28 septembre 48 av. J.-C. : assassinat de Pompée à Péluse (Égypte).
Vaincu par César à Pharsale, en Thessalie, au mois d’août, Pompée quitte la Grèce avec quelques navires, sa femme Cornélia et une poignée de fidèles. Il fait voile vers l’Égypte, dont il espère l’appui : c’est lui qui avait fait rétablir sur le trône, quelques années plus tôt, le père du roi régnant, Ptolémée XII Aulète.
L’Égypte est alors déchirée par la rivalité entre Ptolémée XIII, âgé d’environ 13 ans, et sa sœur Cléopâtre VII. L’armée royale campe près de Péluse, à l’extrémité orientale du delta, face aux troupes de Cléopâtre. Les conseillers du jeune roi, l’eunuque Pothin, le rhéteur Théodote de Chios et le général Achillas, jugent qu’accueillir Pompée les brouillerait avec César et que le renvoyer en ferait un ennemi. Ils décident de le supprimer.
Une barque est envoyée au-devant de sa trière. À bord se trouvent Achillas et Lucius Septimius, un ancien officier romain qui avait servi sous Pompée pendant la guerre contre les pirates et qui commande désormais une partie des soldats romains restés en Égypte. Au moment où la barque touche le rivage, Septimius frappe Pompée par derrière. Le corps est décapité et laissé sur la plage. Pompée meurt la veille de son cinquante-huitième anniversaire.
César arrive à Alexandrie quelques jours plus tard. On lui présente la tête et l’anneau de son adversaire. Les auteurs antiques rapportent qu’il en pleura et fit rendre les honneurs funèbres aux restes. L’épisode l’entraîne dans les affaires égyptiennes : il s’installe à Alexandrie, prend le parti de Cléopâtre et doit soutenir pendant plusieurs mois la guerre d’Alexandrie contre l’armée d’Achillas. Pothin et Achillas sont exécutés ; Ptolémée XIII se noie dans le Nil au début de 47.

28 septembre 1066 : débarquement de Guillaume le Conquérant en Angleterre.
Édouard le Confesseur meurt le 5 janvier 1066 sans descendance. Dès le lendemain, Harold Godwinson, comte de Wessex et frère de la reine Édith, se fait couronner après avoir été désigné par l’assemblée des grands du royaume, le witan. Il affirme qu’Édouard l’a choisi sur son lit de mort.
Deux autres prétendants contestent ce choix. Harald Hardrada, roi de Norvège, invoque un accord passé entre son prédécesseur Magnus et le roi danois d’Angleterre Hardeknut. Guillaume, duc de Normandie, cousin d’Édouard par sa grand-tante Emma, soutient que le roi lui avait promis la couronne vers 1051. Il s’appuie aussi sur un serment que Harold lui aurait prêté lors d’un séjour en Normandie vers 1064-1065. Les auteurs normands présentent ce voyage comme une ambassade chargée par Édouard de confirmer la succession ; l’Anglais Eadmer de Canterbury y voit une démarche de Harold pour obtenir la libération de parents retenus en otages. Le serment, quelle qu’en soit la valeur, permet à Guillaume de dénoncer un parjure.
Le duc passe l’hiver et le printemps à préparer l’expédition. Il obtient l’appui du pape Alexandre II, qui lui aurait envoyé un étendard selon Guillaume de Poitiers, et recrute au-delà de la Normandie : Bretons, Flamands, Manceaux et chevaliers d’autres régions de France. Le gouvernement du duché est confié à la duchesse Mathilde, assistée notamment de Roger de Beaumont. Une flotte est construite ou réquisitionnée ; les estimations tournent autour de 700 navires. L’armée compterait de 7 000 à 8 000 hommes et plusieurs milliers de chevaux, chiffres qui restent approximatifs.
La flotte se rassemble à l’embouchure de la Dives en août et y attend un vent favorable pendant plusieurs semaines. Vers la mi-septembre, elle longe la côte jusqu’à Saint-Valery-sur-Somme, au prix de quelques pertes. De son côté, Harold a tenu la côte sud tout l’été avec la milice (le fyrd), mais il doit la renvoyer le 8 septembre, faute de vivres. Il part aussitôt vers le nord, où Harald Hardrada a débarqué avec Tostig, frère banni de Harold. Le 25 septembre, il écrase les Norvégiens à Stamford Bridge, près d’York ; Hardrada et Tostig sont tués.
Le 27 septembre au soir, le vent tourne au sud. La flotte normande appareille et traverse de nuit ; le navire de Guillaume porte un fanal pour servir de point de ralliement. Le matin du 28, les troupes prennent pied sans opposition à Pevensey, dans le Sussex, où elles s’établissent dans l’enceinte d’un ancien fort romain. Quelques jours plus tard, Guillaume s’installe à Hastings, qui offre un meilleur port, et y fait élever une fortification de terre et de bois. Ses troupes ravagent la campagne environnante, qui fait partie des domaines de la famille de Harold, pour le pousser à livrer bataille rapidement.
Informé à York, Harold redescend vers Londres puis vers la côte sans attendre l’ensemble de ses renforts. La rencontre a lieu le 14 octobre 1066 sur la colline de Senlac, près d’Hastings. Harold y est tué. Guillaume est couronné à Westminster le 25 décembre 1066.
La Tapisserie de Bayeux, principale source figurée de ces événements, a été réalisée après la conquête, dans les années 1070, probablement en Angleterre et à la demande d’Odon, évêque de Bayeux et demi-frère de Guillaume.
28 septembre 1106 : bataille de Tinchebray (Normandie).
À la mort de Guillaume le Conquérant en 1087, ses possessions sont partagées : son fils aîné Robert Courteheuse reçoit la Normandie, Guillaume le Roux l’Angleterre. Henri, le cadet, succède à ce dernier en 1100 alors que Robert est encore en Terre sainte. Après une tentative de débarquement de Robert en Angleterre en 1101, les deux frères concluent un accord qui ne dure pas. À partir de 1105, Henri mène campagne en Normandie en se présentant comme le protecteur de l’Église et de l’ordre face à un duc jugé incapable de tenir ses barons.
En septembre 1106, Henri assiège Tinchebray, place tenue par Guillaume, comte de Mortain, l’un des principaux soutiens du duc. Robert vient à son secours. Les deux armées se rencontrent le 28 septembre. Henri fait combattre à pied une grande partie de ses chevaliers, autour de lui, et place en réserve, à l’écart, une troupe de cavaliers du Maine et de Bretagne commandée par Hélie de La Flèche, comte du Maine.
Le choc frontal reste indécis jusqu’à ce que Hélie charge le flanc de l’armée ducale. Celle-ci se disloque en peu de temps ; les chroniqueurs parlent d’un combat d’environ une heure. Robert de Bellême, qui commandait une partie des troupes du duc, s’enfuit. Robert Courteheuse est capturé, de même que Guillaume de Mortain et Edgar Atheling, dernier représentant de la dynastie anglo-saxonne, qui sera libéré.
Robert reste prisonnier de son frère jusqu’à sa mort en 1134, au château de Cardiff. La Normandie et l’Angleterre sont de nouveau réunies sous un même souverain. Le fils de Robert, Guillaume Cliton, devient cependant le point de ralliement des opposants à Henri, et le duché connaît de nouvelles révoltes, soutenues par le roi de France Louis VI, jusqu’à la bataille de Brémule en 1119.
28 septembre 1322 : bataille de Mühldorf (Bavière).
La double élection de 1314 a donné deux rois des Romains au Saint-Empire : Louis de Wittelsbach, duc de Haute-Bavière, et Frédéric le Beau, duc d’Autriche, de la maison de Habsbourg. Huit années de guerre intermittente s’ensuivent.
Le 28 septembre 1322, les deux armées se rencontrent près de Mühldorf am Inn, entre Ampfing et Mühldorf. Frédéric n’a pas attendu les renforts que devait lui amener son frère Léopold. Louis dispose de l’appui du roi Jean de Bohême. Le combat, livré essentiellement par la cavalerie lourde et sans armes à feu, dure la journée. L’intervention d’un corps de cavaliers commandé par le burgrave de Nuremberg Frédéric IV de Hohenzollern, lancé sur le flanc et les arrières des Autrichiens, décide de l’issue.
Frédéric le Beau est fait prisonnier avec plusieurs centaines de nobles. Il est enfermé au château de Trausnitz. En 1325, les deux adversaires concluent un accord qui fait de Frédéric un corégent nominal. Louis IV reste seul maître effectif du royaume et se fait couronner empereur à Rome en 1328.
27 ou 28 septembre 1538 : bataille navale de Préveza (mer Ionienne).
