mercredi 21 février 2024

CHRONICORUM BELLI du 10 novembre

10 novembre 496 : bataille de Tolbiac (Allemagne actuelle).

La bataille de Tolbiac a eu lieu à Zülpich (en latin : Tolbiacum, francisé en Tolbiac), une ville de l’ancienne Germanie située près de Cologne. On appelle victoire de Tolbiac, la victoire remportée par Clovis, roi des Francs, sur les Alamans, sur un point non déterminé du cours moyen du Rhin. Les historiens, à la suite de Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs, la plaçaient traditionnellement en 496, mais des révisions récentes situeraient la bataille de Tolbiac en 506 (hypothèse fondée sur une lettre de 506 du roi des Ostrogoths Théodoric le Grand qui félicite Clovis de sa victoire).

Il faut préciser que Grégoire de Tours est une source extrêmement peu fiable. Bruno Dumézil lui consacre de longs paragraphes dans son ouvrage sur le baptême de Clovis.

Les Francs étaient divisés en deux peuples voisins et alliés, les Francs saliens dont le roi était Clovis et les Francs rhénans (ou Francs ripuaires) dont la capitale était Cologne et qui avaient Sigebert le Boiteux pour roi. Sigebert avait pour voisins les Alamans, une confédération de peuples germaniques, dont la vaillance équivalait celle des Francs. Les Alamans et les Francs ripuaires avaient souvent des incidents de frontière et multipliaient les pillages et les raids punitifs, mais il semble qu’en l’année 496, ils subirent une vraie invasion et Sigebert appela Clovis à l’aide. Clovis répondit favorablement à son allié et leva une armée. Il est généralement admis que Sigebert défendit Tolbiac et que son armée subit de grosses pertes. Il y aurait donc eu deux batailles de Tolbiac.

« Ce conflit s’inscrit dans la redéfinition des équilibres politiques en Gaule dans les années 470-530, à la suite de l’effacement du pouvoir impérial, et il oppose d’abord les Alamans aux Francs rhénans (ripuaires) pour le contrôle du cours moyen du Rhin. Face à la pression des Alamans, Sigebert roi de Cologne fait appel à Clovis, l’un des rois des Francs (saliens) implantés dans la province de Belgique seconde et qui avait épousé en premières noces une femme issue de la famille royale des Francs rhénans. Cependant, Sigebert fut défait avant l’arrivée de Clovis ; blessé au genou, il y gagna le surnom de Boiteux. Aussi, Clovis semble avoir engagé la bataille en infériorité numérique et frôlé la déroute. C’est à ce moment que Grégoire de Tours situe dans ses Dix livres d’Histoires la conversion de Clovis au catholicisme. Le roi, après avoir invoqué les divinités de son peuple, se tourne vers le dieu vénéré par son épouse Clotilde. Le chef des Alamans aurait à ce moment trouvé la mort, provoquant la fuite de ses hommes.

Ce schéma narratif est largement remis en cause par les historiens depuis une une quinzaine d’années, soulignant très justement le parallèle entre le récit de Grégoire de Tours et ceux de Lactance et Eusèbe de Césarée sur la bataille du pont Milvius et la conversion de Constantin. La figure du premier empereur chrétien, le réunificateur de l’Empire, sert de modèle à l’évêque de Tours pour décrire les étapes de la conversion des Francs au christianisme nicéen et la construction du royaume mérovingien. Aussi, la bataille de Tolbiac paraît-elle devoir être interprétée aujourd’hui plus comme une défaire de Sigebert que comme une victoire de Clovis, ce dernier profitant du statu quo pour conforter son alliance et étendre son influence sur les royaumes de l’Est ». (Adrien Bayard, Les Barbares, pages 1306-1308, PUF, 2016)


10 novembre 1444 : bataille de Varna (Bulgarie).

Défaite des croisés (d’Europe centrale) face aux Turcs trois fois plus nombreux, sur les bords de la mer Noire. Le roi de Hongrie Ladislas III meurt dans la bataille. Constantinople sera conquise 9 ans plus tard.

Varna 1444


10 novembre 1555 : Villegagnon débarque dans la baie de Guanabara (actuel Brésil).

L’amiral français tente de créer une colonie avec 600 colons. Les Portugais détruisent ce qui reste de l’implantation française le 20 janvier 1567.


10 novembre 1567 : bataille de Saint-Denis.

