CAPINT : le char intermédiaire qui doit prendre la relève du Leclerc.

Le 15 juin 2026, à l’ouverture d’Eurosatory, KNDS a présenté le CAPINT (capacité intermédiaire), aux côtés d’une nouvelle famille d’artillerie à très longue portée baptisée LORAS. Le char est la proposition de KNDS France pour le futur système de combat blindé de l’armée de Terre, dans l’attente du MGCS ; projet national destiné à renforcer les capacités françaises et à préparer la transition vers ce programme franco-allemand. Le directeur général de KNDS, Jean-Paul Alary, a mis en avant la logique revendiquée : concevoir et orchestrer des capacités « système de systèmes » reliant plateformes, capteurs, effecteurs et solutions numériques, en réunissant savoir-faire français et allemand au sein d’un même ensemble intégré.

La démarche répond à un problème de calendrier. Lancé en 2017, le MGCS, censé remplacer à terme les Leopard 2 allemands et les Leclerc français, visait une entrée en service entre 2040 et 2045. La ministre des Armées Catherine Vautrin a chiffré son retard à une dizaine d’années, alors que les Leclerc doivent être retirés du service d’ici 2038. L’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030 a donc prévu des études sur une capacité intermédiaire, présentée comme une brique préfiguratrice du futur système. 

La présentation intervient peu après l’abandon par Paris et Berlin du volet « chasseur » du programme SCAF, après des mois de désaccords entre Airbus et Dassault Aviation, ce qui assombrit les perspectives du MGCS. L’Allemagne a d’ailleurs engagé dès 2025 des travaux parallèles avec un char intermédiaire développé par KNDS Allemagne et Rheinmetall, désigné Leopard 2AX ou Leopard 3. Deux engins de transition distincts avancent ainsi dans deux pays qui devaient concevoir ensemble leur successeur commun. 

Le choix technique avait été esquissé par le délégué général pour l’armement, Patrick Pailloux, qui jugeait la combinaison d’une tourelle française et d’un châssis allemand la plus rationnelle et la plus rapide. C’est cette configuration que KNDS a retenue. La plateforme centrale repose sur un châssis amélioré de KNDS Deutschland dérivé du Leopard 2 A8, mû par un moteur diesel de 1 500 chevaux, surmonté de la tourelle ASCALON de KNDS France : inhabitée, non intrusive et armée d’un canon à âme lisse de 120 mm à chargement automatique. KNDS vise une livraison des premières unités dans le courant des années 2030.

ASCALON (Autoloaded and SCALable Outperforming guN) est l’élément central et le plus discuté. Le système avait été un point de friction avec Rheinmetall dans le cadre du MGCS, l’industriel allemand ayant cherché à imposer sa tourelle de 130 mm ; c’est la solution française qui a été retenue ici. KNDS le présente comme une famille d’armes à architecture évolutive, capable de passer du standard OTAN de 120 mm à des calibres supérieurs. Le système aurait déjà tiré quelque 300 obus, et KNDS revendique une première mondiale avec une campagne de tirs dynamiques réalisée en janvier 2026 au Portugal depuis un démonstrateur de char à tourelle téléopérée. ASCALON est présenté comme pleinement compatible avec toutes les munitions de 120 mm au standard OTAN, ce qui permettrait aux clients de continuer à exploiter leurs stocks existants. Le groupe avait par ailleurs souligné que les munitions télescopées du système sont programmables au-delà de la vue directe, pour une usure réduite du tube. 

Le CAPINT n’est pas pensé comme un char isolé mais comme le pivot d’un ensemble en réseau. KNDS décrit un véhicule taillé pour la puissance de feu, la lutte antidrones, la protection, une architecture numérique ouverte et la connectivité avec des « ailes robotisées » ; véhicules et drones, terrestres comme aériens, opérant autour du char. Cette architecture ouverte est présentée comme un gage d’évolutivité.

Plusieurs caractéristiques physiques relèvent encore de la presse spécialisée plus que du communiqué. Selon l’expert Marc Chassillan, la masse de l’engin ne devrait pas dépasser 50 tonnes et il serait servi par trois membres d’équipage installés dans une cellule de survie au sein du châssis. Le char disposerait d’un système de protection active et de drones filaires pour repérer et désigner des cibles à longue distance, et pourrait tirer le projectile guidé PELTASTE, d’une portée de 8 kilomètres, issu des projets KATANA et POLYNEGE. Ces points ne figurent pas dans le document de KNDS et restent à confirmer. 

Enfin, l’opération s’inscrit dans une trajectoire industrielle par laquelle KNDS prépare une introduction en Bourse avec une double cotation prévue cette année à Francfort et à Paris. Le groupe, né du rapprochement de Nexter et de Krauss-Maffei Wegmann, revendique près de 11 000 salariés, un chiffre d’affaires de 4,4 milliards d’euros en 2025 et un carnet de commandes de 33,1 milliards d’euros à la fin de l’année.

Données techniques (Le CAPINT étant au stade de projet ; plusieurs caractéristiques sont indicatives et susceptibles d’évoluer).

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