En 1537, l’Empire ottoman de Soliman le Magnifique entre en guerre contre Venise. Le pape Paul III réunit l’année suivante une Sainte Ligue associant la papauté, Venise, Charles Quint et les Hospitaliers. La flotte alliée, rassemblée devant Corfou, compte plus de 150 galères et de nombreux navires à voiles. Elle est placée sous le commandement de l’amiral génois Andrea Doria, au service de l’empereur, qui rejoint les escadres vénitienne et pontificale le 22 septembre.
Khayr ad-Din Barberousse, grand amiral ottoman, dispose d’environ 120 galères et galiotes. Il s’est abrité dans le golfe d’Arta, derrière la forteresse de Préveza, dont l’entrée est étroite. Les alliés, qui ont échoué à débarquer des troupes, n’osent pas forcer le passage sous le feu des batteries. Doria finit par s’éloigner vers le sud, peut-être pour attirer son adversaire au large.
Barberousse sort alors du golfe et attaque les navires alliés, dispersés et en partie immobilisés par la faiblesse du vent. Les galères ottomanes, plus manœuvrantes, s’en prennent aux unités isolées. Doria évite l’engagement général et se retire vers Corfou pendant la nuit. Les pertes alliées sont limitées en nombre de navires, mais plusieurs galères sont prises ou coulées, et plus de 2 000 hommes sont capturés selon certaines sources.
Les Vénitiens reprochent à Doria d’avoir ménagé ses propres galères et celles de Gênes, rivale de Venise ; les sources impériales accusent les Vénitiens d’indiscipline. La Ligue se défait rapidement. Venise signe une paix séparée en 1540, en cédant ses dernières places de Morée et en versant une indemnité. Jusqu’à Lépante, en 1571, les Ottomans et les corsaires barbaresques gardent l’initiative en Méditerranée.
28 septembre 1781 : début du siège de Yorktown (Côte Est des futurs Etats-Unis).
En 1781, la guerre d’Indépendance américaine dure depuis six ans. La France est alliée aux insurgés depuis 1778, l’Espagne est entrée en guerre contre la Grande-Bretagne en 1779, les Provinces-Unies en 1780. Londres a reporté ses efforts sur les colonies du Sud, où elle compte sur un soutien loyaliste : Savannah est prise en décembre 1778, Charleston en mai 1780.
Lord Cornwallis commande les forces britanniques du Sud depuis juin 1780, quand le commandant en chef Henry Clinton regagne New York. Il bat Horatio Gates à Camden en août 1780, mais ses colonnes subissent ensuite les défaites de Kings Mountain et de Cowpens. Nathanael Greene, le nouveau chef américain dans le Sud, refuse les batailles décisives et épuise son adversaire. À Guilford Courthouse, le 15 mars 1781, Cornwallis reste maître du terrain mais perd plus du quart de ses hommes. Charles James Fox commente à Londres qu’une autre victoire de ce genre ruinerait l’armée britannique.
Cornwallis abandonne alors les Carolines et remonte en Virginie, où il rejoint en mai à Petersburg les troupes déjà engagées dans la colonie : Benedict Arnold, passé aux Britanniques, y a mené en janvier un raid sur Richmond. Après plusieurs semaines de manœuvres contre le petit corps du marquis de La Fayette, Cornwallis reçoit de Clinton l’ordre d’établir une base navale sur la côte. Au début d’août, il occupe Yorktown et, sur l’autre rive de la York, Gloucester Point, et les fortifie.
Au même moment, Washington et Rochambeau, dont le corps expéditionnaire est arrivé à Newport en juillet 1780, préparent une attaque contre New York. Le 14 août, ils apprennent que l’amiral de Grasse quitte Saint-Domingue pour la baie de la Chesapeake avec une trentaine de vaisseaux et plus de 3 000 soldats, mais qu’il ne pourra rester que jusqu’à la mi-octobre. Ils décident aussitôt de porter l’effort en Virginie. Les deux armées quittent la région de New York à la fin d’août en laissant croire à Clinton qu’elles l’attaquent, et parcourent plus de 600 kilomètres vers le sud, en partie par voie d’eau dans la Chesapeake.
Le 5 septembre, la flotte de De Grasse affronte à l’entrée de la baie celle de l’amiral Thomas Graves. Le combat est tactiquement indécis, mais Graves doit rentrer à New York. De Grasse conserve la maîtrise de la baie, où l’escadre de Barras, venue de Newport, lui apporte l’artillerie de siège. Cornwallis ne peut plus être ni secouru ni évacué par mer.
Le 28 septembre, l’armée alliée quitte Williamsburg et vient s’établir autour de Yorktown. Elle compte environ 8 000 Français et 8 000 à 9 000 Américains, soldats continentaux et miliciens. Les Français occupent la gauche, les Américains la droite. Cornwallis dispose d’environ 8 000 hommes, réguliers britanniques, régiments allemands et loyalistes. Dans la nuit du 29 au 30, espérant des renforts de New York, il évacue ses ouvrages avancés, que les alliés occupent aussitôt.
Les ingénieurs français conduisent le siège selon les méthodes de Vauban. La première parallèle est ouverte dans la nuit du 5 au 6 octobre, l’artillerie ouvre le feu le 9. Le 14 octobre, les redoutes 9 et 10 sont enlevées à la baïonnette, la première par les grenadiers et chasseurs français, la seconde par l’infanterie légère américaine d’Alexander Hamilton. Une tentative de passage vers Gloucester échoue dans la tempête la nuit du 16. Cornwallis capitule le 19 octobre 1781.
La nouvelle provoque la chute du gouvernement de Lord North en mars 1782. Les combats se poursuivent sur mer et aux Antilles, mais l’indépendance des États-Unis est reconnue par le traité de Paris du 3 septembre 1783.
28 septembre 1794 : création de la future école Polytechnique (Palais Bourbon).
En 1794, la République manque d’ingénieurs. Les anciennes écoles spéciales de l’Ancien Régime, comme l’école du génie de Mézières, ont été désorganisées, alors que les armées, les fortifications, les routes et les ports réclament des cadres techniques. Au printemps, une commission des travaux publics est constituée ; le mathématicien Gaspard Monge, l’ingénieur des ponts et chaussées Jacques-Élie Lamblardie et Lazare Carnot, membre du Comité de salut public, y élaborent le projet d’une école commune à tous les services techniques de l’État.
Le 24 septembre 1794 (3 vendémiaire an III), le chimiste Antoine-François Fourcroy présente le projet à la Convention. La loi est adoptée le 28 septembre (7 vendémiaire an III). L’École centrale des travaux publics s’installe dans des dépendances du Palais-Bourbon. Les élèves sont recrutés par concours dans toute la France et suivent un enseignement scientifique fondé sur les mathématiques, la physique et la chimie. L’école est inaugurée et les cours commencent le 21 décembre 1794.
Par la loi du 1er septembre 1795, l’établissement prend le nom d’École polytechnique. Sa vocation est alors précisée : préparer les élèves aux écoles d’application des services publics, civils et militaires, artillerie, génie, ponts et chaussées, mines, géographie, constructions navales. Une quarantaine d’élèves et de professeurs participent en 1798 à l’expédition d’Égypte.
Le décret du 16 juillet 1804 donne à l’école un statut militaire et la caserne sur la montagne Sainte-Geneviève, où elle restera jusqu’à son transfert à Palaiseau en 1976. La devise « Pour la Patrie, les Sciences et la Gloire » lui est attribuée à cette date. L’École polytechnique relève aujourd’hui encore du ministère des Armées.

28 septembre 1840 : naissance officielle des bataillons de chasseurs à pied, à l’initiative du duc d’Orléans.
Sous la monarchie de Juillet, le maréchal Soult, ministre de la Guerre, et Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans, fils aîné de Louis-Philippe et héritier du trône, cherchent à doter l’armée d’une infanterie légère armée de carabines rayées, capable de tirer avec précision à longue distance. Les expériences menées en Algérie ont montré l’intérêt de tireurs d’élite mobiles face à des adversaires qui combattent en ordre dispersé.
À partir de 1837, une compagnie d’essai est constituée au château de Vincennes, avec le concours du colonel Charles d’Houdetot, aide de camp du prince. Elle est armée de la carabine Delvigne-Pontcharra, dont la balle, forcée dans les rayures, porte beaucoup plus loin que celle du fusil d’infanterie. Le 14 novembre 1838, une ordonnance royale forme autour d’elle un bataillon provisoire de chasseurs à pied, surnommé les « tirailleurs de Vincennes ». Les hommes sont entraînés au tir, à la gymnastique et au « pas gymnastique », course cadencée à environ 140 pas par minute. En 1840, le bataillon sert en Algérie sous les ordres de son parrain, le duc d’Orléans, et y fait ses preuves lors de la campagne du printemps 1840 dans la Mitidja et vers Médéa.