Les protestants commandés par le Prince de Condé et l’amiral de Coligny ont tenté d’enlever Charles IX, le roi de France près de Meaux (28 septembre) et suite à leur échec assiègent Paris. Le connétable Anne de Montmorency effectue une sortie pour briser le siège et est mortellement blessé d’un coup de feu dans le dos. Sur son lit de mort et en réponse à son confesseur : « Pensez-vous que j’aie vécu près de quatre-vingts ans pour ne pas savoir mourir un quart d’heure ? »


10 novembre 1775 : le congrès des États-Unis créé les Continental Marines (ancêtre du USMC).

Au cours de la guerre d’indépendance des États-Unis d’Amérique, deux bataillons d’infanterie embarquée, sont constitués par le Congrès le 10 novembre 1775 sous le nom de Continental Marines. Ceux-ci sont démobilisés dès 1785 mais la « quasi-guerre » (quasi-war) contre la France amène le Congrès à voter un texte recréant un corps de fusiliers marins le 11 juillet 1798. Ce corps sera alors placé sous l’autorité directe du Secrétaire à la Marine.


10 novembre 1920 : André Maginot demande au soldat Auguste Thin du 132e RI de déposer un bouquet sur un des huit cercueils rassemblés dans une chapelle ardente de la citadelle de Verdun pour que son choix désigne celui qui, seul et inconnu, symbolisera la multitude tombée durant la Première Guerre mondiale. Le corps est escorté à Paris et veillé jusqu’à son inhumation sous la voûte de l’Arc de Triomphe.
Il est à noter que la plaque de bronze recouvrant la tombe du Soldat Inconnu est l’œuvre d’Edgar Brandt, ferronnier d’art et industriel de l’armement qui fût l’inventeur de l’obusier pneumatique de tranchée de 60 mm en 1915.


10 novembre 1936 : décès de Louis Gustave Binger (à 80 ans).

Capitaine issu du rang et premier gouverneur de la Côte d’Ivoire (1893-1895), il est l’un des plus grands explorateurs français de l’Afrique. Il a notamment sillonné durant 2 ans la boucle du Niger (1887-1889) réalisant une moisson d’observations scientifiques qui lui ont valu l’attention de l’Académie française (pour ses ouvrages) ou encore de Jules Vernes. Il a aussi mené durant 2 ans une mission destinée à établir la frontière entre la Côte d’Ivoire et le futur Ghana (1892-1893). Malade, il rentre en métropole où pendant 10 ans, il est directeur des Affaires d’Afrique au Ministère des Colonies (1897-1907). Une ville de Côte d’Ivoire porte son nom.


10 novembre 1938 : Mort de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur et premier président de la république de Turquie de 1923 à 1938.


10 novembre 1940 : entrée des Forces françaises libres dans Libreville (Gabon).

Le colonel Leclerc à la tête d’un groupement interarmes organisé autour de la 13e DBLE entre dans Libreville et bouscule les troupes vichystes.

Le , le HMS Milford coule le sous-marin Poncelet appartenant aux forces de Vichy. Les hommes de Koenig, comprenant des soldats de la Légion étrangère (avec notamment la 13e demi-brigade), des tirailleurs sénégalais et des Camerounais, débarquent à la Pointe La Mondah.

Le 9 novembre, des Lysander partis de Douala bombardèrent l’aérodrome de Libreville. Koenig rencontre une importante résistance à l’approche de la ville, mais parvient à s’emparer de l’aérodrome. Les Forces navales françaises libres (FNFL), à bord de l’aviso colonial Savorgnan de Brazza, attaquent et coulent l’aviso colonial Bougainville.

Le 12 novembre, le reste des forces de Vichy capitule à Port-Gentil à la suite de l’arrivée par avion de deux gaullistes en ville, en réalité non-mandatés, mais prétendant précéder une troupe d’assaut plus grande. Le gouverneur Masson se suicide par désespoir.


10 novembre 1945 : Mort du général géographe Robert BOURGEOIS

Ancien élève de l’École polytechnique (X 1876). Il devint général de brigade en 1912, puis général de division en 1915 et directeur de l’artillerie et du train des équipages militaires en 1918.

Il occupa la chaire d’astronomie et de géodésie de l’École polytechnique de 1908 à 1929, à la suite d’Henri Poincaré.

