire est celui de l’attentat contre le destroyer américain Cole, à Aden, le 12 octobre 2000. Un communiqué attribué à Al-Qaïda revendique l’opération, présentée comme un coup porté à l’approvisionnement pétrolier de l’Occident. Le Saoudien Abd al-Rahim al-Nashiri, arrêté fin 2002 et détenu depuis à Guantánamo, est poursuivi pour les deux attaques. Plusieurs complices sont condamnés au Yémen.
L’incendie est maîtrisé et le navire remorqué à Dubaï, où il est réparé avant de reprendre du service sous un autre nom. Les primes d’assurance pour les escales yéménites triplent dans les semaines qui suivent, ce qui détourne une partie du trafic du port d’Aden.