L’essai étant jugé concluant, une ordonnance du roi Louis-Philippe du 28 septembre 1840 porte à 10 le nombre de bataillons de chasseurs à pied : le bataillon de Vincennes devient le 1er, et 9 nouveaux bataillons sont créés. Chacun compte 8 compagnies, dont 1 de carabiniers. Ils ne sont pas intégrés à des régiments, ce qui leur donne une autonomie administrative et tactique inhabituelle. Une seconde ordonnance du même jour confie leur organisation au duc d’Orléans, en qualité d’inspecteur général. Les nouveaux bataillons sont formés au camp d’Helfaut, près de Saint-Omer, sous la direction du général de Rostolan, entre novembre 1840 et le printemps 1841. Parmi leurs premiers chefs figure le commandant Uhrich, à la tête du 8e, le même qui défendra Strasbourg en 1870. Au printemps 1841, le roi remet aux chasseurs un drapeau unique, commun à tous les bataillons, dont la garde est confiée à chacun d’eux à tour de rôle.
Après la mort accidentelle du duc d’Orléans, le 13 juillet 1842 à Neuilly, les bataillons prennent le nom de « chasseurs d’Orléans », qu’ils conservent jusqu’à la révolution de février 1848. Le bandeau de velours noir du képi des cadres est présenté par la tradition comme un signe de deuil du prince. En Algérie, les chasseurs se distinguent à la bataille de l’Isly en 1844 et surtout au combat de Sidi-Brahim, du 23 au 26 septembre 1845, où le 8e bataillon est presque entièrement anéanti ; ce combat est devenu la fête de l’arme.
Le corps s’agrandit ensuite : 10 nouveaux bataillons en 1853-1854 avant la guerre de Crimée, puis une troisième série créée à son tour un 28 septembre, en 1855. À partir de 1888, douze bataillons deviennent des bataillons alpins de chasseurs à pied. Les chasseurs, reconnaissables à leur tenue bleu foncé, à leurs attributs jonquille et à leur pas rapide, forment aujourd’hui encore des bataillons de chasseurs alpins et à pied dans l’armée de Terre.

28 septembre 1870 : capitulation de Strasbourg.
Après la défaite de Frœschwiller-Wœrth, le 6 août 1870, l’armée de Mac-Mahon se replie vers l’ouest et laisse Strasbourg isolée. La garnison, environ 17 000 hommes de valeur très inégale (quelques bataillons de ligne, gardes mobiles, gardes nationaux, douaniers, marins), est commandée par le général Jean-Jacques Uhrich, 68 ans, rappelé de la retraite. L’artillerie de la place est en partie ancienne et les approvisionnements ont été prélevés au profit de l’armée de campagne.
La ville est investie à la mi-août par un corps badois et prussien placé sous les ordres du général August von Werder. Plutôt qu’un siège en règle, celui-ci choisit d’abord de bombarder la ville pour pousser la population à exiger la reddition. À partir du 23 août, les obus tombent sur les quartiers habités. Dans la nuit du 24 au 25, la bibliothèque installée dans l’ancienne église du Temple-Neuf brûle avec ses collections, dont le manuscrit de l’Hortus deliciarum ; le musée et une partie de la cathédrale sont également touchés.
Le bombardement ne fait pas céder Uhrich. Les assiégeants creusent alors des tranchées d’approche vers le front nord-ouest, près de la porte de Pierre. En septembre, les brèches s’élargissent dans les bastions. Informé de Sedan et de la proclamation de la République, sans espoir de secours, le général réunit son conseil de défense le 27 septembre. L’assaut étant devenu possible, il fait hisser le drapeau blanc sur la cathédrale.
La capitulation est signée à Koenigshoffen dans la nuit, à 02 h 00 du matin, le 28 septembre. La garnison est faite prisonnière ; les officiers qui s’engagent à ne plus servir pendant la guerre sont laissés libres. Le siège a coûté la vie à plusieurs centaines de civils et laissé des milliers de sans-abri. Les troupes de Werder, libérées, sont dirigées vers la Haute-Saône et la vallée de la Loire.
À Paris, la statue de Strasbourg, place de la Concorde, est couverte de crêpe noir ; elle le restera jusqu’en novembre 1918. Strasbourg devient en 1871 la capitale du Reichsland d’Alsace-Lorraine. Uhrich, d’abord acclamé, est blâmé en 1872 par le conseil d’enquête sur les capitulations.
28 septembre 1911 : la flotte italienne devant Tripoli (Libye).
Depuis l’installation de la France en Tunisie (1881) et du Royaume-Uni en Égypte (1882), l’Italie considère la Tripolitaine et la Cyrénaïque, dernières provinces ottomanes d’Afrique du Nord, comme sa zone d’expansion. Des accords secrets avec Paris, en 1900-1902, lui ont laissé les mains libres en échange de sa neutralité au Maroc. La crise d’Agadir, pendant l’été 1911, convainc le gouvernement de Giovanni Giolitti d’agir avant que la question ne soit réglée par d’autres.
Prenant prétexte de l’envoi d’armes ottomanes à Tripoli et de prétendues menaces contre les ressortissants italiens, Rome adresse le 26 ou le 27 septembre un ultimatum à Constantinople, exigeant l’acceptation d’une occupation militaire. Le 28 septembre, alors que le gouvernement ottoman cherche une réponse conciliante, la flotte italienne se présente devant Tripoli. La guerre est déclarée le 29.
Le 3 octobre, les navires bombardent les forts de la ville, que les troupes ottomanes évacuent. Environ 1 500 marins débarquent le 5 octobre et tiennent Tripoli jusqu’à l’arrivée d’un corps expéditionnaire de plusieurs dizaines de milliers d’hommes. La conquête de l’intérieur se révèle beaucoup plus difficile que prévu : les tribus arabes, encadrées par des officiers ottomans parmi lesquels le jeune Mustafa Kemal, harcèlent les Italiens.
Le conflit est le premier au cours duquel des avions sont employés au combat : le 1er novembre 1911, le lieutenant Giulio Gavotti lance quatre grenades sur des positions ottomanes près de Tripoli. Par le traité d’Ouchy, le 18 octobre 1912, l’Empire ottoman renonce à la Libye, où la résistance armée des populations se poursuivra pendant deux décennies.
28 septembre 1918 : offensive des Flandres et décision du haut commandement allemand de demander l’armistice.
Fin septembre 1918, Foch déclenche une série d’offensives successives sur tout le front de l’Ouest. Les Franco-Américains attaquent en Argonne et en Champagne le 26 septembre, les Britanniques franchissent le canal du Nord le 27. Le 28, c’est au tour du groupe d’armées des Flandres, placé sous l’autorité du roi Albert Ier, avec le général français Degoutte pour chef d’état-major. Belges, Britanniques et Français attaquent devant Ypres. En une journée, ils reprennent la crête de Passchendaele, dont la conquête avait coûté plusieurs mois de combats en 1917.
Au même moment, la Bulgarie, dont le front de Macédoine s’est effondré, négocie avec les Alliés un armistice qui sera signé le 29 à Salonique. Au grand quartier général allemand de Spa, Erich Ludendorff conclut dans la soirée du 28 que la guerre ne peut plus être gagnée et qu’une suspension d’armes doit être demandée sans délai. Il en informe le maréchal Hindenburg, qui partage cette analyse. Le 29 septembre, l’empereur Guillaume II et le secrétaire d’État Paul von Hintze en sont saisis. La demande d’armistice, adressée au président Wilson, part dans la nuit du 3 au 4 octobre.
28 septembre 1918 : Tandey épargne Hitler (Marcoing – France).
Le 28 septembre 1918, pendant la bataille de Cambrai, le 5e bataillon du régiment du duc de Wellington s’empare du village de Marcoing et des passages du canal de l’Escaut, au sud-ouest de Cambrai. Le soldat Henry Tandey, 27 ans, neutralise une mitrailleuse, rétablit sous le feu un pont de planches et participe à la contre-attaque, blessé à deux reprises. Il reçoit la Victoria Cross. Il avait déjà obtenu dans les semaines précédentes la Distinguished Conduct Medal et la Military Medal, ce qui fait de lui le simple soldat britannique le plus décoré de la guerre.
Selon un récit ultérieur, Tandey aurait ce jour-là renoncé à tirer sur un soldat allemand blessé qui se trouvait dans sa ligne de mire, et ce soldat aurait été le caporal Adolf Hitler. L’histoire repose sur Hitler lui-même. En 1937, il se procure auprès du régiment une reproduction d’un tableau de Fortunino Matania représentant Tandey portant un blessé en 1914. Lors de la visite de Neville Chamberlain au Berghof en septembre 1938, il aurait désigné ce soldat comme l’homme qui lui avait laissé la vie sauve et prié le Premier ministre de lui transmettre ses remerciements. Le récit est publié dans la presse britannique pendant la guerre.