Durant la Grande Guerre, il organise les groupes de canevas de tir, les sections d’observation terrestres aux armées et le repérage par le son notamment grâce aux systèmes inventés par Ernest Esclangon, et Pierre Weiss et Aimé Cotton. Il participa aux travaux du Comité d’études, une structure d’analyse mise en place en 1917 à la demande du Président du Conseil Aristide Briand, afin de participer à l’élaboration des buts de guerre de la France. Il remit deux rapports proposant, tout comme l’état major, l’occupation militaire de l’ensemble de la rive gauche du Rhin et de têtes de pont sur la rive droite.

Président du Comité national de géographie de 1920 à 1945, il fut président de l’Union géographique internationale de 1928 à 1931 et premier vice-président de 1925 à 1928 et de 1931 à 1934.

Élu à l’Académie des sciences le 18 juin 1917 dans la section de géographie et navigation en remplacement de Philippe Hatt, il en fut le président en 1932, succédant à Louis de Launay, et président de la commission des fonds de l’Institut de France en 1939 puis 1944.


10 novembre 1951 : début de la bataille de Hoa Binh (Guerre d’Indochine).

« L’opération Tulipe est la phase préparatoire à l’opération Lotus qui elle est l’opération sur Hoa Binh. L’opération Tulipe vise à l’occupation de la trouée de Cho Ben : c’est une opération de couverture. Tulipe est déclenchée le 10 novembre, l’opération Lotus commence le 13 au soir avec le débouché de la colonne motorisée. Hoa Binh est occupée par les parachutistes (1er, 2e et 7e bataillons de parachutistes coloniaux) le 14 novembre qui sont rejoints dans l’après-midi par les premiers éléments des formations terrestres. Par ailleurs, le pays Muong n’est pas pris en tenaille. Hoa Binh est un abcès de fixation, un centre de résistance dont le but est d’attirer le corps de bataille viêt. Avec des résultats plus ou moins heureux. Les pertes françaises ont été sous-estimées : 436 tués + 458 disparus (dont beaucoup sont morts) et 1 360 blessés. C’est une estimation basse ». CDT Yvan Cadeau (SHD).


10 novembre 1970 : lancement de Luna 17 avec à son bord Lunokhod 1, premier des deux rovers envoyés sur la Lune par l’URSS.

Lancé le Luna 17 quitta son orbite terrestre en direction de la Lune. Le communiqué de l’agence Tass indique la mission avec l’imprécison habituelle « mettre au point les nouveaux systèmes de bord de la station et effectuer de nouvelles investigations de la Lune et de l’espace circumlunaire ». La sonde est placée le  sur une orbite lunaire à 85 km, inclinée à 141°. Le vaisseau se posa sur la Lune dans la Mer des pluies le . Il déploya une double rampe qui permit à Lunokhod 1 de descendre vers la surface lunaire. Lunokhod 1 était un véhicule lunaire de forme tubulaire propulsé par huit roues motrices. Il était équipé d’une antenne conique, d’une antenne directionnelle, de quatre caméras et de divers appendices articulés destinés à effectuer des tests concernant le sol lunaire. Il comportait aussi un spectromètre à rayons X, un télescope à rayons X, des détecteurs de rayons cosmiques et un réflecteur laser. Ce réflecteur construit par les Français est un panneau de 45 × 20 centimètres, portant 14 cataphotes formés de prismes creux de silice à trois faces réfléchissant la lumière dans la direction d’où elle vient.

Fonctionnant à l’énergie solaire, Lunokhod devait à l’origine fonctionner pendant trois journées lunaires mais il resta en fonction pendant onze jours lunaires. Il fut déclaré officiellement inactif le , date d’anniversaire de Spoutnik 1. Lunokhod a voyagé sur une distance de 10 540 mètres et a transmis plus de 20 000 images, et plus de 200 panoramas. Il a aussi effectué plus de 500 tests sur le sol lunaire.

En , le satellite américain Lunar Reconnaissance Orbiter retrouve le robot, dont le dernier contact avec son contrôle au sol remontait à 1971, sur le bord de la face de la Lune orientée vers la Terre. Le , une équipe de l’université de Californie effectue avec succès un tir laser vers le réflecteur de Lunokhod 1. 2000 photons sont reçus en retour, ce qui est le meilleur résultat obtenu sur ce genre d’expérience, et qui permet d’affiner la distance Terre-Lune.


10 novembre 1988 : révélations sur le F-117 Stealth.

Une série d’accidents du bombardier furtif américain oblige l’US Air Force à révéler l’existence de ce fleuron technologique qui vole de manière opérationnelle depuis 1983. Retiré du service en 2008.

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