Les recherches du biographe de Tandey, David Johnson, conduisent à tenir la rencontre pour très improbable. Des documents des archives bavaroises indiquent que Hitler était en permission jusqu’au 27 septembre, et son régiment se trouvait alors à plusieurs dizaines de kilomètres au nord de Marcoing. Aucune trace de l’appel téléphonique de Chamberlain n’a été retrouvée dans ses papiers. Tandey lui-même a dit ne pas se souvenir de l’épisode, tout en reconnaissant avoir parfois épargné des blessés. Il meurt en 1977 ; ses cendres reposent au cimetière militaire britannique de Marcoing.
28 septembre 1934 : premier vol du Savoia-Marchetti SM.79 « Sparviero » (Italie).
Au début des années 1930, la firme Savoia-Marchetti, connue pour ses hydravions et ses trimoteurs de transport, étudie sous la direction de l’ingénieur Alessandro Marchetti un avion de transport rapide de huit passagers, conçu pour les courses aériennes internationales et les liaisons commerciales à grande vitesse. L’appareil reprend la formule trimoteur de la maison : monoplan à aile basse, de construction mixte, avec un fuselage en tubes d’acier soudés recouvert de métal, de contreplaqué et de toile, et une aile en bois.
Le prototype, immatriculé I-MAGO et propulsé par trois moteurs en étoile Piaggio Stella P.IX de 610 ch, effectue son premier vol le 28 septembre 1934 aux mains du pilote d’essai Adriano Bacula. Ses performances attirent rapidement l’attention de la Regia Aeronautica, qui y voit la base d’un bombardier moyen. La production de série commence en octobre 1936. La version militaire se distingue par une bosse dorsale abritant le poste de pilotage surélevé et des mitrailleuses défensives, qui vaudra à l’appareil le surnom de « il Gobbo », le bossu. Les exemplaires de série reçoivent des moteurs Alfa Romeo 126 de 750 ch environ.
L’avion sert d’instrument de prestige au régime fasciste. Des appareils allégés, sans bosse, désignés SM.79 CS puis SM.79 T, battent de nombreux records de vitesse et de distance avec charge : 26 records du monde sont établis entre 1937 et 1939, ce qui fait du SM.79 pendant un temps le bombardier moyen le plus rapide au monde. En août 1937, l’escadrille des « Sorci Verdi » (souris vertes) prend les trois premières places de la course Istres-Damas-Paris.
Le SM.79 reçoit le baptême du feu pendant la guerre d’Espagne, au sein de l’Aviazione Legionaria envoyée par Mussolini au secours des nationalistes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est le bombardier italien le plus nombreux. D’abord employé en bombardement horizontal, il obtient ses meilleurs résultats comme avion torpilleur, rôle expérimenté à partir de l’été 1940 par une unité spéciale d’aérosiluranti. En Méditerranée, les SM.79 endommagent ou coulent plusieurs navires alliés, notamment lors des combats autour des convois ravitaillant Malte. L’appareil est aussi exporté, en version trimoteur vers la Yougoslavie, en version bimoteur SM.79B vers l’Irak, le Brésil et la Roumanie, qui en assure ensuite une production sous licence.
Environ 1 300 exemplaires sont construits jusqu’en 1944. Après l’armistice de septembre 1943, l’appareil continue de servir dans les deux camps italiens, dans l’aviation de la République sociale italienne comme dans l’aviation cobelligérante, puis quelques années dans l’aviation italienne d’après-guerre comme avion de transport.

28 septembre 1938 : premier vol du chasseur tchécoslovaque Avia B-35.
Au milieu des années 1930, l’aviation militaire tchécoslovaque repose sur des biplans, dont le chasseur Avia B-534, pourtant l’un des meilleurs de sa catégorie en Europe. En 1935, le ministère de la Défense nationale lance un programme pour un chasseur monoplace moderne, à aile basse et cockpit fermé, destiné à le remplacer. Avia confie le projet à l’ingénieur František Novotný, déjà concepteur du B-534.
Le B-35 est un monoplan à aile elliptique, de construction mixte : fuselage en tubes d’acier et aile à structure en bois sur les premiers prototypes. Il est propulsé par un moteur Hispano-Suiza 12Ydrs de 860 ch, construit sous licence par Avia. L’armement prévu comprend un canon de 20 mm tirant à travers le moyeu de l’hélice et deux mitrailleuses. Faute de temps, le premier prototype conserve un train d’atterrissage fixe, caréné.
Le B-35/1 effectue son premier vol le 28 septembre 1938, au moment où se joue le sort du pays : l’armée tchécoslovaque est mobilisée depuis le 23 septembre et la conférence de Munich s’ouvre le lendemain, 29 septembre. Les accords signés dans la nuit imposent la cession des Sudètes à l’Allemagne, avec leurs fortifications frontalières.
Le prototype montre de bonnes qualités de vol et une vitesse élevée, mais il est détruit le 22 novembre 1938 dans un accident qui coûte la vie au pilote d’essai de l’Institut technique et aéronautique militaire, Arnošt Kavalec. Le deuxième prototype vole le 30 décembre 1938 et les essais reprennent en février 1939. Un troisième, doté d’un train rentrant et le premier à porter l’armement prévu, est en cours de mise au point lorsque l’Allemagne occupe la Bohême-Moravie le 15 mars 1939. Le programme tchécoslovaque s’arrête ; l’appareil reçoit la désignation allemande Av-35.
Avia, désormais sous contrôle allemand, développe à partir du troisième prototype une version d’exportation à aile entièrement métallique, le B-135. La Bulgarie, qui a évalué le B-35, en commande une série, mais le ministère de l’Air du Reich limite la production et les livraisons de moteurs, et oriente Sofia vers le Messerschmitt Bf 109. Seuls douze B-135 sont construits. Utilisés surtout pour l’entraînement, ils sont engagés en 1944 contre les bombardiers américains qui attaquent la Bulgarie.

28 septembre 1939 : capitulation de Varsovie et traité germano-soviétique de délimitation et d’amitié.
Envahie par l’Allemagne le 1er septembre 1939, puis par l’Union soviétique le 17, la Pologne ne tient plus à la fin du mois que quelques points de résistance, dont Varsovie, la forteresse de Modlin et la presqu’île de Hel. La capitale est encerclée depuis le 15 septembre. Sa défense est dirigée par le général Juliusz Rómmel, à la tête de l’armée « Varsovie », renforcée par les débris des unités battues sur la Bzura. Le maire Stefan Starzyński anime la résistance de la population.
Les bombardements aériens et d’artillerie s’intensifient après le 19 septembre et culminent le 25, surnommé le « lundi noir ». Privée d’eau, d’électricité et de médicaments, la ville a subi de lourdes destructions et plusieurs dizaines de milliers de victimes civiles, tuées ou blessées selon les estimations. Le 26, Rómmel envoie des parlementaires. Un cessez-le-feu intervient le 27 et la capitulation est signée le 28 septembre à 13 h 15 avec le général Johannes Blaskowitz. Environ 100 000 soldats polonais sont faits prisonniers. Modlin se rend le lendemain, Hel le 2 octobre, et les derniers combats réguliers cessent à Kock le 6 octobre.
Le même 28 septembre, à Moscou, Joachim von Ribbentrop et Viatcheslav Molotov signent en présence de Staline un traité « de délimitation des frontières et d’amitié ». Il fixe la ligne de partage de la Pologne sur le Bug. Des protocoles secrets modifient les zones d’influence du pacte du 23 août : la Lituanie passe dans la sphère soviétique, l’Allemagne recevant en échange les voïvodies de Lublin et une partie de celle de Varsovie. Les deux puissances s’engagent aussi à réprimer toute agitation polonaise dans leurs zones respectives. L’État polonais disparaît de la carte ; son gouvernement se reconstitue en exil, d’abord en France.
28 septembre 1952 : premier vol du Dassault MD 454 Mystère IV (Melun-Villaroche).
Au début des années 1950, l’armée de l’Air reconstitue sa chasse avec l’Ouragan, premier avion à réaction français construit en série, puis le Mystère II, qui en dérive par l’adoption d’une aile en flèche. Le 2 août 1951, le Service technique de l’aéronautique commande à Marcel Dassault un prototype plus évolué, capable d’atteindre Mach 1 en piqué, sans prévoir alors de production en série. Le nouvel appareil, le Mystère IV, reprend la formule du Mystère II mais avec une aile plus mince et plus fortement en flèche, un fuselage de section ovale et un empennage redessiné. Il est propulsé par un réacteur Rolls-Royce Tay.
Le 28 septembre 1952, le Mystère IV 01 décolle de Melun-Villaroche aux mains du chef pilote de Dassault, Constantin « Kostia » Rozanoff, pour un vol de 25 minutes. Avec le même réacteur que le Mystère II, il atteint Mach 0,92 en palier. Le 17 janvier 1953, à son 34e vol, il dépasse le mur du son en piqué.
Les premiers essais conduisent l’État à commander dès octobre 1952 une présérie. En décembre, une mission de l’US Air Force, dont fait partie le pilote d’essai Charles « Chuck » Yeager, vient évaluer les avions de combat français en vue d’un financement américain dans le cadre de l’assistance militaire aux alliés de l’OTAN. Elle retient le Mystère IV. En avril 1953, les États-Unis commandent 225 exemplaires au titre des achats « offshore », fabriqués en France et remis à l’armée de l’Air. La version de série, le Mystère IV A, reçoit d’abord le Tay, puis, pour la majorité des appareils, le Hispano-Suiza Verdon 350, version plus puissante du Tay construite sous licence. Elle est armée de deux canons DEFA de 30 mm et peut emporter roquettes et bombes sous les ailes. Rozanoff se tue le 3 avril 1954 lors d’un passage à basse altitude à Melun-Villaroche, aux commandes du prototype d’une version dérivée, le Mystère IV B.
Le premier Mystère IV A est livré le 25 mai 1955 à la 12e escadre de chasse de Cambrai, quelques semaines avant l’arrivée en unité du Mystère II C, ce qui en fait le premier avion transsonique mis en service dans l’armée de l’Air. Six escadres de chasse en sont équipées (2e, 5e, 7e, 8e, 10e et 12e). Le 14 juillet 1955, douze appareils défilent au-dessus des Champs-Élysées. De 1957 à 1963, le Mystère IV est l’avion de la Patrouille de France. Au total, 411 exemplaires de série sont construits entre 1954 et 1958.
L’appareil est exporté vers l’Inde, qui en reçoit 110, et vers Israël, qui en commande 59 en décembre 1955. Il connaît le combat pendant la crise de Suez en 1956, aux mains de pilotes israéliens et d’un détachement français déployé en Israël, puis pendant la guerre des Six Jours en 1967 et lors des guerres indo-pakistanaises de 1965 et 1971, principalement en attaque au sol. Remplacé en première ligne par le Super Mystère B2 et le Mirage III, il termine sa carrière française à la 8e escadre de chasse de Cazaux, qui l’utilise pour la formation des pilotes de combat jusqu’en novembre 1982, date de son remplacement par l’Alpha Jet.


28 septembre 1956 : mort de William Edward Boeing (État de Washington – Etats-Unis).
William Edward Boeing naît à Detroit le 1er octobre 1881. Son père, Wilhelm Böing, immigrant allemand, a fait fortune dans le bois et les mines de fer du Minnesota ; sa mère, Marie Ortmann, est originaire de Vienne. Le père meurt en 1890. Le jeune Boeing étudie en Suisse puis à la Sheffield Scientific School de l’université Yale, qu’il quitte en 1903 sans diplôme.
Il s’établit dans l’État de Washington, où il achète des forêts dans la région de Grays Harbor, puis s’installe à Seattle vers 1908. Il assiste en 1910 au meeting aérien de Dominguez Field, près de Los Angeles. Le 4 juillet 1914, à Seattle, il effectue son premier vol comme passager avec l’aviateur itinérant Terah Maroney. En 1915, il apprend à piloter à l’école de Glenn L. Martin, en Californie, et achète un hydravion Martin TA.
Avec George Conrad Westervelt, officier ingénieur de la marine américaine rencontré à l’University Club de Seattle, il conçoit un hydravion biplan, le B&W, dont le premier exemplaire vole le 15 juin 1916. Le 15 juillet 1916, il fonde la Pacific Aero Products Company, qui devient la Boeing Airplane Company en 1917. Westervelt ayant été muté, Boeing engage Wong Tsu, ingénieur formé au MIT. Après l’entrée en guerre des États-Unis, la marine commande une cinquantaine d’hydravions d’entraînement Model C, première commande importante de l’entreprise.
La fin de la guerre entraîne une chute brutale de l’activité ; l’usine fabrique un temps des meubles et des bateaux. Les contrats militaires reprennent à partir de 1921, avec notamment la construction sous licence de chasseurs et le développement de la série de chasseurs Boeing PW-9 et F2B/F4B. En 1927, Boeing crée la compagnie Boeing Air Transport pour exploiter la liaison postale San Francisco-Chicago avec son biplan Model 40. En 1929, il regroupe ses activités dans l’United Aircraft and Transport Corporation, qui associe constructeurs d’avions et de moteurs et compagnies aériennes. Le Boeing 247, bimoteur entièrement métallique à train rentrant, entre en service en 1933 ; réservé d’abord aux compagnies du groupe, il est rapidement dépassé par le Douglas DC-2 puis le DC-3.
En 1934, à la suite du scandale des contrats postaux, l’Air Mail Act interdit aux constructeurs de posséder des compagnies aériennes. L’United Aircraft and Transport Corporation est démantelée. Boeing, qui a été entendu par une commission du Sénat, vend ses actions et quitte la direction de l’entreprise la même année. Il reçoit en 1934 la médaille Daniel Guggenheim. Il se consacre ensuite à ses affaires immobilières au nord de Seattle et à l’élevage de chevaux.
L’entreprise qu’il a fondée devient pendant les années suivantes un des principaux fournisseurs de l’aviation militaire américaine, avec le bombardier quadrimoteur B-17, dont le prototype vole en 1935, puis le B-29.
Marié depuis 1921 à Bertha Potter Paschall, William Boeing meurt d’une crise cardiaque le 28 septembre 1956 à bord de son yacht, le Taconite, sur le Puget Sound, trois jours avant ses 75 ans. Ses cendres sont dispersées au large de la Colombie-Britannique. Le premier Boeing 707 de série vole l’année suivante.

28 septembre 1958 : référendum constitutionnel, adoption de la Constitution de la Ve République et « non » de la Guinée.
Rappelé au pouvoir après la crise du 13 mai 1958, le général de Gaulle est investi président du Conseil le 1er juin. La loi constitutionnelle du 3 juin l’autorise à préparer une nouvelle Constitution en fixant plusieurs principes : suffrage universel comme source du pouvoir, séparation des pouvoirs, responsabilité du gouvernement devant le Parlement, indépendance de l’autorité judiciaire, organisation des rapports avec les peuples associés. Le texte est préparé par un groupe de travail dirigé par le garde des Sceaux Michel Debré, soumis au Comité consultatif constitutionnel présidé par Paul Reynaud puis au Conseil d’État, et présenté par de Gaulle le 4 septembre place de la République à Paris.
Le 28 septembre 1958, les électeurs répondent à la question : « Approuvez-vous la Constitution qui vous est proposée par le Gouvernement de la République ? ». En métropole, le oui obtient 79,2 % des suffrages exprimés, avec une participation d’environ 85 %. Sur l’ensemble des territoires consultés, il atteint 82,6 %. La Constitution est promulguée le 4 octobre 1958.
Le scrutin se tient aussi en Algérie, où, pour la première fois, tous les électeurs votent dans un collège unique et où les femmes musulmanes votent. Le FLN appelle au boycott. Le oui y dépasse 96 %.
Dans les territoires d’outre-mer, le vote porte aussi sur la Communauté, qui doit remplacer l’Union française. De Gaulle a fixé l’alternative lors de sa tournée africaine d’août : un oui mène à l’autonomie dans la Communauté, un non à l’indépendance immédiate, avec la fin de l’aide française. Tous les territoires d’Afrique occidentale et équatoriale et Madagascar votent oui, à l’exception de la Guinée. Sous l’impulsion de Sékou Touré, secrétaire général de la section guinéenne du Rassemblement démocratique africain, qui avait déclaré devant de Gaulle à Conakry préférer « la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage », le non y recueille plus de 95 % des voix. La Guinée proclame son indépendance le 2 octobre 1958. Paris retire aussitôt ses fonctionnaires, ses techniciens et une partie des équipements ; le nouvel État se tourne vers le bloc soviétique.
28 septembre 1961 : coup d’État à Damas et fin de la République arabe unie (Syrie).
La République arabe unie, née le 1er février 1958 de l’union de l’Égypte et de la Syrie, est présidée par Nasser depuis Le Caire.
Les Syriens y occupent une place secondaire : les partis sont dissous, l’armée syrienne est encadrée par des officiers égyptiens, et les nationalisations de juillet 1961 heurtent la bourgeoisie commerçante de Damas et d’Alep. Le maréchal Abdel Hakim Amer, représentant de Nasser en Syrie, et le chef des services de sécurité Abdel Hamid Sarraj sont en conflit ouvert.
À quatre heures du matin, le 28 septembre 1961, une colonne blindée commandée par le lieutenant-colonel Abd al-Karim al-Nahlawi, chef du bureau d’Amer, et des unités de la Garde du désert du lieutenant-colonel Haydar al-Kuzbari entrent dans Damas. Les officiers conjurés arrêtent Amer et prennent la radio. Ils réclament d’abord une réforme de l’union ; Nasser refusant tout compromis, Amer est renvoyé au Caire et la sécession est proclamée dans la nuit. Nasser envisage un débarquement à Lattaquié puis y renonce.
La Syrie retrouve son indépendance et son siège aux Nations unies en octobre. L’Égypte conserve le nom de République arabe unie jusqu’en 1971. Le régime civil issu de la sécession est emporté par le coup d’État baasiste du 8 mars 1963.
28 septembre 1970 : mort de Gamal Abdel Nasser (Le Caire – Egypte).
Gamal Abdel Nasser naît le 15 janvier 1918 à Alexandrie, dans le quartier de Bakos. Son père, employé des postes, est originaire de Beni Mor, en Haute-Égypte ; la famille suit ses affectations. Lycéen, Nasser participe aux manifestations nationalistes de 1935 contre la présence britannique et y est blessé. Admis à l’Académie militaire en 1937 à la faveur de l’ouverture du recrutement aux classes moyennes, il en sort sous-lieutenant en 1938. En garnison à Mankabad, il se lie avec Anouar el-Sadate et Abdel Hakim Amer.
Pendant la guerre israélo-arabe de 1948-1949, il sert comme commandant d’état-major. Il est blessé et reste encerclé avec la brigade égyptienne dans la poche de Faloudja d’octobre 1948 jusqu’à l’armistice de février 1949. L’expérience renforce la conviction, partagée par de nombreux officiers, que la monarchie et le commandement sont responsables de la défaite. Nasser organise le mouvement clandestin des Officiers libres.
Le 23 juillet 1952, les Officiers libres renversent le roi Farouk, qui abdique en faveur de son fils. Le général Mohammed Naguib devient la figure publique du régime, mais Nasser en est le principal dirigeant. La monarchie est abolie en juin 1953. Au terme d’une lutte de pouvoir, Naguib est écarté et placé en résidence surveillée en novembre 1954, après une tentative d’assassinat contre Nasser attribuée aux Frères musulmans, qui sont durement réprimés. L’accord d’octobre 1954 fixe l’évacuation des troupes britanniques de la zone du canal, achevée en juin 1956, mois où Nasser est élu président.
Face au refus des États-Unis et de la Banque mondiale de financer le haut barrage d’Assouan, il nationalise la Compagnie du canal de Suez le 26 juillet 1956. La riposte franco-britannique et israélienne d’octobre-novembre 1956 est militairement réussie, mais les pressions américaine et soviétique imposent le retrait des forces. Nasser en sort renforcé dans le monde arabe et dans le mouvement des non-alignés, dont il est, avec Nehru et Tito, l’un des initiateurs après la conférence de Bandung (1955). Il soutient le FLN algérien et les mouvements de libération africains.
L’union avec la Syrie (1958-1961) échoue. Nasser engage alors l’Égypte dans le « socialisme arabe », avec la Charte nationale de 1962, la nationalisation des banques et des grandes entreprises et l’approfondissement de la réforme agraire. Le haut barrage est construit avec l’aide soviétique. De 1962 à 1967, jusqu’à 70 000 soldats égyptiens combattent au Yémen du Nord aux côtés des républicains, contre les royalistes soutenus par l’Arabie saoudite.
En mai 1967, Nasser obtient le retrait des casques bleus du Sinaï et ferme le détroit de Tiran. Israël attaque le 5 juin ; l’aviation égyptienne est détruite au sol et le Sinaï perdu en quelques jours. Le 9 juin, Nasser annonce sa démission à la télévision ; des manifestations massives le conduisent à la retirer le lendemain. Il réorganise l’armée, reçoit un important soutien soviétique, se réconcilie avec l’Arabie saoudite au sommet de Khartoum et mène contre Israël, le long du canal, une guerre d’usure de 1967 à 1970. Il accepte en juillet 1970 le plan Rogers ; un cessez-le-feu entre en vigueur le 7 août.
En septembre 1970, l’armée jordanienne affronte les organisations palestiniennes (« Septembre noir »). Nasser réunit au Caire un sommet arabe qui aboutit le 27 septembre à un accord entre le roi Hussein et Yasser Arafat. Le lendemain, après avoir raccompagné à l’aéroport l’émir du Koweït, il est victime d’une crise cardiaque et meurt dans la soirée, à 52 ans. Il souffrait de diabète et avait déjà fait un infarctus en 1969. Ses funérailles, le 1er octobre, réunissent plusieurs millions de personnes au Caire. Anouar el-Sadate, vice-président, lui succède.

L’École militaire et l’éveil révolutionnaire
L’admission de Nasser à l’École militaire du Caire en 1937 représente bien plus qu’un simple choix de carrière : elle constitue l’entrée dans l’institution qui servira de creuset à la révolution égyptienne. L’armée, modernisée mais dominée par une élite aristocratique pro-britannique, offre paradoxalement aux jeunes officiers issus des classes moyennes une formation technique et une conscience nationale qui alimenteront leur contestation du régime monarchique.
La formation militaire de Nasser coïncide avec les années les plus troublées de l’histoire égyptienne moderne. La montée du fascisme européen, la Seconde Guerre mondiale et les premières crises du Proche-Orient transforment l’Égypte en enjeu géostratégique majeur. Cette période forge sa vision géopolitique et sa compréhension des rapports de force internationaux qui guideront sa politique étrangère.
Au sein de l’École militaire, Nasser noue les amitiés qui structureront plus tard le mouvement des Officiers libres. Sa relation avec Anouar el-Sadate, Abdel Hakim Amer et Zakaria Mohieddine révèle ses qualités naturelles de leadership et sa capacité à fédérer autour de lui des personnalités diverses unies par le rejet du statu quo politique.
Diplômé en 1938 avec le grade de sous-lieutenant, Nasser entame une carrière militaire qui le mène dans différentes garnisons d’Égypte. Cette expérience provinciale lui permet d’observer directement les conditions de vie du peuple égyptien et renforce sa conviction que seule une transformation radicale peut sortir le pays de son retard économique et de sa dépendance politique.
La guerre de Palestine et la prise de conscience
La participation de Nasser à la première guerre israélo-arabe de 1948-1949 constitue un tournant décisif dans son évolution politique et intellectuelle. Envoyé sur le front avec le grade de major, il découvre l’ampleur de l’impréparation militaire arabe et la médiocrité du commandement égyptien, révélatrices des dysfonctionnements plus généraux du système politique.
L’expérience traumatisante du siège de Fallouja, où son unité reste encerclée pendant plusieurs mois, lui révèle concrètement les conséquences de l’incompétence gouvernementale sur le terrain. Cette épreuve forge sa détermination révolutionnaire et sa conviction que l’armée doit assumer un rôle politique pour régénérer la nation égyptienne.
Les contacts noués pendant cette campagne avec d’autres officiers partageant ses frustrations élargissent le cercle des futurs conjurés. La guerre de Palestine transforme une révolte générationnelle en projet révolutionnaire structuré, doté d’une vision politique cohérente et d’une organisation clandestine efficace.
Le retour au Caire après cette défaite humiliante catalyse l’organisation du mouvement des Officiers libres. Nasser, reconnu par ses pairs comme le leader naturel du groupe, développe une stratégie révolutionnaire prudente mais déterminée, combinant secret absolu et préparation méticuleuse du coup d’État.
L’architecte de la Révolution du 23 Juillet
La révolution du 23 juillet 1952 porte l’empreinte personnelle de Nasser, même si le général Neguib en devient initialement la figure publique. Cette stratégie révèle déjà sa compréhension subtile des mécanismes du pouvoir et sa capacité à manœuvrer dans l’ombre pour mieux contrôler les événements.
L’organisation minutieuse du coup d’État témoigne des qualités d’organisateur et de stratège de Nasser. La prise simultanée des points névralgiques du Caire, la neutralisation des forces loyalistes et la proclamation immédiate des objectifs révolutionnaires révèlent une planification digne des plus grands stratèges militaires de l’histoire.
Plus remarquable encore, la transition politique qui suit le coup d’État évite le chaos habituel des révolutions militaires. Nasser et ses compagnons imposent rapidement leur autorité tout en préservant les apparences de la légalité, démontrant une maturité politique exceptionnelle pour de jeunes officiers sans expérience gouvernementale préalable.
L’élimination progressive de Neguib entre 1952 et 1954 révèle les talents de tacticien politique de Nasser. Sans violence excessive ni purges massives, il parvient à écarter son rival tout en consolidant son emprise sur l’appareil d’État, témoignant d’une habileté machiavélienne remarquable.
La construction du nassérisme
L’émergence de Nasser comme leader incontesté de l’Égypte s’accompagne de l’élaboration d’une idéologie politique originale qui synthétise nationalisme arabe, socialisme adapté aux conditions locales et non-alignement international. Cette synthèse, baptisée plus tard « nassérisme », influence durablement l’évolution politique du monde arabe.
La nationalisation du canal de Suez en juillet 1956 constitue l’acte fondateur du nassérisme sur la scène internationale. Cette décision audacieuse, prise malgré l’opposition des puissances occidentales, transforme Nasser en symbole de la résistance du Tiers Monde à l’impérialisme et en leader du mouvement des non-alignés.
La crise de Suez qui suit la nationalisation révèle les dimensions multiples du génie politique de Nasser. Militairement vaincu par la coalition franco-britanno-israélienne, il transforme sa défaite tactique en victoire stratégique grâce à un formidable talent de communication et au soutien des superpuissances américaine et soviétique.
L’onde de choc de Suez à travers le monde arabe consacre Nasser comme le leader naturel du panarabisme. Sa voix, diffusée par Radio Le Caire, galvanise les masses arabes de l’Atlantique au Golfe Persique, faisant de lui le premier dirigeant arabe à dépasser les frontières nationales pour incarner les aspirations unitaires du monde arabe.
L’expérience de la République Arabe Unie
La création de la République Arabe Unie avec la Syrie en 1958 représente l’apogée de l’influence nassérienne au Proche-Orient. Cette union, première concrétisation du rêve panarabiste, révèle l’ambition de Nasser de transformer l’Égypte en centre d’un ensemble géopolitique capable de rivaliser avec les grandes puissances.
L’échec de cette expérience unitaire, qui se solde par la sécession syrienne en 1961, constitue le premier revers majeur de la politique nassérienne. Cet échec révèle les limites du modèle politique égyptien et les difficultés concrètes de l’unification arabe au-delà des déclarations d’intention.
La gestion de cet échec témoigne de la capacité de Nasser à adapter sa stratégie aux nouvelles réalités. Plutôt que de persévérer dans une voie sans issue, il réoriente sa politique vers la consolidation du modèle égyptien et le soutien aux mouvements révolutionnaires arabes, préfigurant une approche plus pragmatique du leadership régional.
Cette période révèle également les contradictions internes du nassérisme, tiraillé entre ambitions panarabes et nécessités nationales égyptiennes. Cette tension permanente entre dimension locale et vocation régionale caractérise l’ensemble de la carrière politique de Nasser.
Le socialisme arabe et les transformations intérieures
L’adoption officielle du « socialisme arabe » au début des années 1960 marque une nouvelle phase de l’évolution idéologique de Nasser. Cette orientation, formalisée par la Charte nationale de 1962, témoigne de sa capacité à adapter les doctrines universelles aux spécificités du monde arabe et aux besoins de développement de l’Égypte.
Les grandes réformes structurelles de cette période – nationalisation des banques et des principales industries, réforme agraire approfondie, expansion massive de l’éducation publique – transforment radicalement la société égyptienne. Ces mesures révèlent la dimension sociale du nassérisme et sa volonté de créer une modernité arabe alternative aux modèles occidental et soviétique.
La construction du haut barrage d’Assouan, avec l’aide technique et financière de l’URSS, symbolise cette ambition de développement autonome. Ce projet pharaonique illustre la vision grandiose de Nasser et sa détermination à doter l’Égypte des infrastructures d’un pays moderne, malgré les contraintes financières et techniques considérables.
Parallèlement, l’expansion de l’appareil d’État et la création d’une vaste bureaucratie révèlent les limites du modèle nassérien. La centralisation excessive et l’inefficacité administrative croissante préparent les difficultés économiques qui mineront progressivement la popularité du régime.
La Guerre des Six Jours et le déclin
La guerre des Six Jours de juin 1967 constitue la catastrophe majeure du règne de Nasser. Cette défaite militaire totale face à Israël ébranle les fondements du nassérisme et remet en question le leadership régional de l’Égypte. L’ampleur du désastre révèle les faiblesses structurelles de l’armée égyptienne et les illusions du discours révolutionnaire.
La réaction de Nasser face à cette défaite révèle les contradictions de sa personnalité politique. Sa démission télévisée du 9 juin, suivie de son retour au pouvoir devant la mobilisation populaire, témoigne à la fois de sa grandeur politique et de son attachement viscéral au pouvoir. Cet épisode révèle l’ambiguïté de ses rapports avec les masses égyptiennes.
La guerre d’usure menée contre Israël entre 1967 et 1970 illustre sa détermination à effacer l’humiliation de la défaite. Cette stratégie de harcèlement prolongé révèle sa compréhension des nouvelles donnes géopolitiques régionales, mais aussi l’épuisement progressif des capacités militaires égyptiennes.
Les dernières années du règne de Nasser sont marquées par une tentative de bilan et de transmission. Les négociations secrètes avec Israël, la réconciliation avec l’Arabie Saoudite et les efforts de médiation dans la guerre civile jordanienne de 1970 témoignent d’une approche plus pragmatique, préparant peut-être une évolution politique qui n’aura pas le temps de se concrétiser.
L’homme derrière le mythe
Au-delà de l’homme public, Nasser cultive une image de simplicité et de proximité avec le peuple qui contraste avec le faste habituel du pouvoir oriental. Cette sobriété apparente, authentique ou calculée, renforce son charisme populaire et distingue son style de leadership de celui des dirigeants arabes traditionnels.
Sa vie privée, soigneusement préservée des regards indiscrets, révèle un homme attaché aux valeurs familiales traditionnelles. Son mariage avec Tahia Kazem et l’éducation qu’il donne à ses enfants témoignent de sa volonté de concilier responsabilités publiques et équilibre personnel, défi permanent des grands dirigeants.
Ses habitudes de travail, sa discipline personnelle et sa capacité de concentration exceptionnelle impressionnent tous ses collaborateurs. Cette rigueur dans l’effort, héritée de sa formation militaire, lui permet de maîtriser des dossiers complexes et de maintenir un contrôle personnel sur l’ensemble de l’action gouvernementale.
Son charisme personnel, mélange d’autorité naturelle et de proximité affichée, explique largement son emprise sur l’opinion arabe. Cette alchimie complexe entre distance du pouvoir et chaleur humaine caractérise les grands leaders populistes du XXe siècle et distingue Nasser de ses contemporains arabes.
L’héritage intellectuel et politique
L’œuvre théorique de Nasser, notamment « Philosophie de la révolution » (1954), révèle un penseur politique original qui dépasse le cadre de l’action immédiate pour réfléchir aux grands enjeux de son époque. Cette capacité de conceptualisation distingue Nasser de beaucoup de dirigeants militaires parvenus au pouvoir par la force.
Sa contribution à la théorie du non-alignement, développée en collaboration avec Nehru et Tito, influence durablement l’évolution des relations internationales. Cette stratégie de la « neutralité positive » offre une alternative aux petites et moyennes puissances face à la bipolarisation de la guerre froide.
L’impact du nassérisme sur l’évolution politique du monde arabe dépasse largement la personne de son créateur. Cette idéologie inspire les mouvements révolutionnaires arabes des décennies suivantes, du Baas syrien et irakien aux mouvements de libération palestiniens, témoignant de la force mobilisatrice de sa synthèse intellectuelle.
Paradoxalement, l’échec relatif du modèle nassérien n’altère pas fondamentalement son influence historique. Cette contradiction entre échec pratique et réussite symbolique révèle la dimension mythique du personnage de Nasser, transformé par l’histoire en symbole des aspirations arabes inachevées.
La mort du Raïs
Le décès brutal de Nasser le 28 septembre 1970, à l’âge de 52 ans, prive le monde arabe de son leader le plus charismatique au moment où s’ouvrent de nouveaux défis géopolitiques. Cette disparition prématurée alimente la légende nassérienne et transforme un dirigeant contesté en martyr de la cause arabe.
Les funérailles de Nasser, suivies par des millions d’Égyptiens et retransmises dans tout le monde arabe, révèlent l’ampleur exceptionnelle de sa popularité populaire. Cette émotion collective témoigne de l’attachement viscéral des masses arabes à un leader qui incarnait leurs espoirs d’émancipation et de dignité.
L’héritage politique de Nasser survit difficilement à sa disparition. Ses successeurs, qu’ils se réclament ou non de son exemple, peinent à maintenir l’élan révolutionnaire et l’influence régionale de l’Égypte nassérien. Cette dégradation progressive révèle rétrospectivement l’importance de sa personnalité dans l’équilibre du système qu’il avait créé.
Cinquante ans après sa mort, Nasser demeure une référence ambivalente pour les peuples arabes. Symbole de l’âge d’or du nationalisme arabe pour les nostalgiques, figure dépassée d’un autoritarisme révolu pour les critiques, il continue d’incarner les contradictions et les aspirations inachevées du monde arabe moderne. Cette permanence de sa figure dans l’imaginaire collectif témoigne de l’ampleur exceptionnelle de son impact historique sur l’évolution du Proche-Orient contemporain.
28 septembre 2009 : massacre du stade de Conakry (Guinée).
Le 23 décembre 2008, quelques heures après l’annonce de la mort du président Lansana Conté, une junte militaire, le Conseil national pour la démocratie et le développement, prend le pouvoir sous la direction du capitaine Moussa Dadis Camara. Celui-ci promet de rendre le pouvoir aux civils, puis laisse entendre qu’il sera candidat à l’élection présidentielle.
Le 28 septembre 2009, jour anniversaire du référendum de 1958, les partis d’opposition et la société civile organisent un rassemblement au stade du 28-Septembre, à Conakry, pour s’opposer à cette candidature. Plusieurs dizaines de milliers de personnes s’y réunissent. En fin de matinée, des éléments de la garde présidentielle, des gendarmes, des policiers et des miliciens pénètrent dans le stade, bloquent les sorties et ouvrent le feu. Les manifestants sont abattus, poignardés ou piétinés dans la bousculade. Des femmes sont violées en public, dans le stade puis dans des lieux de détention.
La commission d’enquête internationale mandatée par les Nations unies a établi un bilan d’au moins 156 personnes tuées ou disparues, de plus d’une centaine de femmes victimes de violences sexuelles et de centaines de blessés. Elle a qualifié les faits de crimes contre l’humanité. En décembre 2009, Dadis Camara est blessé par balle par son aide de camp, évacué au Maroc puis au Burkina Faso, et ne revient pas au pouvoir.
Le procès s’ouvre à Conakry le 28 septembre 2022, à l’initiative de la junte du colonel Mamadi Doumbouya, arrivée au pouvoir en 2021. Il est interrompu en novembre 2023 par l’évasion de plusieurs accusés, dont Dadis Camara, rattrapé le jour même, et le colonel Claude Pivi, repris plus tard. Le 31 juillet 2024, le tribunal condamne huit accusés pour crimes contre l’humanité ; Moussa Dadis Camara reçoit vingt ans de prison au titre de la responsabilité du supérieur hiérarchique. Il est gracié pour raisons de santé le 28 mars 2025, décision dénoncée par les organisations de victimes et de défense des droits humains. Un second procès visant d’autres militaires s’est ouvert en décembre 2025.
28 septembre 2016 : cérémonie de création du COM.RENS (Strasbourg).
Le modèle d’armée « Au contact », présenté en mai 2015, réorganise l’armée de Terre autour de deux divisions et de plusieurs commandements spécialisés, dits « piliers ».
Le commandement du renseignement (COM RENS) est créé le 1er juillet 2016 pour réunir sous une même autorité l’ensemble des capacités de recherche et d’exploitation du renseignement de l’armée de Terre, du niveau tactique au niveau stratégique. Son état-major, installé à Strasbourg, regroupe la division renseignement du commandement des forces terrestres de Lille, l’état-major de l’ancienne brigade de renseignement de Haguenau et la direction des études et de la prospective du renseignement de Saumur.
Le 28 septembre 2016, une cérémonie place de la République à Strasbourg, en présence d’une quarantaine d’officiers généraux et d’environ 400 militaires, formalise la création du commandement, confié au général Éric Maury. Il comprend le 2e régiment de hussards, les 44e et 54e régiments de transmissions, le 28e groupe géographique, le 61e régiment d’artillerie (drones), la 785e compagnie de guerre électronique, le centre du renseignement Terre créé à Strasbourg, le Centre interarmées des actions sur l’environnement, l’école du renseignement de l’armée de Terre de Saumur et le centre de formation initiale des militaires du rang de Bitche. L’ensemble représente environ 4 500 personnes, dont les trois quarts en Alsace.
En 2021, l’état-major s’installe au quartier Stirn. Dans le cadre du plan « Armée de Terre de combat », il devient le 4 septembre 2024 le commandement des actions dans la profondeur et du renseignement (CAPR), qui intègre en outre la 4e brigade d’aérocombat et la 19e brigade d’artillerie.

28 septembre 2016 : mort de Shimon Peres à l’âge de 93 ans (Israël).
Szymon Perski naît le 2 août 1923 à Wiszniew, en Pologne (aujourd’hui Vichnieva, en Biélorussie). Son père émigre en Palestine mandataire en 1931 ; la mère et les deux fils le rejoignent en 1934, au cours de la cinquième aliyah. Le grand-père, Zvi Meltzer, rabbin resté à Wiszniew, périt en 1942 avec la communauté juive de la ville. Le jeune Shimon étudie à Tel-Aviv puis à l’école agricole de Ben Shemen, milite dans le mouvement de jeunesse travailliste Hanoar Haoved, dont il devient secrétaire en 1943, et participe à la fondation du kibboutz Alumot.
En 1947, David Ben Gourion le fait entrer à l’état-major de la Haganah, où il s’occupe des effectifs et des achats d’armes. Après une mission d’achat aux États-Unis, il devient en 1953, à 29 ans, directeur général du ministère de la Défense. Il organise l’industrie aéronautique, avec la société qui deviendra Israel Aircraft Industries, et noue avec la IVe République une coopération étroite : livraisons d’avions Mystère et Mirage et de chars AMX-13, participation d’Israël à l’expédition de Suez de 1956 préparée au protocole de Sèvres, construction du réacteur nucléaire de Dimona. Son interlocuteur principal est Maurice Bourgès-Maunoury, ministre de la Défense puis président du Conseil. Sous de Gaulle, les livraisons se poursuivent, notamment celles des Mirage III, mais les relations se distendent jusqu’à l’embargo de 1967.
Élu à la Knesset en 1959, Peres est vice-ministre de la Défense jusqu’en 1965. Il suit alors Ben Gourion dans la scission du Rafi, qui rejoint en 1968 le nouveau Parti travailliste. Il est ensuite ministre sans interruption de 1969 à 1977, notamment à la Défense de 1974 à 1977, dans le gouvernement Rabin ; à ce titre, il supervise l’opération de libération des otages d’Entebbe, en Ouganda, le 4 juillet 1976. Chef du Parti travailliste de 1977 à 1992, il perd les élections face à Menahem Begin en 1977 et 1981.
Après le scrutin indécis de 1984, il dirige un gouvernement d’union nationale avec Yitzhak Shamir, selon une rotation : Premier ministre de 1984 à 1986, il fait adopter en 1985 le plan de stabilisation qui met fin à l’hyperinflation et retire l’essentiel des troupes israéliennes du Liban. Ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Rabin à partir de 1992, il soutient les négociations secrètes menées à Oslo, qui aboutissent à la déclaration de principes signée à Washington le 13 septembre 1993. Il partage en 1994 le prix Nobel de la paix avec Yitzhak Rabin et Yasser Arafat.
Premier ministre après l’assassinat de Rabin en novembre 1995, il lance en avril 1996 l’opération « Raisins de la colère » contre le Hezbollah au Liban, marquée par la frappe sur le camp de l’ONU de Cana. Il est battu de justesse par Benyamin Netanyahou à l’élection du Premier ministre de mai 1996. Il rejoint en 2005 le parti Kadima d’Ariel Sharon. Élu président de l’État par la Knesset le 13 juin 2007, à 83 ans, il exerce ce mandat jusqu’en juillet 2014.
Victime d’un accident vasculaire cérébral le 13 septembre 2016, Shimon Peres meurt le 28 septembre au centre médical Sheba de Ramat Gan, à 93 ans. Ses obsèques ont lieu le 30 septembre au mont Herzl, à Jérusalem, en présence de nombreux dirigeants étrangers, dont Barack Obama, François Hollande et Mahmoud Abbas.
28 septembre 2023 : attaque du camp militaire de Dioura par les rebelles du CSP (Mali).
L’accord de paix d’Alger, signé en 2015 entre l’État malien et les groupes armés du Nord, se délite à partir de 2022, après l’arrivée au pouvoir des militaires à Bamako et le rapprochement de la junte avec le groupe russe Wagner. La MINUSMA, dont le retrait a été demandé par le Mali en juin 2023, rétrocède ses emprises à l’armée malienne. Les groupes signataires, réunis dans le Cadre stratégique permanent (CSP), dont la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), refusent que les camps situés dans leurs zones passent sous le contrôle des Forces armées maliennes et reprennent les armes. Ils attaquent Bourem le 12 septembre, puis Bamba ; Léré suivra le 1er octobre.
Le soir du 28 septembre 2023, les combattants du CSP donnent l’assaut au camp militaire de Dioura, dans le cercle de Ténenkou, au centre du pays, loin de leurs bastions habituels du Nord. Ils revendiquent la prise du camp après environ deux heures de combat et affirment s’être retirés vers minuit en emportant armes, munitions et une vingtaine de véhicules. L’armée malienne parle d’une attaque terroriste et ne publie pas de bilan détaillé ; les communiqués des rebelles eux-mêmes divergent sur les pertes.
L’attaque illustre la reprise de la guerre entre Bamako et les séparatistes touaregs, en parallèle de l’offensive des groupes jihadistes. En octobre, l’armée malienne et ses auxiliaires russes lancent une offensive vers le Nord, qui aboutit le 14 novembre 2023 à la reprise de Kidal, tenue par les groupes armés depuis 2012. La junte dénonce l’accord d’Alger en janvier 2024.







